La transhumance chamelière vécue au plus près de la famille kirghize a été une expérience unique et exceptionnelle et, quand on s’y est inscrits, on ne savait pas encore à quel point cela allait être vrai.
En effet, qu’un groupe restreint de touristes puisse accompagner le déplacement de troupeaux et partager le quotidien d’une famille de chameliers était organisé pour la première fois au Kirghizstan. L’agence Terres oubliées n’avait pu concrétiser ce projet l’an dernier, faute d’un nombre suffisant de participants. Expérience unique puisque la transhumance ne se fait qu’une fois par an et que, selon la réussite ou non de ce qui sera vécue par nous et la famille de Damir, elle sera reconduite l’an prochain…ou pas.
Pour la famille de Damir, c’est aussi une grande première. On peut déjà vous dire qu’on s’est tous quittés cinq jours plus tard, le cœur gonflé d’émotions, les yeux rougis et la femme de Damir en larmes.
DASTAN, notre guide pour le temps de la transhumance, en polo vert. Il parle un français parfait, connaît tout de notre culture française et de celle du Kirghizstan. Une gentillesse et une patience à toute épreuve. C’est lui qui a eu l’idée de monter ce projet et de le proposer à Terres Oubliées. Une très belle personne. Damir lève son verre, sa femme Goultchat porte un foulard, la petite dame est sa sœur, le fils aîné, Saïd parle à DASTAN et fera partie du voyage.Encore et toujours des repas fastueux.Assezim, derrière Damir, belle jeune fille de 12 ans, nous a impressionnés par la concentration, le sérieux dont elle a fait preuve au cours de ces cinq jours. Elle secondait sa mère pour tout. La semaine du 1 au 9 mai est fériée dans le pays, elle était donc en vacances scolaires.
Nous voilà arrivés au village de Ak Moyun, dans la famille de Damir notre chamelier. L’accueil est très touchant. Il nous explique que cela fait longtemps que sa famille et lui se préparent à nous recevoir. Ils sont très honorés de savoir qu’on vient d’aussi loin pour découvrir leur pays et leur culture. Ils veulent qu’on se sente chez eux comme chez nous. Damir nous souhaite un très beau voyage dans son pays, que l’on reste en bonne santé et que le retour en France se passe bien.
La table a été poussée et la pièce se transforme en chambre pour les trois couples, les trois autres copines dormant dans une pièce à côté. Assezim nous aide à installer les matelas au sol.
Le matin, Goultchat trait une vache dans la cour derrière la maison. Le lait sera frais…et chaud.
Il fait très froid mais Goultchat est bras nus.Toute la logistique passera par ce camion : transport de nos gros sacs, tentes, nourriture…des membres du groupe, parfois trop fatigués pour marcher, profiteront d’un transport motorisé.
Damir a hérité des chameaux par son père ainsi que ses frères. Mais comme ceux-ci vivent à Bichkek, c’est lui qui s’occupe du cheptel. Il ne reste dans tout le pays que 600 chameaux environ, aujourd’hui, Damir en possède une quarantaine. Les chameaux vivent dans cette région pour des raisons climatiques, ils se regroupent à trois ou quatre villages pour emmener les chameaux en transhumance.
Enfin on fait connaissance avec les chameaux à cinq kilomètres du village.Ils sont aussi surpris et curieux que nous. Très distants au début de part et d’autre, on s’habituera progressivement à cohabiter.Le troupeau que nous allons accompagner est composé de chameaux, de chevaux, de vaches et de jeunes yacks. Il sera encadré par quatre cavaliers et deux chiens.Un peu mou de la bosse. C’est normal, ils ont passé l’hiver et ont épuisé leurs réserves de graisse. Pas nous ! Avec tout ce qu’on mange ici …Sourire en or. Très fréquent au Kirghizstan. Les chevaux, une trentaine, restent assez groupés, ils sont en général devant. Les chameaux marchent assez vite, mais ils ont tendance à se disperser, les chameliers à cheval ne cesseront de les maintenir dans le droit chemin, bien aidés par Chantal et Bernard.
Les chameaux de Bactriane sont une espèce en voie de disparition car il est plus facile d’élever des vaches et des moutons mais pour Damir, il s’agit de l’héritage de ses ancêtres et il n’a pas envie de bouger d’ici.
On peut tout manger dans le chameau. Adulte, il peut représenter 300 kg de viande. Ils se nourrissent de chardons et semblent apprécier les extrémités des branches.
On élève le chameau pour sa viande, pour ses poils. Il est considéré dans ce pays comme l’animal le plus noble suivi par le cheval. Posséder des chameaux est un signe de richesse. Les poils servent à faire des tapis, la laine de mouton également mais la laine de chameau est paraît-il, bien meilleure.
Les poils servent aussi à faire des compresses en cas de blessure. Les bosses sont une réserve de graisse, à la fin de l’été elles seront plus grosses et bien droites. Cette graisse est un mets apprécié, elle est aussi utilisée pour soigner les sinusites, les maux de ventre et aussi d’autres choses…
Le mâle protège ses femelles pendant la période de reproduction. Il y a souvent des disputes dans le troupeau, Damir nous recommande de ne pas trop nous approcher, on n’en a pas trop envie, les bêtes sont impressionnantes…mais on deviendra de plus en plus intimes avec les bêtes.
Comment s’appelle le petit d’un yak ? Un yacuzzy ! Bravo Gilbert.Veaux, vaches, yacks, moutons…Nous suivons progressivement le cours de la rivière At- Bashy.
Les jours se suivront et ne se ressembleront pas. Les paysages seront différents, le long des rivières, sur les hauteurs, des journées ensoleillées et chaudes, des journées froides. Dastan, chaque jour, au cours de la marche ou pendant les pauses, nous fait découvrir la riche histoire de son pays. Noursultan, plus jeune, est aussi très présent et fera un excellent guide. Nadjat, jeune femme guide, est également du voyage.
