Article 6. Soucis des Marcheurs

Le Consul de France sera à la hauteur de la situation exceptionnelle qu’il devra gérer avec son personnel. Listing des Français sans passeports, téléphones, mails et surtout, nous trouver une solution pour qu’on ne passe pas une deuxième nuit dehors. Même si tout le monde a de l’argent, il est impossible d’aller dans une chambre d’hôtel sans passeport. D’autre part, le Consul aujourd’hui, puis l’Ambassadeur le lendemain, nous diront que la situation devient très tendue, puisque le même jour, Israël a décidé de bombarder l’Iran ! Le pays a d’autres soucis que la Marche Mondiale vers Gaza. À cette heure, la préoccupation principale de nos diplomates est de renvoyer les Français Marcheurs le plus vite possible en France. Et pour cela, il va falloir ou bien retrouver nos passeports, ou en faire de nouveaux.

A l’aéroport, nos mouvements sont contrôlés. Certains ont l’accès aux toilettes refusé, d’autres passent entre deux agents et ne peuvent y aller qu’une personne à la fois. On essaie régulièrement d’avoir des informations. On a demandé de nombreuses fois à des chefs policiers où sont nos passeports pour qu’ils se renseignent. Réponses variées : on ne sait pas. Ils sont sûrement restés à Ismailia. Pouvez-vous leur téléphoner ? Non, on n’a pas leur téléphone! On déchiffre les hiéroglyphes depuis 1822 – merci à Champollion – mais le numéro de la police d’Ismailia….c’est pas possible !!! Je suis prête à y retourner mais le problème, d’abord cela fait 3 heures aller-retour sans être sûrs de rien, et je risque d’être coincée dès le premier Check point….puisque je n’ai pas de passeport !!! Ça finit par être drôle…le serpent qui se mord la queue.

Le Consul confirme l’expulsion de presque 200 ressortissants de différentes nationalités dès leur arrivée au Caire. Au fur et à mesure des heures, il croit de moins en moins que nos passeports seront retrouvés. Il s’agit désormais de refaire des papiers. Perdus à jamais les tampons de l’Amérique du Sud, de la Corée et du Japon. Mais ce n’est qu’un moindre mal.

Refaire les papiers, cela signifie suivre trois étapes qui ne commenceront que le … dimanche puisqu’ici , c’est le début de la semaine. Première étape : Consulat. Deuxième étape : Commissariat. Troisième étape : Préfecture. Il nous faudra deux jours pour en faire le tour et ressortir avec le sésame. Sésame différent selon les situations. Un laisser-passer pour ceux qui ont un vol direct, un passeport d’urgence pour ceux qui ont un transit au retour, ce qui est notre cas. Ce passeport ne sera valide qu’un an. Il nous faudra faire de fausses déclarations pour avoir une chance d’obtenir les papiers ! Inconcevable de dire que la police égyptienne a perdu nos passeports ou, encore pire, volé. Il nous faudra déclarer au commissariat que nous les avons…perdus ! Et, c’est sans doute le plus amusant, payer une amende pour ça !!! Un employé du Consulat va nous assister à toutes les étapes. Grâce à lui, l’amende sera minime alors que nous risquions jusqu’à 300 euros de pénalité !

Afin de nous éviter une deuxième nuit blanche dans l’aéroport qu’on appellera plus tard notre deuxième maison, le Consul nous exfiltre vers un couvent dont on doit taire le nom et qui dépanne les autorités françaises de temps en temps.Taire le nom pour nous protéger et protéger le couvent.

A l’aéroport, nous sommes 13 Français, mais il y a également avec nous des Allemands, Américains, Hollandais, Danois, Canadiens, Algériens, Bangladesis et Grecs. Notre consul français essaiera au maximum de les mettre en relation avec leurs ambassades mais ne pourra pas les héberger. Il souhaite garder des places au couvent pour d’éventuels autres Français en perdition, ce qui est compréhensible.

Que ce soit le Consul, le personnel du consulat, tout le monde a été super avec nous car eux aussi, sont scandalisés par le blocage de l’aide humanitaire. Depuis le 11 juin, le Consulat est en cellule de crise. Le personnel travaille quasi jour et nuit pour les Marcheurs français. On a su les remercier.

Le Consulat nous a payé la première nuit chez les religieuses, les autres ont été à notre charge. Il ne faut quand même pas nous accuser de creuser la dette publique de la France ! On a coûté 10 € par personne.

On a toujours gardé le moral parce qu’on a tous été solidaires en agissant ensemble pour les formalités, les déplacements etc. Une très belle ambiance dont je reparlerai ultérieurement.

