Article 12. Sidérurgie lorraine

Ce soir Pierre vous parle de son ancienne région…retour sur la journée du mercredi 26 avril.

Avant Metz, nous avons quitté la voie bleue pour faire un détour par St Avold, dans le bassin houiller. Les mines étaient exploitées par les Houillères du Bassin de Lorraine (HBL), qui, après la seconde guerre ont employé jusqu’à 46 000 personnes. Il fallait reconstruire le pays, on avait besoin d’énergie… Dans les années 80, les effectifs ont commencé à décroître et la dernière mine a fermé en 2004.

Après Metz, nous avons traversé le bassin sidérurgique. L’exploitation du fer en Lorraine est attestée depuis l’époque gallo-romaine. L’exploitation industrielle à partir du XVIII siècle.

Mireille voulait descendre dans une mine de fer alors à Neufchef, nous avons visité le musée et sommes descendus avec un bénévole pour trois heures de visite très intéressante. L’exposition présente l’évolution du travail sur trois périodes :

Tout d’abord, l’exploitation manuelle au XVIII° siècle ; pic, masse, tarière manuelle pour percer les trous pour l’explosif qui était de la poudre à canon, transport du minerai à dos d’homme mais aussi d’enfants. Journées de travail de dix ou douze heures…

La mine au XVIIIE siècle avec les hottes pour le transport du minerai. 50 kg pour les hommes, 10 kg pour les enfants.
Démonstration d’utilisation de la tarière pour perçage des trous d’explosifs.

Ensuite, dans les années 1920, l’utilisation des outils à air comprimé se généralise, des chevaux sont utilisés pour transporter le minerai, et la poudre à canon, qui faisait beaucoup de fumée, est remplacée par des cartouches à base d’oxygène liquide. Le travail reste dur mais le progrès est énorme…, surtout pour les patrons car la productivité fait un bond considérable. Les patrons qui veulent garder leurs ouvriers se préoccupent des conditions de travail et aussi de la vie du personnel. C’est le paternalisme.

Wagonnets en bois tirés par les chevaux.

Dernière phase, dans les années 1950 c’est le début de la mine moderne avec le moteur électrique. Le forage, la taille, le chargement, le transport, tout se fait avec des machines électriques. Le moteur thermique remplacera l’électrique dans les années 1970. Plus fiable, plus besoin de rails pour le transport avec des machines sur pneus.

Les wagonnets sont maintenant en métal.
Chargeur transporteur sur pneus.

Système électrique de mise à feu des explosifs.

Mais le minerai de fer lorrain (la minette) est pauvre. De nombreux pays exploitent un minerai beaucoup plus riche et souvent avec une main d’œuvre beaucoup moins chère… la dernière mine de fer de Lorraine fermera en 1997.

Le tableau des jetons. Chaque mineur le matin l’emportait avec lui et le raccrochait le soir, moyen de vérifier si personne ne manquait à l’appel. Ce temps-là est terminé.

A quelques kilomètres de la mine, se trouve le haut fourneau U4 de Uckange. Le haut fourneau recevait le minerai de fer, la minette et le coke. Le coke en brûlant faisait fondre le fer. Le laitier (les impuretés) également liquéfié et plus léger restait en surface. Il suffisait de soutirer la fonte en partie basse dans des wagons spéciaux pour l’envoyer vers un convertisseur pour faire de l’acier. Le laitier était soutiré en partie haute et servait à faire des matériaux pour le bâtiment.

L’usine comprenant trois hauts fourneaux: U1, U3 et U4 employait un millier d’ouvriers et pouvait produire 2000 tonnes de fonte par jour. Pour des raisons économiques, le haut fourneau construit en 1890 a fermé en 1991. Il est désormais inscrit au patrimoine du XX° siècle depuis 2001. C’est devenu un centre culturel.

Le haut fourneau aujourd’hui… Monument Historique.

Et voilà une région qui, grâce au charbon et à l’acier, a été très riche.

Demain, après une belle journée passée à Namur, nous remontons en selle pour 65 kms vers Bruxelles. On dort demain soir dans une famille de cyclistes avec quatre enfants.

Article 11. SHENGEN, Luxembourg

En temps réel, on est ce soir lundi 1 mai à Namur. Pour la première fois, on a pris un train pour gagner 3 jours et rentrer un peu plus tôt car une belle surprise nous attend. Pour ceux qui nous connaissent, le baptême du dernier-né de notre famille irakienne aura lieu le 18 mai et surtout, les parents de Hend arrivent d’Irak ! On va se rencontrer pour la première fois…émotion garantie. Mais le papa, à cause d’un problème de visa, est obligé de repartir le 12 mai ! On souhaite vraiment le rencontrer donc on va pédaler jusqu’à Reims, puis prendre le train pour rentrer.

Samedi 29 avril (bon anniversaire Erwan! 28 ans) on est arrivés à Luxembourg, une trentaine de kilomètres de la frontière à la capitale. Sur la route, on cherchait désespérément un café quand un jeune Luxembourgeois devant sa maison en travaux nous en a proposé un. Il a sorti deux tasses sur sa future terrasse et après avoir parlé vélo, on a discuté des langues de son pays. Le luxembourgeois est une langue assez proche du néerlandais, le sud du pays parle plutôt français, au nord de la capitale, c’est l’allemand qui l’emporte. Sympathique cette invitation spontanée au coin de la rue. Merci le Luxembourg de nous avoir ainsi souhaité la bienvenue !

Le matin en quittant le camping de Nennig. Quand la Moselle perd deux lettres, c’est qu’elle est devenue allemande. Mais elle reste malgré tout au féminin. On se renseigne quand même…

On avait dit qu’on parlerait de SCHENGEN.

Sur l’Esplanade le long de la Moselle.

On est toujours émus d’arriver dans un lieu chargé d’Histoire. Ce sont souvent des lieux célèbres mais au passé dramatique mais là, Schengen c’est d’abord l’idée de deux hommes, venant de deux pays longtemps opposés, Helmut Kohl et François Mitterrand, qui vont décider d’ouvrir les frontières entre leurs deux pays. Kohl avait très vite compris que la réunification allemande et l’unité européenne allaient de pair. Très vite, le Benelux se joint à ce projet puisque cet espace de libre circulation existait déjà entre ses trois petits états. Pour souligner cet espace sans frontières, on va signer l’accord en plein milieu de la Moselle, à bord du bateau « MS Princesse Marie-Astrid ».

