Article 9. Paysages

Isère, Loire, Haute-Loire, Lozère, Aveyron…Faire le chemin, c’est traverser des paysages variés : champs cultivés de céréales ou de colza, au départ, des forêts de résineux, beaucoup de sapins et épicéas, puis quelques forêts de chênes et de hêtres, les pommiers en fleurs de la vallée du Rhône, les 1300 m du col du Tracol, les magnifiques monts du Pilât, après le Puy, les contreforts du plateau de Margeride où les champs sont bordés de frênes. Ces arbres constituent un excellent fourrage pour les animaux. A la fin de l’été, les agriculteurs émondent les arbres et jettent les branches aux vaches et aux moutons qui se régalent des feuilles et de l’écorce.

Les tourbières…

Et puis il y a l’Aubrac…..la prochaine fois !

Article 8. Auberge des Migrants, où en est-on ?

On aurait tellement de choses à partager sur le blog qu’on est obligés de faire des choix, d’une part parce que ça prend du temps de rédiger et que de 8h à 16h environ, parfois davantage, on marche (ah bon ? ) et qu’en fin de journée, il faut s’installer, se laver, laver ses affaires, prendre le temps de discuter avec les pèlerins qu’on retrouve parfois d’étape en étape en fin de journée, manger ou se faire à manger, dormir tôt, et d’autre part parce qu’on est parfois deux ou trois jours sans connexion internet.

Alors, depuis deux semaines et demie qu’on a commencé le Chemin, il nous semble important de faire le point sur l’avancée de notre projet « Marchons vers Compostelle pour défendre la dignité de tous les réfugiés ». Il ne s’est pas passé une seule journée depuis le 6 avril sans que nous n’ayons eu l’occasion de parler avec des personnes rencontrées de la situation des migrants à Calais, du travail fait par les associations sous couvert de l’Auberge des Migrants et des besoins qu’ils ont en terme de bénévoles et de dons.

Comment s’y prend-on ?

Très souvent, le point de départ est l’affiche en tissu qui flotte derrière nos sacs et qui se retrouve souvent sous le nez d’autres marcheurs. Ou bien c’est quand le sac est à terre et que bien sûr, l’affiche est visible. S’engage alors une conversation sur notre expérience à Calais etc. Beaucoup prennent l’affiche en photo. Aujourd’hui, c’est un couple de Hollandais croisé à plusieurs reprises, intrigué par l’affiche, qui nous a posé des questions et qui a voulu nous prendre en photos avec nos affiches.

Ou bien, lors des repas dans les gîtes, on s’arrange, sans que ce soit trop plombant, pour amener la discussion sur les migrants. Il faut sentir si c’est le moment d’en parler, si les personnes qui nous entourent vont être réceptives ou pas.

Pour l’instant, on peut dire que jeunes et moins jeunes sont très intéressés et souvent veulent en savoir davantage. Parfois c’est l’hébergeur qui nous voit avec l’affiche sur le sac qui nous questionne.

Concrètement, certains pèlerins nous font des dons en espèces, en chèques et Pierre note sur son carnet le nom, le mail, l’adresse postale et le don fait. D’autres nous disent qu’ils vont faire un don en ligne. On leur demande de préciser alors que c’est en lien avec notre marche vers St Jacques pour, à la fin, avoir une idée du montant.

Plusieurs fois les hébergeurs nous ont fait une ristourne sur notre nuitée et la différence sera reversée à l’association.

On laisse un autocollant Auberge des Migrants dans des églises très fréquentées, dans de gros gîtes.

Après demain lundi 25 avril, nous serons à Conques, logés à l’abbatiale. En réservant, j’ai expliqué à la sœur hôtelière notre démarche. Elle est persuadée que certains moines vont avoir envie d’échanger avec nous sur le sujet. On va voir demain si on peut rencontrer également un correspondant de presse dans la journée du 26 avril et ainsi faire passer un petit article dans la presse locale.

En lisant ce poème au détour d’un chemin, on pense à eux.

Quand le Chemin est difficile, on pense à eux.

Ce n’est déjà plus nous qui portons le projet.

C’est le projet qui nous porte.

Article 7. Les croix

Les croix sont nos sentinelles tout le long du camino. C’est ce qu’on croise le plus tous les jours. Certaines imposantes ou modestes, d’autres banales ou originales. Elles méritent notre regard et elles ont souvent une histoire.

Elles veillent sur les places, les champs et les sentiers. La plupart du temps, elles se trouvent aux carrefours. Dans les croyances anciennes, on pensait que diables et sorcières se retrouvaient à la croisée des chemins pour fricoter ensemble sûrement….Afin de conjurer ces maléfices, on érigeait des croix ou des statues.

Il existe plusieurs types de croix.

La Croix de limite.