L’Ambassadeur nous a parlé longuement de la situation en Égypte. Eux-mêmes ont fait parvenir à la frontière une centaine de caisses médicales, chacune pouvant soigner une cinquantaine de blessés. Elles sont bloquées depuis novembre 2023. la raison officielle ? Il y a une barre métallique comme système de fermeture. Interdit. Autre exemple : ils avaient envoyé des sacs de couchage. Refusés car certains étaient verts, couleur du camouflage. Et pendant ce temps-là, Gaza continue à manquer de tout.

Article 7. Témoignages et réactions

La solidarité entre marcheurs a été remarquable. Un même élan nous a réunis. La même raison d’être là. Avant de tirer des conclusions sur ce qui s’est passé, on tient à partager des vidéos qui ont circulé. Avant tout, on espère que personne n’est encore détenu en Égypte. On a vu passer plusieurs fois des recherches de personnes disparues.

Qui sont les Marcheurs ?

4000 personnes ont réussi à arriver au Caire. Des milliers d’Algériens, de Tunisiens et de Marocains ont traversé l’Afrique du Nord dans des centaines de véhicules et ont été arrêtés à la frontière entre Libye et Égypte. Il a été dit que 20 000 Égyptiens s’apprêtaient à rejoindre la Marche malgré la répression des autorités.

Cet Écossais a bouleversé tout le monde.

« Je vous en supplie, je viendrai à genoux vous supplier pour ces gens. Je suis un homme fier, je suis infirmier. J’ai payé pour aller en Palestine, j’ai eu des bébés morts dans les bras, ils ont tiré sur des femmes enceintes devant moi. Au nom de l’Amour, de l’Humanité, au nom de l’Islam, soyez debout à leurs côtés. »

Et en même temps, cet homme ému et émouvant finira par rentrer tranquillement chez lui alors que le soldat en face qui se rallierait à sa cause ne rentrerait pas chez lui…on n’est pas en France, il finirait emprisonné, torturé dans l’un des pays les plus répressifs au monde.

Alors, quel est le sentiment des milliers de marcheurs qui ont partagé ce même élan de solidarité sans pouvoir atteindre l’objectif principal qui était l’ouverture d’un corridor humanitaire ?

On n’a pas réussi à acheminer les tonnes de nourriture et de matériel qui sont coincées à la frontière de Rafah.

MAIS…des citoyens de 80 nations se sont sentis concernés pour se lever et tenter une action commune contre ce génocide malgré le silence de la majorité de la presse occidentale, malgré l’indifférence de certains partis politiques, malgré le silence complice des gouvernements. Ces citoyens du monde ont tenté une action pacifiste, apolitique de très grande envergure suivie dans de nombreuses capitales et grandes villes par d’immenses manifestations.

A Paris, Berlin, Berne, Vienne, Rome, Alger etc…

50 000 personnes défilent à Berlin. Balayage de la première à la dernière personne.

Dans les avions qui ont ramené les premiers marcheurs. Des gens qui ne se connaissaient pas cinq jours plus tôt.

Après la déception ressentie par tous du fait de l’annulation de la Marche vers Gaza, chacun a vite perçu que ce n’était qu’un début. La formidable dynamique qui s’est créée va se poursuivre. Actuellement , une initiative internationale majeure prépare un mouvement maritime mondial de 1000 bateaux partant de Malaisie pour briser le siège imposé à Gaza. Cette semaine des milliers de gens se retrouveront à BRUXELLES, devant le Parlement européen, lieu de pouvoir.

Chacun doit se sentir concerné. On n’est plus en 39/45. Tout le monde sait.

On a eu la chance de rencontrer la famille de Selim, famille Gazaoui arrivée en Égypte il y a 1 an. Ils ont décidé de quitter leur pays parce que leurs enfants étaient terrorisés et le petit garçon s’arrachait les cheveux.

Aujourd’hui, il danse sous le regard fier de son papa et de son oncle.

C’est ce qu’on souhaite à tous les enfants de Palestine.

Article 8. Moments partagés

Nous avons pu rencontrer Saleem chez lui en famille où le groupe de Français a été reçu comme des rois.

Saleem a fui Gaza il y a un an avec sa femme et ses enfants. Son beau-frère était déjà là. Étant clandestins, les enfants ne peuvent pas aller à l’école. C’est sa femme qui les fait travailler à la maison. Il travaille dans la récupération du plastique.

Saleem
Palestini…Palestini…
Nous nous sommes retrouvés un autre jour pour une balade sur le Nil. En face, Khawla la femme de Saleem.
La très jolie belle-sœur.
La journée se termine dans le quartier du vieux Caire aux sons d’instruments traditionnels. On est tous fatigués mais heureux.

