Busan. Deuxième ville du pays après Séoul. Le plus grand port de Corée. Cinquième port mondial pour le trafic de conteneurs. Une ville démesurée et 3 660 000 habitants. Quand on est arrivés à la borne des 4 rivières, on a programmé une guesthouse assez centrale, pas chère et le GPS indiquait 12 kms pour la rejoindre. Du port au terminal de bus, 20 kms ! Certains quartiers sont à flanc de colline. Une immense toile d’araignée.
Premières impressions.
Quand on est cyclovoyageur, c’est pour rouler à son rythme dans des endroits tranquilles, un peu retirés, près de la nature, seul ou à deux, et les arrivées dans les grandes villes sont souvent une épreuve. On a connu plusieurs cyclistes qui systématiquement évitaient les villes. Pas nous. Ce serait se priver d’une grande partie du pays et de sa culture puisqu’aujourd’hui, l’urbanisation du monde abrite 55% des Terriens. MAIS.
Les premiers coups de pédale dans les grandes villes sont toujours source de stress et d’agression pour nos sens. On quitte le calme, la lenteur, le silence, la sécurité pour se retrouver dans des embouteillages, le bruit, les gens, les pots d’échappement, des routes à plusieurs voies dont parfois on peine à comprendre par où on va bien pouvoir passer, les chaussées à partager avec les automobilistes, des feux, des directions qu’on ne peut pas prendre parce que c’est interdit aux vélos ou bien parce qu’on est gênés pour tourner . Mais jamais en Corée, il n’y a eu le moindre souci avec un conducteur. Très respectueux. Mais dès qu’on a trouvé l’hébergement, on range les vélos, on est heureux de marcher, de prendre le bus ou le métro si besoin.
Busan, comme toute grande ville, nous a malmenés les premières heures parce qu’en plus, on arrive en pleine chaleur et qu’on retrouve des côtes pour aller dans certains secteurs. Comme la ville est très étendue, il faut beaucoup de temps pour se rendre d’un secteur à un autre. Mais c’est une ville également très attractive.
Ville incroyable. D’un côté de grands axes de circulation où les grosses voitures coréennes règnent en maître, des arrondissements hyper modernes avec néons et immeubles futuristes, puis des quartiers populaires aux petites rues avec très peu de voitures, pleins de vie comme le nôtre , et un quartier célèbre, Gamcheon, tout en couleurs où habitaient autrefois les réfugiés de la guerre de Corée dans des bidonvilles réhabilités en 2009 par les villageois eux-mêmes ainsi que des artistes. Aujourd’hui c’est un incontournable pour les touristes où on retrouve avec surprise un personnage que le monde entier lit et nous envie…
Et puis Busan, c’est la mer. La mer qui travaille avec ses dockers, ses ports, le plus gros marché de poissons du pays, la mer qui repose avec ses longues plages de sable, ses nombreux chemins de randonnée, la mer qui amuse avec son skywalk, ses téléphériques, ses spectacles. Si je devais étudier en Corée, je préférerais Busan à Séoul pour la mer omniprésente. Mais bon. Je ne vais pas étudier en Corée.
Un samedi soir à Busan. Hip-hop, spectacle de drones. Tous les samedis, un thème différent.
Le haut des tours change de couleur, le pont également.
En arrivant à Busan, on a d’abord pensé camping …qu’on a trouvé…
….et vite fui ! Il fait autour de 38° à l’ombre et l’ombre, il n’y en a pas. Pas un arbre ni une salle commune. En fait le camping est juste à côté du port maritime d’où partent les ferrys pour le Japon. Les gens n’y passent qu’une nuit s’ils ne peuvent pas faire autrement. Nous on peut faire autrement !
On a finalement choisi une guest house où on restera quatre nuits. On y reviendra la veille de notre traversée pour le Japon. Ça y est, on a les billets. Ce sera le 8 septembre.
Notre sèche linge. Le toit de la guesthouse.Pour 28€ la chambre, on a en plus de la chambre cet espace avec dosettes de café, bouilloire, micro ondes et lave linge gratuit à gauche avec lessive fournie. Toutes les chambres des motels ont la clim et un trousseau dans lequel on a tous les accessoires de toilette. C’est un peu plus cher le week-end mais le gérant nous a laissé les quatre nuits au même prix. On commence à s’habituer à toutes ces marques de gentillesse….on va être très exigeant de retour en France…
Notre quartier.
Busan, à 2 heures de bus du centre, c’est aussi le temple Yonggunsa perché sur des rochers mais, fait rarissime, situé devant la mer.
Le site est magnifique.Enfin un moine, un vrai, qui psalmodie tout seul.Bling bling BouddhaLes Coréens écrivent souvent des vœux sur des cœurs, des feuilles. Ici les feuilles de figuier sont le symbole du Bouddha puisque c’est sous un figuier qu’il a eu le satori en Inde près de Bénarès.
Très beau mais pour nous, trop de dorures, trop de touristes, trop de pacotilles, trop de trop. On va vite trouver un chemin côtier et partir au hasard le long de la mer et je ne résisterai pas à piquer une tête toute habillée, c’était trop tentant ! Mais au fait….dans quelle mer ? L’affaire est politique. Pour les Coréens, il s’agit de la East sea, la mer orientale ou mer de l’est mais pour les Japonais, c’est la mer du Japon.
Les Coréens se baignent tous en combinaison de plongée, les enfants aussi. Et pourtant, qu’est-ce qu’elle est bonne ! On n’a vu personne nager. Ça barbote.
Quartier Songdo
Busan a aussi sa sirène, mignonne devant…Mais quand on voit sa queue….au secours Andersen!On le trouve courageux le garçon.La Corée est le pays des tours. Comme dans de nombreux pays asiatiques, les quartiers traditionnels ont été rasés pour loger tout le monde à la verticale. La densité de population coréenne est 5 fois supérieure à celle de la France. Les Coréens rêvent de vivre dans ces tours dont les appartements sont très bien conçus. Et vue imprenable.
Au début, ça nous amusait de voir les numéros des immeubles si haut perchés. Tiens, le facteur fait sa tournée en hélico ! Mais c’est ingénieux car visible de loin alors que le pied des tours est dissimulé par des parcs ou jardins.
Photo antérieure à Busan.Balade en téléphérique au-dessus de l’eau. Les œufs sans la Bastille (là il faut être Isérois…). Pierre , comme tous les passagers, a eu le droit à une sucette. Plaisir fugace.
Et voilà le quartier aux mille couleurs de Gamcheon.
Avant dans les années 50 c’était ça :
Comme Matera en Italie ou bien Communa 13 à Medellin, les habitants sont devenus fiers de ce qu’ils ont fait de leur quartier.
La mer n’est jamais loin.Des allées étroites où vivent toujours les habitants.Du linge qui sèche, c’est la vie qui est là.Cœurs de vœux. Vœux de cœur.En céramique.On a fatigué la dame.
Mais ce personnage que le monde lit et nous envie…
Mais oui, le petit Prince sur toutes les coutures…Un panneau explique qu’il a fait une halte au village de Gamcheon au milieu de son voyage pour venir le contempler.
File d’attente pour faire les photos.On se croirait à Lyon !Dans le village, raviolis farciLe soir dans notre rue. Soupe d’amandes. De jolies couleurs mais l’ensemble est fade.
Le lendemain, Jachali Market. Que des produits de la mer.
Moules et palourdes sont énormes. Objet Flottant Non identifié . On n’a pas goûté.Une rebelle. Elle a compris.Repas pris au marché. Comme la veille, c’est joli le poisson cru mais c’est fade. Tous les étals sont impeccables.Au sud de la ville, un superbe endroit.Le skywalk pour quelques frissons.Cette côte en plein cœur de Busan dont on retrouve les tours……des deux côtés.
Au fait, le propriétaire du passeport vélo m’a répondu !
Dear Ms. Mireille
Welcome to Korea !!!
I hope you have a good riding tour in Korean beautifu ways along rivers, and mountains.
I appreciate your kind and honest mail for the bike passport.
Unfortunately I lost my passport on the way of Andong dam.
Congratulations on your completion of the Grand Slam in Korean riding ways.
You can keep the passport as a good memory in Korean riding tour.
But, please delete my personal information(Address, Biith date, Pnone no. etc) in the passport.
I think you and your husbund have the good choice of the riding tour.
I hope you have the wonderful tour in the next place of Japan.
Good luck and Happy !!!
Il avait bien perdu son passeport des quatre rivières mais il me dit de le garder en souvenir de notre voyage à vélo en Corée.
Un quartier russe/ ouzbek dans…Chinatown. Sur une seule rue. Ça parle russe dans tous les coins.