Comme le menhir auparavant, elle servait de borne en marquant l’entrée et la sortie du village ainsi que les espaces religieux ou profanes. Elle avait aussi un rôle indicateur, lorsque, par exemple, les carrefours étaient sous la neige, La croix encore visible, permettait de situer le croisement.

Dans la lumière de l’Aubrac.

La Croix de village, de cimetière et de chemins.

Ce sont les témoins de l’avancée du christianisme tout comme les croix au sommet de la montagne. C’est pourquoi beaucoup de menhirs se sont vus ajouter une croix.

La croix « mémorial »

Elle témoigne d’un événement brutal ou chanceux comme la croix de la peste qui rappelle et conjure l’épidémie. On cherche La croix de l’ampoule…pas vu encore….

La Croix de rogations (Fête de trois jours avant l’Ascension) et processions.

La procession des paroissiens traversait les territoires, s’arrêtant aux croix pour bénir les prés et les champs. Les paysans devaient disposer les croix de façon stratégique (bords des chemins dominant les cultures).

Aérienne
Au pied d’un jardin.

Article 6. Les pèlerins

Notre Camino est assurément très différent depuis le Puy. De Charavines à l’arrivée du Puy, sur une semaine, nous avions rencontré seulement trois pèlerins : un Suisse qui marchait depuis Lausanne et les deux petits jeunes, l’un Suisse, l’autre Allemand, qu’on avait rencontrés la première fois à la Côte saint André.

À partir du Puy, des centaines de pèlerins sont arrivés en voiture ou en train puis se sont répartis dans les multiples relais, gîtes, accueils jacquaires, hôtels bien sûrs, où ils resteront un ou deux jours avant de démarrer leur Chemin. Tout commence par une bénédiction le matin du départ à 7 heures à la cathédrale. D’après nos hospitaliers du relais saint Jacques, chaque bénédiction est différente, selon l’humeur du prêtre ou de l’évêque. La veille, il paraît que le prêtre était en forme et avait fait beaucoup d’humour. Nous, c’était l’évêque, pas spécialement drôle mais bon, on vient pour une bénédiction, pas pour voir Dany Boon. Il a le look l’évêque. Tout petit , tout de noir vêtu dans un pantalon serré aux chevilles, les chaussures bien lustrées, la montre- gousset qu’il regarde régulièrement avant les sept heures, une énorme croix sur un ventre bedonnant, le sourire très en coin, il veut d’abord faire connaissance avec la tournée du matin faite de 80 pèlerins présents. Je me demande bien comment il va s’y prendre.

A la cantonade, il demande d’abord de quel continent on vient. On sait qu’il y a au moins un Brésilien avec qui on a échangé au relais. Il y en a un des États Unis, un d’Australie, et la majorité d’Europe ( Hollande, Angleterre, Allemagne, Suisse). Puis il demande de quelle région de France on est. Il explique que c’est pour des statistiques. Une jeune sœur, toute guillerette, note les chiffres. Il nous parle de la Vierge noire évoquée à plusieurs reprises dans la Bible. La Vierge change de vêtements. La semaine sainte, elle était bleue, le jour de la Passion, elle est rouge. La sœur toute contente me souffle : « Elle a beaucoup de robes, c’est une vraie fille! » On est contents qu’elle soit contente.

Ensuite, on a eu la bénédiction après une courte prière. Et puis on a reçu des cadeaux. Une petite médaille avec Marie et une coquille, un chapelet ultra light (merci) blanc. Et l’évangile de Saint Luc, minuscule pour le transport mais illisible pour moi. C’est l’année Saint Luc. Une trappe énorme s’ouvre sur un escalier dans lequel s’engouffrent les pèlerins pour quitter la cathédrale et commencer à marcher. Ce sont les premiers pas pour beaucoup.

On a lu à une exposition sur le Camino qu’il y a 56 % d’hommes et 44 % de femmes . Les hospitaliers sont surpris et nous aussi car il nous semble croiser une majorité de femmes. 57 % des pèlerins ont entre 30 et 60 ans, 28 % ont moins de 30 ans et 15 % ont plus de 60 ans. C’est nous.

En 2012, le bureau des pèlerins à St Jacques de Compostelle a recensé 192 488 pèlerins de 133 nationalités différentes.

Parlons Corée. En 2004, on peut presque appeler les pèlerins coréens par leur prénom, ils sont 18. En 2007, ils sont 449. Les voici en 2012 près de 2500. Ils sont aujourd’hui le 11e pays le plus représenté sur les chemins. Étonnant.

La majorité des pèlerins avec qui on a échangé font seulement quelques jours du Chemin sur leurs vacances. Beaucoup continuent d’une année sur l’autre en reprenant l’année suivante, là où ils s’étaient arrêtés. D’autres refont une partie qu’ils ont beaucoup aimée. Dans ceux que nous avons rencontrés, très peu allaient jusqu’à Saint Jacques.

