Article 2. Les premiers pas

Ça y est. La porte est fermée. Trois jours de marche. Trois jours qui ne se ressemblent pas. Nos pas nous ont menés sur des routes goudronnées, des sentiers boisés et des chemins rocailleux. Le ciel nuageux s’est bien tenu toute la première journée et a même laissé place à quelques rayons de soleil . On a parcouru 30 km. On était contents….Mais parle à nos pieds. Eux le sont beaucoup moins. Surtout le gauche. Peut-être trop de kilomètres pour un premier jour ? On verra par la suite. Rien n’est décidé à l’avance. Rien n’est réservé. Le premier compeed est de sortie.

La route est jalonnée de calvaires au pied desquels les pèlerins ou le simple promeneur déposent un galet, comme on le fait en montagne sur les cairns.

Quand on peut éviter les grosses pierres….
Des traces de neige de plus en plus rares.
La Frette vue de l’Eglise de Saint Ours.
Les fontaines, confidentes du pèlerin fatigué ou assoiffé… Ou les deux.

On terminera demain le récit car trop fatigués pour continuer !

LE BÂTON ET LA COQUILLE

… OU NOTRE CHEMIN DE COMPOSTELLE

ARTICLE 1

Quand on en est à acheter des soupes déshydratées et des nouilles instantanées, c’est que le départ n’est pas loin. Matériel de camping dans le sac à dos.

Fermer la porte de sa maison, tout simplement, et commencer à marcher vers l’Etoile de St Jacques. Le départ sera la semaine prochaine, le mercredi 6 avril, pour 1750 km environ. Enfin… s’il arrête de neiger. Ce projet devait se réaliser au printemps dernier et puis un souci de santé en a décidé autrement. Ce ne fut que partie remise et c’est tant mieux, puisqu’il se trouve enrichi, cette année, d’un message qu’on adressera aux personnes rencontrées et qui concerne la situation des réfugiés en France. Ce message, on le portera dans nos têtes et sur les sacs.

A cause d’un problème de fabrication, ce seront des autocollants et non des badges qui seront donnés. Tant mieux, c’est moins lourd.

On a travaillé bénévolement cinq semaines auprès des migrants de Calais en ce début d’année et, comme une évidence, on a ressenti un besoin impérieux de créer un lien entre leur marche et la nôtre.

Actuellement, 1800 personnes environ, davantage l’été, dorment sous des tentes installées dans des terrains vagues, sous des ponts à Calais ou le long des autoroutes.

La marche, ils connaissent. Des semaines, des mois, voire des années. L’Afghanistan, le Soudan, ça fait loin. Marche subie. On se réchauffe autour d’un café. Le bois et la nourriture sont fournis par des associations regroupées au sein de L’Auberge des Migrants qui coordonne les aides médicale, juridique,matérielle et alimentaire apportées aux exilés. Mais tout cela a un coût et ne fonctionne qu’avec des bénévoles et des donations.

Alors l’idée nous est venue de donner un autocollant à toute personne croisée sur le Camino qui aurait envie de faire un don et de participer ainsi à un monde plus humain.

Cette initiative a été prise avant la guerre en Ukraine mais l’Auberge se mobilise également pour eux.

Comment participer ?

Soit faire un don en ligne sur le site http://www.laubergedesmigrants.fr

Soit envoyer un chèque à : L’Auberge des Migrants, BP 70113, 62100 Calais cedex

Merci de préciser que ce don est lié à la Marche vers St Jacques de Compostelle.

Mobilisons-nous pour le respect de la dignité humaine.

Nous espérons toujours partir mercredi mais si la neige persiste, on sera obligés de reporter le départ !