C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante…
Depuis vendredi, nous sommes arrivés à Busan, ville marquant la fin de la voie des quatre rivières mais pas la fin de notre périple en Corée puisque nous traverserons seulement le 8 septembre vers le Japon. On aurait pu aller d’abord visiter la ville de Gyeongju à l’est de Daegu mais on a préféré terminer la voie des quatre rivières direction Busan, qui finit en beauté. Faire le choix de Busan maintenant va nous permettre de laisser des sacoches ici et de voyager plus léger, en étoile, pour ces derniers jours en terre coréenne.
Sur le bord du chemin…
Pierre souffre beaucoup de la chaleur. Pauses bien appréciées.
Mais tout d’abord, parlons de ces trois derniers jours avant Busan. Via Couchsurfing, on fait la connaissance de Bo Kyu chez qui nous avons été hébergés à Daegu dans son appartement. Homme charmant de 75 ans (il en fait 10 de moins), drôle et cultivé, Bo Kyu nous a reçus comme on reçoit des amis de longue date. Après une journée d’une centaine de kilomètres sous une chaleur accablante, il comprend vite tous nos besoins. Bo Kyu est un homme qui a beaucoup voyagé et continue notamment en parcourant l’Asie centrale par la route de la Soie. Il repart en septembre. Entre vélo, golf et natation, il garde la forme !
L’arrivée étant compliquée, Bo Kyu est venu à vélo à notre rencontre. Il sent qu’on a besoin de souffler avant de poursuivre jusque chez lui alors on s’arrête dans un coffee shop et nous offre boissons et friandises. Impossible de lui offrir le restaurant pour le remercier de nous héberger, c’est nous qui sommes ses invités. Soupe avec tranches de viande coupées très fines. On s’est régalés.
C’est avec regret mais avec un ami en plus que nous poursuivons le chemin en souhaitant vraiment nous retrouver en France ou ailleurs. We keep in touch.
Plus loin, sur la route, la belle voix grave d’un vieux moine résonne au son d’un mokugyo (percussion en bois utilisée dans les temples) et on se dit qu’on va la suivre. Ce n’est pas difficile car la voie cyclable rejoint la voix du moine. On longe le temple.
Kannon, la déesse de la compassion. Son petit nom en japonais. Sinon, c’est Guanyin en chinois ou Avalokitesvara en Hindi. Kannon, c’est quand même plus simple.Toujours un drum. On ne sait pas s’il téléphone ou s’il a mal aux dents. Tout mignons les moinillons.Ça change des trois singes.Ce qui est dommage, c’est qu’on ne voit jamais les moines dans les temples chanter les sutras ou méditer. La voix entendue depuis des kilomètres sort d’un haut-parleur et on ne verra jamais le chanteur.On est repartis vers les hauteurs.Une pause café, le client derrière nous voit nos vélos et part acheter deux boîtes de gâteaux dans une épicerie. Il retraverse la rue pour nous les offrir car, nous dit-il, il ne faut pas manquer d’énergie! On lui dit qu’on pensera à lui en les mangeant ! Ça le fait rire.
Le lendemain, le temps est pluvieux. C’est le jour où on devrait atteindre Busan. Mais finalement non. Au moment de pousser pour amorcer une côte, bing, je sens que ma selle n’est plus d’accord et j’ai des pièces métalliques qui tombent sur la chaussée. J’ai cassé ma selle ! Non, pas vraiment. C’est la vis de fixation de la selle qui s’est cassée en deux. Évidemment dans la campagne sous la pluie. Fine la pluie, mais quand même.
Ce qui reste de la vis est évidemment trop court.
Pierre avait des vis dans sa trousse de réparation mais trop courtes, les vis! Dans les dix minutes qui suivent, quatre cyclos arrivent et s’arrêtent. Le plus jeune nous indique tout de suite un magasin de vélos à moins de 2 kms. Je vais rouler sans selle comme font les gamins, en m’asseyant sur mes sacoches du porte-bagages. Ça roule. Il pleut de plus en plus, le mécano ne nous fera pas payer la réparation et on restera dormir sur place.
Le lendemain sera une très belle journée, la dernière sur la Voie des quatre rivières.
J’entends du saxo en passant près d’un pont. Il faut que j’aille voir. Et là, je découvre un homme qui joue pour lui tout seul. Il doit habiter dans les tours de l’autre côté de la quatre voies. Ici il ne dérange personne et c’est très beau.On a toujours l’impression de croiser le GIGN sur les pistes. Les Coréens ne laissent, la plupart du temps, pas un cm de peau au soleil. Ils enfilent des manches comme nous des chaussettes de contention. À nouveau, on retrouve des aires de repos sympas, c’est l’approche de Busan qui, sûrement, permet cela.Bo Kyu avait raison : la fin des quatre rivières est magnifique. Il aurait été dommage de ne pas la faire.
Juste avant d’entrer dans la ville de Busan, une très longue voie verte nous fait rouler le long d’une quatre voies. On n’en peut plus du bruit des voitures. Il faut slalomer entre les piétons et s’arrêter régulièrement aux intersections. Mais on s’approche.
Ça sent l’écurie…
Enfin, on traverse un dernier pont, on trouve le dernier tampon et on voit qui? Le jeune qui s’était arrêté et nous avait indiqué le magasin de vélos une soixantaine de kilomètres plus tôt ! Incroyable. Il est arrivé la veille à Busan et repart chez lui. Il n’avait que peu de jours de congés et n’a pu faire que les trois dernières étapes.
Voici l’endroit précis qui marque l’arrivée……ou le départ pour ceux qui la font du Sud vers le Nord.
Pour en finir avec la voie des quatre rivières, j’avais parlé d’un passeport qu’on fait tamponner aux différentes étapes du chemin. Comme on ne l’avait pas acheté, je mettais les coups de tampon sur un petit bloc Rhodia. Et voilà que le soir du bivouac aux moustiques, je trouve sous un abri dans un tiroir, un passeport des quatre rivières ayant appartenu à un Coréen de 1963, qui a parcouru plusieurs voies cyclables de Corée en 2017 et 2018. Je l’ai gardé, et complété. C’est ce que je tiens à la main. Mais comme je n’aime pas garder quelque chose qui n’est pas à moi, je lui ai envoyé un mail, il y avait des cartes de visite à l’intérieur. S’il veut le récupérer, je le laisserai dans un hôtel à Busan. Sinon, je serai contente de le ramener en France.
À l’entrée de Busan on aura parcouru 977 km.Sous un abri juste à côté, on enlève le couvercle et on met les pieds dans le plat. Quel délice ! Pour une fois que le lavabo est parterre…
À très bientôt pour vous parler de Busan où on sera restés quatre nuits.
Après la journée passée à visiter le village de Hahoe de Andong, nous avons repris la route avec l’intention de bivouaquer dès qu’un endroit nous paraîtrait convenir.
Dans la région, ce sont des fous du vélo. Le lendemain, on visitera un musée du vélo incroyable qu’on découvrira par hasard.
Les cyclistes nous font souvent un petit signe de la main, un pouce en l’air ou bien nous invitent à boire un café. Rencontres éphémères mais qui font du bien. On n’a pas encore croisé un cycliste occidental depuis le début.
Depuis Danyang, on a changé de province et la voie des quatre rivières est plus sobre. Beaucoup moins de points d’eau, plus de gargotes où manger le long des voies, il faut être plus prudent. En fin de journée, on a pris un repas à la sortie du village des masques où on a rencontré une Luxembourgeoise venue apprendre…le Coréen.
Nous pédalons entre collines boisées à forte pente, rizières, élevages bovins, des kilomètres de serres. Un nombre incroyable de ponts souvent surmontés de structures imposantes éclairées le soir et souvent changeant de couleur. On ne compte plus les barrages rencontrés. Les côtes de 7 à 12% ne sont en général pas très longues. Tant mieux.
Bon. L’heure est à se poser.
Cet endroit nous semble parfait même si, pour une fois, il n’y a pas de point d’eau dans les sanitaires. Les gourdes sont pleines, on a déjà mangé. Trois bâtiments : le plus éloigné avec petite terrasse où on finira par s’installer est un bureau de gestion de la rivière, le bâtiment gris les sanitaires et la cabane sert au stockage du matériel. On peut lire les panneaux en coréen grâce à un jeune qui nous a fait découvrir Google Lens. On prend une photo du panneau et on demande la traduction du coréen en français.
Peu à peu, le ciel va s’assombrir et on craint la pluie. On se dit qu’il est plus judicieux de remballer la tente et de se mettre directement sous la tonnelle du bâtiment blanc.C’est quand même drôle ce genre de panneau. Seul le titre est en anglais ! On est bien avancés. Mais on est persuadés que dans quatre ou cinq ans, tous les panneaux seront en anglais tellement la Corée a le vent en poupe.On a le plaisir de voir la rivière même si elle est inaccessible.