Article 9. Visite d’un centre pour orphelins palestiniens

Le quartier.

Et l’entrée de « l’école ».

C’est par l’intermédiaire d’Ibrahim, Canadien d’origine palestinienne et marcheur au Caire, que nous avons eu la chance de visiter ce « kindergarten » au sens large puisque le centre accueille des enfants de 4 à 12 ans. C’est une Américaine qui a créé ce centre.

Chaque enfant a une histoire différente. Certains n’ont plus ni père ni mère, d’autres n’ont perdu qu’un parent, à chaque fois, l’enfant est recueilli par un membre de la famille, une tante, une grand-mère, un cousin éloigné. Les adoptions ne se font pas dans la religion musulmane.

Au total, 250 enfants sont accueillis, mais chaque jour, entre 80 et 100 enfants sont présents. Certains enfants qui habitent loin viennent trois fois par semaine, d’autres, une ou deux fois. Les locaux sont assez exigus et un déménagement dans un espace plus grand est prévu pour bientôt.

Le centre leur fournit un vrai repas chaque jour préparé par le restaurant d’à côté. Pas assez de place pour cuisiner. L’argent récolté sert essentiellement à payer la nourriture (22€ par jour) et l’eau. N’oublions pas que l’eau du robinet en Egypte n’est pas potable. Actuellement des cours d’arabe, de maths, d’anglais et Art Thérapie sont donnés. Quand les locaux seront plus grands, davantage de classes seront tenues.

La directrice avec une jeune Palestinienne qui a perdu sa jumelle dans un bombardement il y a trois ans.
Des adultes restent pour aider les enfants.
Classe d’anglais.
Des volontaires viennent donner un coup de main.
Un four. Espace clos. C’est « la cour de récré ». Il fait au moins 50°. On est restés une ou deux minutes.
Les petites Triplées ont perdu leur maman à Gaza.
Ce petit garçon a perdu un bras.

Si certains souhaitent aider cette fondation, le lien suivra cet article.

Dixième et Dernier article. KHIVA

Et soudain on se dit qu’on n’a pas beaucoup parlé des gens du pays. Nestorius,Tamerlan, Ulugh Beg, Zoroastre, c’est bien mais les Ouzbeks contemporains croisés tous les jours, c’est mieux!

Jeunes beautés ouzbèkes.

C’est vrai qu’on voit principalement des femmes aux longs cheveux noirs mais pourtant, dans la région de Khorezm dont la ville principale est Khiva, le type a longtemps été des personnes plutôt blondes aux yeux clairs. On a croisé plusieurs fois des jeunes et des moins jeunes avec les yeux bleus ou verts. Résultats des invasions perses, grecques avec le Grand Alexandre, arabes, mongoles puis russes depuis 1868, les gens sont beaux et gracieux, parfois les yeux bridés et les pommettes saillantes, parfois le type plus caucasien.

Le khanat de Khiva a longtemps vécu essentiellement du commerce des caravanes, du tissage des tapis et du commerce d’esclaves, ce dernier expliquant les différences physiques. Pendant la seconde guerre mondiale, des centaines de milliers de familles russes et de nombreux orphelins de guerre ont été accueillis en Ouzbékistan. D’où l’accélération de la russification dans le pays. En 1943, des Allemands installés de longue date en URSS ont été accusés de sympathie pour l’ennemi et déportés vers l’Ouzbékistan. Brassage des populations.

Actuellement, 130 ethnies cohabitent en Ouzbékistan.

Que ce soit entre eux ou avec nous, on a toujours vu les personnes souriantes, détendues, cools. Les enfants et les jeunes nous demandent souvent en anglais d’où on vient, de faire un selfie, toujours avec beaucoup de sympathie et de respect.

La veille de notre départ, on sort pour boire un dernier thé et se coucher tôt et on ne rentrera que deux heures plus tard, happés par un groupe de danseurs. Filles voilées ou non dansent avec les garçons dans les rues où dans des restaurants.

Notre dernière soirée.
Mais c’est Sheerazade la plus belle !
Chapeau carré noir brodé porté par les hommes.
De génération en génération, cette famille fabrique des marionnettes…
Ici Djamila, la poupée, souvent accompagnée de Abdullah. On a craqué…deux sont désormais Charavinoises.
Notre super guide Zamira à Khiva.

KHIVA.

Comment pouvait-on revenir d’Ouzbekistan et passer sous silence cette merveilleuse ville, celle qui mérite vraiment le nom de ville des Mille et une nuits ?

