Article 3. SAMARKANDE

De Tachkent à Samarkande, 332 kms . On a mis un peu plus de deux heures en train.

Quand on pense route de la Soie on pense Samarkande. Et Samarkande, c’est Tamerlan. Dans la famille Tamerlan, je voudrais les fils, les petits-fils, les professeurs, l’un des maîtres spirituels, le tonton. On se demande comment on a pu vivre jusqu’à aujourd’hui sans connaître Tamerlan, sa vie son œuvre…

Après, ce n’est pas une famille facile. Parfois le fils tue le père car papa en a trop fait pour les sciences et oublie les credos musulmans en buvant trop de vin lors de la circoncision de l’un de ses fils. Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan tué par son fiston Abdul- Latif. Et pourtant c’était un gars bien. Le père, pas le fils. On en reparle…

Tamerlan est à l’Ouzbékistan ce que Manas est au Kirghizstan. Le héros national. La comparaison s’arrête là car Tamerlan a fait édifier les monuments qui font, depuis le XIV e siècle, l’attrait et la grandeur de Samarkande. Pour les Kirghizes et pour les autres voisins, il a aussi tué des milliers de gens. Personne n’est parfait. Tout dépend de quel côté on lit l’Histoire.

Tamerlan.

Bien avant Tamerlan, ici appelé AMIR TEMUR, Samarkande était un carrefour de la route de la soie entre les routes de la Chine, de l’Inde et de la Perse et par conséquent déjà très célèbre. Du VIe au XIIIe siècle, elle était plus peuplée qu’aujourd’hui.

Difficile de retranscrire tout ce qu’on a appris sinon on va rater l’avion lundi, mais on va tenter de parler de ce qui nous a marqués.

LE REGISTAN. Cela veut dire « place sablonneuse » en tadjik. C’était le centre marchand de la Samarkande du Moyen Âge.

Le REGISTAN. C’est le joyau de la ville. Trois édifices grandioses. Il s’agit de trois madrasas qui sont parmi les plus anciennes au monde. Heureusement que Gengis Khan est passé cent ans plus tôt car il avait détruit les madrasas antérieures. Les Soviétiques ont su les protéger et les restaurer.
La Madrasa Ulugh Beg. C’est la plus ancienne des trois. 1417-1420. Les deux autres datent du XVIIe siècle. Construite par Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan, roi érudit et astronome, elle a reçu tout le gratin scientifique de l’époque qui donnait des conférences sur les maths, la géométrie, la logique, les sciences humaines et la théologie. C’était la madrasa la plus réputée d’Asie Centrale. Plus d’une centaine d’élèves y étudiaient.

Ulugh Beg…on a un faible pour lui. Un souverain réellement passionné par les sciences, l’histoire, la théologie, la poésie, la musique, la médecine mais surtout par l’astronomie. C’est ainsi que la capitale choisie par son grand-père, Samarkande, devint ville de science et de culture. Ulugh Beg fit construire un observatoire qui abrita ses découvertes scientifiques et des inventions dont un sextant.

Sa statue devant l’observatoire qu’il avait fondé.

Quand le guide nous parlait du sextant inventé par Ulugh Beg, on s’imaginait un sextant qu’on pose sur une table mais quand on a vu ce qu’il en reste, c’était un morceau de 11 mètres de long et trois étages de haut ! Son diamètre était de 84 m ! Il a été construit sous terre pour le protéger des tremblements de terre.

Après avoir fait tuer son père, le vilain Abdul-Latif fit raser complètement cet observatoire pour effacer la mémoire de son père. (faites des mômes…).

Pour l’époque, Ulugh Beg , souverain et touche-à-tout, était un anticonformiste et un avant – gardiste qui se fit rapidement des ennemis chez les Ayatollahs du moment. Surtout quand il a osé dire: « Les religions se dissipent comme le brouillard, les empires se démantèlent, mais les travaux des savants demeurent pour l’éternité. » Et tout ça au XVe siècle. Pour avoir dédaigné la religion et la guerre, il a été tué. L’intolérance n’est pas une nouveauté….

La madrasa TILLA KARI, Moins haute mais plus longue, on aperçoit la mosquée et sa coupole bleue. 1646-1660. Elle remplace un caravansérail qui a été détruit.

Splendeurs.

La mosquée de cette madrasa est bleue et or pour symboliser la richesse de la ville. Le plafond est recouvert de feuilles d’or.
Les lignes concentriques donnent l’illusion d’une coupole alors que le plafond est plat.

Les principaux motifs de décoration sont des sourates comme sur la plupart des édifices.
Madrasa Chir Dar. 1619-1636. Elle remplace un autre édifice détruit. Toute représentation vivante est interdite par l’Islam afin d’éviter d’adorer l’image d’un humain ou d’un animal ( le veau d’or !) donc on décrit des animaux étranges, mythiques avec des soleils zoroastriens et ça passe. Les Russes firent fermer les madrasas à partir de 1920 et celle-ci servit de prison aux musulmans qui s’opposaient à eux…avant d’être exécutés.
La fête des lumières à Samarkande tous les soirs en saison.
Au pays des mille et une nuits.

L’autre grand site est celui de GOUR ÉMIR qu’il faut appeler maintenant AMIR TEMUR pour plus de respect. Mausolée de Tamerlan construit par son petit-fils préféré,Muhamad Sultan.

En noir le cercueil de Tamerlan dont le corps n’est pas dedans mais dans la crypte. Ici c’est pour les pèlerins. A sa tête son maître spirituel, son professeur, de la famille dont Ulugh Beg.
Partout beauté des édifices .

Affaire à suivre…

Article 2. Dans la vallée…de FERGHANA

L’Ouzbékistan en quelques chiffres. Vous retrouverez la carte du pays dans l’article 1.

Traversé par deux grands fleuves, l’Amoudaria et le Sirdarya que nous suivrons pour aller à Ferghana, le pays est plus grand que le Kirghizstan, s’étendant sur plus de 1400 km d’ouest en est et sur 930 km du nord au sud. Mais surtout il est beaucoup plus peuplé avec 40 millions d’habitants.

Au nord, il partage ses frontières avec le Kazakhstan, au nord-est le Kirghizstan, à l’est et sud-est c’est avec le Tadjikistan et au sud l’Afghanistan. On retrouve des chaînes de montagnes du Kirghizstan à l’est avec les Monts Tianshan et le Pamir. Mais le pays est principalement constitué de plaines vers l’ouest et du plus grand désert d’Asie Centrale, le désert de Kyzylkum, qu’on a traversé hier pour arriver sur les rives du plus grand lac du pays, Aydarkul.

Aller faire un tour dans la vallée de Ferghana relevait de l’envie d’approcher au plus près le peuple ouzbek, cette région étant encore peu ouverte au tourisme. Elle est connue principalement pour Kokand, pour ses cités artisanales, notamment Rishtan avec ses céramiques renommées et Marguilan, ville de la soie.