En fait il ne pleuvra pas et il n’y a plus d’air. C’est seulement la deuxième fois depuis le début du voyage qu’on ne peut pas se laver. Bien sûr, on a des lingettes mais avec la chaleur, on est tout collants! Surtout les mains. Mais on ne veut pas se les laver avec l’eau des gourdes car on part du principe qu’il vaut mieux rester vivant les mains sales que mort de soif les mains propres. Et comme on ne sait pas quand on retrouvera de l’eau….Soudain, des centaines de cris de poulets en contrebas…on est juste au-dessus d’une exploitation ! Mais les gallinacés, ça finit par s’endormir…pas nous, parce que les moustiques prennent la relève.
Ils ont dormi toute la journée pour être en forme. C’est la nuit. On sent à peine une baisse des températures. Deux options : dans le duvet et là, on étuve à petit feu. N’oublions pas que ce sera l’automne quand nous serons au Japon donc duvet bien chaud. Ou bien: dormir dessus et là c’est la fête pour les moustiques. Pierre me nargue dans son sac à viande en soie mais les moustiques le piquent à travers. Et puis c’est lâche un moustique. Il attaque dans le dos, à travers le t-shirt. Trop heureux d’avoir cette nuit deux gros fruits exotiques bien juteux et dorés à souhait à se mettre sous la trompe ! Vers trois heures du matin, je décide d’aller promener mes moustiques sur la voie cyclable. Au moins ça occupe. Ça fait passer la nuit. Un petit peu. Mais c’est long quand même, une nuit de chaleur sans douche et pleine de moustiques avec 80 km dans les mollets et ailleurs. Si on m’avait dit le lendemain matin qu’on allait faire une journée de 100 kms sans avoir fermé l’œil de la nuit, j’aurais dit aux moustiques. Allez-y. Finissez nous. A consommer sur place. C’est du Bio made in France. Heureusement, nous ne savons pas ce que chaque journée nous réserve et c’est mieux ainsi.
Parce que le lendemain fut à nouveau une belle journée. À nouveau, la gentillesse du responsable du musée du vélo qui nous appelle, va nous guider, nous offre à boire, s’assure qu’on prenne la bonne route pour repartir.
On reste songeur….Monter et descendre de ce vélo. Tout un art.Vélos du futur.Pour emmener les copines…On se retrouve attablés avec un club de cyclistes.
La journée est bien avancée, le vent souffle de plus en plus, latéral, on veut une bonne nuit, à l’abri des poulets et des moustiques. Sur les conseils de ces deux cyclistes, on se retrouve dans un hôtel.
Pierre me dit : c’est pour ranger les vélos ? Bah non. C’est la chambre. On cherche le lit. La dame nous montre le placard. C’est la première fois qu’on dort sur un futon. Pas plus épais que notre matelas gonflable. Mais une douche, une Clim et pas de moustiques. Le Paradis.Zen la chambre.
L’ART DE LA CLAQUETTE
On ne pénètre jamais dans une pièce en chaussures. On les laisse dehors ou dans le sas et on prend…une première paire de claquettes.
Ici sur une plaque magnétique.Mais quand vous allez dans la salle de bain, une autre paire vous attend……qui n’est pas celle des toilettes…qu’on laisse bien sûr avant de sortir pour le prochain utilisateur des lieux.On a pensé à un frigo….Mais avec des cintres, ça s’appelle une penderie… qui sèche les vêtements.Voilà qui remplace notre bon vieux rouleau de papier toilette. Mais sans la maîtrise, quelques surprises. Si vous vous levez avant d’avoir arrêté le jet qui fait vos ablutions intimes, le jet continue et prend de la hauteur ! En fait il y a un bouton pour le stopper qu’on n’avait pas encore trouvé. C’est comme ça qu’à l’aéroport, je suis sortie des toilettes avec le dos mouillé et là, sortie un peu précipitamment des wc, Pierre qui était devant la porte a été copieusement arrosé et m’a crié : mais rassieds toi ! On peut également régler la température de l’eau, de l’air de séchage et aussi du siège. Mais bon, on ne veut pas risquer des brûlures dans des zones déjà sinistrées…
De Danyang à Andong, la jonction semblait difficile à vélo d’après nos lectures et les autochtones car on passait d’une vallée à une autre en changeant de rivière avec un gros dénivelé et toujours une grosse chaleur.
En fait de « quatre rivières » il s’agit plutôt de fleuves mais le mot anglais « river » ne fait pas la distinction entre les deux d’où certaines confusions. Ce n’est pourtant pas la même chose. Ah ces Anglais ! C’est comme le mot Hair. La traduction peut être « cheveux » ou « poils ». Se faire couper les cheveux ou les poils ne donne quand même pas le même résultat ! Bon, cessons ces divagations linguistiques.
On a donc pris un train, comme on avait prévu de le faire initialement. Ce ne fut pas simple car ils ne prennent pas les vélos contrairement à ce que nous disait le gars du touriste information la veille. A la gare, le jeune au guichet, puis sa cheffe nous montraient un document de plusieurs pages écrits en Coréen qu’on ne sait toujours pas lire: « c’est notre règlement, on ne prend pas les vélos ». Mais les Français ont l’habitude de remettre en cause les règlements…, et après une vingtaine de minutes, ça a marché! On ne saura jamais exactement l’argument qu’on a avancé qui les aura fait changer d’avis. A la fin, ils étaient quatre sur l’affaire et c’est tout sourire que l’une des jeunes femmes est venue nous dire qu’exceptionnellement, le Boss a approuvé. On n’en finit pas de nos courbettes et remerciements. L’affaire est dans le sac et les vélos dans le train. Tout ça pour moins d’une heure de trajet.
Comme dans le métro, l’accès aux voies est protégé…
…et tout est parfaitement briqué dans la salle d’attente. Après notre départ, un employé viendra jeter un coup d’œil.
On avait passé brillamment l’épreuve du train. Nous attendait la seconde épreuve à Andong : un hébergement. On ne s’est pas ennuyé ce jour-là. Comme souvent, si on décide de dormir en Guest house, on repère une adresse sur le téléphone, on réserve ou pas, et on s’y rend. La plupart du temps, on peut au moins y laisser les bagages, avec de la chance, on a déjà accès à la chambre, à la douche et on repart visiter. On se rend dans la Guest house qui propose des dortoirs de quatre places pour 17€ petit déjeuner inclus. On a de la peine à trouver le lieu car c’est imbriqué dans des ruelles mais on finit par y arriver. Comme cela arrive parfois, c’est ouvert mais personne à cette heure là, on laisse nos sacoches, on écrit un petit mot, une mamie nous a montré l’entrée. Elle téléphone et nous tend l’appareil. Je dis à l’homme que je viens de réserver sur Booking.com. Il me demande mon âge et celui de Pierre. C’est sympa de vouloir nous souhaiter notre anniversaire. Et là je tombe des nues: pas après 38 ans !!! Sidérée je lui en demande la raison. Il sera en boucle à me répondre : c’est dans notre règlement. Je lui dis que ça s’appelle de la discrimination ! Et la prochaine fois c’est si on est Noirs ? Si on est trop gros ? Et je finis par raccrocher.
On repart vers la Guest house où Yang notre copain singapourien est descendu. Il avait demandé pour nous le matin mais c’était complet, mais maintenant on se retrouve dans une chambre familiale au prix le plus bas. On passe la soirée ensemble. On lui raconte notre histoire et, à notre grand étonnement, il a souvent vécu ça et surtout en Europe et en Australie ! Quand il a posé la question à ces hôtels qui refusent des gens âgés ( le refus concerne les dortoirs uniquement) , on lui a donné trois raisons : souvent, les vieux ronflent ! Lui, épais comme un papier de cigarette, ne ronfle pas. Les vieux peuvent être gênés par le bruit que font les jeunes. Yang leur avait répondu que dans ce cas, c’est au client de décider s’il prend le risque ou non d’avoir du bruit et la troisième raison, plus floue, de vieux prédateur prêt à sauter sur tout ce qui bouge. On ne savait qu’il fallait avoir un certain âge pour être délinquant sexuel….c’est seulement après 38 ans. On a signalé à Booking.com la discrimination faite par cet hôtel. Pas de réponse. On a eu la chance finalement de rester deux nuits dans Gotaya guest house, super pour une trentaine d’euros. Yang nous quitte pour descendre plus vers le sud, on se reverra peut-être plus loin.
Un des parcs de Andong
Quand on visite ce parc, on n’a pas encore trouvé l’hébergement. On se dit qu’on reviendrait bien dormir ici. Mais on pense que le parc ferme probablement et on est à une vingtaine de kilomètres du cœur de la ville.
Portes faites de lattes de bois derrière lesquelles sont collées des feuilles de papier de Corée. On se casse moins la tête pour l’arrière de la maison.
Mais pourquoi Andong en dépit du fait que cette ville se situe sur la voie des quatre rivières ( fleuves!)?