Elle est, comme Samarkande et Boukhara, l’un des principaux carrefours des routes de la Soie. Selon Zamira, ce n’est pas l’ouverture des voies maritimes qui a entraîné le déclin commercial de la ville car le pays est loin des océans, mais au XIXe siècle, l’apparition du chemin de fer.

Dès le VIe siècle avant JC, on découvre des traces des premières caravanes. On construit des doubles remparts. Pour se protéger, on ne fait au départ qu’une seule porte. Les trois autres sont ajoutées au XIXe siècle.

En 1220, l’état de Khorezm est anéanti par Gengis Khan.

Au XVIIe siècle , c’est l’Arabe Muhammad-khan qui en fait une des plus belles villes du pays, l’un des grands centres éducatifs et religieux de l’état.

Les caravanes seront pillées par les Russes. Mais ensuite, ce sont les Turkmènes qui pilleront les caravanes des Russes.

En 1717, Pierre le Grand s’intéresse au pays pour y trouver de l’or.

En 1740, le Shah Perse de l’époque détruit une grande partie de la ville qui passe de 40 hectares à 26 hectares. Une centaine de monuments est classée aujourd’hui grâce aux restaurations entreprises en 1967. Il est actuellement interdit de construire de nouvelles maisons à l’intérieur des remparts. Le nouveau Khiva, ville moderne, est située à l’extérieur.

En 1873, Khiva est prise par les occupants russes, soldats disciplinés aux armes modernes, et le Khanat de Khiva est finalement dissous en 1919. La région de Khorezm est divisée entre la RSS ouzbèke et la RSS Turkmène. La principale conséquence de la domination soviétique fut la collectivisation forcée de l’agriculture et la conversion massive à la culture du coton.

En 1920, le peuple paie beaucoup d’impôts pour la Russie mais on voit à cette époque des relations socioculturelles nouvelles, des échanges commerciaux entre marchands russes et ouzbeks, le développement de l’éducation pour tous, développement des industries, des chemins de fer et par conséquent, un rapide développement socioéconomique de la région.

Les femmes et le voile dans l’Histoire:

Sous le zoroastrisme, elles sont libres.

Arrivée de l’Islam qui s’est développé facilement parce que celui qui se convertissait payait moins d’impôts. Ça motive. Pour les femmes : le voile.

Sous les Russes en 1929: plus de voile. Mais cela ne s’est pas fait facilement. Les premières femmes qui se sont dévoilées ont été tuées par leurs maris ou leurs frères. Voyant cela, toutes les autres femmes ont alors jeté leurs voiles dans le feu ! Elles avaient gagné. Ils ne pouvaient pas les tuer toutes ! Femmes et Mères Courage.

On a l’impression de se balader dans un immense château de sable…sans la mer.
Oasis de verdure.

Dans les années 60, les Bolcheviques ont réussi l’émancipation de la femme ouzbek. Plus aucune femme ne porte le voile, elles reçoivent toutes la même éducation que les garçons.

En 1990, Khiva est la première ville d’Asie Centrale à être inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Mais les premières années de l’indépendance font partir la main d’œuvre qualifiée russophone, l’emprise de l’Islam se renforce…Rien n’est simple…

De nombreux films sont tournés ici et tout est fait pour préserver l’atmosphère orientale des contes des mille et une nuits.

L’une des entrées de la vieille ville.
La citadelle d’Ark, petite ville dans la ville où se trouvaient soldats, ateliers, quartier des femmes, cultes, salles de réception.
Mosaïques ou majoliques ???

Depuis deux semaines, on entend parler de ces deux techniques utilisées pour l’habillage des monuments. Mais quelle est la différence ?

La mosaïque utilise des fragments de pierres colorées ou de marbre qui sont assemblés pour former des motifs.

La majolique est composée de plaques de céramiques épaisses. Chaque pièce va être peinte, numérotée et cuite puis fixée avec un clou en son centre. Quel travail !

Assemblage pour majoliques. Dans la partie supérieure, on voit les clous rouillés, les chiffres arabes en noir afin de mettre en ordre les morceaux. Restauration du bas de mur, il n’a plus besoin de clou.
Ils appellent cela des auvents. Des sortes de préaux fermés sur trois côtés, aux couleurs apaisantes, tournés vers le nord afin d’éviter les fortes chaleurs.
La résidence du Khan.
La niche principale reçoit généralement le Coran qui protège les membres de la famille.
Bijoux ouzbeks. Ils sont offerts aux femmes pour enlever le mauvais œil. Ils sont en or, en argent, en turquoise et le corail vient d’autres pays.
La Mosquée de JUMA est célèbre pour ses 227 colonnes uniques. Les riches finançaient une colonne et ainsi participaient à la construction de la mosquée. Des actionnaires en quelque sorte.