KOKAND.

On a souvent entendu l’expression : Khanat de Kokand. La formule est belle, ça sonne bien mais on n’y comprend rien. En fait, un khanat était un royaume en Asie dirigé par un Khan. Kokand sera capitale pendant plus de 170 ans. Aujourd’hui, elle conserve de belles traces de son passé mais c’est aussi une ville universitaire et culturelle.

Palais Koudoyar. C’est le dernier Khan qui l’a fait édifier (1863-1875) et ce sont les Soviétiques qui l’ont en partie détruit 50 ans plus tard. C’était bien la peine…
Plafonds en albâtre décoré.
Tout a été restauré en reprenant bien sûr le style musulman. Pas de représentation humaine, des fleurs et des formes géométriques, beaucoup de bleu, vert et rouge.
On a bien aimé cette mosquée, avec sa place ombragée, ses petits commerces et sa centaine de piliers en bois sculptés. On en verra de nombreux à travers tout le pays.
Hôpital pour piliers malades.
Tombes musulmanes ouzbèkes.

RISHTAN

Ville de céramiques depuis plus de 700 ans. Les artisans utilisent toujours des peintures minérales: le cobalt pour le bleu, le manganèse pour le marron et le cuivre pour le vert.

On a dormi chez Saïd, un céramiste. Accueil très sympathique de sa famille.

C’était l’anniversaire de Pierre, bouteille offerte par l’agence ! Au top l’agence.
Chez Saïd.
Des grands espaces ombragés.

Chez un autre céramiste, on avance de salle en salle, allant d’émerveillement en émerveillement. une vraie caverne d’Ali Baba spéciale céramique.

En arrière-plan, la route de la Soie, de la Chine à Istanbul. Constantinople à l’époque.

Et puis MARGUILAN.

C’était la dernière étape de la route de la soie avant le Pamir à franchir pour se retrouver en Chine. L’économie de Marguilan repose toujours sur la soie même s’il y a eu des périodes plus prolifiques que d’autres. Au début du XXe siècle, il y avait quatre grandes fabriques mais ces usines ont fermé suite à une vague d’arrestations et de déportations. Dans les années 1950, les Soviétiques regroupent les artisans en deux grandes structures de 8000 et 12000 ouvriers quand même ! Mais avec la chute de l’URSS, ces deux usines de tissage déclinent et de nombreux artisans se sont depuis remis aux méthodes traditionnelles et à leur compte.

On a revisité toutes les étapes de la fabrication de la soie naturelle.

Teinture de la soie.
Résultats obtenus en quelques minutes.

Mais le chemin est toujours aussi intéressant que la destination. La route de Tachkent à Ferghana est superbe.

Au fond le PAMIR.
Sur le bord de la route, des agneaux cuisent dans de grands fours.
Notre chauffeur. Une fois, il s’arrêtera pour nous offrir du pain, une autre fois, il m’offrira des fleurs. La classe.
Sur un marché, ce sont ces jeunes filles qui nous abordent, sans aucune timidité et demandent à être prises en photo.
Un homme content de saluer des Français.
Dans la rue.
Chogdan nous demande un selfie. Il nous dépose à la gare de Tachkent pour aller à Samarkande. Merci, tu étais super.

Article 1. OUZBÉKISTAN. Tachkent

Au départ, l’idée de venir en Ouzbékistan était d’y retrouver les parents de notre belle-fille russe et de découvrir ce pays avec eux. Finalement, ils n’ont pas pu venir mais nous avons décidé, malgré tout, de maintenir ce voyage. Nous avions pris contact directement avec une agence ouzbèke -pas de frais intermédiaires – pour leur proposer un programme choisi suite à nos lectures. L’agence Orient Star nous a calé les hébergements et les transports. Des temps de rando sont prévus. Nous avons un guide francophone pour une visite guidée le premier jour dans chaque grande ville. A Samarkande, il restera avec nous trois jours. On a spécifié comme type d’hébergements le plus possible chez l’habitant ou de simples guesthouses. Aujourd’hui 19 mai, arrivés au milieu de notre périple ouzbek, on peut dire que tout a été parfait.

Niguina, notre guide au français impeccable.

Nous voilà plongés dans les splendeurs du Moyen Orient et ce n’est que le début ! La difficulté pour nous sera de mémoriser les noms arabes des madrasas, mausolées, mosquées…alors on note…

L’ensemble HAST IMAM dans le quartier de Chorsu.
C’est dans l’un de ces bâtiments qu’on a vu l’un des plus anciens Corans- photo interdite – datant du VIIe siècle et revenu de Damas en Irak à cette époque. Il a été écrit sur un parchemin en peau de gazelle. Il est transporté à Samarkande, capitale de Tamerlan, mais en 1865, les tzars l’emmènent à St Petersbourg. Après la dissolution de l’Union soviétique en 1991, on a rapatrié le Coran à Tachkent.
Sur l’esplanade parfois les enfants viennent avec leurs cerfs-volants.

Les anciennes madrasas sont souvent devenues des hôtels où des ateliers pour artisans.

Le quartier de Chorsu est l’un des rares quartiers à ne pas avoir succombé au tremblement de terre de 1966. Ce complexe comprend deux madrasas (école coranique), Mouyi Mubarak et Baraja Khan, deux mosquées et l’institut Islamique Imam Al Bakari. Il a été construit près de la tombe de l´Imam Hazrati (903 – 975) qui,d’après les récits historiques, était un érudit qui parlait 72 langues! Il avait sûrement l’application Duolingo…Il aurait traduit l’ancien testament en arabe, était aussi maître dans la fabrication des clés et de des serrures…!

Aller sur les marchés après les mausolées, ça fait du bien ! On renoue avec la vie. Le Chorsu Bazaar comme tous les marchés du pays est un lieu toujours surprenant où on trouve de tout… surtout ce qu’on ne cherche pas.

Amir Temur, plus connu sous le nom de Tamerlan. Le nouveau héros du pays. On a pioché dans le XIVe siècle. Le pays a dû changer ses héros à plusieurs reprises : les statues de Lénine ont fondu, puis celles de Staline. On a trouvé Tamerlan.
Le plus ancien hôtel. Tout le charme soviétique.
Gigantesque marché.
Des épices et des fruits secs…
Toujours un bonheur pour les yeux.
Des langues et des queues de bœuf. Mais moins un bonheur pour les yeux.
Propreté des lieux.
Des abricots verts comestibles.
Des kourts (fromages secs ) ici enrobés de myrtilles. On en a acheté un paquet. Pour être secs, c’est sec. Au troisième, tu meurs de soif.
Les tampons qui décorent les pains.
Les berceaux. Traditionnellement, on attache le bébé sur le dos, les fesses au niveau du trou. Un petit étui est enfilé sur le sexe de l’enfant pour guider l’urine vers le trou…Ça se vend toujours !
Des mûres noires et blanches.
Le pain est fait sur place. Il est collé sur les parois du four à la cuisson.
D’abord on mange le pain puis on mange la corbeille! Astucieux.
Du beurre.
Des frites oui…mais de pâlottes carottes.
Des gâteaux de fou pour chaque événement.
Vaisselle en céramique colorée.
La pierre d’alun vendue pour fixer la couleur des tissus.