Ce qui amène principalement le touriste à Andong est son village traditionnel classé par L’UNESCO depuis 2010 comme patrimoine mondial dont les maisons sont très bien conservées, son histoire avec la famille Ryu dont les membres ont vécu ici pendant 600 ans, dont deux célèbres, l’un étant un grand savant confucéen et l’autre premier ministre pendant l’occupation japonaise fin du XVI e siècle. On vient pour le village mais on vient également pour ses masques. Un musée ( c’est bien, il y fait frais !) à l’entrée du village présente plus de 250 masques coréens et étrangers. Chaque jour à 14 h, un spectacle met en scène quelques personnages masqués. Certains disent qu’on peut s’en passer, que c’est uniquement pour les touristes. C’est vrai mais le spectacle nous a plu, même si on n’a pas tout compris.
En cuir, en corde, en bois, en peau…
On aime bien les yeux dans les mains. Comme ça, il peut avoir les yeux dans sa poche …
La pauvre veuve tend sa sébile pour obtenir quelques wons.
Le moine débauché. Là-bas aussi…
L’ivrogne.
Pune, symbole de la beauté : ovale du visage, sourcils en forme de croissant, nez aquilin , petite bouche mais aussi petite vertu. Elle est concubine, chanteuse, voire plus si affinités. Nous on voyait les couleurs de Blanche Neige et on se disait qu’elle avait grossi…
Le savant.
Mais il fait tellement chaud à passer entre les murs de pierre qu’on écourte la balade dans le village. On fait la connaissance de deux Français, Marc, photographe et son copain Philippe venu le rejoindre pour trois semaines en Corée.
Quatre vieilles femmes montraient comment on repassait le linge autrefois. En tapant dessus. Trois ont lâché l’affaire. Il doit faire 40° et avec leurs masques…il reste la plus vaillante qui nous a vus arriver. Merci Madame.
Les maisons les plus anciennes ont des toits de chaume…
Puis de tuiles…du ciment bouche les extrémités. On ne sait pas ce qu’ils utilisaient auparavant.
Un zelkova, espèce d’orme, de 600 ans.
Chacun écrit un vœu sur son papier…
…et va l’accrocher parmi les milliers d’autres.
Mais notre meilleure idée fut de suivre le conseil d’un Français rencontré à notre guesthouse, Vincent, amoureux de la Corée, son septième voyage ici, et d’aller visiter l’école confucéenne de Dosan Seowon sous les auspices de SongSuk, guide à mi-temps sur le site.
Ce site et celui des masques sont exactement à l’opposé l’un de l’autre, 24 kms de chaque côté de la ville et ça grimpe. On les a faits sur deux jours différents.
Voilà SongSuk, ancienne prof d’anglais, qui nous a appris beaucoup de choses sur l’école confucéenne et son pays. On a beaucoup de mal à croire qu’elle a 67 ans. Son attention et sa gentillesse vis-à-vis de nous dans quelques heures seront incroyables.
Le site est superbe. On est maintenant sur la rivière Nakdang.
Un arbre qui a connu, paraît-il, l’époque, XVIe siècle, où a vécu le fondateur de cette école, Lee Hwang, dont le portrait orne les billets de 1000 wons.
1000 wons = 70 centimes. Pour convertir, on divise le nombre qu’on voit par 10000 et on multiplie par 7. La plupart des guesthouses sont autour de 40 000 wons ( 28 €).
C’est le hanok, maison traditionnelle coréenne. Qu’a t’elle de particulier ? On vit l’hiver à l’intérieur, l’été sur les estrades extérieures et les pièces sont situées autour d’une cour centrale. On voit l’entrée du foyer qui permettait de déposer les braises et ainsi chauffer la maison par le sol.
Le Dosan Seowon, c’est un vaste complexe de salles de classe, de dortoirs, de bibliothèques, d’un sanctuaire où repose l’esprit du Maître. C’est ici qu’on formait le gratin coréen : érudits et grandes familles.
Et puis on quitte le lieu après avoir remercié chaleureusement SongSuk et on remonte sur nos vélos pour les 24 kms retour sous une petite pluie qui nous plaît bien. L’heure de la bêtise approche…en général, on en fait au moins une par voyage. C’est un minimum mais parfois c’est Pierre. Aujourd’hui c’est mon tour. On rentre à bonne allure, il est 17 h environ, le retour est plus facile que l’aller. On passe à l’accueil régler la deuxième nuit, c’est Pierre qui paie, on monte dans la chambre. Rituels du soir : Douche, lessive de la journée, lecture des téléphones, transfert des photos etc. Besoin de mes lunettes. Lunettes dans le sac. Petit sac qu’on utilise lors des balades à la journée. Où est mon sac? Dedans, ma double pochette en tissu avec passeport, cartes bancaires, argent liquide. J’ai dû le poser à l’accueil. C’est Pierre qui a payé donc je ne sais pas si je l’avais. Rien à l’accueil. La jeune fille de l’accueil regarde avec moi. Je remonte et dis à Pierre que je l’ai sans doute oublié sur le site de l’école confucéenne. Ou bien qu’il a été volé à l’accueil. J’ai une idée. SongSuk nous a pris en photo au départ. On verra si je suis rentrée avec. J’explique la situation à SongSuk qui m’envoie ces photos.
Pas de sac ! Je suis contente de savoir qu’il n’a pas été volé à l’accueil mais il est tard et on est à 24 km du site. Tout sera fermé.
On a bu un verre avec SongSuk, échangé nos coordonnées, je suis revenue vers les vélos avec les gourdes. Je ne mets jamais mon sac au sol, en voyant cette photo, je suis certaine de l’avoir posé sur le bord de la jardinière.
SongSuk propose de nous rejoindre à notre guesthouse. Elle téléphone à la dame qui nous a servi à boire. Elle aussi a quitté le site. Non elle n’a rien trouvé à notre table. Pour le reste elle va se renseigner. Elle rappelle SongSuk plus tard. Ils ont trouvé un sac qui a été mis en sécurité …mais deux touristes ont perdu un sac aujourd’hui ! On saura demain à 9h. La personne qui travaille dans le café sur le site, propose de m’emmener demain matin en voiture mais restant travailler là-bas, je devrais prendre un bus pour revenir. On veut partir ensuite, cela risque d’être long, je prendrai un taxi. Avec un grand sourire, on me rend mon sac. C’est bien le mien. J’ouvre ma pochette : passeport, cartes bancaires, tous les papiers sont là. Ah, la pochette plastique avec les billets a disparu, somme assez conséquente puisqu’on paie beaucoup en espèces, bon l’essentiel c’est d’avoir récupéré les papiers….Je vide complètement mon sac, je retrouve la pochette plastique avec tous les billets dedans. L’argent a bien été vu mais rien n’a été pris
Quand les Coréennes de la guesthouse apprennent la nouvelle, tout le monde saute de joie et applaudit. On aurait dit qu’il s’agissait de leurs affaires. SongSuk me dit que ça arrive à tout le monde d’oublier quelque chose. Un grand Merci à l’esprit confucéen de la Corée.
Photo envoyée à SongSuk dès le lendemain.
Ce soir mardi, on a roulé 710 km depuis le début.
À bientôt pour un prochain article sur le bivouac qui a suivi cette journée, mais là c’est déjà assez long comme ça.
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On savait qu’on se compliquait un peu la vie en quittant pour quelque temps la piste cyclable des quatre rivières, mais la difficulté en valait vraiment la peine. Ce sont les plus beaux paysages qu’on aura vus en Corée jusqu’à présent.
Pourquoi difficulté ? Parce que sur les routes, des panneaux indiquent Danyang dans des directions différentes et quand on essaie de se renseigner, les gens nous demandent : Danyang truc ou Danyang machin? On n’en sait rien. Danyang beautiful et, avec des photos du Danyang qui nous intéresse, la situation s’améliore rapidement. Mais on est plus souvent à partager la route avec les voitures.
On traverse ensuite un parc national de toute beauté, le Worak San National Park. On avait presque oublié que la Corée c’est 70% de montagnes , et là, on est au cœur du sujet. Que de la grimpette. Même en partant tôt, on pédale jusqu’à environ 15 h pour une cinquantaine de kilomètres. On a remarqué qu’on met beaucoup plus de temps que celui prévu par notre GPS. S’il nous indique 4h pour 45 kms, on mettra facilement deux heures de plus.