Certains pèlerins sont en groupe d’amis pouvant aller jusqu’à neuf parmi ceux rencontrés, d’autres sont en binômes, deux amis ou amies, de nombreuses femmes le font seules et chaque jour se font de nouvelles copines dans les gîtes. Très peu de pèlerins campent. Les gîtes sont très bien organisés, la nourriture est très bonne et la literie aussi mais sur deux mois et demi, à deux personnes, cela représente un budget. La tente, c’est la liberté et de l’économie. On a encore la nuit gratuite ce soir au Sauvage.

Il existe des sociétés de portage qui viennent chercher votre sac le matin et vous l’emmènent le soir à votre nouveau gîte. Des groupes ou des individuels en bénéficient.

Les échanges se font très simplement entre pèlerins sur le Chemin. On se tutoie tout de suite. Chacun y va de ses bobos, de sa région, de la météo, des prières d’une telle pour soigner le genou de l’autre.

Mais le Chemin, c’est aussi et surtout savoir se retrouver seul dans le paysage, sur les cailloux, dans ses pensées, dans son passé, dans ses pieds qui ne se font pas oublier, dans le pourquoi je suis là et autres réflexions existentielles. C’est également la rencontre avec l’autre, avec de nouveaux lieux.

Photos entre le Puy et la première étape à Montbonnet.

La jolie chapelle de Saint Roch, à quelques centaines de mètres de Montbonnet. Saint Roch est le patron des pèlerins qui voyageait avec son ange infirmier, celui-ci lui soignait ses bubons contractés par la peste ….je ne me plains plus de mes ampoules.
Et toujours la belle Haute Loire.

Saint Privas d’Allier

Chapelle Saint Jacques de Rochegude et vestiges du château.
Beaucoup de descentes difficiles à cause des pierres jusqu’à Monistrol d’Allier.
On a dormi sous tente au pied du Pain de Sucre de Monistrol.
Pause lecture pour Pierre avec « Les chemins noirs » de Sylvain Tesson, évidemment.
Quand on ne descend pas, on monte. Telles sont nos journées….
Les endroits qu’on aime.
Un endroit chaleureux pour un petit café.
Vaches salers regardant passer le pèlerin.

Ce soir, on campe au Sauvage, après Saugues.

Article 5. Le Puy en Velay

Avant le Puy…

Il faut parfois choisir entre faire le touriste ou le pèlerin. On ne peut pas tout visiter sur le chemin car il faut avancer et on n’a pas envie d’arriver trop tard à l’étape qu’on se choisit. Mais on résiste difficilement à une église imposante, une jolie petite chapelle ou des anecdotes sur des lieux, des expressions ou des personnages.

Fontaine en forme de coquille avec un petit village sculpté devant la tête de Saint Jacques.
Un joli Saint Jacques avec, devant lui, les quatre Voies principales du Chemin de Compostelle. A comme Arles, LP comme le Puy, V comme Vézelay, T comme Tours.

Pourquoi les habitants de St Sauveur en Rue sont-ils surnommés « les Picatios d’âne »?

En patois, cela signifie « pique cul d’âne » et c’était autrefois le seul moyen de faire avancer les ânes lourdement chargés de sel vers le col du Tracol, où on a eu de la neige fondante.

St Julien Chapteuil, église romane construite sur un rocher. C’est la ville natale de Jules Romains.
De cet endroit on aperçoit le Puy en Velay pour la première fois. Ultreïa, le cri de ralliement des pèlerins et des Croisés au Moyen Âge qui signifie : Aller plus loin, aller plus haut. Ce mot illustre la transcendance à la fois physique et spirituelle que chaque pèlerin expérimente sur le Chemin. On nous le dit quand on quitte un refuge.

Le Puy en Velay.

Pourquoi cette ville est elle nommée « capitale européenne des Chemins de St Jacques de Compostelle », tout simplement parce que l’évêque Godescalc en 951 se rendit en pèlerinage à Santiago. Mais on rend au Puy depuis la nuit des temps un culte à la Vierge Noire, statue en bois de cèdre située dans la Cathédrale.

Des intentions de prières sont écrites et seront portées à St Jacques par des pèlerins.
Les rues du vieux Puy à la tombée de la nuit.
Le Vendredi saint, les Pénitents Blancs sortent en procession dans les ruelles.
La Statue de Notre Dame de France érigée sur le rocher Corneille. Elle a été faite avec le métal des canons récupérés à Sébastopol par les armées françaises au XIXe siècle.