Au musée des arts décoratifs

Des merveilles de tissu. Des Suzanis pour habiller les murs.
Soie et fils d’or
Vêtement d’apparat.
Si les deux pans étaient attachés, la femme était mariée. Les deux pans libres, la femme l’était également.

Visite du métro. Une vraie galerie. Toute l’histoire du peuple et de ses personnages illustres.

Ici des fleurs de coton.
Rappel des suzanis.
Première participation aux JO en tant que nation indépendante, 1994.

Promenade dans les rues et les parcs.

Une belle journée avec une guide lucide sur les difficultés politiques et sociales, qui nous a fait partager l’amour de sa ville.

Merci NIGUINA.

Article 7. Kirghizstan et Ouzbékistan

Une grande différence avec les Kirghizes, c’est que les Ouzbèkes ne sont pas des peuples nomades. Très vite, des tribus sédentaires se sont installées, non pas au bord du lac de Paladru, mais près de la mer d’Aral où, un peu plus loin, des villes forteresses ont vu le jour.

Souvent les sédentaires ont eu des témoignages négatifs sur les nomades les faisant passer pour des brutes épaisses. On sait aujourd’hui qu’un grand nombre menait une vie confortable et raffinée ( soieries, bijoux en or, totems sculptés…).

Quelques thèmes qu’on a abordés.

Questions d’éducation

Il existe des crèches, des maternelles. L’école est obligatoire à partir de 7 ans. Au KZ, les enfants parlent deux langues : le kirghize, langue nationale et le russe, langue officielle. En Ouzbékistan c’est l’ouzbèke et le russe. Ils apprennent à écrire les deux alphabets, latin et cyrillique. L’arabe n’est plus étudié à l’école, mais le Coran étant toujours récité en langue arabe, les enfants et les adultes apprennent par cœur les sourates en écoutant le grand père, le grand frère ou l’imam.

En Ouzbékistan, l’enseignement peut se faire en cinq langues. Pendant l’Union soviétique, le français était à la mode mais il a été remplacé par l’anglais.

En Ouzbékistan, les garçons et des filles, sur les mêmes bancs, du temps de la période soviétique, ont bénéficié d’un bon niveau d’éducation.

Aujourd’hui, dans les deux pays, le niveau scolaire a bien baissé depuis 1991 et on a de la peine à recruter des enseignants, très mal payés, et qui n’ont pas toujours le diplôme attendu.

Les femmes ont eu accès à l’éducation et au travail dans toute l’Asie Centrale dès le début du XXe siècle à cause de la guerre, les hommes étant partis au front.

Une de nos guides ouzbeks était désolée de constater que ses deux enfants parlaient russe entre eux, qu’ils s’adressaient à elle en russe également alors qu’elle est ouzbèke et de parents Tadjiks ! Sa mère lui a toujours dit que la liberté de la femme passait par un métier, donc l’indépendance financière. Elle est prof de français à l’université et guide les jours fériés. La société ouzbèke, est selon elle, encore très patriarcale. Beaucoup de progrès à faire vis-à-vis des femmes.

J’ai remarqué depuis notre arrivée en Ouzbékistan qu’à chaque fois, on me sert toujours la main après Pierre et les autres hommes présents.

Mariage et vie des jeunes.

On ne fricote pas avant le mariage. Non mais. Il existerait encore des mariages arrangés car à partir de 25 ans environ, on se doit d’avoir trouvé l’âme sœur. Le jour du mariage, on enlève la mariée. Aujourd’hui, on simule.

Le jeune couple viendra habiter chez les parents du fils ! Un guide nous disait que le rôle du mari, en cas de tension, entre femme et mère, est très important. Le mari expliquera à sa femme qu’elle aussi, un jour, aura ce rôle-là, qu’il faut développer la patience et il dira à sa mère de se rappeler que, elle aussi, a vécu dans sa belle famille quand elle était jeune et qu’elle ne devait pas être parfaite non plus. Notre guide a précisé que le fils donnera, de toute façon, toujours raison à sa mère car sa mère, c’est sa mère pour toujours, alors que sa femme…on peut en changer.

Il y a des jours où on est contentes d’être nées en France…

Un de nos guides, 28 ans, quand il ne travaille pas, agrandit la maison de ses parents en prévision de son mariage.

Les filles s’habillent comme elles le veulent. Le foulard n’est pas obligatoire. On n’est pas obligé de pratiquer l’Islam mais tout le monde le respecte.

Vieillesse et héritage.

D’après nos guides, l’espérance de vie Kirghize est de 65 ans pour les hommes, 69 ans pour les femmes. Chez les Ouzbèkes, on passe à 72 et 75 ans.

Quand les parents vieillissent, dans les deux pays, c’est en principe le fils le plus jeune qui doit s’occuper d’eux et rester avec eux. En échange, c’est lui qui héritera. Quand il y a assez d’argent, comme le fait un de nos guides qui a trois fils, il achète déjà des maisons pour les deux autres.

Économie

Le Kirghizstan a un niveau de vie plus faible que l’Ouzbékistan. Celui-ci connaît un fort développement touristique dû à la richesse de son patrimoine situé dans les principales villes de la route de la soie. On y trouve raffineries, gaz, uranium, cuivre, or, construction de voitures. Le gaz est vendu au Tadjikistan.

On cultive des céréales, des arbres fruitiers et encore du coton exporté vers la Chine, la Russie, la Turquie.

D’après nos guides, le salaire moyen Kirghize est de 300€ par mois. En Ouzbékistan, c’est le salaire minimum. Le salaire moyen tourne autour de 550€.

Ce soir, nous sommes contents d’avoir quitté Samarkande la magnifique dont on parlera prochainement pour nous retrouver dans un village perdu dans la montagne au bord d’une rivière, chez l’habitant.

Nous passerons ici deux nuits.
Notre jeune guide pour une petite randonnée. Lui parle plus l’anglais que le russe. Il nous dit qu’il a très peu de cours de russe dans son école. La particularité de ce village est qu’il est habité par des Tadjiks.
Des carbets au-dessus de la rivière. Un vrai havre de nature et de fraîcheur.
Pierre vient de découvrir des mousserons, moi des moucherons et sous les arbres, des mouflons endémiques de la région nous observent. On les appelle les argalis de Severtzov.
Le futur M’Bappé en bleu. C’est lui qui le dit.

Article 6. Kirghizstan : un peu d’Histoire

Quelques infos apprises grâce à nos guides sur les différents aspects de la société kirghize.On commence par l’Histoire. Évidemment, ce sera très incomplet mais connaître leur passé donne des repères pour mieux comprendre leur façon de voir les choses actuellement.