Mais comment font-ils pour être si lents? Ils sont très mauvais !!! Petits joueurs ! Sûrement. On ne s’entraîne pas assez le reste de l’année à faire des côtes. Et puis:
Première raison, on s’arrête pour boire souvent. Bilan carbone : 0 . Bilan H2 / 0 : 1,5 litre toutes les deux heures, et puis on prend des photos, on s’arrête pour voir certaines curiosités, pour se reposer, pour manger, pour échapper à la chaleur, pour écouter ses ischions qui déclarent forfait. Pour tenir sur la durée. On prend le temps. Ou c’est le temps qui nous prend…Et puis qui veut aller loin………
En général, le matin, on ne sait pas où on va dormir le soir. L’indépendance de la toile de tente. Ça c’est bien. On n’a pas de pression. Parfois on fait moins que l’étape qu’on avait prévue. Et alors ? Pas grave. Question rythme, Pierre dit que je suis meilleure que lui sur le plat et dans les descentes, mais dans les côtes il reste The Boss. Alors quand je n’en peux plus dans les côtes, je crie : je vais faire une photo ! Ce qui signifie en langage très très intérieur (je m’arrête sinon je vais crever …).
Voilà les paysages qui nous accompagnent en cette belle montée vers Danyang. On voit le mot brunch et tout le monde descend ! Original : bacon, œufs, saucisses sur…..gaufre et crème fouettée. Ça passe très bien. Et devant un tel panorama…on se fait parfois violence pour repartir.De temps en temps, il faut bien faire les touristes…ils adorent nous encadrer.Heureusement on ne manque jamais d’eau même s’il n’y a plus les installations de la voie cyclable des quatre rivières. On a une gourde filtrante qu’on n’utilise pas, l’eau est potable partout.On ne se rend pas vraiment compte du dénivelé sur les photos.Le sommet du parc Worak San .Ça arrive aux meilleurs….Parfois la bête veut se cabrer du fait des 15 kg dans les sacoches.Une église à une vingtaine de kilomètres avant Danyang. Lutrins et autel en verre.On y a ses petites habitudes…Au fond de l’église…eau bénite?L’arrivée à Danyang. On a changé de rivière. C’est maintenant la rivière Namhan.La chaleur humide sans doute…On est le 15 août, journée nationale de la libération de Corée. Victoire sur le Japon. Les villes sont décorées et les drapeaux fleurissent aux coins des rues.On dort quand même mieux dans un vrai lit ! Guest house très sympa où on fera la connaissance d’une famille française dont l’aîné vient étudier 4 mois en Corée, un couple de Hollandais qui fait le tour du monde en travaillant dans chaque pays visité, trois jeunes scouts nous expliquant les déboires du Jamboree vécus comme une Honte nationale par la Corée et Yang, voyageur Singapourien dont on reparlera.
Le marché quotidien de la ville.
Des crêpes aux blettes et au chou. Confitures de figues.La dame ne dort pas, elle regarde une vidéo et nous son étalage. Petite princesse au pays des bulles.
Mais pourquoi Danyang ?
Dans la vie, notre attention se pose parfois sur une peinture, une sculpture, une photo, une musique et on se dit voilà, je ne sais pas encore où ça se trouve mais ça, il faut absolument que j’aille le voir. Quoiqu’il en coûte. On peut sur un coup de tête faire des centaines de kilomètres un soir pour découvrir ce nouveau groupe qui vient de chanter un truc génial à la radio dont le nom est Rita Mitsouko et que personne encore ne connaît, tomber sur la photo d’un Bouddha de marbre blanc thaï et se mettre à sa recherche, aller à la Haye embrasser du regard dans un moment d’intimité suspendu la Jeune fille à la perle, changer ses plans et faire la queue des heures pour admirer à Naples le Christ Voilé dans la transparence du marbre. Alors pourquoi fallait-il absolument venir à Danyang?
Pour ça. Trois rochers dans une rivière.
Les DODAMSAMBONG PEAKS. (Moyen mnémotechnique : le dos d’âne sent bon….avec un accent chantant ça fonctionne ).
La légende. Un couple vivait autrefois à Danyang et n’arrivait pas à avoir d’enfants. Le mari décida alors de prendre une maîtresse qui, elle, accoucha. Après la naissance, la maîtresse maltraita l’épouse. Un comble. Ce qui ne plut pas aux Dieux du coin. Pour les punir, les trois furent changés en pierre. Au centre, le mari évidemment, à droite, la femme, à gauche, la maîtresse. On se demande quand même pourquoi la femme est punie !
La région mériterait d’y rester au moins une semaine car il y en a pour tous les styles : des heures de rando dans les parcs nationaux, du parapente, de la tyrolienne, du skywalk ( fermé quand on y était), des balades sur le fleuve…
Nous on a choisi le temple bouddhiste Guinsa habité par 500 moines.
Une nonne chante un sutra. On ne connaît pas l’histoire mais ça semble drôle. L’un est gardien du temple…
L’autre, c’est Yang. 76 ans. Né à Singapour de parents chinois, il a été pendant treize ans officier sur des navires. Ensuite, il fut dans le contrôle de la sécurité des bateaux. Régulièrement, il visite le monde avec son sac à dos, dort en dortoir et termine la découverte de son cent trente cinquième pays avec la Corée. Il a fait tout le tour de la France il y a quelques années en stop et connaît toutes nos grandes villes….avant de parcourir l’Allemagne en achetant un billet de train à 9€ valable 1 mois ! Un sacré phénomène.
Le midi au temple, le repas est gratuit pour les visiteurs.
Depuis le Covid, des plexiglas séparent les personnes.
De loin on trouvait cet arbre étrange.Les feuilles sont en papier. On trouvait ça surprenant…
…et le soir, magnifique ! Mais en Corée, chaque ville est une débauche de lumières un peu gênante à l’heure des économies d’énergie.
On a commandé un seul plat toujours présenté dans de nombreuses coupelles. À notre air effaré, notre voisine de table prend les choses en main et nous explique comment faire. Tout un art. Avec Yang, bien sûr. Danyang une très belle étape.
Tout cycliste ayant envie de cycler au pays du matin calme (ou clair ou frais) a entendu parler de cette route permettant de relier Séoul à Busan, ville du sud-est. Elle fait environ 633 kilomètres mais parfois on la quitte pour aller voir un site un peu plus loin. La difficulté dans ce cas est quelquefois de la retrouver.
Voilà. On n’a jamais trouvé mieux comme carte ! Mais on se débrouille…Aujourd’hui on est arrivés au-dessus de l’étiquette en rouge : Saejae Bike Path. On est à Danyang, point rouge au départ de la rivière qui forme de grands méandres. En fait, on a fait un petit écart pour venir à Danyang car la région est magnifique et beaucoup de sites à visiter .
Quand on lit que la Corée est une destination pour le vélo, c’est vrai. De belles pistes cyclables, des tunnels uniquement pour nous , des aires de repos, des petites pharmacies de secours, des toilettes propres, des points d’eau, du matériel de réparation….de nombreuses gargotes où manger. Une sorte de passeport des 4 rivières s’achète au départ de la route, à composter de coups de tampon, tampons situés dans des cabines téléphoniques anglaises réparties tout au long des voies. L’idée est de certifier que la voie a bien été parcourue…un peu comme la credentiale des pèlerins. On n’a pas le carnet mais quand on voit une cabine, on y va de notre petit coup de tampon sur un bloc-notes. On s’amuse.
Et maintenant tout ça en images.
Parfois, un tronçon de la route a un thème…
Quand je regarde ces photos, on dirait que le temps est tout le temps pluvieux. On a eu une seule vraie journée complète de pluie qui commençait ainsi, deuxième jour après Séoul.
Et là, après une nuit à l’hôtel, tu ouvres la porte et tu penses : Pourquoi j’ai pris option vélo ?
La journée suivante a débuté aussi par deux petites heures pluvieuses et le temps s’est amélioré. Il faut dire qu’après la pluie, la température baisse de trois ou quatre degrés et là, tout le monde revit.
On n’a pas encore vu de camping, sauf celui-ci qu’on trouvait très bien, avec tentes aménagées mais c’était dans la journée et de toute façon, il était complet pour le soir.
À l’intérieur, micro-ondes, bouilloire et futon. À côté, le coin repas. Mais bon, ce n’était pas pour nous.
En douze nuits, on a dormi dans quatre petits hôtels sinon, en dehors des nuits chez Mark, on trouve très facilement des coins sympas pour bivouaquer.
Notre chambre d’un soir. Il faisait tellement chaud qu’on n‘avait pas monté la tente. À côté, des équipements de sports qu’on trouve un peu partout dans le pays.Vue du bivouac.Pierre a déjà ramassé ses affaires. Les moustiques n’aiment pas les manches longues. Il est 6 h00. On va remballer. Les premiers Coréens viennent faire leur sport. Un autre bivouac. On se dit: c’est moche. Ils auraient pu se mettre sur l’herbe. Mais on pense que ce sont des stèles funéraires et on ne veut froisser ni les gens d’ici-bas, ni les gens de l’au-delà. Mieux vaut garder de bons rapports avec tout le monde. On s’est mis là pour la vue !
Et la vue, c’est ça.