Dans la ville…

On est souvent à se promener au pied d’un mur et on se dit que cela doit être agréable l’été. Autour de Khiva, seulement le désert. Très froid l’hiver, très chaud l’été. Mais pourquoi des bâtons là-haut ? Pour faire croire aux mauvais esprits que le bâtiment n’est pas terminé et qu’il ne faut pas venir s’y installer.

Comment voir sans trop se faire voir.

La polygamie nous fait toujours sourire mais on oublie qu’elle avait une fonction sociale. A cette époque, beaucoup d’hommes étaient partis à la guerre et souvent, n’en revenaient pas. Il restait donc de nombreuses femmes célibataires qui, bien sûr, ne travaillaient pas et n’avaient aucun revenu. De plus, de nombreux enfants étaient orphelins.

La loi musulmane permit alors aux hommes d’avoir au maximum quatre femmes qui, ainsi, se trouvaient à l’abri du besoin et pouvaient s’occuper des orphelins. (Sourate 04. Verset 3 ). Les concubines recevaient un salaire et elles s’occupaient des enfants.

Voilà. Ce voyage en Asie Centrale nous a permis d’admirer d’autres architectures, d’apprendre beaucoup, d’entendre autrement les sons du monde, de rencontrer de nouvelles cultures. Qu’est-ce que cela fait du bien !

Vue de notre chambre.

Au revoir la Route de la Soie.

Article 9. Les Tours du silence.

On est rentrés en France lundi soir mais nous avons encore des choses à relater sur nos derniers jours passés en Ouzbékistan, notamment la superbe ville de Khiva.

Mais auparavant… Sur la route qui nous fait quitter la mer d’Aral.

Tchilpik. Entre Moynak et Nukus, un édifice circulaire en plein désert. KESAKO ?

Un escalier sur la droite permet d’y accéder.

Nous sommes face à des traces archéologiques de l’ancienne religion zoroastrienne, l’une des plus anciennes religions monothéistes du monde. Né au IIe millénaire avant JC, le zoroastrisme est la religion officielle de l’ancienne Perse jusqu’à l’arrivée de l’Islam au VIIe siècle. Des éléments du culte persistent encore dans la société actuelle, telle l’idée du feu qui purifie. On avait vu au Kirghizstan un homme faire brûler des branches de genévriers pour purifier le restaurant. Un guide nous expliquait que si un homme avait péché, enjamber un feu sur le seuil de sa maison le remettait à neuf.

Les Zoroastriens seront persécutés par les Musulmans, leurs temples détruits pour, à leur place, ériger des mosquées.

Mais qu’étaient leurs principes qui nous les rendent sympathiques et écolos avant l’heure ?

Le feu est donc l’un des symboles importants de cette religion et ses adeptes l’honorent comme un symbole du divin et l’entretiennent dans les temples du feu. Mais pas seulement.

Ils respectent comme force créatrice du monde les quatre éléments : l’eau, l’air, la terre, le feu. On arrive aux tours du silence….Les morts ne sont pas enterrés par respect pour la terre, pas brûlés par respect pour le feu et l’air. Les corps étaient donc simplement déposés dans les tours du silence, exposés aux oiseaux de proie un certain temps puis on venait récupérer les os qu’on plaçait dans des ossuaires.

Le coin est moins visité que Samarkande…
La tour du silence mesure 65 m de diamètre. Là c’est Pierre. Bien vivant.
Autour, le désert. Le blanc qu’on aperçoit sur les sols est du salpêtre.
Ce sont des tissus serrés et enfilés les uns contre les autres. Si un Zorastrien peut nous éclairer….on en ignore le sens.
Éclairer, c’est le cas de le dire car pour les adeptes, c’est Ahura MAZDA qui est à l’origine de tout ce qui est bon et lumineux !

MAZDA est le créateur du ciel et de la terre, mais chaque être humain est doté d’une âme éternelle et de libre arbitre.

Dans la vie, chacun doit avoir « de bonnes pensées, de bonnes paroles et faire de bonnes actions. » Difficile de ne pas être d’accord. Leur maître fondateur est Zoroastre, rendu célèbre par Nietzsche et son livre « Ainsi parlait Zarathoustra » même si, disent les spécialistes, il n’a pas forcément été fidèle aux pensées du vrai Zarathoustra. L’ensemble des textes sacrés s’appelle….question super banco…l’Avesta. Alexandre le Grand puis les Musulmans ont détruit les trois quarts de l’enseignement mis par écrit mais, nous voilà rassurés, des milliers de pages auraient été sauvés.