Article 4. Nos premiers 200 kms

Aujourd’hui, jeudi 14 avril, on joue les touristes au Puy en Velay où on est arrivés hier soir après une dernière étape de presque….35 kms. Le guide nous en annonçait quelques-uns de moins mais on était pressés d’arriver au point de départ de la Voie la plus ancienne du Chemin de Saint Jacques, la Podiensis. Au relais St Jacques, accueil pour pèlerins qui est notre hébergement pour deux nuits, on rencontre plus de personnes que pendant toute notre première semaine. La plupart n’ont pas encore fait le premier pas. Pieds tout neufs. On dit souvent que c’est le chemin qui fait le pèlerin. C’est sûrement vrai. C’est aussi le chemin qui fait l’ampoule.

Quand je dis qu’on fait les touristes au Puy, soyons honnêtes. Même si cette journée de visite n’avait pas été prévue, nos pieds nous imposaient du repos et quelques réparations.

On ne sait plus où poser la rustine! On a déjà terminé la première boîte de double peau. Il va falloir investir. Pierre a réparti ses douleurs de façon équitable sous ses deux pieds, quant à moi, on dirait que mon pied droit est resté à la maison devant la télé pendant que le pied gauche se faisait tout seul les 49 heures de marche et les 215 kms de cette première semaine.

La plante de ce pied, recouverte de double peau, exige davantage d’attention. C’est ainsi qu’hier soir, on nous a conseillé d’aller au centre médical pour soins immédiats. Après avoir enlevé les pansements, l’infirmier a fait de jolis découpages et posé les premières bandelettes…pour repartir d’un pied (presque) neuf…Il va falloir réduire les distances et alléger le sac si possible, si on ne veut pas poursuivre à cloche pied. Et dire que certains marcheurs ignorent ce qu’est une ampoule… ils ne connaissent pas leur bonheur…

Passons à des sujets plus intéressants.

Photos de Clonas à St Julien de Moulin Molette

On traverse le Rhône et on quitte l’Isère pour découvrir le département de la Loire.

Magnifique vue sur le Rhône.
De nombreux pommiers en fleurs.

Découverte de Chavanay.

Un superbe trompe l’œil pour cyclistes et randonneurs.

Un jeune est très content de nous indiquer la direction de La Chapelle du calvaire. Ça grimpe ! ajoute t-il.

Très jolie chapelle avec à droite des pèlerins et à gauche les Pénitents Blancs. On aime moins les seconds, au look repris par les KKK mais c’est cette confrérie qui a édifié cette chapelle au XVIII e siècle.
C’est fou comme de loin, l’œil et le cerveau recréent le Christ en croix alors qu’il s’agit seulement d’une branche ou d’une racine.
Côtes du Rhône.
La montée des anges en quittant St Julien Molin Molette. Oui c’est par là…
Notre nuit en mobil home quasi offerte par le maire de St Sauveur en Rue.
Massif du Pilât

Le Chemin. On commence à marcher vers 8h30, 9h et on fait des étapes d’environ 25 km par jour. Chemins de pierres, ceux qui sont durs sous le pied et chemins de terre et d’herbe, agréables sous la semelle.

Gîte de Montfaucon où nous étions tout seuls. Le cafetier du coin, trop content de tailler une bavette, nous a offert des morilles.

Certaines journées, on traverse des villages dont beaucoup de maisons sont restaurées mais on ne croise personne. Sur l’étape qui nous a menés à Montfaucon, deux vttistes et deux promeneurs en 7 heures de marche.

Nos chemins préférés.
Bivouac à l’entrée d’Araules à environ 26 km de Montfaucon.
Et la belle surprise le lendemain matin sur la place du village.
Installation du sèche linge pour chaussettes encore humides.

Mais pourquoi la fameuse coquille ?

Sur le Chemin, on la retrouve sous des formes variées: En autocollant, sculptée, gravée, peinte, humoristique, une vraie fixée à un tronc d’arbre ou sur un mur. Elle est devenue le symbole du long périple des pèlerins jusqu’au corps de St Jacques en Espagne qui la fixaient à leurs capes, au bourdon ou à leurs chapeaux comme étant la preuve qu’ils étaient bien allés jusqu’en Galice où les coquilles se ramassaient sur les plages. Car le pèlerinage ne s’arrête pas à Compostelle mais jusqu’au Cap Finisterre une centaine de kilomètres plus loin.

1624 km…..je ne sais pas si finalement c’est encourageant….
Les lavoirs….une pensée pour toutes les Gervaise du monde…
Les monts du Pilat.

Les sucs, nom donné aux sommets volcaniques du massif du Pilât et de la région du Velay.

Les sucs faisant partie du massif du Meygal.

Prochain article : le Puy en Velay.