Article 16. Le dernier ! À CALAIS, LE FOOT POUR OUBLIER L’ENFER Écrit dans un journal de foot : SoFoot.com Oubliez la folie furieuse du Parc des Princes, les bars confortables ou le combo pizza-bières entre potes. Mardi soir, au milieu de la boue, des tentes, des rondes de CRS et d’une zone d’activité, une cinquantaine de réfugiés se sont rassemblés à Calais pour regarder ce PSG-Real. On y était. Alors que Kylian Mbappé slalome dans la surface madrilène, un jeune Soudanais explose de joie. « Ici , c’est Paris ! » lâche-t-il, emmitouflé dans une doudoune orange et bleu, avant de célébrer à la manière de l’attaquant français l’unique but de ce huitième de finale aller de Ligue des champions entre le PSG et le Real (1-0). « Ils ont explosé comme des dingues, se marre Foued, l’une des deux têtes pensantes de l’association Mosaic, qui propose régulièrement des animations culturelles aux réfugiés calaisiens. C’est aussi pour ça qu’on a diffusé le match ici. Tout le monde a adoré. » Avant la folie, il était surtout question de ramener, par le foot, de la légèreté. « Il était important pour eux de vivre le moment présent sans penser au camion dans lequel ils vont monter après le match pour rejoindre l’Angleterre » , insiste Foued. Rembobinage.Package générateur-tonnelle-toile21h, mardi soir, à Calais. Plus d’un millier d’exilés continuent d’y errer chaque jour. Pour tableau, l’autoroute A16 et la rocade portuaire, où la dernière victime en date, Abdallah, un Soudanais de 28 ans, a perdu la vie en chutant d’un camion fin janvier (la 347e victime à la frontière franco-britannique depuis 1999, NDLR), la zone d’activité Transmarck où pullulent les entreprises de transport et ce terrain vague où une tonnelle a été installée à l’arrachée. Les tentes dans lesquelles dorment les exilés sont détrempées. On ne fait pas trois pas sans se retrouver dans la boue. Deux associatifs viennent aux nouvelles. « Garez-vous un peu plus loin, les flics passent souvent ici, mieux vaut ne pas les attirer, qu’on puisse regarder le match tranquille. » « On a débarqué avec le générateur et la tonnelle, enchaîne Foued, à deux pas d’un entrepôt de 8 250m2 que le géant Amazon se fait construire. Personne n’a été tenu au courant. On n’organise pas le rassemblement. L’installation se fait, le message passe, c’est spontané, et les mecs viennent. »Sous son bob et sa barbe de trois jours, l’ancien habitant de Saint-Germain-en-Laye sort l’analyse adéquate : « Ici, c’est un endroit symbolique avec les parkings de Transmarck. Habituellement, pour les réfugiés, la soirée consiste à faire des allers-retours pour tenter leur chance dans une remorque. Ce qu’on veut, c’est qu’ils soient dans le moment présent et pas dans une éternelle projection de l’Angleterre. À l’époque de la jungle (démantelée en octobre 2016, environ 10 000 réfugiés y vivaient, NDLR), il y avait une salle dédiée, des enceintes, il y avait moyen de se réunir. Depuis, tout est éparpillé. Là, les mecs regardent le foot et quelques heures plus tard, ils seront expulsés de leur tente au réveil. » Un rétroprojecteur, une toile et un lien de streaming : l’affaire est pliée.Une partie de FIFA dans un décor du tiers-mondeDes morceaux de bois permettent d’allumer deux feux, une enceinte Bluetooth crache du hip-hop, le mercure affiche 8 degrés. Il crachine, « mais les mecs ne pensent pas trop au froid, jure Maxime, bénévole d’Utopia 56 qui porte plutôt l’OM que le PSG dans le fond du cœur. Ils sont pour la plupart dingues de foot, c’est un vrai vecteur social. Quand on les conduit parfois à l’hôpital le soir, ils sont sur leur téléphone avec la Ligue des champions. » Il y a peu, « des Playstation ont été amenées. Ça tapait des FIFA sur des lieux de vie où ils n’ont rien. Le décalage entre la réalité de leur situation et FIFA était abyssal. » Les terrains dignes d’un champ de patates suffisent aussi généralement à lancer un match à l’improviste. Dans la foule, les rares accélérations de Karim Benzema font s’élever des cris. Ici, un jeune Soudanais prend une grosse pierre pour se surélever et mieux voir l’écran, pendant qu’Ousman, lui aussi soudanais, profite du générateur pour recharger son portable, comme une vingtaine d’autres compères, alors que tous les yeux sont rivés sur l’écran. « Franchement, je m’en fiche du PSG ou du Real, je suis plus City, même si Paris se projette vraiment là. Ils sont à domicile, ils doivent s’imposer pour être plus sereins au retour. »« Peu importe là où je suis passé, on trouvait toujours un moment pour regarder un match ou un ballon pour jouer. »Ousman, 25 ans, SoudanaisMaxime d’Utopia 56 parle d’un « 50-50 au niveau de l’audience, Paris fait rêver, mais le Real a une cote de dingue à l’international. Tout dépend comment tu as été élevé dans le foot, mais forcément, ici, les joueurs africains comme Salah ou Mané sont adorés. » Pour Ousman, entre deux passages de gâteaux dans l’assistance, « avoir l’occasion de regarder un match comme celui-ci, ça ne se rate pas. Dix minutes avant le coup d’envoi, on m’a dit que c’était diffusé, du coup je suis venu direct. » Idem pour Jazair, 26 piges dont huit mois de galère dans le Calaisis et une référence en France : « Juninho avec ses coups francs de fou quand j’étais jeune. J’ai toujours aimé Lyon, le Milan, Manchester, le Real. Au fond, c’est le côté festif qui m’attire. Regarder le PSG face au Real, c’est faire une pause dans ces conditions de vie catastrophiques. » En quatre mois à Calais et après deux années de galère entre Libye, Méditerranée et Italie, Ousman, 25 ans, rêve toujours d’Angleterre, même s’il ne fera pas la traversée en bateau. Trop dangereux. Le 24 novembre dernier, 27 des leurs perdaient la mort dans les eaux de la Manche. Ousman mise plutôt sur les planques dans les camions et assure : « Pendant ces deux années, c’est le foot qui m’a toujours fait du bien au moral. Peu importe là où je suis passé, on trouvait toujours un moment pour regarder un match ou un ballon pour jouer. Quand t’es solo, ça n’a aucun intérêt, mais là, à plusieurs, tu vibres. »« Des gars qui se prennent par les épaules et chantent, tu le retrouves que ce soit à Manchester, dans le fucking London ou ici à Calais. »Tom, bénévole britannique:On vibre même quand on en a strictement rien à foutre de la tactique, du penalty raté par Messi et des quelques fichues coupures du streaming pendant la rencontre. « Je ne déteste pas le foot, mais putain j’ai passé ma vie à grandir dans ça , se marre Tom, la quarantaine, un accent british made in Manchester et de l’énergie à revendre pour aider les exilés. Les seules fois où j’ai joué au foot, c’est quand j’étais obligé. Le mec que j’adorais, c’était le King, Cantona. Il avait la classe, le style, il savait que deux choses faisaient vibrer les Mancuniens : le foot et la musique. L’esprit de camaraderie, des gars qui se prennent par les épaules et chantent, tu le retrouves que ce soit à Manchester, dans le fucking London ou ici à Calais. C’est un langage universel et ce n’est pas exagéré. Des feux sont allumés, des gens dansent, d’autres regardent le match, tu vois des tensions, là ? Pas du tout. » Mi-janvier, c’est la Coupe d’Afrique des nations qui a plongé le campement des Soudanais dans une douce euphorie, notamment après le nul face à la Guinée-Bissau. « C’était fou, surtout quand notre gardien a arrêté le penalty en fin de match, savoure encore Ousman. On avait presque le sentiment d’être à la maison, alors que l’on a dû quitter notre terre. » Le Soudan, c’est 17 années de guerre civile entre 2003 et 2020 et des tensions toujours vives dans le sud du pays. Maxime a eu l’impression « que les Soudanais avaient gagné la CAN à ce moment-là alors qu’ils avaient un groupe impossible. C’était le régal. » 22h50, fin de la retransmission : le PSG s’impose, encore quelques danses et chants, et il sera question de replonger dans la réalité. Au loin, des gyrophares fendent l’obscurité. « Dans deux heures, certains d’entre eux tenteront de monter dans un camion, achève Clara, de l’association Mosaic. Au moins là, ils ont décompressé… »PAR FLORENT CAFFERY, À CALAIS