Nos pique-niques sont préparés le matin par la famille et nous le portons dans nos petits sacs de randonnée. À chaque fois, les campements sont choisis dans des endroits magnifiques.
Quand on arrive sur le spot, chacun installe sa tente et ses affaires récupérées dans le camion militaire.La grande tente qui nous sert de mess est montée par Damir et son équipe de choc. Elle est mise en place avant notre arrivée.Un moment attendu et apprécié : Un thé et des chaises nous attendent pour la pause de fin de journée. Bernard tout en extension et Françoise, la gazelle, tout en sourire.Et puis c’est la soirée. Ici, le groupe écoute attentivement Saïd, qui, dans le dos de son père, chante divinement des chants kirghizes. Nous les Français, on était un peu moins divins mais le cœur y était. C’est l’essentiel. Quand c’est possible, les chameaux sont parqués pour la nuit. Ici une ferme.I am a poor lonesome cowboy. Lucky Luke.Après les paysages arides, retrouver des vallées verdoyantes et des arbres, dont des épicéas, nous réjouissent.On est très heureux de manger assis sur des chaises ! Et voilà le coin cuisine, plus que sommaire, dans lequel Goultchat et sa fille nous prépareront des festins.Nos guides de choc : Dastan, Noursultan et Nadjat. Très beau campement mais la pluie est annoncée. Heureusement elle arrivera en soirée et dans la nuit. On n’aura jamais marché sous la pluie. La salle de bains pour les plus courageux. Rencontre encore rare en cette saison de campement de nomades. Direction le col d’Arashan situé à 3400 m d’altitude, mais le chameau de Bactriane, bien que robuste et évoluant fort bien sur des terrains montagneux, n’aime pas la neige. Nos chemins se sépareront donc le temps d’une journée. La rivière est complètement gelée. Pierre et moi n’avons pas pris nos crampons, dommage ! Cela m’aurait évité deux chutes mais rien de grave. Sous la neige, la vie. Photo de Matthieu.Idem.En redescendant le col, nous faisons une pause près de la Source dorée à l’eau pétillante, célèbre pour ses vertus thérapeutiques.Le camion nous rejoint pour permettre aux trois personnes qui n’ont pas souhaité franchir le col à pied, de parcourir les derniers kilomètres de cette journée avec nous.Nous avons basculé sur l’immense vallée d’Aksaï où se trouve le lac Chatyr Kul. Derrière ces montagnes, la Chine. Cette partie des Monts Tian Shan s’appelle les Monts Célestes. Campement
A plusieurs reprises au Kirghizstan puis en Ouzbékistan, nos pas se mêleront à ceux des marchands et des chameaux qui ont sillonné la route de la Soie, ou plutôt les routes de la Soie. Elles partaient de Constantinople – Istanbul aujourd’hui – et se terminaient en Chine à Xian, célèbre pour son armée de guerriers en terre et ancienne capitale.
Chacun sa route, chacun son chemin, en fonction d’un conflit, d’une calamité naturelle. Au nord, des cavaliers nomades attaquaient les caravanes et les points de ravitaillement étaient rares. Au sud, on craignait plutôt les cols enneigés et les déserts. L’aventure quoi.
Pourquoi la route de la Soie ?
Parce que les Chinois avaient d’énormes besoins en chevaux pour faire face aux vilains cavaliers nomades qui venaient les attaquer. La soie servit de monnaie d’échange, facile à transporter, légère, exotique. Du made in China très tendance. Puis l’import- export se développa et les Chinois firent venir à dos de chevaux et de chameaux de Bactriane des métaux précieux, du verre teinté, des noix, des fruits méditerranéens, du raisin. En échange, l’occident achetait non seulement la soie, mais aussi la porcelaine, le papier, le thé, le gingembre, la rhubarbe, des épices, du bambou et des parfums…d’orient.
Mais les marchandises voyageaient rarement d’un bout à l’autre de la route. Au départ, il s’agissait surtout de trocs entre nomades et groupes sédentaires puis la monnaie a permis des transactions commerciales de plus en plus lointaines.
Notre premier spot Route de la Soie sera celui de Balasagun, célèbre pour la tour Burana qui fut fondée par les Karakhanides vers le XI e siècle. Kesako ? Une dynastie qui régna dans le coin pendant 400 ans. La tour de Burana mesurait à l’origine 45 m de hauteur contre 25 m aujourd’hui suite à un tremblement de terre. Elle est actuellement l’un des plus anciens minarets de l’Asie Centrale qui appartenait à la mosquée de Balasagun, l’un des centres commerciaux les plus importants de la route de la Soie du nord.
Très beau site au pied des monts Alaa- Tau. On y grimpe et il y fait noir comme dans un four.La base est ornée de savants motifs géométriques de briques. Des statues funéraires veillent aux alentours.
Et puis on est partis marcher dans le canyon de Konorchok, où les plissements rougeoyants des roches en forme de citadelles nous rappelaient les Castillos des quebradas en Argentine.
Et puis des cairns, comme partout en montagne. Partie technique de l’ascension accompagnée de bonnes rigolades. On découvre ce jour-là les festins auxquels on aura droit chaque jour du périple. Hospitalité et générosité. On s’est tous dit à la fin des deux semaines qu’on n’avait pas dû perdre un gramme. Notre hôtesse est assise entre Brigitte au large sourire et Renée. Les deux premiers hommes, Sacha et Vladimir assurent nos transferts en minibus. Très sympas, ils feront réellement partie de l’équipe. À chaque fois, la table sera couverte dès le début de mets salés mais aussi de bonbons et de confitures. Un rêve pour les gamins gourmands. On a appris aujourd’hui en Ouzbékistan qu’effectivement, la maîtresse de maison ne doit pas laisser d’espace vide sur la table des invités.
Petite balade matinale pour Pierre et moi dans le village de Kyzart où nous avons passé la nuit. Il ne fait pas chaud. On sait que le lac qui nous attend sera gelé.