Quand on a quitté la route principale pour trouver un coin tranquille, on suivait une rivière depuis un moment mais on ne s’attendait pas à trouver des maisons de pêcheurs sur une boucle de cette rivière. Ils y ont passé la nuit et nous voyaient sûrement.Au menu : soupe bien épicée….on transpire encore un peu plus..Et le lendemain. Il est 5h30. On préfère rouler avant les fortes chaleurs.Autre bivouac. À côté des sanitaires, dans un parc aux nombreux points d’eau, la lessive sèche sur l’herbe. Les gens qui passent nous disent bonjour.Et toujours de très belles vues sur la rivière Han.Ça sent le départ.Un dernier coup d’œil avant le départ.
Mais comment sait-on si on est sur la voie cyclable ? Nos regards cherchent régulièrement ces types de panneaux :
Le texte est sûrement très instructif mais nous ne nous intéressons qu’au logo aux 4 couleurs qui représentent sans doute les rivières. Et puis le 4 dans le titre. On a trouvé ça tout seuls. On est fiers.Ici avec le vélo, c’est encore plus parlant.
Les paysages sont de plus en plus beaux : toujours la rivière Han, ses pêcheurs, ses ponts. De l’autre côté, des champs de maïs, de piment, des oignons et de l’ail, des vergers, des plantes qui ressemblent à des haricots mais qui n’en sont pas, et maintenant des rizières.
On s’est arrêtés pour comprendre. Ce sont bien des pêchers ……avec un tuteur au centre d’où partent des bandes qui relèvent les branches.Et chaque fruit est enveloppé pour le protéger peut-être du soleil ? Des insectes ? Et les pêches sont énormes. Pas très bonnes.Scène de la vie quotidienne.
Et toujours ces gestes de gentillesse envers nous.
Un vieux monsieur dans une station service à qui on demande si c’est la bonne route pour Danyang, Danyang ? On irait au bout de la terre qu’il ne serait pas plus surpris. Il nous répond puis revient avec deux bouteilles d’eau fraîche.
Plus tard, au bord d’une route, on veut acheter des fruits. La dame nous les lave, se tourne vers son mari pour le prix, mais il nous faut signe que comme on est à vélo, c’est cadeau !
Une femme travaillant dans un centre d’informations au cœur d’un parc vient nous voir, nous interroge sur notre voyage et nous offre une orange. Elle est ravie de savoir que la Corée nous plaît.
Ce matin-là, on a bivouaqué mais pas bu de café. On s’arrête dans une boutique. Le monsieur nous fait signe de nous asseoir, il appelle sa femme qui se déplace avec deux béquilles. Ils veillent à ce qu’on soit bien, ils ne parlent pas un seul mot d’anglais mais avec les noms de villages et de villes plus quelques gestes, on arrive à se comprendre. si. Il connaît un mot en anglais pour nous demander : La France ? Happy ? Que lui répondre ??? Nous on n’est jamais Happy…
Et là, dans ces moments-là, on sait pourquoi on voyage à vélo.
Une fois de plus, on n’a pas pu payer notre café. Le sens de l’hospitalité.
Encore ce matin, après le bivouac, la dame qui tient la supérette sait qu’on a dormi dans le parc. C’est elle qui met l’argent dans le distributeur de café en nous souhaitant bonne route. Et combien de fois déjà, des personnes nous ayant donné un renseignement qu’elles jugent finalement incomplet, sortent de leur boutique pour nous rattraper et compléter ce qu’elles nous avaient dit et tout ça, avec un grand sourire.
Mais pourquoi autant de guerres dans le monde ?
La prochaine fois, on vous emmène sur la route qui nous a menés jusqu’à Danyang. Fabuleux !
On est aujourd’hui mardi 15 août et on roule depuis jeudi dernier principalement sur la voie cyclable des quatre rivières en direction du sud. Tout va bien, quel beau pays. Mais avant d’expliquer en détail notre vie de cyclistes sur les routes coréennes, revenons sur cette dernière journée passée à Séoul. Un peu d’Histoire.
De chez Mark, on aperçoit la frontière. Les montagnes sont en Corée du Nord.
La frontière entre les deux Corées est ce qu’on appelle ici la DMZ, zone démilitarisée qui mesure presque 250 kms de long et 2 km de no man’s land de chaque côté du 38° parallèle. Facile à se rappeler pour les Isérois. La frontière est à une quarantaine de kilomètres seulement de Séoul ! Elle est très surveillée des deux côtés, on s’en doutait un petit peu.
Il n’était pas question pour nous de venir en Corée sans aller voir de près cette triste page d’Histoire qui a bouleversé la vie de millions de Coréens. Mais on sera déçu de ne pas pouvoir visiter le point le plus intéressant de la frontière (la JSA) puisqu’il vient de fermer à cause de tensions récentes entre le Nord et les USA. Comme on est des têtus, on se rendra sur un autre site de DMZ, à la Odusan Unification Tower, où se situe l’observatoire de Dora ( nom du mont où il est construit), qui est un musée avec vue panoramique sur la Corée du Nord qu’on peut voir à travers des jumelles.
Le long de cette frontière, des tunnels, appelés tunnels d’agression, découverts par la Corée du sud entre 1970 et 1990, ont été creusés par les Nord Coréens pour envahir le sud. On voulait visiter le tunnel 3, le plus proche de nous, mais il fermait à 15h, pas assez de temps ! Malgré tout, on était contents de ce qu’on a vu et appris à la frontière.
Devant l’observatoire, un autel dédié aux Coréens forcés de quitter leur maison pendant la guerre de Corée et d’être déplacés. Toute personne peut venir se recueillir et prier. En particulier lors de la nouvelle année, quand chacun fait résonner le drum, en pensant aux familles séparées, le moment est chargé d’émotion nous disait Mark qui est venu y assister. Il est appelé le Drum pour la Réunification.
En fait, aujourd’hui, cette zone inhabitée est un très bel endroit où la biodiversité a repris le dessus. Elle est le point de confluence du fleuve Han et de la rivière Imjin. De ce point de DMZ, on ne voit pas de soldats nord coréens.
En étant de longs moments à regarder avec les jumelles, on a vu seulement un homme sur un vélo. Le gars doit travailler dans le coin et en connaître les dangers quand on sait que toute la zone est truffée de mines, de barbelés, de souterrains et de miradors. On s’entraîne pour le Mur de Berlin huit ans plus tard. Côté sud.Statue de Cho Man Sik, ardent défenseur de l’indépendance pendant l’invasion japonaise. Il a encouragé la jeunesse dans la voie de l’éducation et renforcé la presse nationale. Après la libération, il a oeuvré pour la réunification de la Corée mais comme on ne peut pas plaire à tout le monde, il a été tué par Kim II Sung, le père du président actuel.
Mais pourquoi y a-t-il deux Corées ?
Petit rappel. La Corée est colonisée officiellement par le Japon depuis 1910. A la conférence de Yalta, Roosevelt et Staline récupèrent le gâteau pour se le partager après la capitulation japonaise et il est décidé que la partie au nord du 38° parallèle sera sous le joug soviétique tandis que le sud passera sous protection américaine. En 1947, l’ONU organise des élections libres mais le Nord les boycotte et les élections auront lieu dans le Sud seulement. En 1948, le Sud se choisit des dirigeants, se proclame indépendant, et devient la République de Corée. De son côté, le Nord se nommera la république populaire démocratique de Corée. Mais, finalement, le Nord refusant ce partage, franchit avec 600 000 soldats la ligne de démarcation. Séoul est envahie. On est en 1950. C’est le début de la guerre de Corée qui se terminera en 1953 (mort de Staline). C’est cette année-là qu’on construit la zone de démarcation.
Dans le musée.
La Corée réunifiée…l’observatoire de Dora est surmonté d’une colombe.Même si on ne lit pas le Coréen, cette carte est intéressante et facile à comprendre. En rouge, les chiffres de la Corée du Nord, en bleu ceux du Sud. De haut en bas, la population, l’espérance de vie (13 et 12 ans d’écart !), le PIB, les échanges commerciaux, l’industrie automobile et enfin celle du numérique. On se débrouille pas mal en coréen…Toujours les mêmes tragédies. Toujours la même Histoire.Et puis les artistes qui rêvent d’un même ciel, d’un même pays.
Le lendemain, on quittait Séoul pour reprendre notre périple à vélo…
Le monde occidental se tourne de plus en plus vers la culture coréenne. Les marques de téléphone, de téléviseurs sont déjà depuis un moment dans nos maisons, les Kia,Hyundai dans nos garages, mais c’est maintenant l’heure de gloire, surtout auprès des plus jeunes, du cinéma coréen, des séries , des mangas, de la K pop, du Gangnam style…et de la langue coréenne . L’apprentissage du chinois en France laisse peu à peu sa place au coréen. Il y a une quinzaine d’années, un jeune rêvait de New York. Aujourd’hui c’est de Séoul.
