Enfin des nouvelles !
Il est ici 18h40 mercredi 9 août. J’ai commencé cet article hier soir et le termine maintenant. C’est notre dernier soir à Séoul, ville qu’on a visitée à pied, en bus et métro. On part demain matin vers Guri sur la Voie des quatre rivières. Ce sera normalement une étape de 79 km principalement le long de la Han river. On a fait une demande pour être hébergé chez un WS (Warmshowers) mais pas encore de réponse. Sinon, ce sera notre premier camping.
Mais retour vers le passé.


Les Tribulations… L’arrivée…
Et pourtant on avait l’impression d’être bien préparé. Mais ce ne serait plus l’aventure si les choses se déroulaient comme on le pensait…. On n’a pas été déçus. Vous dire que la première journée a été difficile est un doux euphémisme.

Mais tout d’abord, des photos de ce très bel aéroport de Séoul, construit en 2001, sur une île mais proche du continent.












Dans un rayon de la librairie de l’aéroport….
Après un voyage très agréable et la joie d’avoir retrouvé rapidement nos bagages, deux hôtesses tout sourire, nous attendent avec nos cartons de vélos posés sur un chariot. L’une d’entre elle est perplexe et curieuse de savoir à quoi sert le crochet qui se trouve à l’arrière de nos sacoches. On lui explique que c’est un système de fixation pour empêcher la sacoche de décoller, geste à l’appui. J’en rajoute un petit peu. Pliée en deux, elle pensait que c’était un robinet ! Bienvenue en Corée où depuis cinq jours, nous constatons l’extrême gentillesse des gens vis-à-vis de nous et des touristes en général.
On sort sur le parking couvert pour prendre le temps de remonter tranquillement nos vélos. On s’est posé à 7 heures du matin à peine et il fait déjà très chaud. Et humide. Mais bon, on le savait.
On savait aussi que l’aéroport construit sur une île, était rattaché au continent par deux ponts : l’un pour les voitures, l’autre pour les trains. Mark, notre hôte nous avait précisé dans un mail qu’il était impossible de rouler à vélo dès l’aéroport mais qu’on pouvait rejoindre sa ville en accédant au premier ou dernier wagon de chaque train avec nos vélos prêts à rouler. Cool. On a déjà entré son adresse dans notre GPS. Mark accueille chez lui des Couchsurfers. Dans deux petites heures, on sera chez lui. Enfin c’est ce qu’on croit.

Le remontage terminé, on cherche où sauter dans un train. Une hôtesse nous dit que ce n’est pas possible avec nos vélos. On lui parle des deux wagons qui acceptent les vélos remontés. Oui….mais seulement le week-end. Alors un bus? Elle nous fait signe d’aller demander. Gentiment, les chauffeurs regardent nos montures d’un air navré et nous disent que ce n’est pas possible. Ils nous parlent alors de grands taxis d’un air qui sous-entend que cela va coûter cher. Si on avait connu le reste de la journée, on aura dit oui au grand taxi…..Un chauffeur suggère de prendre un bateau. Ok. Il est où le bateau ? D’un bras droit évasif indiquant une directive évasive, nous voilà partis vers …des entrées de parking. Non, ça doit être derrière.
Une chape de plomb nous tombe dessus à la sortie de l’aéroport, mais on est contents d’avoir trouvé une route, enfin non, ça ressemble plutôt à une entrée d’autoroute. D’ailleurs, très vite, un employé nous fait signe de nous arrêter, tu m’étonnes, et il téléphone….à la police. On explique qu’on cherche un bateau pour rejoindre le continent puisqu’avec nos vélos, on ne peut pas prendre les ponts. Et là, il aurait fallu filmer cette scène surréaliste : les policiers nous escortent en voiture, toutes sirènes hurlantes, sur l’autoroute ! Ils roulent lentement pour ne pas perdre leurs deux cyclistes français sortis tout droit de l’avion. On se voit déjà sortis d’affaire: on saute dans un bateau puis on pédale jusque chez Mark. Et là, on se repose deux jours. Dans nos rêves.
Tout en pédalant, on cherche la mer. Mais après environ une dizaine de kilomètres, les deux policiers nous font comprendre qu’ils ne peuvent pas quitter leur territoire. On doit continuer tout droit et tourner à gauche vers un lieu qui sonne à notre oreille française comme « Kotopeu ». Merci les keufs, on ne doit plus être très loin…Tout le problème est de savoir jusqu’où il faut aller tout droit et Quand il faut tourner à gauche. Les panneaux sont écrits en langue coréenne sous les deux formes alphabétiques mais rien ne ressemble à Kotopeu qu’on ne verra d’ailleurs jamais. Évidemment qu’on a mis les GPS mais ils nous baladent et là, il est maintenant 11h, on est toujours sur une quatre voies et, si on parlait coréen, on demanderait : Elle est par où la mer ? Les quelques Coréens qui nous doublent en voiture veulent bien nous aider mais ne comprennent pas ce qu’on cherche.
Après mûres réflexions, on s’est dit qu’étant sur une île, en continuant tout droit, on finirait bien par arriver à la mer un jour ou l’autre ! En effet, on est maintenant en début d’après-midi, on va bientôt fondre, et on arrive à la mer…à marée basse ! Nous on voudrait la mer avec de l’eau et un bateau, si possible ! …Un havre de verdure aménagé avec des bassins s’offre à nous. Un petit paradis en plein cagnard. Des femmes me font signe de venir me tremper les pieds et un homme demande à Pierre son âge. Quand Pierre le lui dit, il pousse des cris d’admiration et s’incline très bas. Déjà un fan club. Je commence à remplir ma gourde à un robinet lorsque l’homme me fait signe de le suivre. J’imagine une boutique mais il sort de sa voiture une bouteille d’eau minérale fraîche et toute neuve . Merci Monsieur.
Après cette halte réparatrice, on continue de rouler vers le port. On roule parallèle à une ancienne voie ferrée transformée en vélo rail. Enfin le port avec des bateaux qui font la traversée. Il est entre 13h30 et 14h.