On est tous dans le même bateau. La femme au centre s’appelle Catherine Lalumière et représentait la France en tant que secrétaire aux affaires européennes.

Mais les accords de Schengen, c’est aussi la création de règles communes dans le domaine des visas pour des séjours de courte durée. Grâce à ce système de demande unique de visa de court séjour, commerciaux, touristes ou personnes d’un pays tiers peuvent se rendre sur le territoire de n’importe quel des 27 états de l’espace Schengen sans demander un visa auprès de leur ambassade.

Voilà le visa Schengen.

Et les autres dans tout ça ?

L’asile politique peut être demandé par tout ressortissant d’un pays tiers craignant d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son groupe social. Au Luxembourg, les demandeurs d’asile peuvent présenter leur demande à la frontière, soit dans le pays. Ils doivent rester sur le territoire pendant toute la procédure. L’enregistrement de la demande leur permet une aide sociale dont la mise à disposition d’un logement pour toute la durée de la procédure.

Le traité de Maastricht en 1992 a développé le marché intérieur, qui a donné suite au marché commun européen. Le marché intérieur garantit « les quatre libertés » au sein de l’UE. Libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.

Sur l’Esplanade devant le musée européen SHENGEN.

L’espace Schengen est créé le 26 mars 1995. C’est la libre circulation des biens et des personnes. Aujourd’hui 27 pays en bénéficient.
UNITATIS. Explication à côté . Œuvre d’art en métal qui sert de symbole à toutes les personnes qui ont appris et compris que nous ne pouvons surmonter les crises que si nous nous unissons tous ensemble. Elle exprime l’idée que l’unité et la main tendue pour aider les autres nous rendent plus fort.
Deux morceaux du Mur de Berlin…la Chute du 9 au 10 novembre 1989.
Avec le portrait de Gorbatchev derrière. Celui qui a permis la destruction du Mur puis un peu plus tard la fin de l’URSS …ce qui ne plaît pas à tout le monde.
Des panneaux le long de la Moselle reprennent les moments importants de l’histoire de l’Europe.
Pierre à l’heure du déjeuner devant le musée européen qui retrace toutes les étapes et les personnalités qui ont construit l’Europe d’aujourd’hui.
Chaque étoile porte les symboles de chaque pays de l’Union européenne. Chaque pays a son drapeau sur l’esplanade.
Pour l’Allemagne, c’est pas mal fait. La photo de la France a disparu! mais on avait juste la Tour Eiffel et deux ou trois cyclistes pour représenter le Tour de France. Un peu la misère. On trouve qu’il y avait d’autres symboles à ajouter mais on ne nous a pas demandé notre avis…
C’est la mode des cadenas…chacun veut laisser sa trace….chaque pays a son espace dédié.

Mais pourquoi Schengen ? C’est parce que cette commune se situe à la triple frontière franco-germano-luxembourgeoise qu’elle a été choisie. On apprend que la frontière, dans le quotidien des habitants, n’a jamais divisé mais qu’au contraire, les échanges en tout genre avaient lieu. Des vignerons allemands avaient leurs vignobles sur l’autre rive et réciproquement, les dialectes parlés étaient quasiment les mêmes, il y avait des mariages transfrontaliers. A Schengen un lycée germano-luxembourgeois sert actuellement d’école pilote pour développer un nouveau type d’enseignement adapté à la Grande Région et bien sûr plurilingue.

D’ailleurs, en discutant avec des Luxembourgeois au camping, on a appris que les enfants apprennent, dès la maternelle, quatre langues ! Le français, le luxembourgeois, l’allemand et l’anglais, cette dernière ajoutée récemment…on n’est plus à une près…Quelle chance!

DANS LE CENTRE EUROPÉEN DE SCHENGEN.

Cette carte date un peu. Depuis, la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie font partie de l’espace Schengen. Mais quatre états sont Schengen sans être dans l’Union européenne : la Suisse, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein.
Des colonnes lumineuses établissent une sorte de carte d’identité de chaque état membre.

Pendant la seconde guerre mondiale, des coups de feu ont été échangés dans le coin. Balles et grenades ont atterri au Luxembourg, pays neutre. Des milliers d’habitants ont vu les soldats allemands faire sauter le pont par lequel on est arrivés. Le village a été évacué temporairement. Les troupes allemandes envahissent le Luxembourg. En attendant la reconstruction du pont en 1959, un système de bac sera mis en place.

Je remets la photo…pour ceux qui auraient raté un épisode. Le pont en question.

Aujourd’hui la Moselle, Die Mosel, est l’une des voies navigables les plus utilisées d’Europe. Mais des crues sont de plus en plus nombreuses. Il faut savoir qu’une péniche peut transporter 4000 tonnes de fret, ce qui évite 185 semi-remorques sur les routes ! Un sacré avantage. Moins de trafic, moins de pollution.

On pédale souvent au milieu des coteaux recouverts de vignobles. Ils sont là depuis l’époque romaine. Pas nous. Comme il ne fait jamais ni trop chaud (on confirme), ni trop froid, c’est l’idéal pour la culture des vignes sensibles. C’est mignon ça. Les ceps les plus importants sont le Rivaner ou Müller-Thurgau, l’Auxerrois, le Pinot gris et le blanc, le Riesling et l’Ebling. En rouge, on trouve le Pinot…noir.

Quelques vues du Château des ducs de Lorraine visité lors de notre passage à Sierck les Bains. Un des rares après-midi sous le soleil.

À bientôt.

Article 10. METZ

Ce soir, on dort à Thionville chez Marthe et Grégory dont les trois garçons sont absents: deux chez la mamie, l’aîné chez un copain. C’est lui qui nous prête sa chambre. Autour d’un délicieux repas, on a parlé voyages à vélo bien sûr, les nôtres et ceux qu’ils font à travers la France avec des amis, où les enfants s’organisent entre eux, montent eux-mêmes leur tente etc…Ils adorent ça et trouvent toujours ces vacances trop courtes. Le vélo rend heureux toutes les générations.

On a quitté Metz ce matin pour pédaler vers Hayange où se situe la mine de fer de Neufchef qu’on voulait visiter. Mais d’abord, un petit tour à Metz.