C’est la fin de nos cinq semaines de bénévolat auprès des migrants. Retour demain la tête et le cœur emplis de belles rencontres et de beaucoup d’émotions. Mais l’aventure ne va pas s’arrêter là.

On a vraiment eu l’envie de faire un lien entre notre marche vers saint Jacques de Compostelle prévue à partir d’avril et ce qui se passe ici.

Nous marcherons donc comme ils ont marché et nous parlerons tout le long du Chemin, à ceux qui le souhaitent, des migrants de Calais, et si certains veulent aider les actions menées par les associations, ils pourront faire un don en échange d’un badge qu’on a fait faire. À très bientôt.

Article 15. Femmes et enfants migrants

Ils sont pris en charge, dès que possible, par des associations comme Women center, le secours catholique. Quand les femmes font le 115, elles sont mises à l’abri pour trois nuits, mais après, il faut trouver une solution.

On a pris un de nos deux jours off en semaine pour aller les voir au Secours catholique. Deux fois par semaine, l’association Women Center les amène là pour qu’elles aient un espace à elles, chaleureux, où elles puissent manger un gâteau , boire un thé et discuter. Se sentir en sécurité.

La présence des hommes n’étant pas souhaitable, Pierre est resté en haut côté hommes.

J’avais demandé dans la semaine à l’une des responsables du Secours catholique si je pouvais venir passer un peu de temps avec elles. Ayant l’autorisation, je suis émue de voir enfin des femmes et des enfants de migrants car en un mois, c’est la première fois.

Les enfants jouent à côté, dansent avec des bénévoles de Project Play , association qui partage l’auberge des migrants avec nous pour entreposer jeux, livres et jouets.

Trois femmes sont autour d’une table, à boire un thé. Dès que je leur souris, elles m’invitent timidement à m’asseoir avec elles. Myriam et Cima sont Iraniennes catholiques. La troisième femme, Mouna, est éthiopienne musulmane. Elles sont amies, je ne sais pas depuis quand. Les trois femmes parlent anglais.