Voilà les 7 piliers du zoroastrisme.

1. Prier un seul Dieu.

2. Faire le bien autour de soi.

3. Vénérer le feu. ( merci Johnny).

4. Lutter contre l’oppression.

5. Respecter toutes les formes de vie.

6. Rejeter l’idolâtrie.

7. Cultiver la joie de vivre.

L’enseignement insistait sur l’importance de l’humilité, de la solidarité avec son prochain, mais aussi…sur la bonne humeur.

Faire une fête une fois par mois, être joyeux et rire autant que possible sont des principes zoroastriens.

Ça donne envie de ressusciter cette religion !!!

Reconstitution d’un temple dédié au feu.
Un ossuaire.

Allez, bientôt le dernier article sur Khiva…

Article 8. ARAL: On a marché dans la mer.

MALHEUREUSEMENT…

NOUKOUS. La grande ville du désert où se trouve le musée Igor SAVITSKY. Un taxi nous attendait pour aller à Muynak.

La gare où on est arrivés.

En route vers Muynak.

D’abord, traverser des kilomètres de déserts aux différents noms et puis, après NOUKOUS et la route défoncée, arriver dans un endroit un peu glauque, qui semble abandonné à la rouille et au vent. Ambiance Bagdad Café de bout du monde ou bien ambiance vieux westerns où une barrière cassée n’en finit pas de gémir dans un lieu fantomatique. On aime bien. Notre nuit sur place correspondait bien à l’endroit. Notre chauffeur étant un taiseux, on n’avait pas compris qu’on dormait sur le site même de la « mer ».

Un couple travaille là où quelques yourtes occupent un terrain qui semble hors service. Des yourtes trouées, pas nettoyées, où n’existent plus de ficelles pour fermer le haut du toit, et il commence à pleuvoir. C’est comme s’ils avaient oublié qu’on devait venir ou ne l’avaient jamais su. Plus personne ne parle anglais, je me débrouille en russe et je pense avoir compris qu’on devrait recevoir des draps…aujourd’hui. Pour une fois qu’on a laissé nos duvets dans le coffre de la voiture du chauffeur qui est reparti depuis longtemps…On voit des douches mais le bâtiment est fermé. Non, il n’y a pas de douches pour ce soir. Et les draps arriveront bien…à 21 h.

Les douches fermées. WC au fond du jardin.

L’homme et son fils mettent de la bonne volonté à fermer le toit de la yourte mais, avec le vent qui soufflera toute la nuit et l’absence de corde de fixation, le trou retrouvera rapidement sa condition de trou. Heureusement la pluie n’était que passagère.

Les choses ne sont pas bien rodées car pas encore habituées au tourisme et c’est tant mieux. Le couple est sympathique et fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. On croise quelques touristes ouzbeks venus à la découverte de leur histoire.

LA MER D’ARAL.

Elle était l’une des plus grandes au monde après la Caspienne, le lac Supérieur en Amérique du Nord et le lac Victoria en Afrique.

En 1961: 65 mille kilomètres carrés pour une profondeur maximale de 69 mètres, sa profondeur moyenne étant de 16 mètres. Il y avait 1064 km cubes de volume d’eau.

En 2010: 12 mille kilomètres carrés. Il reste 110 km cubes de volume d’eau. Profondeur maximale : 24 mètres.

La mer d’Aral était très importante pour l’industrie de la pêche et la haute qualité des espèces de poissons. On pêchait 25 000 tonnes de poissons et 2 millions de rats musqués pour leur peau. 20 millions de poissons en conserves étaient produits. 500 navires de pêche.

Aujourd’hui, le ARALSAND, sable composé d’engrais et de pesticides, est apparu à la suite de tempêtes de sel et de sable qui ont rejeté dans l’atmosphère de 75 à 80 millions de tonnes de sel de sable. On a retrouvé de ce sel dans les Alpes qui participe, lui aussi, à l’érosion de nos glaciers. Petit rappel qu’on habite tous sur la même planète.

Aujourd’hui encore, il est conseillé de bien nettoyer les semelles des chaussures au départ du site.

Photos et peinture du petit musée sur place qui relate l’histoire du lieu à Muynak.

Propagande. Qu’est-ce que ça rend heureux de s’éreinter tous les jours!
La mer gelait. On cassait la glace pour attraper les poissons.

C’est notre Bagdad Café. La tour permet un point de vue sur ARAL. Notre yourte est située à gauche de ce bâtiment.

Trois cartes qui décrivent bien l’évolution de la mer, tracées sur l’ espèce de grande équerre (voile?) en ciment qu’on aperçoit.