Quelques vues extérieures de la ville.

Le Temple Neuf ou Nouveau Temple protestant.
Maisons en bord de Seille.
Seule place médiévale de Metz avec ses maisons adossées aux anciens remparts.
Sous les arcades se trouvaient les boutiques et, au pied des piliers, on aperçoit les accès aux caves qui existent toujours. Au Moyen Âge, des marchands italiens qui avaient signé des conventions avec Metz, venaient chaque semaine vendre des produits du bassin méditerranéen comme les céréales, les salaisons, les épices mais aussi des soieries.
Tous les bâtiments portent la signature de l’architecte et la date de construction.
Cette fontaine est adossée à l’ancien hospice Saint Nicolas, le plus vieil hôpital de Metz.
La ville ancienne est construite en pierre jaune ocre. On l’appelle la pierre de Jaumont où Pierre de soleil. Jolie. C’est une pierre calcaire, demi- tendre, extraite de carrières du nord de Metz.
Cathédrale saint Étienne. Quand le ciel s’effondre sur nous, on court se mettre à l’abri sur le parvis. C’est la cathédrale de France qui a le plus de surfaces vitrées proportionnellement à son volume.

Suite à la destruction de vitraux pendant la guerre, on va faire appel à Chagall pour en créer de nouveaux, ce qui ne va pas de soi puisqu’il est de confession juive. Mais, soutenu à l’époque par André Malraux, il réalisera les vitraux. Cette œuvre reconnue lui permettra d’avoir des commandes dans de nombreuses églises en Europe et aux États-Unis, et sur la fin de sa vie, de réaliser les vitraux de la cathédrale de Mayence, une façon pour lui de se réconcilier avec l’Allemagne même s’il n’y est pas allé en personne.

De nombreux saints sont représentés au niveau médian du porche. Une statue attire l’attention, la femme aux yeux bandés. Synagoga, qui personnifie la foi juive, a un bandeau sur les yeux, une lance brisée, les cinq tablettes qui s’échappent de sa main. Aveuglement d’avoir refusé de reconnaître le Messie dans le Christ.

Les verrières de la cathédrale s’étendent sur plusieurs époques. Elles vont, pour les plus anciennes, de la fin du moyen âge avec un aspect pédagogique présentant une ribambelle de saints à un peuple qui ne sait pas lire, jusqu’à la Renaissance, période de la construction de Chambord, où sur les vitraux, les personnages ont des postures différentes, les dorures apparaissent et on représente les mécènes de l’époque, femmes ou hommes.

Article 9. Pont-à-Mousson et l’Abbaye des Prémontrés

On se souviendra qu’on est passé à Pont à Mousson peu de temps après Pâques…

On ne sait pas ce qu’il y a dans le jus de carotte…ça doit être les endorphines…




On est arrivés sous un rayon de soleil qui se transformera en pluie lors de notre installation dans le « camping », où on nous tolérera entre deux campings cars…Sanitaires fermés de 20h à 8h ! Pour un pipi nocturne, vous errez discrètement de buissons en zones non éclairées.
Ces photos sont prises le lendemain, à l’heure du départ, sous un soleil très froid. Dès le XIIe siècle, on parle d’un pont sur la Moselle, mais il devient le pont de Pont-à-Mousson lors de la création de la ville en 1261. Il constituait un atout important pour l’économie puisqu’il était placé sur les routes commerciales de l’époque. Il mesure 140 mètres, possède huit arches, et ses tours de défense aux extrémités, permettaient de contrôler les usagers pour leur faire payer un droit de passage. Le péage était né.

Le pont devient rapidement l’emblème de la ville.

Vue de notre camping. Cinq places pour des tentes, on est seuls, et tout le reste, pour les camping-cars.

Ce qu’on retiendra de Pont-à-Mousson est son incroyable musée Au fil du papier. Des objets, des meubles faits en papier mâché ! On en fait bien aujourd’hui en carton. Mais là, on tombait d’admiration sur la beauté du travail.

On en fabrique depuis le IIe siècle après JC. après l’invention chinoise du papier. Il nous parviendra par les Perses, les Arabes puis par Venise en Occident, la Russie, l’Angleterre. Le Japon laquait déjà. Et pas que ses canards.

La France se spécialise d’abord dans les tabatières, puis apparaissent des meubles en imitation de bambou et de panneaux noirs laqués qu’on appelle de style victorien ou Napoléon III.

À partir de 1812, une industrie d’art se développe à Pont-à-Mousson : objets décorés de peintures polychromes, de feuilles d’or, d’incrustations d’ivoire, d’étain, de nacre…

Vase en papier mâché ! Une nouvelle passion apparaît pour l’Asie et en particulier pour le Japon, pays qui s’ouvre au monde en 1853. On va parler alors de Japonisme.
Papier mâché avec incrustation de nacre.
Éblouissant

L’ABBAYE DES PRÉMONTRÉS

Je pensais au départ que c’était encore un lieu de vie religieuse avec, peut-être, un accueil pour les voyageurs. Mais la vie monacale s’est éloignée de cette abbaye qui propose, effectivement, un hébergement, mais de luxe, autour d’une centaine d’euros la nuit. Nous c’est 8 euros. Ce monument historique du XVIIIème siècle est l’un des plus beaux exemples d’architecture monastique de Lorraine. Superbe.

La communauté s’est installée dans le coin vers 1608. Mais c’est Saint Norbert qui a fondé cet ordre en 1121. Avant d’être saint, il était People, jeune prince de Rhénanie. Après une vie de mondanités, une vie de pénitence et de pauvreté. Sans doute pour retrouver un certain équilibre….Il veut relier vie monastique au service des paroisses et évangélisation du peuple. C’est le programme. Il fonde son ordre dans l’Aisne.

Ici l’Eglise sainte Marie Majeure dans l’abbaye. Haute de 18 m, ses colonnes sont coiffées de chapiteaux corinthiens. Lumineuse mais il fait froid…
S’y déroulent des séminaires. On s’est promenés dans les étages, toutes les chambres sont prises. Séminaire avec de nombreux anglophones.
Le réfectoire magnifique. Voûtes qu’on appelle en anses de panier.
Atlas porte le monde et, en particulier ici, l’escalier.
Escaliers monumentaux, carrés, ronds, ovales.