A chacun son moyen de transport. L’avenue principale.Mur en adobe. ( briques de terre crue).Les Kirghizes, sous la pression soviétique des années 1920, vont passer du nomadisme à une vie sédentaire. L’esthétique extérieure des maisons n’est pas vraiment une priorité. L’une des plus belles maisons du village.Un peu rustico le puits. On the road…Matthieu, notre guide français, tout sourire, adorable. Brigitte va au charbon pour chauffer l’eau de son thé.Mausolée au bord de la route mais c’est surtout un nombre incroyable de cimetières qu’on croisera, beaucoup plus nombreux que les villages. On en a compris la raison. Les nomades et leurs yourtes se déplacent. Pas les morts. Ou alors rarement.Nos sympathiques chauffeurs transfèrent nos bagages sur cinq chevaux. Les chevaux et leurs cavaliers guideront les chameaux jusqu’aux alpages.Vladimir le grand. Sacha le petit. Pour nous, début de la montée vers le col de Tuz Ashuu, à 3400m, qui ne sera pas sans difficultés à cause des passages très enneigés où l’on s’enfonce parfois jusqu’aux genoux. Mais à ce moment-là, on ne le sait pas encore. Un de nos cavaliers qui s’occupera des chameaux.Tulipes sauvages.Nos quatre cavaliers. Régulièrement, les chevaux aideront des membres du groupe à terminer une étape. Ce jour-là aura été l’une des deux journées les plus difficiles du trek. On est encore tout sourire.Chacun prend sur soi pour arriver au col. Et puis c’est la difficulté d’avancer dans la neige quand on s’enfonce et qu’on n’a pas de raquettes !On dirait qu’il ne fait pas chaud…we did it.Comme prévu, le lac est gelé. Et nous aussi. On dormira sous une yourte.La salle de bains…sans eau. Cette année, on a le robinet. Un début.Le mess où on prendra nos repas. On est déçu que le groupe soit scindé en deux, à 500 m environ les uns des autres. On se tient chaud dans la tente. On écoute Noursultan notre jeune guide. On passera la soirée à chanter, en alternant chants kirghizes et français pendant que séviront des rafales de vent nous apportant la neige sur le campement. Magnifiques photos bleu nuit de Françoise. A la lueur de la lampe torche, Brigitte et moi rejoignons notre nid que nous espérons douillet. La journée a été épuisante pour tout le monde.On peut faire une fête. Les voisins ne seront pas dérangés.Matin blanc.
Le lendemain, ce sera la rencontre avec Damir le chamelier, sa famille et ses chameaux. Mais ça, ce sera une autre histoire.
Ce n’est qu’à la fin de notre périple de deux semaines au Kirghizstan qu’on peut enfin donner des nouvelles.
On voulait un pays à l’abri du tourisme de masse qui nous parle de la route de la soie, où l’authenticité a encore un sens, où les paysages sont d’immenses terres parcourues par des milliers de chevaux, de chèvres, de marmottes, seulement délimitées par d’immenses chaînes de montagnes, telles les Monts Tian Shan. Nous avons été comblés. Dans ce monde-là, pas de réseau. Et c’est tant mieux.
Hier soir 10 mai, on a quitté le pays comme prévu pour rejoindre l’Ouzbekistan et il nous sera impossible, faute de temps, de retracer dans le détail les deux semaines que nous venons de vivre. Mais, en une phrase, ce trek au pays des Kirghizes puis la transhumance chamelière vécue auprès de Damir et de sa famille ont été une expérience exceptionnelle et pleine d’émotions.
Mais reprenons dans l’ordre.
Pour la première fois depuis la création de ce blog on voyage avec un groupe de 9 personnes et cette fois-ci s’est posée la question du On. Comment restituer les choses vécues, vues, entendues, apprises durant ces quatre jours quand l’expérience est différente pour chaque membre de ce groupe ? Le plus simple est que le On représente notre point de vue, celui de Pierre et moi et non pas un compte-rendu collectif. Cependant, si une autre personne du groupe a envie de prendre « la plume », on le lui proposera avec plaisir.
Alexandre, au centre, a été notre guide la première journée. On aperçoit Matthieu, premier homme derrière à partir de la gauche, qu’on avait rencontré sur le stand de Terres Oubliées à Lyon et qui nous accompagnera tout au long du voyage.
L’arrivée à Bichkek dans la nuit.
Dès la première matinée, après une arrivée à l’hôtel vers 3h du matin, mise en jambes dans le parc ALA ARTCHA à une trentaine de kilomètres de Bichkek, la capitale. Un 400 m de dénivelé qui nous a menés à 2400 m d’altitude, sous le pas rapide et décidé d’Alexandre, guide local, parlant un français parfait, ravi de nous faire découvrir son pays et très fier, l’après-midi, de nous montrer sa ville, Bichkek.
Parc d’Ala ARTCHA . On comprend vite qu’on marchera souvent dans la neige au cours du voyage.On montera jusqu’à 2400 m ce jour-là.Au pays des léopards des neiges et des marmottes…
On aurait pu s’épancher sur la capitale pour les nostalgiques des constructions soviétiques, mais on a beaucoup plus intéressant à raconter. Les grands espaces qui nous séduisent par exemple. Quelques mots cependant sur Bishkek. C’est une capitale plutôt tranquille, connue pour être la ville la plus verte d’Asie centrale. Le Kirghizstan connaît un climat continental et des plus de 40 degrés, ce qui rendent les rangées de peupliers et les nombreux parcs très appréciés l’été.
L’ été ? Pas pour nous. Mais on le savait. Les dates du voyage ont été choisies en fonction de la transhumance et comme nous cheminerons souvent au-delà de 2500 m, ce sera encore l’hiver.