Article 3. Hospitalité

Pour ceux qui en douteraient, la générosité existe encore en ce monde perturbé. Marchant depuis seulement cinq jours, de Charavines à St Sauveur-en-rue, nous avons déjà rencontré tant de belles personnes et de beaux endroits qu’on a réellement un souci: celui de les quitter aussi rapidement. Mais comme dit Yannick, la dame qui nous a reçus à St Julien, bien sûr on pleure en se quittant mais on doit partir, c’est ce qui fait le voyage.

Mais où dort-on?

On a décidé d’emporter une toile de tente qui reste un gage de liberté et d’économies pour un périple d’environ deux mois et demi mais selon la météo, l’étape, l’heure qu’il est, on choisit notre mode d’hébergement au jour le jour. Le guide jaune très bien fait réalisé par l’Association Rhône Alpes des Amis de Saint-Jacques est le seul qu’on ait dans notre sac. Il répertorie, entre autres infos, de Genève au Puy en Velay tous les endroits où il fait bon dormir : hôtel, chambre d’hôtes, gite d’étape, camping, gîte paysan…et accueil jacquaire.

Un accueil jacquaire, pour ceux qui l’ignorent, est tenu par des particuliers comme vous et moi, qui reçoivent, le temps d’une nuit, des pèlerins qui cheminent seul ou à deux auxquels ils vont offrir un lit pour la nuit, ou le plus souvent, le dîner et le petit-déjeuner en plus. Ce sont des bénévoles et en remerciement, le pèlerin versera son obole. Ça rime. Il semble que cela n’existe que dans l’Auvergne Rhône Alpes. Alors évidemment, étant accueil jacquaire nous-mêmes, il était tentant de faire connaissance avec les autres.

C’est donc le choix qu’on a fait, trois nuits sur quatre, et à chaque fois, quel accueil, quelle chaleur, quels échanges. Les trois fois, cette impression de retrouver quelque chose de sa propre vie. Notre premier hôte, éducateur spécialisé, travaille à Bourgoin….avec les migrants. Alors évidemment, il était facile de parler de notre projet et de notre expérience à Calais. Soirée à partager les mêmes idées, les mêmes valeurs avec lui et Cécile. La foi en l’autre. On écoute et on se dit que ces personnes, on aimerait qu’elles deviennent nos amies. Un autre soir, on écoute et on voit les livres de voyages incroyables du père de Mathilde et on se dit qu’on aurait bien aimé le connaître, et puis on déambule chez notre hôtesse de St Julien et on se retrouve dans une maison de village magnifique où se côtoient tableaux et chevalets, statues et photographies, et des centaines de livres en français et en anglais. Troublant: Au pied de notre lit se trouve sur l’étagère le dernier livre que j’ai acheté avant de partir et qui n’est pas du tout un livre à la mode. J’ai cru quelques secondes que c’était le mien. Mais non. C’est le sien. Connexions.

Et puis il y a Fred. Il n’est pas accueil jacquaire. Fred a repris depuis peu, à la sortie de Revel-Tourdan, la Ferme des mille couleurs. Nom bien choisi, car les mille couleurs, il les porte en lui . Celles du sourire, de la gentillesse, de la bienveillance pour chacun de ses clients. C’est un professionnel de l’accueil et pourtant il ne pense pas que profits et intérêts. Il offre par exemple une belle assiette de charcuterie et de compotes à deux jeunes voyageurs peu argentés. Cuisinier à l’extérieur la première partie de sa journée qui commence par un réveil à 3h30, il s’occupe ensuite de ce gîte qu’il a repris il y a peu. Dîner succulent et superbement présenté partagé avec un autre pèlerin suisse et un jeune qui fait un stage dans la région.

On voulait camper pour la première fois chez lui mais la météo annonçait de la pluie. Il nous a bien sûr proposé deux places en gîte mais on voulait tester le bivouac…à l’abri de la pluie. La ferme des mille couleurs est située dans un cadre magnifique avec une décoration qui invite au voyage en Inde….Fred n’avait qu’une inquiétude, qu’on ne dorme pas de la nuit à cause du froid ou de la pluie. Ce qui n’a pas du tout été le cas. On souhaite à beaucoup de randonneurs et de pèlerins la chance de passer au moins une soirée dans cet endroit plein de surprises.

Le point commun de toutes ces personnes ? Elles ont fait le don à L’Auberge des migrants de la somme qu’on leur aurait versée pour notre étape. Générosité.

Passons aux photos de ces derniers jours.

Entre La Côte saint André et Revel.

Sur la droite, un abri où dorment encore sur le sol deux jeunes Suisses rencontrés la veille à la Côte partis depuis Lausanne pour Saint Jacques et qui feront ensuite un tour du monde. On les laisse dormir. C’est eux qu’on retrouvera à la Ferme des 1000 couleurs.
Belle église en pisé de Pommier de Beaurepaire
On trouve la neige vers Pisieu mais sur une courte distance.
A la Ferme des 1000 couleurs.
Pièce ouverte sur le jardin. La nuit ne pouvait qu’être bonne entre le regard bienveillant de Ganesh.….