Depuis 1964, l’Abbaye est devenue un centre culturel qui organise des expos temporaires et favorise les artistes du Grand Est. Lors de notre passage, on visite une exposition d’origamis.

Ce n’est pas un origami mais ce samouraï mérite sa place de par sa superbe.
Deux représentations des huit péchés capitaux.
L’orgueil et la luxure…
Une crocomobile… Ou une autocrodile….A vos mots valises.
On aime bien !

Après vendredi soir et samedi passés à St Avold, hors circuit Voie bleue, on a rejoint Metz. on a hâte de retrouver le chemin dédié aux cyclos car peu d’intérêt à rouler avec les voitures.

Au bord de la route vers Metz. Un bout de ciel bleu qui va nous abandonner.
Le vélo est pas mal mais on trouve les bébés un peu…flippants…

Depuis une semaine environ, je déraille régulièrement. Enfin pas moi, ma chaîne. A chaque passage sur le grand plateau, j’ai un pourcentage assez important de risque d’avoir la chaîne qui tombe sur ma pédale. Après un réglage dans un atelier de vélo à St Avold, je retrouve le même problème à une douzaine de kilomètres de Metz. Sauf que là, je n’arrive pas à m’en dépêtrer toute seule. J’ai bien coincé la chaîne en faisant un noeud…au secours, Pierre ! Pierre se demande comment on peut arriver à faire ça…moi aussi, mais j’y arrive très bien. Il a été obligé de démonter mon pédalier. A 12 km de l’arrivée…un petit peu vexant…Et en plus, on a froid.

On a fini par arriver à Metz dans un froid de canard et sous un ciel fronçant les nuages. On téléphone au camping. Non. Pas d’abris pour les campeurs. Cette nuit ils annoncent de l’orage. On sent qu’elle a envie qu’on vienne….Ce sera le formule 1 qui, suite à une erreur de leur part, nous offre pour le prix de base, la chambre toute refaite, très spacieuse puisqu’elle est aménagée pour les personnes en fauteuil. Parfait pour nous et nos deux montures. On restera deux jours pour prendre le temps de découvrir la vie messine.

Article 8. Nancy

Nancy, sa place Stanislas, son art déco. Malheureusement, on restera peu de temps afin d’arriver à St Avold pour le week-end chez David.

Les terrasses ne font pas encore le plein.
Grilles dorées à l’or fin. Beauté des fontaines, en style rococo, qui contraste avec le style classique de la place. Elles ont été placées à cet endroit, dans les angles, pour masquer les remparts de la ville.

Outre leur aspect décoratif, les fontaines jouaient un rôle dans l’hygiène publique. Les petites fontaines latérales servaient d’abreuvoirs aux chevaux, les grandes à l’intention des habitants. Elles étaient le moyen d’éviter le choléra et autres maladies qui pouvaient sévir dans les eaux des puits souillées par les excréments et les eaux usées…
Stanislas…et pourtant la place est toute dédiée à la gloire de Louis XV qui était le gendre de Stanislas, lui-même deux fois roi de Pologne et duc de Lorraine. En commandant cette place en l’honneur de son gendre, il poursuit deux buts: habituer les Lorrains à leur futur roi et s’attirer un petit peu ses faveurs. A l’époque, la place s’appelle : la Place Royale. Elle changera plusieurs fois de nom. Stanislas sera arrière grand-père de trois rois de France !

Mais sur le socle de la statue, il est écrit LE BIENFAISANT. Ça se mérite quand même, surtout gravé dans le marbre. Alors on a creusé le sujet…

Avant lui, on mettait les belles places loin du peuple. Lui veut rassembler sur la future place Stan, comme l’appellent les habitants de Nancy, les services administratifs et les lieux de divertissement. Pas mal mais cela ne justifie pas encore le terme de Bienfaisant. Il fut philosophe et mécène des Lumières. Il créa la bibliothèque royale de Nancy, la Société des des Sciences et des Belles-Lettres qu’on appelle bientôt l’Académie de Nancy. Son but: diffuser des connaissances, promouvoir la langue française, ainsi que la tolérance religieuse et politique. Le gars était favorable à la liberté et à la séparation des pouvoirs. Il avait la fibre sociale, créa des écoles, des hôpitaux, des bibliothèques publiques, des secours aux plus démunis, écrivit des essais philosophiques dans l’esprit des Lumières.

On comprend mieux maintenant Stanislas Le Bienfaisant.

Bien sûr, Nancy c’est également la capitale de l’Art Nouveau, le Petit Paris de la Belle Époque alors que Metz et Strasbourg étaient avalés par le Reich, l’importante École de Nancy…..mais écrire, c’est faire des choix. Comme la vie.

Article 7. Le bonheur à bicyclette

Je voulais parler de la Meurthe et Moselle mais j’avais plus urgent à dire ce soir. Il fallait que je parle du bonheur d’être à vélo.

La journée qu’on a vécue à vélo d’Epinal à Nancy a été la plus belle du périple jusqu’à présent. Tous les ingrédients étaient là : pas de pluie, pas de vent, du soleil, une route facile qui longe la Moselle aux rives encore sauvages, la belle rencontre avec Julie et Aurélien. Mais le bonheur, ce n’est pas seulement l’absence d’emmerdements! C’est beaucoup plus….C’est une sécrétion du cerveau. Et il y a des jours, il sécrète beaucoup.

Ce bonheur n’arrive pas tous les jours. Il se mérite. Il exige de nombreuses heures en selle, une prise de conscience physique et morale d’un bien-être certain. La posture d’abord. Pas de douleur. On aime dérouler la jambe pour appuyer sur la pédale, prendre de la vitesse, changer la position des mains sur un guidon papillon recouvert de mousse, regarder le compteur dont les chiffres décollent, regarder le héron cendré qui décolle aussi. Le bassin, les épaules prennent part à l’avancée, tout le corps est tendu et engagé dans un élan total. On transpire et on vit.