Le pays est d’abord essentiellement un long couloir montagneux où se croisent des peuplades nomades. Les premiers peuples viendraient de l’Altaï à l’ouest de la Mongolie, chassés par des Mongols qui veulent récupérer leurs pâturages. A cette époque, certains peuples pratiquaient le Bouddhisme – quelques vestiges à voir dans le pays – et le tengrisme basé sur la croyance en une divinité du ciel mâtinée de chamanisme et de culte des ancêtres.

Les Scythes seraient les premiers habitants identifiés du VIe au I er av. JC.

INVASIONS

VIIIe siècle.

À partir de ce siècle, invasion arabe puis domination de l’Islam jusqu’à aujourd’hui à partir de la bataille de Talas en 751. La langue kirghize appartient au groupe ethno- linguistique turcique, groupe réunissant une trentaine de langues provenant du turc, parlées surtout dans les pays d’Asie Centrale, de Chypre à la Sibérie. Environ 300 millions d’habitants aujourd’hui. Ça fait du monde.

DÉBUT DU XIIIe siècle.

Gengis Khan débarque et va constituer un empire qui sera jusqu’à aujourd’hui le plus étendu du monde ! Il a même fait un tour jusqu’en Pologne et dans les Balkans. Mais on trouve toujours plus fort que soi. Les Russes seront les premiers à prendre une part du gâteau, puis les Ottomans et les Perses.

XVIIe siècle

Des Mongols Oïrotes (ça existe).

XVIIIe siècle

Des Mandchous.

XIXe siècle

Des Ouzbeks.

XXe siècle

Des milliers de Kirghizes fuient vers la Chine à partir de 1916 pour éviter la domination russe et le Parti communiste en 1918. Les Russes arrivent, puis les Tchécoslovaques et les Polonais pour développer l’industrialisation. Durant la période soviétique, les Kirghizes sont minoritaires chez eux (45%), et 20% de Russes s’installent qui font partie aujourd’hui du paysage.

Des purges staliniennes. Arrestation et exécution d’intellectuels, d’hommes politiques. Les Russes vont également mener la vie dure aux Kazakhs avec la création des premiers kolkhozes qui vont chercher refuge, affamés, auprès des Kirghizes. Ceux-là vont les aider. D’où une amitié qui existe toujours entre Kirghizstan et Kazakhstan.

Cela nous a surpris quand Alexandre, notre guide de Bishkek, a parlé de 1936 comme date de l’indépendance de son pays. On s’attendait à 1991.

1936.

Création de la République Socialiste Soviétique de Kirghizie. Une indépendance sous la coupe soviétique.

1940 voit l’arrivée forcée des Coréens. Les Coréens avaient fui dans les années précédentes l’envahisseur japonais pour la Russie. Mais Staline décide de les déporter en Asie Centrale dans des conditions rappelant celles des convois vers les camps de la mort. Des Juifs arrivent aussi dans les pays d’Asie Centrale.

Le Kirghizstan a tenté de résister face à la dictature imposée par les Russes, notamment en vallée de Ferghana. C’est pourquoi Staline a divisé pour mieux régner. Il a réparti cette région sur trois pays : Kirghizstan, Ouzbékistan et Tadjikistan. Mais il existe toujours des tensions actuellement à cause de cette fragmentation imposée.

1989

On comptait au Kirghizstan 87 ethnies différentes. Aujourd’hui, on en compte 52.

1991

Fin de l’URSS et donc de la RSSK.

La capitale, appelée Frunze, prend le nom de BISHKEK.

25 décembre 1991: pleine indépendance du pays.

26 décembre 1991: L’URSS n’existe plus.

Alors, bien sûr, on a évoqué la Russie, toujours grand frère ou pas, la question de l’Ukraine….

Dans l’ensemble, les personnes âgées kirghizes soutiennent Poutine, l’invasion de l’Ukraine et sont nostalgiques de l’URSS. La santé était gratuite, l’éducation également. Tous les frais étaient pris en charge par Moscou. Le régime soviétique faisait barrage aux religions et mouvements extrémistes. Depuis, des mouvements islamistes se sont développés du côté de la vallée de Ferghana. Un guide est content de nous dire que le KGB ouzbek surveille ces groupuscules. La liberté a coûté bien cher…pour se retrouver avec une monnaie dévaluée. Avant, le Kirghizstan, véritable Château d’eau de la région échangeait son eau contre le gaz de pays voisins pour chauffer les appartements mais, à l’indépendance, des conflits aux frontières ont éclaté à cause de cette question.

Il n’est toujours pas dans la culture de critiquer. Et, d’après les dires de certains jeunes, même au Kirghizstan, cela reste dangereux de critiquer la politique. Les Russes se sont bien servis dans les ressources minières. Les jeunes sont plutôt contre l’invasion en Ukraine mais cela reste un sujet délicat en famille.

Les Russes imposent au pays d’acheter tels produits chez eux en échange de quoi des soldats russes surveillent les frontières et les groupes islamistes du côté de Ferghana.

Article 5. Tash-Rabat ou le caravansérail.

Mais d’abord deux superbes photos prises par Matthieu…parmi tant d’autres. Les chameaux resteront dans les pâturages jusqu’en octobre et Damir remontera les voir deux ou trois fois par mois. Goultchat, la femme de Damir, est aussi institutrice et directrice d’une école de 75 enfants dans son village. Avec les animaux à s’occuper et la maison, que de travail.

Ici Saïd, son fils.
Une dernière belle table sous la tente.

Alors Tash Rabat.

Même si la dernière journée de marche ne réservait pas de grandes surprises, l’arrivée sur Tash Rabat, trônant au sommet d’une petite colline, encadrée de hautes montagnes et entourée de quelques yourtes où nous allions passer la dernière nuit , nous permit de terminer ce périple kirghize en beauté.

Voilà Tash Rabat, l’ancien caravansérail. Un caravansérail est un lieu de regroupements, en Asie centrale, sur la route de la soie où on accueille les marchands et leurs bêtes pour les nourrir et les héberger.
Il en reste peu mais quand la route de la soie était en plein essor, on en trouvait tous les 25 ou 30 kilomètres, ce qui correspondait à une étape quotidienne.
Ce n’est qu’en 1983 que les archéologues ont découvert des ruines à moitié enfouies dans la terre. Apparaît alors une forteresse de pierres de 35 m sur 34 m. Le toit couvre une vingtaine de dômes et trente pièces sont disposées autour d’une grande salle surmontée d’une haute coupole.

Mais on sait aujourd’hui qu’avant d’être un caravansérail, Tash Rabat était un monastère Nestorien autour du Xème siècle. Mais si ! Sauf que nous, pauvres incultes, Nestor, ça ne nous parle pas. À part le pingouin tout mignon d’un ventriloque dans les années 80 et le valet très classe dans Tintin, on s’est dit que ce nouveau Nestor méritait un peu de recherches pour développer nos connaissances…nestoriennes….