…et celui de Bouddha.

Photos de Revel à Clonas la Varèze

En lisant la date, 29 mai 1819, on se dit qu’on a peu de chance de tomber sur l’assassin.
Malgré ce ciel bien chargé, on n’a reçu que quelques gouttes depuis le début.
On se dit que Van Gogh aurait aimé….Bravo à tous les champs de colza qui illuminent le paysage.
Saint Jacques
Arrivée sur Clonas-sur-Varèze

De Clonas à St Julien Molin Molette

Ce sera pour la prochaine fois car la tablette devient poussive et les dernières photos ne sont pas encore chargées….Aujourd’hui dimanche, on a fait une journée light de seulement 17 km pour pouvoir se poser et prendre le temps de rédiger le blog et suivre ce soir les élections. On est venus dans le camping de St Sauveur-en-rue pour…camper mais, comme ils ont un problème de sanitaires, Monsieur le Maire , pour la modique somme de 10€, nous a proposé…un mobile home ! Elle est belle la vie.

Article 2. Les premiers pas

Ça y est. La porte est fermée. Trois jours de marche. Trois jours qui ne se ressemblent pas. Nos pas nous ont menés sur des routes goudronnées, des sentiers boisés et des chemins rocailleux. Le ciel nuageux s’est bien tenu toute la première journée et a même laissé place à quelques rayons de soleil . On a parcouru 30 km. On était contents….Mais parle à nos pieds. Eux le sont beaucoup moins. Surtout le gauche. Peut-être trop de kilomètres pour un premier jour ? On verra par la suite. Rien n’est décidé à l’avance. Rien n’est réservé. Le premier compeed est de sortie.

La route est jalonnée de calvaires au pied desquels les pèlerins ou le simple promeneur déposent un galet, comme on le fait en montagne sur les cairns.

Quand on peut éviter les grosses pierres….
Des traces de neige de plus en plus rares.
La Frette vue de l’Eglise de Saint Ours.
Les fontaines, confidentes du pèlerin fatigué ou assoiffé… Ou les deux.

On terminera demain le récit car trop fatigués pour continuer !

LE BÂTON ET LA COQUILLE

… OU NOTRE CHEMIN DE COMPOSTELLE

ARTICLE 1

Quand on en est à acheter des soupes déshydratées et des nouilles instantanées, c’est que le départ n’est pas loin. Matériel de camping dans le sac à dos.

Fermer la porte de sa maison, tout simplement, et commencer à marcher vers l’Etoile de St Jacques. Le départ sera la semaine prochaine, le mercredi 6 avril, pour 1750 km environ. Enfin… s’il arrête de neiger. Ce projet devait se réaliser au printemps dernier et puis un souci de santé en a décidé autrement. Ce ne fut que partie remise et c’est tant mieux, puisqu’il se trouve enrichi, cette année, d’un message qu’on adressera aux personnes rencontrées et qui concerne la situation des réfugiés en France. Ce message, on le portera dans nos têtes et sur les sacs.

A cause d’un problème de fabrication, ce seront des autocollants et non des badges qui seront donnés. Tant mieux, c’est moins lourd.

On a travaillé bénévolement cinq semaines auprès des migrants de Calais en ce début d’année et, comme une évidence, on a ressenti un besoin impérieux de créer un lien entre leur marche et la nôtre.

Actuellement, 1800 personnes environ, davantage l’été, dorment sous des tentes installées dans des terrains vagues, sous des ponts à Calais ou le long des autoroutes.

La marche, ils connaissent. Des semaines, des mois, voire des années. L’Afghanistan, le Soudan, ça fait loin. Marche subie. On se réchauffe autour d’un café. Le bois et la nourriture sont fournis par des associations regroupées au sein de L’Auberge des Migrants qui coordonne les aides médicale, juridique,matérielle et alimentaire apportées aux exilés. Mais tout cela a un coût et ne fonctionne qu’avec des bénévoles et des donations.

Alors l’idée nous est venue de donner un autocollant à toute personne croisée sur le Camino qui aurait envie de faire un don et de participer ainsi à un monde plus humain.

Cette initiative a été prise avant la guerre en Ukraine mais l’Auberge se mobilise également pour eux.

Comment participer ?

Soit faire un don en ligne sur le site http://www.laubergedesmigrants.fr

Soit envoyer un chèque à : L’Auberge des Migrants, BP 70113, 62100 Calais cedex

Merci de préciser que ce don est lié à la Marche vers St Jacques de Compostelle.