Dans la tête. Qu’est-ce qu’on est bien! Ma maison sur le porte-bagages. Il ne manque rien. On a l’essentiel. On roule vite et pourtant lentement pour le monde d’aujourd’hui. Au cours de nos différents voyages à vélo, j’avais déjà remarqué cela: La vitesse et le nombre d’heures roulés nous transforment. C’est peut-être difficile à comprendre de l’extérieur mais on est touchés par un certain état de grâce, on se surprend à sourire bêtement au monde qui nous entoure, qui nous enivre. On a l’impression, seulement l’impression, de devenir invincible. On se surprend à penser. À penser à tous ceux qui n’ont pas cette chance de toucher le bonheur du bout de la pédale. On a envie de dire à celui qui ne va pas bien : Monte en selle, pars plus loin si ça ne va pas ici, et trace ta route. Le monde est à toi. Que toi pour le décider. On ressent alors beaucoup d’empathie pour les gens. Rouler rend bon. Et chanter à tue-tête sur sa bicyclette ! La cerise sur le gâteau. Ça permet de sortir cette énergie qu’on a emmagasinée à grands coups de pédale.

Et oui, je sais, on est dopés. On sécrète en secret. C’est la faute du cerveau ou plutôt c’est grâce à lui. Les endorphines, les voilà. Surnommées les hormones du bonheur. Merci à nos deux hypo. qui les fabriquent : hypophyse et hypothalamus. Les endorphines sont sécrétées à la suite d’éléments déclencheurs comme…la pratique intensive du vélo. Non seulement elles sont euphorisantes mais, agissant comme la morphine, elles permettent de réduire les douleurs musculaires ou articulaires, sinon on ne pourrait pas rester des heures en position quasi statique. Il y a un cap où l’endorphine permet de passer de la fatigue à une phase de soulagement. Ça doit être à ce moment-là qu’on sourit bêtement aux anges…

Avec Pierre, on se disait que les douleurs, les difficultés qu’on peut rencontrer parfois lors du voyage sont très vite effacées face à ce bonheur qu’on ressent et cette chance qu’on a de pouvoir voyager à vélo.

Certains cyclo voyageurs sont en selle depuis des années et des années. Liberté, lenteur, félicité.

Un petit peu de Meurthe et Moselle quand même…On parlera de Nancy dans le prochain article.

Rencontres sympathiques avec cyclistes et marcheurs athlétiques.
On aime bien quand les autres sont barrés ! Chemin que pour nous et les randonneurs…
Qui dit ombre dit soleil. On roule contents.
Un grand merci ! Ça coûte des sous mais c’est bon pour la planète.
Des collègues.

Ce soir on dort à Metz.

Article 6. Épinal

Journée du Mardi 18 avril

Mais avant Épinal, retour à Port sur Saône, en Haute Saône, le temps de poser le regard sur un mur. Port sur Saône où se trouvait la statue blanche du pêcheur. Sur la place, une fresque très intéressante illustrant les grands noms liés à l’histoire des droits de l’homme, fresque qui mériterait un petit coup de rafraîchissement, mais l’essentiel y est….des gens qui ont marqué par leur humanité, certains devenus Prix Nobel de la Paix.

Il y a les faciles à reconnaître et puis les moins évidents. En bas à gauche du calvaire, cette femme avec une photo dans les mains est Une folle de la place de Mai. En mars 1977, ces mères dont les enfants disparaissent mystérieusement s’unissent et organisent des actions non violentes, à Buenos Aires, sur la place de mai. Des Mère Courage.

L’homme qu’on aperçoit juste derrière le soldat du calvaire est Jean Xavier Bureaux de Pusy. Mais pour quels faits est-il célèbre ? Belle question super banco ! C’est lui qui a signé la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et qui est à l’origine du partage du royaume et des départements.

Autour de Gandhi. A gauche, Henri Dunand , fondateur de La Croix Rouge, prix Nobel en 1901. À droite, Louise Michel, instit et déportée en Nouvelle Calédonie. Elle combattait pour la libération des opprimés, les droits de la femme et de l’enfant.

Les autres font partie de notre mémoire collective française et internationale et leurs visages nous sont familiers.

ÉPINAL ( les Vosges)

Epinal sera d’abord le lieu d’une belle rencontre, celle de Julie et d’Aurélien, tous deux travaillant, trois enfants de 11 à 17 ans et prenant le temps de nous accueillir chez eux. Ce sont des cyclistes qui passent toutes leurs vacances à vélo sur les routes de France ou à l’étranger avec leurs trois enfants et une carriole. Une super organisation bien rodée, aventure qui permet à chaque fois à la famille de beaux moments d’échanges et de complicité. On espère vraiment avoir l’occasion et le plaisir de les recevoir à Charavines. Julie connaît bien le lac de Paladru !

Et puis Épinal, c’est évidemment le pays de la fameuse image, créée en 1796 par un monsieur Jean Charles Pellerin. Petite déception à l’accueil. Le musée est en pleine transformation et sera prêt pour dans une dizaine de jours avec de nouveaux concepts…encore un peu tôt dans la saison…On peut quand même visiter mais sans guide. Elle nous offre un petit livret sur l’histoire de l’image. On a de bonnes têtes quand même…

Au premier plan, tout en verre, le bâtiment du musée de l’Image qui propose des expositions et des ateliers pour les enfants : jeux de l’oie, dans la forêt, images et faits divers. Pas mal l’exposition qui revient sur la fascination qu’exercent les faits divers sur le public, à travers l’image et les canards. Mais ce qui nous intéressait surtout était le bâtiment en arrière plan, ateliers Pellerin où étaient fabriquées les images.

Alors qui était ce Pellerin ? Il était déjà un peu de la partie puisqu’il était cartier dominotier, c’est-à-dire qu’il imprimait des jeux de cartes, des dominos et des éléments de décoration sur les murs des maisons bourgeoises.

Les thèmes privilégiés tournent autour de la religion, de l’armée, de la nature, tout sujet populaire comme les contes, les expressions françaises, de la dérision également.

Les premières images sont imprimées avec des clichés réalisés en bois gravés. Pas le droit à l’erreur. Les outils sont ceux de l’époque qui permettent de graver le bois. On badigeonne d’encre le bois gravé sur lequel on pose une feuille blanche, on presse fortement pour obtenir le transfert du motif. On utilise bien sûr la Presse Gutenberg. Et, quand l’impression sur la feuille est réussie, on dit qu’il y a AMOUR ! C’est pas mignon ça…

Il faut ensuite colorier l’image, un pochoir par couleur. Depuis 1796, on colorie des images au pochoir à l’Imagerie d’Epinal, et encore aujourd’hui, des coloristes confirmés perpétuent cette tradition.