Mais on n’est pas arrivés…d’ailleurs, aussi incroyable que cela puisse paraître, on n’arrivera jamais chez Mark ce jour-là. En sortant du bateau, il nous restait une quinzaine de kilomètres. On y croit, on traverse différents quartiers, une heure après, il nous en reste 25, une heure après, Pierre reconnaît des rues où on est déjà passé. On est en fin d’après-midi. On envoie un sms à Mark pour lui expliquer nos soucis. Il nous dit qu’on a au moins encore 20 kms à faire.


La nuit arrive, on sait qu’on doit traverser un fleuve qu’on ne traverse jamais. Error. Not found nous disent nos gps. On téléphone à Mark pour s’excuser, il est trop tard pour ce soir. On finira par dormir dans un hôtel à Incheon, la ville proche de l’aéroport! Il faudra attendre 21h avant de trouver un hôtel.Très bien et pas cher. On aura roulé environ 12h sans atteindre notre but. Les Bidochon en Corée. On a faim mais on a encore plus envie de dormir. Cela fait exactement 36 h qu’on a quitté notre lit. Une douche et un lit. On est au Paradis.

Le lendemain, on rentre à nouveau l’adresse. Allez, on y croit. On y sera pour midi. Encore dans nos rêves. On voit bien les panneaux Séoul mais Mark habite au nord-ouest de la capitale. Locus MAP semble vouloir faire un effort et indiquer la bonne direction. On est bien partis…Jusqu’à ce qu’un cycliste local nous rattrape pour nous dire que cette route est dangereuse et qu’il vaut mieux suivre la voie cyclable et passer le long de la rivière. On l’a enfin trouvée, la foutue rivière. La route est magnifique mais depuis un certain temps maintenant, notre GPS, indifférent à la beauté du site, ne veut pas modifier son itinéraire ! Jamais connu ça. Je bidouille des onglets, rien n’y fait. C’est visiblement pas notre jour. Il veut qu’on fasse demi tour. Mais on suit notre cycliste sympathique qui, sans le savoir, nous égare pour la fin de la journée et finit par partir.


Sur les voies cyclables, de nombreux endroits où il est possible de boire et de manger. On rencontre des cyclistes coréens attablés qui se mettent tous autour de notre carte papier…mais sans trop éclairer notre lanterne. Quand soudain, ils sont tout émoustillés de nous dire que ce cycliste qui vient d’arriver habite la ville de Goyang , là où on doit se rendre ! Il sera notre ange gardien jusqu’à la fin. Charmant, attentionné, il nous conduira jusqu’au pied de notre immeuble.



Avec la chaleur, l’humidité et une nouvelle selle, nos ischions ont beaucoup souffert, enfin surtout les miens. Pour Pierre, ça se passe plutôt à l’avant. J’ai acheté la selle de mes rêves, la Brooks avec trou au milieu pour éviter la pression du périnée, et en caoutchouc qui, soi-disant, n’a pas besoin d’être rodée. J’en doute un peu. Après deux jours, les deux zones ischioniques ont comme deux ampoules ouvertes qu’il a fallu colmater avec des rondelles de tulle gras. D’habitude, on met les rustines sur nos chambres à air….bon, on n’a pas fait de photos….
Il est environ 18h…du deuxième jour ! Enfin, on arrive chez Mark, sacré baroudeur , mais ce serait le sujet d’un article à lui tout seul ! Avec nous, un autre couple. Davi est brésilien, Catarina est portugaise. Ils font un tour du monde de trois ans et sont dans leur deuxième année.


Voilà. Il est 22h49. On essaie de partir tôt demain mais il est annoncé de fortes pluies. À plus tard pour vous parler de Séoul.