Mobilisons-nous pour le respect de la dignité humaine.

Nous espérons toujours partir mercredi mais si la neige persiste, on sera obligés de reporter le départ !

Article 16. Le dernier ! À CALAIS, LE FOOT POUR OUBLIER L’ENFER Écrit dans un journal de foot : SoFoot.com Oubliez la folie furieuse du Parc des Princes, les bars confortables ou le combo pizza-bières entre potes. Mardi soir, au milieu de la boue, des tentes, des rondes de CRS et d’une zone d’activité, une cinquantaine de réfugiés se sont rassemblés à Calais pour regarder ce PSG-Real. On y était. Alors que Kylian Mbappé slalome dans la surface madrilène, un jeune Soudanais explose de joie. « Ici , c’est Paris ! » lâche-t-il, emmitouflé dans une doudoune orange et bleu, avant de célébrer à la manière de l’attaquant français l’unique but de ce huitième de finale aller de Ligue des champions entre le PSG et le Real (1-0). « Ils ont explosé comme des dingues, se marre Foued, l’une des deux têtes pensantes de l’association Mosaic, qui propose régulièrement des animations culturelles aux réfugiés calaisiens. C’est aussi pour ça qu’on a diffusé le match ici. Tout le monde a adoré. » Avant la folie, il était surtout question de ramener, par le foot, de la légèreté. « Il était important pour eux de vivre le moment présent sans penser au camion dans lequel ils vont monter après le match pour rejoindre l’Angleterre » , insiste Foued. Rembobinage.Package générateur-tonnelle-toile21h, mardi soir, à Calais. Plus d’un millier d’exilés continuent d’y errer chaque jour. Pour tableau, l’autoroute A16 et la rocade portuaire, où la dernière victime en date, Abdallah, un Soudanais de 28 ans, a perdu la vie en chutant d’un camion fin janvier (la 347e victime à la frontière franco-britannique depuis 1999, NDLR), la zone d’activité Transmarck où pullulent les entreprises de transport et ce terrain vague où une tonnelle a été installée à l’arrachée. Les tentes dans lesquelles dorment les exilés sont détrempées. On ne fait pas trois pas sans se retrouver dans la boue. Deux associatifs viennent aux nouvelles. « Garez-vous un peu plus loin, les flics passent souvent ici, mieux vaut ne pas les attirer, qu’on puisse regarder le match tranquille. » « On a débarqué avec le générateur et la tonnelle, enchaîne Foued, à deux pas d’un entrepôt de 8 250m2 que le géant Amazon se fait construire. Personne n’a été tenu au courant. On n’organise pas le rassemblement. L’installation se fait, le message passe, c’est spontané, et les mecs viennent. »Sous son bob et sa barbe de trois jours, l’ancien habitant de Saint-Germain-en-Laye sort l’analyse adéquate : « Ici, c’est un endroit symbolique avec les parkings de Transmarck. Habituellement, pour les réfugiés, la soirée consiste à faire des allers-retours pour tenter leur chance dans une remorque. Ce qu’on veut, c’est qu’ils soient dans le moment présent et pas dans une éternelle projection de l’Angleterre. À l’époque de la jungle (démantelée en octobre 2016, environ 10 000 réfugiés y vivaient, NDLR), il y avait une salle dédiée, des enceintes, il y avait moyen de se réunir. Depuis, tout est éparpillé. Là, les mecs regardent le foot et quelques heures plus tard, ils seront expulsés de leur tente au réveil. » Un rétroprojecteur, une toile et un lien de streaming : l’affaire est pliée.Une partie de FIFA dans un décor du tiers-mondeDes morceaux de bois permettent d’allumer deux feux, une enceinte Bluetooth crache du hip-hop, le mercure affiche 8 degrés. Il crachine, « mais les mecs ne pensent pas trop au froid, jure Maxime, bénévole d’Utopia 56 qui porte plutôt l’OM que le PSG dans le fond du cœur. Ils sont pour la plupart dingues de foot, c’est un vrai vecteur social. Quand on les conduit parfois à l’hôpital le soir, ils sont sur leur téléphone avec la Ligue des champions. » Il y a peu, « des Playstation ont été amenées. Ça tapait des FIFA sur des lieux de vie où ils n’ont rien. Le décalage entre la réalité de leur situation et FIFA était abyssal. » Les terrains dignes d’un champ de patates suffisent aussi généralement à lancer un match à l’improviste. Dans la foule, les rares accélérations de Karim Benzema font s’élever des cris. Ici, un jeune Soudanais prend une grosse pierre pour se surélever et mieux voir l’écran, pendant qu’Ousman, lui aussi soudanais, profite du générateur pour recharger son portable, comme une vingtaine d’autres compères, alors que tous les yeux sont rivés sur l’écran. « Franchement, je