D’abord, il s’agit non pas de Nestor mais de Nestorius, mort en 451, patriarche de Constantinople dont l’enseignement fut déclaré hérétique et qui se retrouva condamné par le concile d’Ephèse en 431.

Mais Porque ? D’abord le nestorianisme est une doctrine christologique, cela signifie qu’on traite surtout de la nature de Jésus et de son rapport à Dieu. Pour eux, en Jésus coexistent deux hypostases. Si si. On explique. Deux substances, deux essences qui sont de deux origines différentes : l’une divine et l’autre humaine. Et qu’il ne faut pas tout mélanger.

Deux exemples pour bien comprendre. (on se donne du mal quand même…).

Pour eux, Marie, mère de Dieu. Refusé. Elle est la mère de l’homme Jésus.

Dieu a souffert et a été crucifié. Bah non. Ça ne marche pas.C’est l’homme Jésus qui a souffert.

Nestorius et ses disciples refusent cette communication entre les deux hypostases. Finalement c’est assez simple.

Cette branche du christianisme était très influente jusqu’en Inde, en Chine et en Mongolie au cours de l’Antiquité et une partie du Moyen Âge. On entrevoit alors déjà la position du Concile d’Ephèse qui, lui, en 431, affirme l’Union des deux natures hypostatiques, humaine et divine, de Jésus-Christ.

Personnellement, on n’a pas de point de vue mais l’endroit est magnifique. Ils avaient bien choisi.

Et puis les yourtes…

On en a vu peu car on est tôt dans la saison, mais on sait que l’été, les pâturages se couvrent de yourtes de bergers, que de nombreux touristes arrivent pour assister à des festivités de luttes, de jeux etc. Ce n’était pas l’objet de notre voyage et on est très heureux d’avoir parcouru ces vastes paysages pratiquement seuls au monde.

La yourte, toute une symbolique. Elle est d’ailleurs entrée au patrimoine de L’UNESCO.

C’est le feutrage qui garantit l’isolation. Il faut six épaisseurs de laine tressée et la laine de 120 moutons pour une yourte de 5 m de diamètre.
C’est sous l’Union soviétique que le peuple a dû se sédentariser. Aujourd’hui, en fonction des besoins des troupeaux, les gens sont redevenus semi-nomades.
Une grosse natte se rabat sur la porte en bois pour davantage isoler du froid.
L’ouverture est toujours au centre du plafond. Une corde extérieure permet de rabattre le feutre pour refermer le sommet du toit. Il vaut mieux y songer avant d’aller se coucher…

Traditionnellement, les quarante rayons qui tiennent les pans de feutre représentent les quarante tribus qui fondent le peuple kirghize. Encore aujourd’hui, chaque Kirghize sait à quelle tribu il appartient. Il peut y avoir plus de rayons car cela dépend du diamètre de la yourte.

Autrefois, on entrelaçait les croisillons avec des lianes de cuir.
Face à la porte au fond se tiennent les invités. À gauche, les hommes avec les vêtements masculins, les équipements équestres et les instruments de musique, à droite les femmes et leurs ustensiles de cuisine. Des nattes sont disposées un peu partout sur le sol. Là, les yourtes sont équipées seulement pour installer nos lits. On aperçoit la natte devant la porte qu’on rabat la nuit.
On met du charbon ou des bouses de vaches comme combustibles. Les chameaux font des crottes trop petites. Pas la peine d’être si grands.
Matthieu, plus Kirghize que les Kirghizes. Des enfants sont vite venus nous proposer des objets qu’ils ont fabriqués.
Noursultan, jeune guide très sympathique avec le chapeau traditionnel.
Et DASTAN qui peut être très fier du projet qu’il a proposé et réalisé.

Nous partagerons notre dernier repas dans une maison où on fêtera ce soir-là les 38 ans de Dastan.

Dernier repas avant de rejoindre l’aéroport le lendemain.
Anniversaire de Dastan. (photo de Françoise).

Arrivés depuis quatre jours en Ouzbékistan, nous constatons qu’il y a beaucoup de similitudes entre Kirghizstan et Ouzbekistan concernant l’éducation, le mariage, l’économie, la politique, l’histoire et les relations avec la Russie. On en reparlera plus tard.

On quitte ce magnifique pays, le corps tonifié par les heures de marche, le regard empli de ses espaces sauvages et le cœur ravi de si belles rencontres.

Article 4 suite. La fin de la transhumance.

Je viens de me rendre compte que la fin de l’article 4 n’est pas passée ! Ce soir-là, beaucoup de soucis avec la tablette et je pense que l’article devait être trop long. La tablette ne faisait que s’éteindre.

C’est dans ce décor de rêve qu’on va se quitter, laissant les troupeaux dans les pâturages ( les jaillos) jusqu’en automne.
Derrière les sourires, beaucoup d’émotions et le sentiment qu’on a vécu ensemble une aventure humaine formidable.
La disposition en cercle nous rappelle que chaque matin, tous rassemblés les mains tournées vers le haut, Damir faisait une courte prière pour nous souhaiter une belle journée.
Nous quittons Damir, sa famille, ses chameliers et ses chameaux , mais l’aventure kirghize n’est pas terminée.

Article 4. Chameaux good trip !

La transhumance chamelière vécue au plus près de la famille kirghize a été une expérience unique et exceptionnelle et, quand on s’y est inscrits, on ne savait pas encore à quel point cela allait être vrai.

En effet, qu’un groupe restreint de touristes puisse accompagner le déplacement de troupeaux et partager le quotidien d’une famille de chameliers était organisé pour la première fois au Kirghizstan. L’agence Terres oubliées n’avait pu concrétiser ce projet l’an dernier, faute d’un nombre suffisant de participants. Expérience unique puisque la transhumance ne se fait qu’une fois par an et que, selon la réussite ou non de ce qui sera vécue par nous et la famille de Damir, elle sera reconduite l’an prochain…ou pas.

Pour la famille de Damir, c’est aussi une grande première. On peut déjà vous dire qu’on s’est tous quittés cinq jours plus tard, le cœur gonflé d’émotions, les yeux rougis et la femme de Damir en larmes.

DASTAN, notre guide pour le temps de la transhumance, en polo vert. Il parle un français parfait, connaît tout de notre culture française et de celle du Kirghizstan. Une gentillesse et une patience à toute épreuve. C’est lui qui a eu l’idée de monter ce projet et de le proposer à Terres Oubliées. Une très belle personne.
Damir lève son verre, sa femme Goultchat porte un foulard, la petite dame est sa sœur, le fils aîné, Saïd parle à DASTAN et fera partie du voyage.
Encore et toujours des repas fastueux.
Assezim, derrière Damir, belle jeune fille de 12 ans, nous a impressionnés par la concentration, le sérieux dont elle a fait preuve au cours de ces cinq jours. Elle secondait sa mère pour tout. La semaine du 1 au 9 mai est fériée dans le pays, elle était donc en vacances scolaires.