En 1820, on met au point une technique qui va éviter au bois de trop s’user. Elle consiste à faire une copie métallique faite à partir d’un moulage en terre. Ainsi on préserve la gravure en bois. C’est ce qu’on appelle un stéréotype.

À partir de 1850, le dessin sur pierre est utilisé à Épinal. La pierre permet plus de finesse dans le trait. Le dessinateur lithographe dessine à l’envers.

Vendeur de canards. Mais pourquoi un canard ? A vos recherches. Un canard est un journal qui relate des informations parfois non vérifiées ou fausses. Plusieurs explications, on a retenu celle là : L’origine viendrait d’Angleterre et puis d’Allemagne. Début du 19e siècle, un article anglais non vérifié comporte les lettres N.T (not testified). Ces lettres passent en Allemagne et phonétiquement, en allemand on prononce Enté qui signifie….Canard ! Le canard a passé la frontière en cancanant pour désigner un journal dont les infos ne sont pas toujours très fiables !

Le mot canard désignait également la personne qui vendait ces feuilles à la criée. Les canards sont d’abord un phénomène urbain puis colportés dans les bourgs et les campagnes.

Situations inversées…
Avec un mari chauve il faut trouver une autre technique…
Tous les contes traditionnels sont illustrés par l’imprimerie Pellerin.
Devinettes d’autrefois.

Devinettes d’aujourd’hui sur supports modernes.

Agrandissez et cherchez la réponse sur chaque image.

Ce soir, samedi, pour la deuxième nuit, on dort à St Avold chez David le fils de Pierre. Demain, départ vers Metz.

Article 5. La Saône

Depuis mardi, on longe le canal des Vosges puis la Moselle. Mais ne soyons pas ingrats, parlons Saône.

Hier après-midi.

On en rêvait. Un petit café à une terrasse ensoleillée. Place des Vosges à Épinal où on dort ce soir dans un Warmshowers. Rappel du principe : on dort gratuitement chez des gens qu’on ne connaît pas !!! Le point commun ? Le vélo. Cela peut être de dormir dans leur jardin, dans une chambre, et avoir une douche chaude. On peut soit se faire à manger, soit être invités à partager leur repas et leur petit déjeuner. Les précisions sont écrites sur le profil de chaque hébergeur. Nous y sommes également. C’est le principe de la réciprocité.

Depuis une semaine on longe la Saône et on découvre son histoire. On est passés cet après-midi pas loin de Viomenil où elle prend sa source. Elle se jette dans le Rhône, 480 kms plus bas, à la Mulatière près de Lyon qui est désormais loin derrière nous.

Colverts, cygnes, hérons cendrés, cormorans sont nos compagnons de route. Les Charolaises aussi. Mais pas dans la Saône. Pierre qui s’y connaît en vaches m’informe que cela fait un moment que les Montbéliardes les ont remplacées.
Martin pêcheur, castor, grenouille, leste vert nous regardent sûrement passer.
La Saône est une rivière de plaine qui s’écoule lentement. Même Jules César ne savait pas dans quel sens elle coulait. C’est dire. En romain, le nom de la Saône était l’Arar.
De nombreuses écluses ponctuent la rivière mais elles sont automatisées, inhabitées et par conséquent n’ont pas le charme des écluses du canal de Nantes à Brest qui rivalisent entre elles d’aménagements fleuris et d’espaces joliment pensés.
On sait que le parcours va se développer et offrir au randonneur ou cycliste de quoi manger un morceau ou boire une bière. Déjà, des coins tables et sièges se présentent au marcheur fatigué et même, pour la première fois, un espace réparation vélo.
On se met un peu la pression. Merci à la commune.
Il y a bien longtemps qu’on a passé le Point Kilométrique 203. Selon les départements, ils sont indiqués ou pas.
Dimanche midi, Pierre a réussi à rester assis pour manger son sandwich. Arrivée aux deux tiers du mien, je faisais les 100 pas en tapant des pieds pour me réchauffer avec deux paires de chaussettes. 5° et 100% d’humidité.

Depuis l’Antiquité, les hommes sont proches de la Saône. Elle est une voie commerciale entre la Méditerranée et le Rhin. Plus on la remonte, plus la navigation devient difficile: bancs de sable, manque d’eau et mauvais courants sont le lot des mariniers dans les méandres de la Saône. De 1838 à1882, elle est aménagée et devient navigable de Corre à Lyon. Au 19e siècle, sont réalisés les travaux du canal. Les bateaux remplis de marchandises étaient tirés par des chevaux depuis le chemin de halage où nous pédalons aujourd’hui.

Il y a toujours de grands Bonjour entre mariniers et cyclistes. Nos points communs : la lenteur, le silence, la tranquillité de la rivière, l’observation de paysages qui, sans être exceptionnels, nous sont familiers et rendent heureux.

À Port sur Saône. Mais que pêche t’on?

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Le roi des poissons est le brochet, de 50 cm à 1m, de 2 à 10 kg. Grand art du camouflage. Sa tête est composée de pores qui lui permettent de repérer et de localiser ses proies. Sa gueule est pleine de dents, 700 ! Il capture sa proie par le travers et l’avale tête la première. Ce qu’il préfère manger? Des poissons. Même ceux de son espèce. S’il n’y a rien d’autres, il consommera des vers, des crustacés, des grenouilles, parfois même des rongeurs ou canetons !

Camping fermé à Scey. On est rentré discrètement. Le double toit est à l’envers, en train de sécher.
Le Chemin des écluses. L’arrivée sur Épinal.

Maintenant, 8h30 mercredi. On quitte Julie et Aurélien pour rejoindre Nancy. Super accueil. En espérant les revoir en Isère.

Article 4. Nouvelles des bords de Saône

Comme le temps passe vite….un peu plus de 500 km parcourus. Déjà lundi 17 avril ! Demain midi cela fera une semaine qu’on pédale sur la Voie Bleue. On aurait aimé écrire plus souvent mais il faut que certaines conditions soient réunies. Vue la température moyenne de cette semaine, on cherche à être dans un local à l’abri du vent, avec une table et une chaise. Et puis il faut être seuls et pas trop fatigués ! Dans la tente, pas facile de rester assis pour écrire. Dormir c’est mieux.