Manas, le héros national qui a su unifier les quarante tribus du pays. Sa vie et sa lignée sont célébrées à travers une longue tradition orale appelée l’épopée de Manas, qui serait le plus long poème épique du monde. 500 000 vers ! C’est un peu l’Odyssée de l’Asie centrale. Il faut plusieurs journées pour déclamer en entier ses vers qui racontent les exploits de Manas, de son fils Semetey et de Seitek son petit-fils. Comme toute tradition orale, il est difficile de connaître la date du début des récits mais la version écrite complète a été publiée dans les années 1920.Devant le musée historique.Dans une famille qui nous a accueillis le temps d’un repas, l’un des jeunes fils nous en a fait vivre un extrait, chapeau traditionnel sur la tête. Même si les paroles nous sont restées étrangères, l’intensité de son chant et la conviction mise dans chacun de ses gestes nous ont fortement impressionnés.Contrairement à d’autres pays du coin, Lénine n’a jamais été déboulonné au Kirghizstan. Il reste le grand frère. La relation avec l’ancienne Union soviétique et aujourd’hui avec la Russie nous a été plusieurs fois dépeinte. Sujet très intéressant. On essaiera de trouver le temps d’en parler.
Et puis une femme. Véritable héroïne au Kirghizstan. Kurmanjan Datka.
Surnommée « la tsarine de l’Alaï » ou « la Reine du Sud », elle est née en 1811 et décédera à 95 ans. L’air des grands espaces sans doute. Une rebelle. D’abord elle refuse d’épouser l’homme qu’on lui a choisi. Le dirigeant local du Khanat de Kokand aime sa nature fougueuse et la prend pour femme. Quand il sera assasssiné, les autres khans ( seigneurs) la reconnaîtront comme dirigeante et Générale. Organisant des mouvements de résistance, elle comprendra plus tard l’inutilité de lutter contre un pays aussi grand et fort que la Russie et persuadera son peuple d’accepter la domination russe. Apparemment, ils ne lui en veulent pas. Bien au contraire.
Au marché d’Osh à Bichkek. Appelé ainsi parce la plupart des marchands venaient de cette deuxième ville du pays.
Un grand moment avec cet homme amoureux de la France et de son équipe de foot à travers les âges. Sur sa calculette défilent les dates marquantes des exploits de nos joueurs dont il connaît par cœur les noms. Heureux également d’évoquer nos hommes politiques les plus célèbres…tout ça sans parler le français.Des céréales ….Et des épices…Le riz… celui-ci, très ancien, enrobé d’argile pour une meilleure conservation, est à l’origine de toutes les autres formes de riz. C’est ce qu’on a compris.Présentation originale de petits fromages complètement déshydratés, permettant une conservation de plusieurs mois. Ils se sont souvent invités sur nos tables. Section viande et tripailles. Des intestins à l’air. C’est la partie du marché qui nous a le plus surpris. L’odeur du sang et la présence de gras sous toutes ses formes nous ont parfois un peu soulevé le cœur. Malgré une propreté irréprochable. (Photo de Chantal).Le billot.Des fruits secs sous toutes les formes.Du pain tellement beau qu’on hésite à le manger.La population kirghize est musulmane à environ 83%. Ici, la très belle mosquée de Bishkek. La plus grande mosquée d’Asie centrale inaugurée en 2018 par les présidents Kirghize et Turc.Notre unique soirée à Bichkek.
Nous pensions maigrir un peu avec les kilomètres parcourus, mais rien n’est moins sûr car chaque repas ressemblait à un festin, table aussi belle que bonne et copieuse. On a connu un après-midi où l’on a enchaîné trois repas, chaque famille voulant nous faire honneur…l’hospitalité de l’Asie centrale n’est pas une légende.
Un repas pris dans un restaurant de standard moyen. Alexandre qu’on ne verra que pour cette journée, Dimitri, un de nos deux chauffeurs pour les transferts, Chantal notre blonde, Brigitte la Toulousaine à côté de Pierre.Françoise en admiration devant les tentures, Gilbert et Renée, amis de Bernard et Anne, nos quatre Alsaciens. Le plafond reprend les symboles présents dans les yourtes. Et ce ne sont que les entrées.Les tapis de feutre typiques du pays.Habillage des murs. Rouleaux de tissu aux couleurs chatoyantes.On est bien arrivés en Orient.
À bientôt. Aujourd’hui, première journée en Ouzbékistan.
Pas facile à écrire….La prochaine fois, on ira au Mali!
On peut aussi l’appeler la KIRGHIZIE , République kirghize ou, en version anglaise le KYRGYZSTAN. On écrira souvent KZ, on gagnera du temps…
On a tous une idée plus ou moins précise de la localisation des pays d’Asie centrale se terminant par Stan. Ce suffixe, d’origine perse, signifie « pays, nation, lieu ». Le pays des Kirghizes.
AU PAYS DES STAN. Des frontières au nord avec le grand Kazakhstan, au sud avec le petit Tadjikistan, à l’est et sud-est avec la Chine et à l’ouest avec l’Ouzbekistan qu’on rejoindra plus tard.
L’ASIE CENTRALE. POURQUOI ET COMMENT ?
C’est en allant l’année dernière au « salon du randonneur » à Lyon que s’est concrétisée pour nous l’invitation au voyage sur les pas de Marco Polo, de la route de la Soie, de ses chevaux et de ses chameaux.
La rencontre avec Matthieu au stand de « Terres oubliées » nous a tout de suite donné l’envie de découvrir deux pays d’Asie Centrale, le Kirghizistan et l’Ouzbekistan, en trek, à pied, et de partager pendant quelques jours le quotidien d’un chamelier, Damir, emmenant son troupeau de chameaux de Bactriane en transhumance dans les montagnes kirghizes. Pas de VÉLO good trip cette fois-ci mais plutôt du CHAMEAU good trip !