La mer en 1960 pleine et entière avec des îles dont on reparlera.
En 1980, on voit que la partie bleue s’est déjà bien éloignée de ses pourtours d’origine.
Aujourd’hui, le peu du bleu qui reste se trouve principalement côté Kazakhstan.

La Mer d’Aral aujourd’hui à Muynak, là où vivaient 16000 personnes de la pêche qui se sont retrouvées sans emploi.

On essaie de replanter pour fixer le sable. Le matin, on a assisté à une mini tempête de sable qui se dirigeait vers la ville de Muynak.
C’est peut-être ce panneau qui nous a le plus déprimés. On y est. SOLEIL VERT, film culte de 1973. L’amnésie environnementale. Seul un vieil homme se souvient….mais on ne veut pas spoiler le film ! A revoir de toute urgence. Peut-être qu’un jour on ne verra plus les rivières et les mers qu’en photos …

MAIS POURQUOI CE DÉSASTRE ?

Dès 1918, les Russes détournent les principaux affluents des deux grands fleuves, l’Amoudaria et le Sidarya, pour irriguer les champs de coton et les rizières des zones désertiques.

Mais avant la seconde guerre mondiale, on cultivait surtout du blé.

La raison la plus connue de ce désastre est due à la monoculture intensive du coton imposée par Brejnev dans les années 50. Or blanc ou malédiction? Il fallait des tonnes de coton pour alimenter les industries textiles russes. Pendant plusieurs semaines, tout se focalisait sur le ramassage du coton jusqu’à la fin de la récolte : plus de mariages, plus d’école. Les cueilleurs étaient payés au poids ramassé à partir de 20 kg par jour. Moins de 20kg, les jeunes étaient logés et nourris.

En 1989, on a fait des travaux d’aménagement pour séparer la Petite mer qui existe encore au nord et la Grande mer au sud. Le niveau de la Petite mer commence à remonter.

Ce travail très dur de cueillette n’a été interdit pour les enfants que depuis 2017 ! par le président ouzbek actuel car on cultive encore le coton en Asie Centrale. Ce sont les compagnies internationales qui ont menacé le pays de ne plus acheter de coton ouzbek.

Mais il y a d’autres raisons.

On a fait sauter une soixantaine de bombes dans les années 50 pour trouver de l’eau potable, puis un canal souterrain (ou peut-être plusieurs) a été mis en place faisant passer l’eau vers la Caspienne.Les pêcheurs voyaient la formation de tourbillons.

Dès 1948, une des îles de la mer d’Aral accueillit une base nucléaire, dans un secret total, qui fut le plus grand centre d’essais d’armes bactériologiques de l’URSS ! Les pêcheurs voyaient les poissons morts, empoisonnés. Ce n’est qu’en 1991, avec l’effondrement de l’union soviétique que des journalistes découvrirent le secret.

Une bien triste histoire.

Article 15. On va marcher dans la mer.

Malheureusement…

Motivés par l’envie de voir et de comprendre comment on peut faire disparaître une mer, on a parcouru 545 km (aller) dans le désert dont 200 km sur une route la plus défoncée de notre vie, où pour arrêter de se cogner la tête au plafond, on s’accroche littéralement à la poignée située au-dessus de la portière. Tiens aujourd’hui en Ouzbékistan on roule à gauche ? Non non. Ah ? Mais on roule à gauche ! Oui, à droite il y a trop de trous.??? Tout à l’heure on retournera à droite. Ah d’accord. Mais comme en face, les voitures roulent à droite, normal, puisque les trous sont à leur gauche, de temps en temps on se retrouve face à face. Souvent ça passe très juste, mais ça passe. Si on en parle, c’est qu’on a survécu.

Mais auparavant…

Avant d’arriver à « bon port » à la ville de Moynak – façon de parler puisque pour avoir un port il faut de l’eau – il y a la ville de NUKUS, 300 000 habitants et capitale de la région du Karakalpastan (on adore le mot). Et NUKUS, c’est l’histoire d’un homme qui a risqué sa peau pour sauver des milliers de tableaux censurés par Staline. Une pensée pour notre célèbre Iséroise Rose Valland.

On voulait juste, par ce modeste article, le faire connaître.

IGOR SAVITSKY. Un film documentaire a été fait sur son histoire en 2010. « Le désert de l’art interdit. »

Un homme bien. (un petit air de Daroussin non ?)

Né en 1915 et mort en 1984, Russe, il était peintre, archéologue et collectionneur d’art d’avant-garde. Il étudie à Moscou, participe à une expédition archéologique dans les années 1950 dans la région du…Karakalpakstan et rassemble des bijoux, des tapis, de la monnaie, des vêtements, des objets et convainc les autorités d’ouvrir un musée à NUKUS. Ensuite, il commence à collectionner les œuvres d’artistes de toute l’Asie Centrale. Mais bientôt, tous ces tableaux vont être interdits sous le régime stalinien dans les années 60.

