C’est toujours difficile de choisir un itinéraire, surtout dans un pays lointain. On aurait pu rester trois mois à pédaler seulement à Kyushu et faire l’impasse sur les autres îles . Mais on est trop curieux pour ça et ce serait vraiment frustrant ne pas remonter jusqu’à Tokyo en faisant un détour par l’île de Shikoku. Comme on aime bien les cartes papier, on vient d’acheter une nouvelle carte du Japon pour tracer un itinéraire propre et sans ratures de notre parcours sur l’île de Kyushu. Hier mercredi 20 septembre, on a traversé le sud de la mer de Seto, mer intérieure lovée entre les îles de Kyushu qu’on vient de quitter, de Honshu, celle sur laquelle on vient d’arriver, la plus grande et de Shikoku.

Du parc national de Aso vers la ville de Aso où on passera la nuit.



Aso restera pour nous cette belle histoire.
L’idée est de passer seulement la nuit à Aso pour repartir le lendemain vers Yufuin, jolie ville réputée pour son lac et ses onsen. On se présente dans une guest house, complet, on roule vers une autre qui, selon internet, est ouverte. Elle est fermée. Mais il y a une terrasse, une porte coulissante qui ouvre sur une cuisine. Ça nous suffit. On va juste poser notre tente sur la terrasse.
Sur la droite, un vieil homme accroupi près du bâtiment, occupé à ramasser de l’herbe. Il nous a jeté un coup d’œil sans bouger. On sort nos affaires et la tente. Faut-il aller lui parler ou non ? On n’est pas sûr qu’il ait un lien avec l’auberge. On va le voir, on lui fait comprendre qu’on va dormir sur la terrasse, on a tout ce qu’il faut etc. Pas vraiment de réaction de sa part. On a préparé la tente, on va manger ce qu’on a acheté.
Après avoir mis l’herbe dans sa voiture, il passe à un autre travail. Il y a du bazar dehors et dans des salles annexes. La nuit tombe. On est samedi soir. On se dit qu’il travaille encore à son âge pour arrondir sa retraite, il a au moins 70 ans. On est à quelques mètres de lui, il vide lentement une petite salle avec sa brouette sans faire attention à nous . On est maintenant occupés à regarder l’itinéraire du lendemain quand, après environ une heure, l’homme nous fait signe d’approcher. Et là on comprend. On comprend que depuis une heure, le vieil homme vide la salle pour nous ! Il vient de balayer la pièce, a installé des palettes pour qu’on pose nos matelas. On ne sait pas comment le remercier, on a juste des biscuits qu’il refuse. Il nous apporte une lampe, nous donne son numéro de téléphone et demande le nôtre. Il est tout sourire, nous demande d’où on vient. Il repart avec sa voiture. La nuit est tombée depuis longtemps. Acte gratuit de pure gentillesse. Merci Monsieur.
YUFUIN.
La journée de Aso à Yufuin aura été la plus difficile à vélo. Une descente à 50 à l’heure. Plus de 1700 m de dénivelé et très chaud. Mais cela en valait la peine.









Notre premier Onsen.
C’est quoi un onsen ? Des Nippons sans nippes et dans l’eau.
Plus sérieusement, ce sont des bains chauds, intérieurs ou extérieurs, dont l’eau provient de sources volcaniques, souvent réputée pour ses vertus thérapeutiques. On y va nu comme un ver. Ils sont parfois mixtes, ou séparés homme femme, ou bien familiaux. Ils peuvent être privatisés. Tous les âges sont concernés. Pour l’instant, les deux onsen qu’on a fréquentés n’avaient rien d’extraordinaire. Un bassin intérieur dans lequel on s’assoit ou on s’allonge et on ne bouge pas, on n’est pas là pour faire un crawl. Le bassin extérieur était plus joli avec des roches autour et vue sur des bambous.
À l’entrée, on loue une serviette. On passe dans une salle où chacun se déshabille discrètement ( Pierre était chez les hommes, moi chez les femmes) et prend sa douche. De petites cloisons nous séparent un peu. Shampooing et savon à volonté. Puis, on rejoint, l’air dégagé, comme si on marchait tous les jours à poil devant un public, le bassin où on se cale dans un coin. L’eau est très chaude. C’est très calme. Le onsen est assez petit, on est sept femmes. En Amérique du Sud, les hot springs étaient le lieu de rencontres entre amis, de bavardages, c’était assez bruyant. On était en maillots de bain. Ici, si quelqu’un parle, c’est à voix basse. Sérénité.
Je repère vite trois femmes : grand-mère, mère et fille. Je regarde les bambous. Et puis j’entends la mamie dire : America? Ah, ça doit être pour moi. Non française. Alors elle s’approche…et me touche gentiment l’avant-bras gauche. Admiration. Je savais que j’avais un avant-bras gauche canon. Elle me dit des choses qui sont sûrement très gentilles mais auxquelles je ne comprends rien et ce n’est pas grave. Après une bonne demi-heure, j’en ai assez de barboter. Sèche cheveux, très belle salle de repos avec tatamis, télé. Cool.
A Yufuin, chaque hôtel a pratiquement son onsen personnel et gratuit pour les clients. De toute façon, c’est très peu cher. Le onsen est vraiment intégré à la culture japonaise.



Ce soir on voit des nouilles qui montent et qui descendent…mais bon, on a beaucoup pédalé aujourd’hui…



































































































































































































































































































































































