Pour une fois, on voyagera en groupe en passant par une agence. On a tout de suite proposé à Matthieu de constituer ce groupe. Huit personnes maximum. No problem. En quittant le salon du randonneur, on avait déjà les six noms en tête: des copains baroudeurs, bon marcheurs, toujours de bonne humeur….c’est mieux pour vivre quinze jours ensemble…
Certains parmi eux ayant déjà des engagements par ailleurs, ils seront 3 à dire oui et les autres membres seront des copains de copains. Et comme les amis de nos amis sont aussi nos amis…Le groupe de huit comptera finalement neuf personnes car Françoise, que nous ne connaissons pas encore, s’était inscrite pour ce périple l’année dernière, périple qui avait été annulé faute d’autres inscrits. Mais les trois amis qui ont dit oui portent déjà sur eux le parfum des horizons lointains puisqu’on a fait la connaissance d’Anne et Bernard en Colombie et celle de Brigitte, en Guyane. La couleur est annoncée.
La forme du KZ ressemble à une grosse langouste avec ses deux pinces tournées vers l’Ouzbekistan et sa capitale Tachkent. Elle a exactement la même forme que notre île préférée, Ouessant. Pour situer Bishkek, capitale kirghize, il faut chercher un point jaune vers le nord. C’est ici que notre avion devrait se poser en provenance d’Istanbul. Les points verts représentent nos lieux de pérégrination.En attendant de lui murmurer à l’oreille…
Départ de Lyon le 27 avril. Arrivée à Bishkek dans la nuit.
Et c’est la fin! La fin d’un périple de 5700 kms environ à travers deux pays magnifiques et surtout très accueillants. On a atterri le 4 août à Séoul et on repart ce 6 décembre. Quatre mois de découvertes géographiques, historiques et humaines qu’on aura eu beaucoup de plaisir à partager avec vous !
Je voulais présenter Tokyo quartier par quartier mais je n’aurai plus assez de temps.
Tokyo nous a vraiment plu….On a eu beaucoup plus de plaisir que prévu à parcourir cette ville aux visages très contrastés. Des coins déjantés pour les jeunes branchés mangas, des lieux prêtant à la promenade méditative, de l’ultra tech, de la tradition. Il y en a pour tous les goûts.
Quartier de HARAJUKU
Célèbre pour son côté excentrique où bon nombre d’ados se déguisent, surtout le week-end, en cosplayers, personnages de mangas ou comics.
Jardins suspendus.Horloge géante
Quartier ASAKUSA.
Le Japon des traditions.
En plein cœur de Tokyo, une forêt mène au temple Sensoji, le plus vieux temple de Tokyo.On plonge les mains dans les fumées d’encens qu’on ramène vers soi ou sur une partie précise de son corps afin d’être protégé.Mariage. On les trouve tous bien sérieux.Superbes kimonos des invitées.Trop craquant.
La Japon moderne.
Un groupe qui se débrouille très bien tant pour la danse que pour les voix chantées. Et puis le phare de la ville. Le repère. L’arbre du ciel. The Skytree.Un marché de Noël dans ses premiers étages.Elle est la plus haute tour de télécommunications du monde. Elle mesure 634 m, deux Tours Eiffel mais on ne grimpe que jusqu’à 450 m. Construite de 2009 à 2012, elle est faite pour résister aux tremblements de terre. Au centre, une énorme colonne de béton suspendue comme un pendule. En cas de séisme, elle oscille et amortit les ondes de choc. On la sent bouger.Confluences. Tokyo est construite sur l’eau, d’où les marais qu’on a traversés en pédalant vers Narita. Quatre fleuves émaillent la ville : Arakawa, Sumidagawa, Edogawa et Tamagawa. Sous ses gratte-ciel, des centaines de rivières et canaux.Quand l’horizon est dégagé, on aperçoit le mont Fuji. Bon, on ne peut pas toujours gagner…
Anatomie d’une chute. Le vélo de Pierre n’a pas voulu monter la marche du trottoir. Il a préféré se coucher dans le caniveau mais Pierre se décroute peu à peu et sera présentable pour rentrer en France.
Et puis Tokyo a été l’occasion pour nous de retrouver Yuka et de passer deux jours en sa compagnie.
Dans le PARC d’UENO
Un concentré de temples depuis le premier Shogun au XVIIe siècle et maintenant de musées autour d’un magnifique lac où se prélassent lotus et nénuphars géants.
Et on retrouve avec bonheur Rodin et ses bourgeois de Calais qu’on avait laissés l’année dernière à Calais.
Avec Yuka, visite du Musée National d’art occidental. Comme nous, Yuka à un petit faible pour les portraits.
Un coup de fatigue au musée et le gardien laisse le visiteur se reposer.
Tout d’abord cette précision pour montrer que, même dans la capitale, le Japon peut ne pas être cher du tout : on a payé 99 € les quatre nuits en dortoir mixte pour nous deux. On était donc ensemble. Propreté impeccable, très bon emplacement.
Et puis on a eu la chance d’être hébergés deux nuits chez Katashi et Yochiko via le site Warmshowers. Un couple dans nos âges qui a fait, entre autres voyages, près de deux ans de périple à vélo autour du monde en 2011. On s’est sentis accueillis comme si on se connaissait depuis longtemps. Leur maison étant dans le grand Tokyo, on a laissé nos bagages dans la guest house de la nuit précédente, ne prenant qu’une sacoche avec nous, et les vélos sur un parking …à vélos. On retrouvera le tout sans problème. On a pris un train pour les rejoindre.
Yochiko, 67 ans qui est la femme de Katashi (74 ans) au centre et Jim, 78 ans, ami invité pour la soirée. Un goûter nous attend avec de délicieux gâteaux japonais et un bon café.
Au cours de leur voyage où ils ont pédalé en Europe dont la France, en Océanie et en Amérique du Sud, ils ont tenu un journal quotidien et en ont fait un livre. L’année dernière, ils ont fait Compostelle à vélo à partir de St Jean Pied de Port. On aurait pu se rencontrer là-bas ! Jim est aussi un cycliste avéré. Quand il nous a dit son âge, on était scotchés.
Repas somptueux. À chaque fois on se régale… Yochiko était pharmacienne, Katashi travaillait dans les bureaux d’une compagnie maritime et Jim dans la chimie. Pour avoir une meilleure retraite, Katashi fait de la comptabilité à temps complet. On a papoté de 16 h à 23 heures !