m’en fiche du PSG ou du Real, je suis plus City, même si Paris se projette vraiment là. Ils sont à domicile, ils doivent s’imposer pour être plus sereins au retour. »« Peu importe là où je suis passé, on trouvait toujours un moment pour regarder un match ou un ballon pour jouer. »Ousman, 25 ans, SoudanaisMaxime d’Utopia 56 parle d’un « 50-50 au niveau de l’audience, Paris fait rêver, mais le Real a une cote de dingue à l’international. Tout dépend comment tu as été élevé dans le foot, mais forcément, ici, les joueurs africains comme Salah ou Mané sont adorés. » Pour Ousman, entre deux passages de gâteaux dans l’assistance, « avoir l’occasion de regarder un match comme celui-ci, ça ne se rate pas. Dix minutes avant le coup d’envoi, on m’a dit que c’était diffusé, du coup je suis venu direct. » Idem pour Jazair, 26 piges dont huit mois de galère dans le Calaisis et une référence en France : « Juninho avec ses coups francs de fou quand j’étais jeune. J’ai toujours aimé Lyon, le Milan, Manchester, le Real. Au fond, c’est le côté festif qui m’attire. Regarder le PSG face au Real, c’est faire une pause dans ces conditions de vie catastrophiques. » En quatre mois à Calais et après deux années de galère entre Libye, Méditerranée et Italie, Ousman, 25 ans, rêve toujours d’Angleterre, même s’il ne fera pas la traversée en bateau. Trop dangereux. Le 24 novembre dernier, 27 des leurs perdaient la mort dans les eaux de la Manche. Ousman mise plutôt sur les planques dans les camions et assure : « Pendant ces deux années, c’est le foot qui m’a toujours fait du bien au moral. Peu importe là où je suis passé, on trouvait toujours un moment pour regarder un match ou un ballon pour jouer. Quand t’es solo, ça n’a aucun intérêt, mais là, à plusieurs, tu vibres. »« Des gars qui se prennent par les épaules et chantent, tu le retrouves que ce soit à Manchester, dans le fucking London ou ici à Calais. »Tom, bénévole britannique:On vibre même quand on en a strictement rien à foutre de la tactique, du penalty raté par Messi et des quelques fichues coupures du streaming pendant la rencontre. « Je ne déteste pas le foot, mais putain j’ai passé ma vie à grandir dans ça , se marre Tom, la quarantaine, un accent british made in Manchester et de l’énergie à revendre pour aider les exilés. Les seules fois où j’ai joué au foot, c’est quand j’étais obligé. Le mec que j’adorais, c’était le King, Cantona. Il avait la classe, le style, il savait que deux choses faisaient vibrer les Mancuniens : le foot et la musique. L’esprit de camaraderie, des gars qui se prennent par les épaules et chantent, tu le retrouves que ce soit à Manchester, dans le fucking London ou ici à Calais. C’est un langage universel et ce n’est pas exagéré. Des feux sont allumés, des gens dansent, d’autres regardent le match, tu vois des tensions, là ? Pas du tout. » Mi-janvier, c’est la Coupe d’Afrique des nations qui a plongé le campement des Soudanais dans une douce euphorie, notamment après le nul face à la Guinée-Bissau. « C’était fou, surtout quand notre gardien a arrêté le penalty en fin de match, savoure encore Ousman. On avait presque le sentiment d’être à la maison, alors que l’on a dû quitter notre terre. » Le Soudan, c’est 17 années de guerre civile entre 2003 et 2020 et des tensions toujours vives dans le sud du pays. Maxime a eu l’impression « que les Soudanais avaient gagné la CAN à ce moment-là alors qu’ils avaient un groupe impossible. C’était le régal. » 22h50, fin de la retransmission : le PSG s’impose, encore quelques danses et chants, et il sera question de replonger dans la réalité. Au loin, des gyrophares fendent l’obscurité. « Dans deux heures, certains d’entre eux tenteront de monter dans un camion, achève Clara, de l’association Mosaic. Au moins là, ils ont décompressé… »PAR FLORENT CAFFERY, À CALAIS

C’est la fin de nos cinq semaines de bénévolat auprès des migrants. Retour demain la tête et le cœur emplis de belles rencontres et de beaucoup d’émotions. Mais l’aventure ne va pas s’arrêter là.

On a vraiment eu l’envie de faire un lien entre notre marche vers saint Jacques de Compostelle prévue à partir d’avril et ce qui se passe ici.

Nous marcherons donc comme ils ont marché et nous parlerons tout le long du Chemin, à ceux qui le souhaitent, des migrants de Calais, et si certains veulent aider les actions menées par les associations, ils pourront faire un don en échange d’un badge qu’on a fait faire. À très bientôt.