Malgré le risque qu’il connaissait d’être dénoncé comme « ennemi du peuple », il recherche les peintres maudits et leurs héritiers et réussit à sauver des milliers de tableaux. Il va quitter Moscou et cacher les œuvres interdites dans le désert, loin du centre du pouvoir. Aujourd’hui, le musée de NUKUS ou musée Igor SAVITSKY est la plus grande collection d’art contemporain russe après celle de St Petersbourg.

C’est tellement énorme que le musée ne présente que 10 % des toiles. Quand on voit l’innocence de la plupart des peintures présentées, on se demande ce qui pouvait déplaire à Staline.

Facile. Toute œuvre sous le régime stalinien doit glorifier le réalisme socialiste soviétique. En dehors du cadre, pas de bonheur possible. Un écrivain, dont on a malheureusement oublié le nom, a été déporté au goulag pour avoir émis une critique du système dans UN livre. Mais sous d’autres cieux ça se poursuit puisqu’un rappeur iranien a été condamné à mort, il y a quelques semaines, par les Ayatollahs.

On ajoutera d’autres tableaux plus tard, Pierre ne peut pas se connecter.

Le désert.
La cueillette du coton.

Article 7. BOUKHARA partie 2.

Au IX e siècle, elle devient capitale de la dynastie persane des Samanides. Les savants, les écrivains, le célèbre médecin Avicenne résidaient ici. Elle devient moins importante avec Tamerlan (XIVe) qui lui préférera, comme on le sait, Samarkande, mais au XVI e, elle récupère son statut de capitale. Comme Samarkande, ce sont des villes de la route de la soie, on l’a bien compris, mais aussi des villes qui ont été régulièrement sous la coupe des Russes. En 1868 sous le protectorat russe, perte totale de son indépendance en 1920 avec la prise de la ville par l’Armée rouge. Puis finalement , comme le reste des SSR, elle devient indépendante en 1991.

Continuons avec un exemple de visite parmi tant d’autres.

L’ensemble POY KALON.

Il est composé d’un minaret, d’une mosquée et de la Madrasa Mir-i-Arab. Encore! me direz-vous. Oui, mais cette Madrasa est l’une des rares à former encore des étudiants. Un peu plus loin se trouve une Madrasa pour filles.

Mosquée KALON.

La grande cour intérieure.
Le kiosque polygonal était le lieu où priait le Khan.
Le minbar est le petit promontoire d’où le khatib fait son sermon. L’équivalent de la chaire dans les églises. Les prêtres n’y montent plus depuis longtemps.

Ici la Madrasa MIR I BAR.

On aperçoit des étudiants. Ils sont actuellement une centaine.
Cette madrasa fut construite en 1535. Elle est interdite à la visite, ce qu’on peut comprendre puisqu’elle est un lieu d’études. Pour la financer, le Khan de l’époque a vendu 3000 prisonniers perses, donc Chiites , donc infidèles, donc pouvant être vendus comme esclaves. Voilà comment trouver de la main-d’oeuvre à bon marché.

Le minaret avait trois fonctions :

La principale, et qui est toujours d’actualité, est l’appel à la prière par le Muezzin.

La seconde, au temps des invasions, était qu’il était un lieu d’observation.

La troisième, pour les caravanes, il était tel un phare pour les bateaux, un point de repère pour l’orientation. Le soir, on allumait une bassine d’huile qu’on plaçait au centre de la rotonde.

Ce minaret de Boukhara eut une malheureuse quatrième fonction. Surnommé au XVIIe siècle « la tour de la mort », de son sommet, 48 mètres quand même, on y jetait les condamnés à mort et les infidèles. Aujourd’hui on est rassurés, le minaret est fermé au public.

Recherches originales de l’organisation des briques.

Et toujours le plaisir de flâner sur les marchés…

On a cru que c’était des pistaches! Ce sont des noyaux d’abricots.
Des savons fabriqués avec du coton. Ils en cultivent encore.
Avec Munisa, notre super guide.
Des salades toutes prêtes.
Une incroyable variété de thés.
Elle doit avoir peur des coups de soleil…

Et de flâner à la tombée de la nuit. Boukhara est une ville magnifique.

Le monde à l’envers…et l’envers du monde.

Nuit de train direction Mer d’Aral.

En temps réel, nous quittons l’Ouzbékistan demain matin mais nous continuerons à partager la suite de ce formidable voyage.