La chambre japonaise, tatamis et futon, nous attendait avec tout ce qu’il faut pour passer une bonne nuit et Yochiko nous a offert de petits cadeaux faits maison. Quel accueil !
Démarrage de la journée avec un petit déjeuner copieux. Parc près de leur quartier. Nature, calme, beauté. Tout ça à trente minutes du cœur de Tokyo.
Le deuxième soir, on a fait la connaissance d’un de leur fils, Wataru, qui partait faire un marathon le lendemain. Il travaille dans une pharmacie.
Ils ont parlé de Nantes, ville qu’ils aimeraient visiter parce que c’est le départ de l’euro vélo 6 et qu’ils ne l’ont parcourue qu’à partir de Vesoul. Pierre était très content d’avoir trouvé dans l’après-midi du vrai Muscadet de Loire Atlantique qui a eu un succès certain !
On a vécu pleinement ces deux soirées qui feront partie des temps forts de notre voyage liés au sens de l’hospitalité japonaise. Arigato gosaimasu.
Il y a deux aéroports qui desservent Tokyo. Haneda, le plus proche de la ville et Narita. Pour nous c’est Narita. On s’attendait à rouler près du flot de voitures qui circulent de la capitale à l’aéroport et on a eu la chance d’être principalement sur des voies cyclables au milieu de paysages plutôt sympathiques pour accompagner nos derniers tours de roue.
La veille, dernières vues de Tokyo.Hier on a dormi à Funabashi à une trentaine de kilomètres de Tokyo pour avoir une étape plus courte aujourd’hui. On n’imaginait pas rouler sur une telle piste à quelques encablures d’un grand aéroport.Il fait beau mais pas chaud du tout.Ici la Collection Automne Hiver 2023Mais quel bleu !
Tout se passe comme prévu. On a quitté Funabashi à 7 h ce matin où on a passé la nuit. Au compteur, il y avait 53 kms jusqu’à notre hôtel situé près du terminal. On en a fait en tout 72 avec la récupération des cartons. L’idée était en premier d’aller à l’hôtel pour y laisser nos bagages, puis d’aller à l’aéroport juste à côté pour voir si une compagnie n’avait pas la bonne idée de vendre des cartons de vélos. On n’a rien trouvé donc on s’est mis en route vers le magasin de vélos auquel Yuka avait téléphoné pour confirmer notre demande. Quatre cartons nous attendaient de façon à ce qu’on puisse choisir. Et on en a eu deux qui mesuraient 175 cm de longueur, parfait. Merci à ce magasin dans lequel on n’a rien acheté mais qui a tenu parole. Demain on a la journée pour emballer les vélos. On pense qu’ils rentreront peut-être entiers dedans. A l’hôtel, le réceptionniste vient de nous demander de rentrer nos vélos et nos cartons dans l’entrée. Plus sûr nous dit-il que de les laisser dehors. Tant mieux et merci.
On dégrafe le fonds des deux cartons pour les aplatir. Au magasin de vélos.Il n’y a plus qu’à faire 10 kms comme ça pour rejoindre notre hôtel à 450 m du terminal de l’aéroport. On est arrivés sans encombres à bon (aéro) port. Sauvée par les cordons rouges conservés depuis le musée de la Nouille !
On se disait depuis un petit moment que Tokyo allait nous faire souffrir en tant que cyclistes et qu’on abandonnerait les vélos dès notre arrivée.
Parce que la plus grande ville du monde avec ses 14 millions d’habitants, 41 millions dans le grand Tokyo, parce que trafic intense, parce que bruit assourdissant d’une mégapole, parce que difficulté de trouver une adresse dans cette ville, parce que tellement de touristes!
Bonheur du cycliste.
On se disait tout ça et on avait tout faux. On avait juste oublié une chose. Tokyo se trouve au Japon. Si si. Et le Japon c’est l’organisation, c’est la gentillesse, la même attention qu’ailleurs dans le pays qui consistent à ne pas gêner l’autre et si besoin, à l’aider. Exemple. Une voiture arrive perpendiculairement à nous sur notre gauche . Du coup, nous nous arrêtons et posons pied à terre le temps qu’elle puisse passer . À chaque fois que c’est possible, la voiture recule pour nous laisser la voie libre. Avec un sourire de la part du chauffeur. On a observé cette façon de laisser passer l’autre avant soi dans des rayons de magasin un peu étroits, dans les escaliers si celui qui nous suit est plus rapide. Et l’autre personne de s’incliner pour remercier. Et cette façon de faire s’applique entre eux bien évidemment. Une phrase du GDR qu’on aime bien : « Tokyo, un univers urbain électrique, trépidant, étincelant qui cache une grande humanité ».
De nombreux vélos parcourent la ville, tranquillement, sans heurts. Plusieurs options s’offrent à eux.
La piste cyclable. En plein cœur de la ville avec la pointe de la Skytree Tower en arrière plan.La bande cyclable. On peut aussi rouler sur les trottoirs très larges quand on voit le logo vélo. Un couloir pour les vélos auprès des passages pour piétons.
Pères ou mères circulent avec souvent deux enfants sur la bicyclette, un devant, un derrière.
Pas de bruit assourdissant dans les bouchons puisque les voitures sont souvent électriques, l’allure modérée, pas de musique à fond, et on n’a jamais vu un excité au volant. Si on veut un bruit infernal, il faut se rendre dans les salles de pachinko, machines à sous. Mais on n’est pas obligés…
Quant à l’orientation et aux adresses qui sont, paraît-il, un vrai casse-tête dans la capitale même pour les autochtones, notre GPS nous a toujours conduits au bon endroit avec, parfois, l’aide spontanée d’un passant. Hésiter permet de rencontrer du monde.