Séoul, 11 millions d’habitants. Corée du Sud, dixième puissance mondiale. On ne peut plus l’ignorer.
On comprend que les jeunes aient envie, comme Ludivine notre voisine dans l’avion, de venir étudier dans cette ville mixant tradition et modernité. Nous y avons passé quatre jours entre visites et balades dans les différents quartiers.
La Corée ancienne est bien présente avec ses nombreux palais à visiter. Ici le palais Gyeongbokgung, le plus important des cinq palais construits sous la dynastie JOSEON, celle qui a tenu le pouvoir de 1392 à…1897. Quand même ! Construit en 1395, détruit par les Japonais en 1592, reconstruit au XIXe pour à nouveau être presque entièrement détruit au début du XXe siècle par qui ? Par l’occupant japonais. C’est un peu le même schéma pour chaque palais.
Mais où est Charlie ??? Dans les hauteurs. C’est le chef. Un des nombreux pavillons. Relève de la garde aux couleurs du pays et au son du drumUne chaleur écrasante pour la relève de la garde qui fera place à une forte pluie tant attendue. Le hanbok est le costume traditionnel coréen. Des boutiques louent des costumes aux touristes qui bénéficient ainsi de la gratuité des entrées dans les palais. Des princesses… connectées. Ici dans le musée national.De nombreux dieux représentés dans les angles des toits chassent les mauvais esprits et protègent les résidents du palais.Les notables. La tradition, c’est aussi les nombreux temples bouddhistes dont Jogyesa Temple.La roue du Dharma. Au cœur de Séoul, Bukchon, village aux maisons traditionnelles. Une pause bien méritée.Le rêve de Pierre s’est réalisé.Partout sur la planète. Les yeux baissés. Un écran et deux pouces. Le métro. Impeccable.Portes vitrées qui protègent les voyageurs des chutes volontaires ou non sur les voies de métro. En boucle dans les rames, des vidéos expliquent quoi faire en cas de fumée suspecte, d’incendie, de pertes de téléphone, de vols (rarissime là-bas). Toute personne peut être celle qui va utiliser l’extincteur en attendant les secours. Elles rappellent également les règles de comportement dans les transports. Grosse fatigue pour le voisin…Un fragment du Mur de Berlin. Ça leur parle. La Corée est le dernier pays divisé en deux par un mur…..avant qu’on ne remette ça quelque part….Balade fraîcheur le long du fleuve Han. Des piscines sont installées l’été au cœur de la ville pour la plus grande joie des enfants et des papas. Les mamans observent. Le roi Sejong , un roi qui a beaucoup aidé au développement de son pays et qui a créé l’alphabet coréen.
On est allés à la frontière des deux Corée (s) mais ce sera pour la prochaine fois. Depuis trois jours, on est partis sur la voie cyclable des quatre rivières qui traverse le pays jusqu’au sud. Super ! On vous racontera tout ça.
Il est ici 18h40 mercredi 9 août. J’ai commencé cet article hier soir et le termine maintenant. C’est notre dernier soir à Séoul, ville qu’on a visitée à pied, en bus et métro. On part demain matin vers Guri sur la Voie des quatre rivières. Ce sera normalement une étape de 79 km principalement le long de la Han river. On a fait une demande pour être hébergé chez un WS (Warmshowers) mais pas encore de réponse. Sinon, ce sera notre premier camping.
Mais retour vers le passé.
Survol du Caucase.La flaque est ce qui reste de la mer d’Aral.
Les Tribulations… L’arrivée…
Et pourtant on avait l’impression d’être bien préparé. Mais ce ne serait plus l’aventure si les choses se déroulaient comme on le pensait…. On n’a pas été déçus. Vous dire que la première journée a été difficile est un doux euphémisme.
Mais tout d’abord, des photos de ce très bel aéroport de Séoul, construit en 2001, sur une île mais proche du continent.
De la verdure partout et de larges bancs où il est possible de s’allonger. On a résisté sinon on aurait fait toute notre nuit… Dans un rayon de la librairie de l’aéroport….
Après un voyage très agréable et la joie d’avoir retrouvé rapidement nos bagages, deux hôtesses tout sourire, nous attendent avec nos cartons de vélos posés sur un chariot. L’une d’entre elle est perplexe et curieuse de savoir à quoi sert le crochet qui se trouve à l’arrière de nos sacoches. On lui explique que c’est un système de fixation pour empêcher la sacoche de décoller, geste à l’appui. J’en rajoute un petit peu. Pliée en deux, elle pensait que c’était un robinet ! Bienvenue en Corée où depuis cinq jours, nous constatons l’extrême gentillesse des gens vis-à-vis de nous et des touristes en général.
On sort sur le parking couvert pour prendre le temps de remonter tranquillement nos vélos. On s’est posé à 7 heures du matin à peine et il fait déjà très chaud. Et humide. Mais bon, on le savait.
On savait aussi que l’aéroport construit sur une île, était rattaché au continent par deux ponts : l’un pour les voitures, l’autre pour les trains. Mark, notre hôte nous avait précisé dans un mail qu’il était impossible de rouler à vélo dès l’aéroport mais qu’on pouvait rejoindre sa ville en accédant au premier ou dernier wagon de chaque train avec nos vélos prêts à rouler. Cool. On a déjà entré son adresse dans notre GPS. Mark accueille chez lui des Couchsurfers. Dans deux petites heures, on sera chez lui. Enfin c’est ce qu’on croit.
Cartons et films ont bien résisté.
Le remontage terminé, on cherche où sauter dans un train. Une hôtesse nous dit que ce n’est pas possible avec nos vélos. On lui parle des deux wagons qui acceptent les vélos remontés. Oui….mais seulement le week-end. Alors un bus? Elle nous fait signe d’aller demander. Gentiment, les chauffeurs regardent nos montures d’un air navré et nous disent que ce n’est pas possible. Ils nous parlent alors de grands taxis d’un air qui sous-entend que cela va coûter cher. Si on avait connu le reste de la journée, on aura dit oui au grand taxi…..Un chauffeur suggère de prendre un bateau. Ok. Il est où le bateau ? D’un bras droit évasif indiquant une directive évasive, nous voilà partis vers …des entrées de parking. Non, ça doit être derrière.
Une chape de plomb nous tombe dessus à la sortie de l’aéroport, mais on est contents d’avoir trouvé une route, enfin non, ça ressemble plutôt à une entrée d’autoroute. D’ailleurs, très vite, un employé nous fait signe de nous arrêter, tu m’étonnes, et il téléphone….à la police. On explique qu’on cherche un bateau pour rejoindre le continent puisqu’avec nos vélos, on ne peut pas prendre les ponts. Et là, il aurait fallu filmer cette scène surréaliste : les policiers nous escortent en voiture, toutes sirènes hurlantes, sur l’autoroute ! Ils roulent lentement pour ne pas perdre leurs deux cyclistes français sortis tout droit de l’avion. On se voit déjà sortis d’affaire: on saute dans un bateau puis on pédale jusque chez Mark. Et là, on se repose deux jours. Dans nos rêves.
Tout en pédalant, on cherche la mer. Mais après environ une dizaine de kilomètres, les deux policiers nous font comprendre qu’ils ne peuvent pas quitter leur territoire. On doit continuer tout droit et tourner à gauche vers un lieu qui sonne à notre oreille française comme « Kotopeu ». Merci les keufs, on ne doit plus être très loin…Tout le problème est de savoir jusqu’où il faut aller tout droit et Quand il faut tourner à gauche. Les panneaux sont écrits en langue coréenne sous les deux formes alphabétiques mais rien ne ressemble à Kotopeu qu’on ne verra d’ailleurs jamais. Évidemment qu’on a mis les GPS mais ils nous baladent et là, il est maintenant 11h, on est toujours sur une quatre voies et, si on parlait coréen, on demanderait : Elle est par où la mer ? Les quelques Coréens qui nous doublent en voiture veulent bien nous aider mais ne comprennent pas ce qu’on cherche.
Après mûres réflexions, on s’est dit qu’étant sur une île, en continuant tout droit, on finirait bien par arriver à la mer un jour ou l’autre ! En effet, on est maintenant en début d’après-midi, on va bientôt fondre, et on arrive à la mer…à marée basse ! Nous on voudrait la mer avec de l’eau et un bateau, si possible ! …Un havre de verdure aménagé avec des bassins s’offre à nous. Un petit paradis en plein cagnard. Des femmes me font signe de venir me tremper les pieds et un homme demande à Pierre son âge. Quand Pierre le lui dit, il pousse des cris d’admiration et s’incline très bas. Déjà un fan club. Je commence à remplir ma gourde à un robinet lorsque l’homme me fait signe de le suivre. J’imagine une boutique mais il sort de sa voiture une bouteille d’eau minérale fraîche et toute neuve . Merci Monsieur.