Alors ce soir, on est en chambre, après une journée de 85 km. On dort à Bains les bains, près de la Vôge sur Saône, l’une des étapes de la Voie Bleue.

Quelques réflexions sur cette première semaine.

Comme dans beaucoup d’endroits cette semaine, il a fait froid et on a eu beaucoup de pluie. Mais on est contents du matériel ! On a testé notre nouvelle tente autoportante, ce qui fait que dès les deux premières nuits, on a pu s’installer dans des endroits secs, sur des sols durs, où la tente tient debout sans les piquets. Nos duvets, confort jusqu’à 12°, ne suffiraient pas sans un petit plus. Pour Pierre, un drap de soie, pour moi une couverture polaire que je glisse à l’intérieur.

Collection Printemps 2023. Cape de pluie et surpantalon de pluie. Pierre n’a pas pris de surpantalon. Il trouve ça collant. Mais cela évite aux chaussures d’être trempées.
On perd pas mal de temps à caper, décaper. Enfin un peu de ciel bleu mais on garde les gants et un tour de cou.

Partir mi avril présente des avantages et des inconvénients. Les avantages, il n’y a pas beaucoup de touristes. On n’a pas trop chaud ! Ça c’est sûr…Les inconvénients, beaucoup de lieux n’ouvrent qu’à partir du mois de mai. Certains campings sont fermés, mais surtout les sites à visiter sont encore soit en heure d’hiver, soit ouverts une ou deux fois par semaine, ou pas encore ouverts car pas assez rentable (des châteaux). Le lundi est un jour complètement mort, même pour boire un café.

Depuis hier dimanche, on roule au sec et on a apprécié les premiers rayons de soleil depuis le début du périple. Un voyage, ce n’est pas seulement les visites mais également les rencontres chaleureuses, parfois furtives, parfois le temps d’une soirée.

Yves, le cyclo qui fait ses 200 kms par semaine avec un copain.

Un cycliste tout heureux de nous aider à sortir de Chalon sur Saône et de nous accompagner sur une dizaine de kilomètres, un boulanger qui n’en finit pas de nous poser des questions sur le voyage à vélo, un autre ce matin, qui nous offre le café parce que camper dans ces conditions…c’est pas drôle…des pêcheurs, debout ou installés pour une ou deux nuits.

On retrouve le logo de la Viafrancigena dont on a fait la partie italienne jusqu’à Rome mais qui commence à Canterbury et qui traverse la France dans ces régions.
Première fois qu’on voit un panneau Warmshowers. Malheureusement, il n’est que 11h le matin, on ne va pas s’arrêter dormir ici.
Chalon sur Saône. Ville natale de l’inventeur de la photographie, Nicephore NIEPCE. Quel prénom ! On ne sait pas si ses parents l’aimaient…Une étude très sérieuse a démontré que les élèves qui avaient des prénoms compliqués étaient moins interrogés en classe… Il a eu le temps de réfléchir tranquillement dans son coin et d’inventer le premier procédé photographique en 1824…
Malheureusement, alors qu’on prenait notre temps pour la visite du musée, une voix nous a soudain susurré « on va fermer dans cinq minutes »…horaires d’hiver. Il faudra qu’on y revienne. Ce qui nous aura marqués à l’entrée du musée est un compteur géant qui, en temps réel, enregistre le nombre de photos prises depuis Niepce. On était à plus de 250 000 000 000 de photos prises dans le monde quand on y était. Développement exponentiel depuis que Facebook existe. Faut-il en rire ou en pleurer? Je n’ai pas le cœur à le dire comme le chantait l’ami Ferrat.

Entre Chalon sur Saône et Seurre, à l’entrée d’un village :

Tout le monde en Guyane a entendu parler de cette religieuse qui a participé à la libération des esclaves et qui a créé la commune de Mana. JAVOUHEY est le nom d’ une autre commune guyanaise où vivent des HMONGS. Ici on est à Monchamps où elle a passé quelques années. Elle est née à Jallanges, un village voisin.
On se doutait bien qu’il y aurait quelque chose sur elle dans la petite église. Elle a fondé également le premier Ordre des religieuses missionnaires de France.
A l’entrée de St Jean de Losne, ce panneau qui rappelle qu’on est sur la Voie de Vézelay. Nous rencontrerons un pèlerin au camping qui rejoint à pied la voie d’Arles. Il a loué une caravane pour la nuit.
On roule sur le chemin de Compostelle.
St Jean de Losne est le plus grand port fluvial de France.
Nos voisins allemands de camping ont fait reproduire leur portrait sur leur camping car ! Mais où va se nicher l’ego ???
Dans le camping, le restaurant où on rencontrera le pèlerin. Quelle bonne idée, ces braseros au centre des tables ! Petit déjeuner. Gérante très sympathique qui nous offre en plus de la charcuterie.

A Auxonne, on a la surprise d’arriver en pleines journées napoléoniennes ! C’est la première fois qu’elles ont lieu. On est déçus pour les organisateurs de cette météo très pluvieuse. Certaines batailles prévues sont annulées.

Les sacs à dos de l’époque.
Boisson Moncoco faite à base de citron (pour désinfecter) et de réglisse ( pour digérer).

Cette journée à Auxonne a été la pire depuis le début du voyage, non pas à cause de Napoléon, mais parce qu’il va tomber des hallebardes sur nous jusqu’au soir et que, comme on aime ça, on va faire durer le plaisir en se perdant pendant deux à trois heures.

Rencontre personnelle avec l’Empereur.

Ce soir-là, on doit retrouver un couple de cyclistes qu’on a connu sur la Viafrancigena en octobre dernier et qui nous a invités à dormir chez eux. Il faut donc quitter la Voie bleue pour rejoindre leur maison. A Vadan.

Photo d’Emmanuelle et de François prise en Italie. On n’a même pas pensé à faire des photos le soir…

Tout guillerets mais quand même un peu transis, on quitte les régiments napoléoniens pour se remettre en selle et aller chez Emmanuelle. Elle nous a donné sur WhatsApp des précisions qui permettent de quitter la Voie bleue pour aller chez elle. Mais Pierre veut gagner du temps, à ce moment-là, on y croit, et propose de prendre les grands axes. Bon. Why not? Il recommence à pleuvoir. On découvre une route sans grand intérêt, qui ne fait que monter et descendre. Mais si on gagne du temps…Après une courte accalmie, j’ai arrêté de remettre le surpantalon pas très agréable à porter me disant qu’on sécherait bientôt chez nos copains. Soudain, le gps nous dit de tourner à gauche, Tournez à gauche, TOURNEZ À GAUCHE.