Dès notre arrivée, notre impression était positive. D’ailleurs comment savoir si on est arrivés ? Nulle part, contrairement à la France, on a vu un panneau avec un nom de ville écrit. Même en caractères japonais. C’est le GPS qui nous fait savoir qu’on a atteint la destination. Le touriste qui descend de l’avion sait où il se pose. Mais quand on pédale dans des coins où les villes se rejoignent, c’est moins évident. Lorsqu’on part de Yokohama vers Tokyo et qu’on sait que le grand Tokyo couvre 2 188 km2 (Paris 105km2), on se dit au bout d’un moment, qu’on doit déjà y être. Réflexion confirmée par un passant.
On avait en tête les images de jungles d’autoroutes souvent montrées dans les médias, les forêts de gratte-ciel, des kilomètres de bouchons. C’est, en effet, la première vision des touristes qui traversent ce décor pendant plus d’une heure entre l’aéroport et le cœur de la ville. Mais nous, notre arrivée à vélo s’est faite en douceur et notre premier quartier est tout tranquille pour notre première nuit.
Tokyo. Toujours les petites supérettes. Et comme partout au Japon, un réseau aérien de câbles électriques qui n’est pas très esthétique. Cela nous rappelle l’Amérique du Sud. Mais la raison en est simple: les tremblements de terre. Ils empêchent l’enfouissement dans le sol. En cas de désastre, c’est plus facile d’aller chercher le fil en l’air que sous terre. Toujours des izakayas où on mange pour trois francs six sous.
Dans la ville, on a testé différents types de transport. Le vélo, le métro, les pieds. Les trois ont leurs avantages. On a profité des trois.
Préparatifs du retour
J’écris ce soir dimanche 3 décembre et on part mercredi. Avec le décalage horaire, on arrive aussi mercredi ! On s’est déjà rapproché de l’aéroport qui se situe à plus de 70 kms de Tokyo. Demain il nous restera une petite cinquantaine pour nos derniers coups de pédale au Japon. On a passé une semaine à Tokyo et les deux dernières nuits sont calées à Narita. L’hôtel réservé est seulement à 450 m de notre terminal. On se dit que s’il le faut, on peut porter nous mêmes nos cartons de vélos à pied. Yuka a téléphoné de notre part à un magasin de vélos à Narita qui doit nous mettre deux cartons d’emballage de côté. Super. La mauvaise nouvelle est que les cartons font 140 cm de long au maximum alors que nos vélos sont arrivés dans des cartons de 170 cm. Moins super. Il faudra donc enlever les deux roues au lieu d’une ainsi que les supports des sacoches. On n’est pas sûrs que les deux roues entrent dans le carton. On a commencé par téléphoner à Air France, notre compagnie, pour savoir s’ils vendaient des cartons à vélos. Eh bien non. On se dit que ce n’est pas la place que ça prend quand ils sont plats et que la compagnie pourrait en avoir une dizaine à disposition des cyclos. Mais non. Sorry. À toi d’arriver avec ton carton.
On a acheté deux très grands sacs ultra légers qui nous serviront à mettre les sacoches et leurs contenus dedans puisqu’on a jeté les nôtres à Séoul, il y a bientôt quatre mois. Et on y mettra la deuxième roue si besoin. Enfin on espère…On a le droit à 23 kg chacun en soute. Le rouleau de scotch est acheté, on a nos outils mais en cas de besoin, il y a un endroit dans l’aéroport où des outils sont prêtés pour le montage et démontage.
Découvrir Tokyo.
Notre idée de départ a été d’alterner les balades à pied dans les quartiers les plus typiques, visiter des musées emblématiques, respirer dans quelques parcs de la ville, faire du shopping (on n’a rien acheté depuis le début), découvrir la faune marine de la baie de Tokyo sans se mouiller et puis savoir simplement s’asseoir pour regarder la vie qui passe.
Le quartier RYOGOKU.
Fief du sumo. Malheureusement, on sait depuis longtemps que les derniers combats ont eu lieu et qu’après mi novembre, les sumotori partent en vacances voir leur girlfriend ! C’est ce que nous a dit le gars de l’office de tourisme.
Le stade où se déroulent les combats à Tokyo. Ils n’ont lieu que trois fois par an ici: en janvier, mai et septembre. Un très beau bâtiment qui abrite le musée du sumo. Un peu rachitiques pour des sumotori. Eh bien non. Au Japon on n’emploie pas ce terme pour désigner les lutteurs de sumo. On dit les Rikishis. La hiérarchie parmi les rikishis. Actuellement, il n’y a qu’un seul yokozuna en activité. Grade suprême. Il a été promu en 2021. Depuis le comptage officiel qui a débuté en 1789, il y a eu seulement 73 yokozuna. On ne peut pas perdre ce titre mais si on n’est plus à la hauteur, il faut se retirer de soi-même. Un beau Rikishi. Mais pas Rikiki. Sa jupette ou plutôt son tablier s’appelle un Kesho- Mawashi composé d’une grande pièce de soie et brodée avec des fils de soie, d’or et d’argent. Il est revêtu lors de parades. On retrouve les papillotes blanches des rituels shintoïstes qui ouvrent les tournois et rendent le ring sacré.
De très beaux Kesho- Mawashis en vitrine dans le musée.
Pour les combats, la tenue est plus sobre. Une bande de tissu qui mesure entre six et huit mètres de longueur. Elle peut peser jusqu’à quatre kilos. Mais vu le poids des bébés….Ce mawashi est coloré pour les compétitions mais seulement pour les deux groupes les plus gradés. Attention, si le lutteur perd son string lors d’un combat, il est disqualifié. Non mais.
On se promène dans le quartier à l’affût d’un Sumo. Je pense en avoir vu un qui payait un parcmètre. Très grand, très costaud, très classe. Après il est difficile d’aller le voir et de lui dire : bonjour Monsieur, vous êtes sumo? Non, je suis gros c’est tout. L’entreprise est délicate…
Leur restaurant. Dans un centre commercial, un Dohyô . C’est le ring des Rikishis. Une plateforme recouverte de sable. Ce sont des bottes de paille de riz qui forment le cercle qui mesure 4,55 mètres de diamètre.