Nous voilà arrivés au village de Ak Moyun, dans la famille de Damir notre chamelier. L’accueil est très touchant. Il nous explique que cela fait longtemps que sa famille et lui se préparent à nous recevoir. Ils sont très honorés de savoir qu’on vient d’aussi loin pour découvrir leur pays et leur culture. Ils veulent qu’on se sente chez eux comme chez nous. Damir nous souhaite un très beau voyage dans son pays, que l’on reste en bonne santé et que le retour en France se passe bien.

La table a été poussée et la pièce se transforme en chambre pour les trois couples, les trois autres copines dormant dans une pièce à côté. Assezim nous aide à installer les matelas au sol.

Le matin, Goultchat trait une vache dans la cour derrière la maison. Le lait sera frais…et chaud.

Il fait très froid mais Goultchat est bras nus.
Toute la logistique passera par ce camion : transport de nos gros sacs, tentes, nourriture…des membres du groupe, parfois trop fatigués pour marcher, profiteront d’un transport motorisé.

Damir a hérité des chameaux par son père ainsi que ses frères. Mais comme ceux-ci vivent à Bichkek, c’est lui qui s’occupe du cheptel. Il ne reste dans tout le pays que 600 chameaux environ, aujourd’hui, Damir en possède une quarantaine. Les chameaux vivent dans cette région pour des raisons climatiques, ils se regroupent à trois ou quatre villages pour emmener les chameaux en transhumance.

Enfin on fait connaissance avec les chameaux à cinq kilomètres du village.
Ils sont aussi surpris et curieux que nous. Très distants au début de part et d’autre, on s’habituera progressivement à cohabiter.
Le troupeau que nous allons accompagner est composé  de chameaux, de chevaux, de vaches et de jeunes yacks. Il sera encadré par quatre cavaliers et deux chiens.
Un peu mou de la bosse. C’est normal, ils ont passé l’hiver et ont épuisé leurs réserves de graisse. Pas nous ! Avec tout ce qu’on mange ici …
Sourire en or. Très fréquent au Kirghizstan.
Les chevaux, une trentaine, restent assez groupés, ils sont en général devant. Les chameaux marchent assez vite, mais ils ont tendance à se disperser, les chameliers à cheval ne cesseront de les maintenir dans le droit chemin, bien aidés par Chantal et Bernard.

Les chameaux de Bactriane sont une espèce en voie de disparition car il est plus facile d’élever des vaches et des moutons mais pour Damir, il s’agit de l’héritage de ses ancêtres et il n’a pas envie de bouger d’ici.

On peut tout manger dans le chameau. Adulte, il peut représenter 300 kg de viande.
Ils se nourrissent de chardons et semblent apprécier les extrémités des branches.

On élève le chameau pour sa viande, pour ses poils. Il est considéré dans ce pays comme l’animal le plus noble suivi par le cheval. Posséder des chameaux est un signe de richesse. Les poils servent à faire des tapis, la laine de mouton également mais la laine de chameau est paraît-il, bien meilleure. 

Les poils servent aussi à faire des compresses en cas de blessure. Les bosses sont une réserve de graisse, à  la fin de l’été elles seront plus grosses et bien droites. Cette graisse est un mets apprécié, elle est aussi utilisée pour soigner les sinusites, les maux de ventre et aussi d’autres choses…

Le mâle protège ses femelles pendant la période de reproduction. Il y a souvent des disputes dans le troupeau, Damir nous recommande  de ne pas trop nous approcher, on n’en a pas trop envie, les bêtes sont impressionnantes…mais on deviendra de plus en plus intimes avec les bêtes.

Comment s’appelle le petit d’un yak ? Un yacuzzy ! Bravo Gilbert.
Veaux, vaches, yacks, moutons…
Nous suivons progressivement le cours de la rivière At- Bashy.

Les jours se suivront et ne se ressembleront pas. Les paysages seront différents, le long des rivières, sur les hauteurs, des journées ensoleillées et chaudes, des journées froides. Dastan, chaque jour, au cours de la marche ou pendant les pauses, nous fait découvrir la riche histoire de son pays. Noursultan, plus jeune, est aussi très présent et fera un excellent guide. Nadjat, jeune femme guide, est également du voyage.

Nos pique-niques sont préparés le matin par la famille et nous le portons dans nos petits sacs de randonnée. À chaque fois, les campements sont choisis dans des endroits magnifiques.

Quand on arrive sur le spot, chacun installe sa tente et ses affaires récupérées dans le camion militaire.
La grande tente qui nous sert de mess est montée par Damir et son équipe de choc. Elle est mise en place avant notre arrivée.
Un moment attendu et apprécié : Un thé et des chaises nous attendent pour la pause de fin de journée. Bernard tout en extension et Françoise, la gazelle, tout en sourire.
Et puis c’est la soirée. Ici, le groupe écoute attentivement Saïd, qui, dans le dos de son père, chante divinement des chants kirghizes. Nous les Français, on était un peu moins divins mais le cœur y était. C’est l’essentiel.
Quand c’est possible, les chameaux sont parqués pour la nuit. Ici une ferme.
I am a poor lonesome cowboy. Lucky Luke.
Après les paysages arides, retrouver des vallées verdoyantes et des arbres, dont des épicéas, nous réjouissent.
On est très heureux de manger assis sur des chaises !
Et voilà le coin cuisine, plus que sommaire, dans lequel Goultchat et sa fille nous prépareront des festins.
Nos guides de choc : Dastan, Noursultan et Nadjat.
Très beau campement mais la pluie est annoncée. Heureusement elle arrivera en soirée et dans la nuit. On n’aura jamais marché sous la pluie.
La salle de bains pour les plus courageux.
Rencontre encore rare en cette saison de campement de nomades.
Direction le col d’Arashan situé à 3400 m d’altitude, mais le chameau de Bactriane, bien que robuste et évoluant fort bien sur des terrains montagneux, n’aime pas la neige. Nos chemins se sépareront donc le temps d’une journée.
La rivière est complètement gelée. Pierre et moi n’avons pas pris nos crampons, dommage ! Cela m’aurait évité deux chutes mais rien de grave.
Sous la neige, la vie. Photo de Matthieu.
Idem.
En redescendant le col, nous faisons une pause près de la Source dorée à l’eau pétillante, célèbre pour ses vertus thérapeutiques.
Le camion nous rejoint pour permettre aux trois personnes qui n’ont pas souhaité franchir le col à pied, de parcourir les derniers kilomètres de cette journée avec nous.
Nous avons basculé sur l’immense vallée d’Aksaï où se trouve le lac Chatyr Kul.
Derrière ces montagnes, la Chine. Cette partie des Monts Tian Shan s’appelle les Monts Célestes.
Campement

Article 3. Trek au pays des Kirghizes.