On hésite et, une voiture s’arrêtant au stop, le chauffeur nous confirme que c’est effectivement plus court par là mais que…et le voilà parti dans des explications à n’en plus finir. Sous la pluie, l’idée d’un itinéraire plus court est alléchante. Mais tel David Vincent cherchant un raccourci qu’il ne trouva jamais, on n’a fait que s’emmêler les compas. Mais, me direz-vous, comment est-ce possible avec les GPS ? Si si…on sait bien faire. Alors on demande aux rares personnes qui montent ou descendent d’une voiture. Un jeune nous dit qu’on est au moins à 25 kms alors qu’il en reste une douzaine normalement, un papi nous conforte dans la direction prise. Oui, vous pouvez par là, mais, il y a un pont. Il y a un pont ? Oui…mais il y a un pont. Il nous dit ça comme si le pont était miné.

Merci papi. On se retrouve au milieu des champs, dans des chemins de terre défoncés, où des ornières remplies d’eau nous obligent à slalomer sous une pluie qui nous semble de plus en plus glaciale. J’aurais bien aimé comme David Vincent rencontrer des envahisseurs, au moins on aurait été au sec dans leur capsule. Non, seulement des Charolaises humides elles aussi. Mon gps qui ne disait plus rien reprend la parole pour me dire Faites demi tour. J’aperçois entre les gouttes Pierre quelques ornières plus loin, trop loin pour m’entendre l’appeler. Quand longtemps après, on se rejoint, il préfère qu’on continue droit devant pour retrouver une vraie route ! Celle qu’on n’aurait jamais dû quitter. Mon GPS qui indiquait 9,5 km pour arriver chez les copains continuent à marquer des points:11 km, 12 km…13,5 km. On finit par retrouver une route goudronnée….et, 1h 50 après lui avoir parlé, on se retrouve devant la maison du papi du Pont ! Moralement, il n’y a pas pire. Pont d’ailleurs que quelqu’un, entre-temps, a dû faire sauter parce qu’on ne le verra jamais !

Attendus en début d’après-midi, on arrivera à 17 h, heureux mais un petit peu humides de retrouver Emmanuelle, ses petits enfants et François, pour passer ensemble une très belle soirée.

Article 3. Tournus (Saône et Loire)

Balade dans la jolie ville de Tournus – prononcer Tournu- où nous sommes arrivés tôt mercredi puisqu’on était dans un camping à quelques kilomètres de la ville.

Tournus aussi a ses traboules.

Tournus est une belle étape sur la Voie Bleue où nous avons passé une bonne partie de la journée. L’Abbaye de St Philibert valait la visite guidée faite par Clara de l’office du tourisme. On était ses VIP disait-elle parce que nous étions les seuls alors qu’habituellement, il faut un minimum de quatre personnes pour maintenir la visite. Mais un autre couple a fait faux bond. Tant pis pour eux.

On se trouve dans l’avant- nef . Clara éclaire une tête de mort gravée. C’est une tombe mais la forme circulaire est inhabituelle. Aux XIe et XII e siècle, à l’époque de la construction de l’abbaye, on enterrait les gens debout. Les raisons ? La tête, l’Esprit, étaient tournés vers la lumière. Seuls, les notables pouvaient avoir une place dans l’avant-nef et payaient pour cela. Enterrer les morts debout permet de gagner de la place et ainsi l’Eglise vend davantage d’emplacements ! Spiritualité. Rentabilité.
Quand l’organiste a découvert la hauteur de l’orgue de l’abbaye, il a fait savoir qu’il ne pourrait jamais y jouer car il était sujet au vertige…Clara nous précise que l’organiste doit passer sur les bords pour prendre place et que la rambarde qu’on aperçoit arrive aux mollets….Le bonhomme était motivé parce qu’il a entrepris des séances d’hypnose pour se soigner. Fini le vertige !
L’abbaye, pourtant romane, a tout d’une grande ! 18 mètres de haut quand même. Haute sur pattes grâce à ses voûtes transversales, qui s’appuient les unes sur les autres, cette technique très rare a permis de se passer de contreforts à l’extérieur et de pouvoir percer ses murs pour y mettre des vitraux. Un mix de roman et de gothique.

L’abbaye est essentiellement en pierre rose, sauf le chœur qui a été détruit pendant la seconde guerre mondiale, ainsi que les vitraux. L’artiste peintre maître verrière, pour homogénéiser l’ensemble, a fait des vitraux rosés pour que la lumière se reflète rose sur la pierre blanche du chœur ! Il fallait avoir l’idée….les vitraux font très contemporains et pourtant ils datent des années soixante.

Les croisées d’ogives seront ajoutées plus tard sur les bas-côtés de la nef.
L’abbaye est essentiellement en pierre rose, sauf le chœur qui a été détruit pendant la seconde guerre mondiale, ainsi que les vitraux. L’artiste peintre maître verrière, pour homogénéiser l’ensemble, fait des vitraux rosés pour que la lumière se reflète rose sur la pierre blanche du chœur ! Il fallait avoir l’idée….les vitraux font très contemporains et pourtant ils datent des années soixante.
On aime bien les anecdotes…sur un pilier, un âne et en face, un loup.
A l’époque, les religieuses lavaient le linge des moines .. c’est jamais dans l’autre sens…une fois lavé, repassé, amidonné, un gentil âne transportait le linge de ces messieurs jusqu’à leur monastère mais un jour, un loup survint, à jeun, qui cherchait aventure, et que la faim en ces lieux attirait. De l’âne il ne fit qu’une bouchée. Une grosse bouchée. Les religieuses furent placées alors devant un terrible dilemme : soit dresser le loup pour qu’il transporte à son tour le linge, soit apprendre aux moines à laver leur linge eux-mêmes. Elles choisirent ce qui leur a semblé le plus facile : dresser le loup !!!
Voilà le résultat ! Tableau dans l’abbaye.
Pique nique sous un soleil éphémère avant de se remettre en selle direction Chalon sur Saône.