Mais au fait quelles en sont les règles ?
D’abord on salue l’adversaire en frappant ses deux mains sur les cuisses et un pied au sol. Ensuite on essaie de le pousser en dehors du dohyô ou alors de faire en sorte qu’une partie de son corps touche le sol (sauf les pieds évidemment). Voilà. C’est simple.
Tout le quartier est d’inspiration sumo. Entre les érables rouges et le doré des Ginkgos Bilobas, on a été gâtés.
Et puis dans le même quartier, le musée Hokusai. photos interdites.
Hokusai peint sous le regard attentif de sa fille. Peintre, dessinateur et graveur sur bois.
Débuter une description de Tokyo en commençant par l’évocation de la nature à travers ses nombreux parcs nous plaisait bien.
Les Japonais le nomment Momiji koyo. Les feuilles rougeoyantes des érables.
On l’a souvent constaté, et on en a parlé avec Yuka, 20 ans à Imari, qu’on a retrouvée avec joie à Tokyo, les Japonais sont des contemplatifs. A Shikoku, au festival des cosmos, ils louaient des bungalows pour admirer le temps d’un week-end deux ou trois champs de fleurs. Dans les cafés à animaux ou au bord de la mer sur la péninsule de Miura, ils restent longtemps, immobiles, le gros appareil photo autour du cou, à observer un chat pour en saisir la substantifique moelle…Autour des musées, on s’assoit et on contemple un plan d’eau, des arbres. Tout à l’heure, dans le très beau musée national de Tokyo, plusieurs personnes avaient des jumelles de théâtre pour admirer les détails de tel tableau ou personnage dans les vitrines. On prend le temps de regarder. Dans les choses simples, trouver l’important. Connaître la sagesse et la beauté des choses imparfaites, incomplètes, impermanentes, ou de la nature dans la simplicité, c’est le concept esthétique et spirituel de la culture japonaise traditionnelle. C’est ce qu’ils appellent Wabi Sabi.
Assez parlé. Tableaux d’automne dans le parc de Rikugi-en à Tokyo.
Enfin pas tout à fait. Cupnoodles museum en anglais. Le musée de la tasse de nouilles. Après le musée de la frite à Bruges, le musée de la nouille au Japon , ça nous va bien. La traduction la plus élégante serait le musée des Nouilles instantanées. La frite c’était quand même plus simple.
Dans la vitrine du musée, la danse des gobelets sur une chaîne de montage.
La Cupnoodles a été notre aliment de base au cours des trois mois au Japon…et on mangeait déjà beaucoup de nouilles en Corée. On se devait de visiter ce musée. Pour 2€ environ, on a un plat varié , copieux et complet. Il en existe des milliers au choix et on les trouve partout. Il y a juste à ajouter de l’eau chaude et à remuer.
Voilà l’homme par qui tout a commencé. Momofuku Ando.
Et la reconstitution du lieu où tout a commencé.
C’est dans un endroit comme celui-ci qu’est né le premier ramen instantané au monde. Et ce fut un ramen poulet. A la recherche de la potion magique.Le vélo qui servait à effectuer les livraisons….au début.
Pourquoi Momofuku en est-il arrivé à créer son bol de nouilles ?
Né en 1910 à Taïwan , il a d’abord travaillé dans le textile puis s’installe au Japon après la seconde guerre mondiale. Les habitants du pays souffrent de la faim. Le gouvernement leur suggère de faire du pain avec leur farine mais Momo se demande bien pourquoi changer les habitudes des Japonais qui sont plus portés sur les nouilles. On lui a répondu que les entreprises fabriquant les nouilles étaient trop petites et peu sûres pour répondre aux besoins de toute la population. Qu’à cela ne tienne, il développe la production de nouilles lui-même. Il décide alors de se lancer dans la recherche d’une formule proposant un contenu nourrissant prêt à la consommation.
La méthode de cuisson rapide, ce qu’on va appeler « les nouilles instantanées » va naître le 25 août 1958.
Plus tard, en 1971, il commercialise les nouilles en tasse et la paire de baguettes (donnée à chaque fois que vous achetez une soupe). Il est persuadé que « la paix viendra au monde quand les gens auront assez à manger ».800 types de plats différents. Pour donner une idée du succès de l’invention, en 2007, 70 milliards de portions ont été vendues! La cabane s’est agrandie.Les nouilles prennent le large vers les USA en 1973 avec des saveurs nouvelles, puis ce sera vers le Brésil, Singapour, Hong Kong, l’Inde…Puis elles prirent de la hauteur en 2005 ! On ne fait plus la livraison à vélo. Traduction : À l’intérieur de la station spatiale internationale, l’astronaute Soichi Noguchi mange des ramen de nourriture spatiale. Un régal visiblement.Des centaines d’écoliers viennent découvrir l’histoire des soupes qu’ils voient tous les jours dans les supérettes. Ils sont inscrits pour faire leur propre mixture. À cette étape, il faut décorer son gobelet.On a évidemment préparé nous aussi notre bol de nouilles. C’est la tête en bas que le bol récolte le pack de nouilles. On a choisi quatre ingrédients ……qui sont ajoutés sur les nouilles bien compactes.La dame filme notre pot. Il n’y aura plus qu’à ajouter de l’eau chaude. Il faut ensuite fabriquer son sac pour le transport. Un sac à usage unique…le Japon ne lésine pas sur le gaspillage du plastique. On a gardé les cordons rouges qui nous serviront peut-être…
On craignait un peu le résultat parce qu’on n’a pas toujours compris le nom des ingrédients mais notre soupe était très bonne. Momofuku est décédé à 96 ans. Il disait que sa longévité était due au golf et à ses soupes de nouilles.
On va se mettre au golf en rentrant…
Ne jamais renoncer. Et voilà d’autres inventeurs…on vous laisse.