Jusqu’au Lac SONG KUL.

A plusieurs reprises au Kirghizstan puis en Ouzbékistan, nos pas se mêleront à ceux des marchands et des chameaux qui ont sillonné la route de la Soie, ou plutôt les routes de la Soie. Elles partaient de Constantinople – Istanbul aujourd’hui – et se terminaient en Chine à Xian, célèbre pour son armée de guerriers en terre et ancienne capitale.

Chacun sa route, chacun son chemin, en fonction d’un conflit, d’une calamité naturelle. Au nord, des cavaliers nomades attaquaient les caravanes et les points de ravitaillement étaient rares. Au sud, on craignait plutôt les cols enneigés et les déserts. L’aventure quoi.

Pourquoi la route de la Soie ?

Parce que les Chinois avaient d’énormes besoins en chevaux pour faire face aux vilains cavaliers nomades qui venaient les attaquer. La soie servit de monnaie d’échange, facile à transporter, légère, exotique. Du made in China très tendance. Puis l’import- export se développa et les Chinois firent venir à dos de chevaux et de chameaux de Bactriane des métaux précieux, du verre teinté, des noix, des fruits méditerranéens, du raisin. En échange, l’occident achetait non seulement la soie, mais aussi la porcelaine, le papier, le thé, le gingembre, la rhubarbe, des épices, du bambou et des parfums…d’orient.

Mais les marchandises voyageaient rarement d’un bout à l’autre de la route. Au départ, il s’agissait surtout de trocs entre nomades et groupes sédentaires puis la monnaie a permis des transactions commerciales de plus en plus lointaines.

Notre premier spot Route de la Soie sera celui de Balasagun, célèbre pour la tour Burana qui fut fondée par les Karakhanides vers le XI e siècle. Kesako ? Une dynastie qui régna dans le coin pendant 400 ans. La tour de Burana mesurait à l’origine 45 m de hauteur contre 25 m aujourd’hui suite à un tremblement de terre. Elle est actuellement l’un des plus anciens minarets de l’Asie Centrale qui appartenait à la mosquée de Balasagun, l’un des centres commerciaux les plus importants de la route de la Soie du nord.

Très beau site au pied des monts Alaa- Tau.
On y grimpe et il y fait noir comme dans un four.
La base est ornée de savants motifs géométriques de briques.
Des statues funéraires veillent aux alentours.

Et puis on est partis marcher dans le canyon de Konorchok, où les plissements rougeoyants des roches en forme de citadelles nous rappelaient les Castillos des quebradas en Argentine.

Et puis des cairns, comme partout en montagne.
Partie technique de l’ascension accompagnée de bonnes rigolades.
On découvre ce jour-là les festins auxquels on aura droit chaque jour du périple. Hospitalité et générosité. On s’est tous dit à la fin des deux semaines qu’on n’avait pas dû perdre un gramme. Notre hôtesse est assise entre Brigitte au large sourire et Renée. Les deux premiers hommes, Sacha et Vladimir assurent nos transferts en minibus. Très sympas, ils feront réellement partie de l’équipe. À chaque fois, la table sera couverte dès le début de mets salés mais aussi de bonbons et de confitures. Un rêve pour les gamins gourmands. On a appris aujourd’hui en Ouzbékistan qu’effectivement, la maîtresse de maison ne doit pas laisser d’espace vide sur la table des invités.

Petite balade matinale pour Pierre et moi dans le village de Kyzart où nous avons passé la nuit. Il ne fait pas chaud. On sait que le lac qui nous attend sera gelé.

A chacun son moyen de transport.
L’avenue principale.
Mur en adobe. ( briques de terre crue).
Les Kirghizes, sous la pression soviétique des années 1920, vont passer du nomadisme à une vie sédentaire. L’esthétique extérieure des maisons n’est pas vraiment une priorité. L’une des plus belles maisons du village.
Un peu rustico le puits.
On the road…
Matthieu, notre guide français, tout sourire, adorable.
Brigitte va au charbon pour chauffer l’eau de son thé.
Mausolée au bord de la route mais c’est surtout un nombre incroyable de cimetières qu’on croisera, beaucoup plus nombreux que les villages. On en a compris la raison. Les nomades et leurs yourtes se déplacent. Pas les morts. Ou alors rarement.
Nos sympathiques chauffeurs transfèrent nos bagages sur cinq chevaux.
Les chevaux et leurs cavaliers  guideront les chameaux jusqu’aux alpages.
Vladimir le grand.  Sacha le petit.
Pour nous, début de la montée vers le col de Tuz Ashuu, à 3400m, qui ne sera pas sans difficultés à cause des passages très enneigés où l’on s’enfonce parfois jusqu’aux genoux. Mais à ce moment-là, on ne le sait pas encore.
Un de nos cavaliers qui s’occupera des chameaux.
Tulipes sauvages.
Nos quatre cavaliers. Régulièrement, les chevaux aideront des membres du groupe à terminer une étape. Ce jour-là aura été l’une des deux journées les plus difficiles du trek.
On est encore tout sourire.
Chacun prend sur soi pour arriver au col.
Et puis c’est la difficulté d’avancer dans la neige quand on s’enfonce et qu’on n’a pas de raquettes !
On dirait qu’il ne fait pas chaud…we did it.
Comme prévu, le lac est gelé. Et nous aussi. On dormira sous une yourte.
La salle de bains…sans eau. Cette année, on a le robinet. Un début.
Le mess où on prendra nos repas. On est déçu que le groupe soit scindé en deux, à 500 m environ les uns des autres.
On se tient chaud dans la tente. On écoute Noursultan notre jeune guide. On passera la soirée à chanter, en alternant chants kirghizes et français pendant que séviront des rafales de vent nous apportant la neige sur le campement.
Magnifiques photos bleu nuit de Françoise. A la lueur de la lampe torche, Brigitte et moi rejoignons notre nid que nous espérons douillet. La journée a été épuisante pour tout le monde.
On peut faire une fête. Les voisins ne seront pas dérangés.
Matin blanc.

Le lendemain, ce sera la rencontre avec Damir le chamelier, sa famille et ses chameaux. Mais ça, ce sera une autre histoire.

Article 2. Premières nouvelles du Kirghizstan!

Ce n’est qu’à la fin de notre périple de deux semaines au Kirghizstan qu’on peut enfin donner des nouvelles.

On voulait un pays à l’abri du tourisme de masse qui nous parle de la route de la soie, où l’authenticité a encore un sens, où les paysages sont d’immenses terres parcourues par des milliers de chevaux, de chèvres, de marmottes, seulement délimitées par d’immenses chaînes de montagnes, telles les Monts Tian Shan. Nous avons été comblés. Dans ce monde-là, pas de réseau. Et c’est tant mieux.