Après cette halte réparatrice, on continue de rouler vers le port. On roule parallèle à une ancienne voie ferrée transformée en vélo rail. Enfin le port avec des bateaux qui font la traversée. Il est entre 13h30 et 14h.
C’est bon, on a de la place.
Mais on n’est pas arrivés…d’ailleurs, aussi incroyable que cela puisse paraître, on n’arrivera jamais chez Mark ce jour-là. En sortant du bateau, il nous restait une quinzaine de kilomètres. On y croit, on traverse différents quartiers, une heure après, il nous en reste 25, une heure après, Pierre reconnaît des rues où on est déjà passé. On est en fin d’après-midi. On envoie un sms à Mark pour lui expliquer nos soucis. Il nous dit qu’on a au moins encore 20 kms à faire.
On est aussi rouges que les piments qui sèchent dans les rues…
La nuit arrive, on sait qu’on doit traverser un fleuve qu’on ne traverse jamais. Error. Not found nous disent nos gps. On téléphone à Mark pour s’excuser, il est trop tard pour ce soir. On finira par dormir dans un hôtel à Incheon, la ville proche de l’aéroport! Il faudra attendre 21h avant de trouver un hôtel.Très bien et pas cher. On aura roulé environ 12h sans atteindre notre but. Les Bidochon en Corée. On a faim mais on a encore plus envie de dormir. Cela fait exactement 36 h qu’on a quitté notre lit. Une douche et un lit. On est au Paradis.
Premier petit déjeuner au pied de l’hôtel. La journée commence bien.
Le lendemain, on rentre à nouveau l’adresse. Allez, on y croit. On y sera pour midi. Encore dans nos rêves. On voit bien les panneaux Séoul mais Mark habite au nord-ouest de la capitale. Locus MAP semble vouloir faire un effort et indiquer la bonne direction. On est bien partis…Jusqu’à ce qu’un cycliste local nous rattrape pour nous dire que cette route est dangereuse et qu’il vaut mieux suivre la voie cyclable et passer le long de la rivière. On l’a enfin trouvée, la foutue rivière. La route est magnifique mais depuis un certain temps maintenant, notre GPS, indifférent à la beauté du site, ne veut pas modifier son itinéraire ! Jamais connu ça. Je bidouille des onglets, rien n’y fait. C’est visiblement pas notre jour. Il veut qu’on fasse demi tour. Mais on suit notre cycliste sympathique qui, sans le savoir, nous égare pour la fin de la journée et finit par partir.
Quand on vous dit que la voie cyclable est belle…mais elle nous éloigne de notre point de chute. Régulièrement, on voit de grandes estrades où s’étendent les cyclistes. On apprendra qu’il a fait 36°! Mais ils ne sont pas morts, on les a vus repartir.
Sur les voies cyclables, de nombreux endroits où il est possible de boire et de manger. On rencontre des cyclistes coréens attablés qui se mettent tous autour de notre carte papier…mais sans trop éclairer notre lanterne. Quand soudain, ils sont tout émoustillés de nous dire que ce cycliste qui vient d’arriver habite la ville de Goyang , là où on doit se rendre ! Il sera notre ange gardien jusqu’à la fin. Charmant, attentionné, il nous conduira jusqu’au pied de notre immeuble.
Xon, notre ange gardien. En mode camouflage.Xon, sans sa tenue camouflage, qui passera environ trois heures avec nous. On le prenait pour un étudiant. Il a 45 ans. La gargote au bord de la route où on mangera notre premier bimbimbap, plat de riz avec viande et légumes. Mais Xon ne veut rien manger, juste boire un coca. Un grand Merci à lui.
Avec la chaleur, l’humidité et une nouvelle selle, nos ischions ont beaucoup souffert, enfin surtout les miens. Pour Pierre, ça se passe plutôt à l’avant. J’ai acheté la selle de mes rêves, la Brooks avec trou au milieu pour éviter la pression du périnée, et en caoutchouc qui, soi-disant, n’a pas besoin d’être rodée. J’en doute un peu. Après deux jours, les deux zones ischioniques ont comme deux ampoules ouvertes qu’il a fallu colmater avec des rondelles de tulle gras. D’habitude, on met les rustines sur nos chambres à air….bon, on n’a pas fait de photos….
Il est environ 18h…du deuxième jour ! Enfin, on arrive chez Mark, sacré baroudeur , mais ce serait le sujet d’un article à lui tout seul ! Avec nous, un autre couple. Davi est brésilien, Catarina est portugaise. Ils font un tour du monde de trois ans et sont dans leur deuxième année.
La chambre où on a passé 5 nuits. On ne pouvait pas espérer mieux en étant hébergé chez Mark. Thanks a lot.
Voilà. Il est 22h49. On essaie de partir tôt demain mais il est annoncé de fortes pluies. À plus tard pour vous parler de Séoul.
Pierre et moi partons pour un voyage de quatre mois à vélo en Corée du Sud et au Japon.
L’idée première était de rejoindre l’Extrême-Orient en train mais la Russie ne facilitant pas les choses en ce moment, c’est en avion, avec nos vélos et nos sacoches, qu’on se posera à Séoul, en Corée du Sud, départ de Lyon le mercredi 3 août. On a prévu 5 semaines dans ce pays avant de prendre un bateau dans le détroit de Corée direction le Japon vers le 7 septembre où on pédalera 3 mois, temps maximal sans besoin de visa. Un avion nous ramènera de Tokyo à Lyon le 7 décembre, si tout va bien.
QUELS PRÉPARATIFS?
On est d’abord très papier! Les guides, les romans, les magazines, les dictionnaires culturels, les cartes…Tout ce qui fait qu’on est déjà en voyage avant le voyage. On découvre de nombreux incontournables, tellement d’incontournables qu’il faut ensuite estimer les distances à parcourir à vélo, de tel endroit à tel autre, les enregistrer dans une application qui calcule le temps nécessaire selon le dénivelé et qui, parfois, nous oblige à revoir nos ambitions à la baisse, sinon on est repartis pour une année…trajets prévus qu’on suivra ou pas, selon la météo, les conseils, les typhons, les rencontres, les tremblements de terre, notre santé , bref…la réalité du moment.
Les romans japonais sont partis chez d’autres lectrices…
Après le papier, il y a bien sûr internet et les expériences des cyclistes relatées sur leurs blogs. Mais surtout, ce qu’on a beaucoup apprécié lors de ces préparatifs, c’est de pouvoir rencontrer des copains et des copains de copains qui sont allés dans ces pays. Dans l’ordre chronologique, un grand Merci à Danièle et Michel, grands baroudeurs en tandem depuis des dizaines d’années qui ont parcouru 5000 kms au Japon, à mon amie Meriem qui a eu la chance d’être accueillie avec son mari dans des familles japonaises et coréennes, et à Philippe qui a pris le temps de venir nous voir en Isère pour nous donner mille et un tuyaux sur le voyage à vélo- camping là-bas . Au plaisir de se retrouver pour un debriefing!
A 8900 kms de Paris… En été, 7 heures de décalage. Quand il est midi à Paris, il est 19 h à Séoul. On aperçoit au sud de la Corée BUSAN d’où on prendra le bateau pour l’île de Kyushu à Fukuoka, notre point d’arrivée au Japon. On a prévu de passer une petite semaine sur l’île de Jeju avant de rejoindre les côtes nippones.
Comme GPS, on utilisera KOMOOT et LOCUS MAP. Une fois sur place, Google Maps semblant avoir quelques défaillances, ce sera en Corée NAVER MAP.
Et les préparatifs matériels…Pas grand chose puisqu’on a déjà tout ce qu’il faut en vêtements et matériel de camping. Il a fallu trouver deux grands cartons de vélos pour emballer les nôtres. On emporte le minimum. Tout tient dans trois sacoches chacun. On est contents.
Alors la Corée ?
On ne parlera pour l’instant que Corée du Sud. Petit pays de 450 km du nord au sud en ligne droite et de 230 km de large, le pays été nommé au XIXe siècle par les explorateurs et les orientalistes « Pays de l’élégance matinale », puis « Royaume de la Sérénité du matin » et enfin, on a fait plus simple, on s’est accordé ensuite sur la traduction « Pays du matin calme » ou même si certains pencheraient plus pour « matin clair « et même « matin frais » !!! Nous, matin calme, ça nous va bien pour le moment…Matin frais, on en rêvera car on arrive à la saison chaude et humide.
On aperçoit le gros trait vert au nord, frontière entre les deux Corée(s). Le point bleu tracé dessus situe la DMZ, Zone coréenne démilitarisée, qu’on ira visiter.
La Corée du Sud, c’est 80% de montagnes mais aussi 2413 km de littoral. Ce qui nous intéresse se trouve plus en montagne qu’au bord de la mer…. Le mollet devrait être pas mal sollicité…
En attendant, les sacoches sont prêtes. Il n’y a plus qu’à démonter les vélos…