Hier soir 10 mai, on a quitté le pays comme prévu pour rejoindre l’Ouzbekistan et il nous sera impossible, faute de temps, de retracer dans le détail les deux semaines que nous venons de vivre. Mais, en une phrase, ce trek au pays des Kirghizes puis la transhumance chamelière vécue auprès de Damir et de sa famille ont été une expérience exceptionnelle et pleine d’émotions.

Mais reprenons dans l’ordre.

Pour la première fois depuis la création de ce blog on voyage avec un groupe de 9 personnes et cette fois-ci s’est posée la question du On. Comment restituer les choses vécues, vues, entendues, apprises durant ces quatre jours quand l’expérience est différente pour chaque membre de ce groupe ? Le plus simple est que le On représente notre point de vue, celui de Pierre et moi et non pas un compte-rendu collectif. Cependant, si une autre personne du groupe a envie de prendre « la plume », on le lui proposera avec plaisir.

Alexandre, au centre, a été notre guide la première journée. On aperçoit Matthieu, premier homme derrière à partir de la gauche, qu’on avait rencontré sur le stand de Terres Oubliées à Lyon et qui nous accompagnera tout au long du voyage.

L’arrivée à Bichkek dans la nuit.

Dès la première matinée, après une arrivée à l’hôtel vers 3h du matin, mise en jambes dans le parc ALA ARTCHA à une trentaine de kilomètres de Bichkek, la capitale. Un 400 m de dénivelé qui nous a menés à 2400 m d’altitude, sous le pas rapide et décidé d’Alexandre, guide local, parlant un français parfait, ravi de nous faire découvrir son pays et très fier, l’après-midi, de nous montrer sa ville, Bichkek.

Parc d’Ala ARTCHA . On comprend vite qu’on marchera souvent dans la neige au cours du voyage.
On montera jusqu’à 2400 m ce jour-là.
Au pays des léopards des neiges et des marmottes…

On aurait pu s’épancher sur la capitale pour les nostalgiques des constructions soviétiques, mais on a beaucoup plus intéressant à raconter. Les grands espaces qui nous séduisent par exemple. Quelques mots cependant sur Bishkek. C’est une capitale plutôt tranquille, connue pour être la ville la plus verte d’Asie centrale. Le Kirghizstan connaît un climat continental et des plus de 40 degrés, ce qui rendent les rangées de peupliers et les nombreux parcs très appréciés l’été.

L’ été ? Pas pour nous. Mais on le savait. Les dates du voyage ont été choisies en fonction de la transhumance et comme nous cheminerons souvent au-delà de 2500 m, ce sera encore l’hiver.

Manas, le héros national qui a su unifier les quarante tribus du pays. Sa vie et sa lignée sont célébrées à travers une longue tradition orale appelée l’épopée de Manas, qui serait le plus long poème épique du monde. 500 000 vers ! C’est un peu l’Odyssée de l’Asie centrale. Il faut plusieurs journées pour déclamer en entier ses vers qui racontent les exploits de Manas, de son fils Semetey et de Seitek son petit-fils. Comme toute tradition orale, il est difficile de connaître la date du début des récits mais la version écrite complète a été publiée dans les années 1920.
Devant le musée historique.
Dans une famille qui nous a accueillis le temps d’un repas, l’un des jeunes fils nous en a fait vivre un extrait, chapeau traditionnel sur la tête. Même si les paroles nous sont restées étrangères, l’intensité de son chant et la conviction mise dans chacun de ses gestes nous ont fortement impressionnés.
Contrairement à d’autres pays du coin, Lénine n’a jamais été déboulonné au Kirghizstan. Il reste le grand frère. La relation avec l’ancienne Union soviétique et aujourd’hui avec la Russie nous a été plusieurs fois dépeinte. Sujet très intéressant. On essaiera de trouver le temps d’en parler.

Et puis une femme. Véritable héroïne au Kirghizstan. Kurmanjan Datka.

Surnommée «  la tsarine de l’Alaï » ou «  la Reine du Sud  », elle est née en 1811 et décédera à 95 ans. L’air des grands espaces sans doute. Une rebelle. D’abord elle refuse d’épouser l’homme qu’on lui a choisi. Le dirigeant local du Khanat de Kokand aime sa nature fougueuse et la prend pour femme. Quand il sera assasssiné, les autres khans ( seigneurs) la reconnaîtront comme dirigeante et Générale. Organisant des mouvements de résistance, elle comprendra plus tard l’inutilité de lutter contre un pays aussi grand et fort que la Russie et persuadera son peuple d’accepter la domination russe. Apparemment, ils ne lui en veulent pas. Bien au contraire.

Au marché d’Osh à Bichkek. Appelé ainsi parce la plupart des marchands venaient de cette deuxième ville du pays.

Un grand moment avec cet homme amoureux de la France et de son équipe de foot à travers les âges. Sur sa calculette défilent les dates marquantes des exploits de nos joueurs dont il connaît par cœur les noms.
Heureux également d’évoquer nos hommes politiques les plus célèbres…tout ça sans parler le français.
Des céréales ….
Et des épices…
Le riz… celui-ci, très ancien, enrobé d’argile pour une meilleure conservation, est à l’origine de toutes les autres formes de riz. C’est ce qu’on a compris.
Présentation originale de petits fromages complètement déshydratés, permettant une conservation de plusieurs mois. Ils se sont souvent invités sur nos tables.
Section viande et tripailles. Des intestins à l’air. C’est la partie du marché qui nous a le plus surpris. L’odeur du sang et la présence de gras sous toutes ses formes nous ont parfois un peu soulevé le cœur. Malgré une propreté irréprochable. (Photo de Chantal).
Le billot.
Des fruits secs sous toutes les formes.
Du pain tellement beau qu’on hésite à le manger.
La population kirghize est musulmane à environ 83%. Ici, la très belle mosquée de Bishkek.
La plus grande mosquée d’Asie centrale inaugurée en 2018 par les présidents Kirghize et Turc.
Notre unique soirée à Bichkek.

Nous pensions maigrir un peu avec les kilomètres parcourus, mais rien n’est moins sûr car chaque repas ressemblait à un festin, table aussi belle que bonne et copieuse. On a connu un après-midi où l’on a enchaîné trois repas, chaque famille voulant nous faire honneur…l’hospitalité de l’Asie centrale n’est pas une légende.

Un repas pris dans un restaurant de standard moyen. Alexandre qu’on ne verra que pour cette journée, Dimitri, un de nos deux chauffeurs pour les transferts, Chantal notre blonde, Brigitte la Toulousaine à côté de Pierre.
Françoise en admiration devant les tentures, Gilbert et Renée, amis de Bernard et Anne, nos quatre Alsaciens.
Le plafond reprend les symboles présents dans les yourtes.
Et ce ne sont que les entrées.
Les tapis de feutre typiques du pays.
Habillage des murs.
Rouleaux de tissu aux couleurs chatoyantes.
On est bien arrivés en Orient.

À bientôt. Aujourd’hui, première journée en Ouzbékistan.