Mona, jolie petite femme enveloppée dans un voile marron, me fait penser à un petit oiseau effarouché mais souriant qui me dit: merci à tous les gens ici qui sont tellement gentils avec moi. Merci. You Welcome. Elle est seule ici. Ne pas poser de questions pour ne pas leur faire revenir des souffrances, des traumatismes. La confidence viendra…ou pas.

Myriam, plus âgée que Cima me dit qu’elle a fait le 115 hier et que dans deux nuits maintenant, elle ne sait pas où elle dormira. Je n’ai rien à proposer. Je m’assure qu’on lui a bien donné une feuille avec tous les contacts des organismes d’aide à Calais, écrite en anglais et en arabe. Elle est arrivée la veille de Briançon où il y a également un refuge pour les migrants.

Mais c’est surtout Cima qui est la plus intrépide et qui me raconte son histoire. Belle femme d’une petite quarantaine, Cima est maquillée et ne porte pas de voile sur la tête contrairement à sa concitoyenne Myriam. Divorcée, elle est partie seule avec ses deux enfants. Marcher, marcher. L’Iran, ce n’est plus possible pour les femmes. Les Ayatollahs ont toujours la main mise sur la vie du pays. On évoque le Shah, Soyara, Fara Dibah. Elle espère qu’un jour son fils aîné, le Prince Reza Palhavi qui vit aux USA, reviendra en Iran et reprendra les manettes du pouvoir. Et elle fait un geste de prière…

Elle a traversé de nombreux pays dont la Turquie où elle est restée deux ans. Ses enfants étaient scolarisés mais plusieurs fois ont été battus au sein de l’établissement. Quand elle voulait en parler aux responsables, on lui disait qu’elle n’avait rien à dire, elle, la réfugiée…puis la Grèce, l’Italie…Mais, tu as quitté ton pays depuis combien de temps ? 7 ans. Sept années à fuir, à courir après un rêve. Ses enfants ont aujourd’hui 11 et 16 ans.

Fatiguée . Marcher. Marcher. La peur. Si fatiguée. Elles m’ont donné leur numéro de téléphone.

Je repense aux visas délivrés par la France aux Chrétiens d’Orient menacés par Daech. Je ne sais pas si ces femmes pourraient encore en bénéficier. C’était pour les Irakiens et les Syriens en 2015. Je ne suis pas juriste. Mais je pose la question aux services concernés qui peut-être trouveront une piste.

Je suis retournée aujourd’hui lundi, dans l’espoir de les revoir, je leur ai apporté des petites douceurs, mais je ne les reverrai pas. Elles sont pour quinze jours, et c’est très bien, dans un CAES ( centre d’accueil et d’examen des situations) à 1 h 30 de Calais, qui, si elles le souhaitent, examineront leur possibilité de demande d’asile en France. Mais comme elles ont été dublinées, cf article 6, elles perdent encore 18 mois au moins à attendre…

Je fais la connaissance d’autres femmes. Une vieille femme hongroise aux yeux clairs qui, paraît-il, est là depuis longtemps. Elle ne parle qu’anglais. Que fait-elle là toute seule ? Une Iranienne de trente ans qui est chanteuse. Impossible dans son pays. Elle est musulmane sur le papier car pas le choix , mais elle ne pratique pas. France ou Angleterre ? Cela lui est égal. Si elle peut vivre en sécurité. C’est grâce à un cousin qu’elle a voyagé cachée dans deux camions différents, et un peu en bateau. Elle n’a pratiquement rien vu du périple qui a duré deux mois et demi . Quand elle se lève, je découvre qu’elle boîte comme les personnes chez nous qui contractaient la poliomyélite. Elle est stupéfaite d’apprendre que nous sommes des bénévoles. Pleine de gratitude pour toutes ces personnes qui l’accueillent depuis son arrivée la veille. Échange de numéro de téléphone. Elle promet qu’elle donnera de ses nouvelles. Bonne chance Sofia! Je te souhaite un bel avenir.

Inchallah !

A la warehouse ( l’entrepôt). On charge le van avant la distribution.

Article 13. Distributions sanctionnées

« Calais : distributions de vivres sanctionnées Asile – Immigration Publié le : 02.02.2022 Dernière Mise à jour : 02.02.2022  » https://www.ash.tm.fr/asile-immigration/calais-distributions-de-vivres-sanctionnees-688488.php#:~:text=Calais%20%3A%20distributions%20de,%C3%A0%20jour%20%3A%2002.02.2022

En lien avec l’article 7 qui vous racontait les difficultés de distribuer les aliments aux migrants. Voici l’article publié par le journaliste qui nous avait rejointes, J (Noké dans le texte) et moi.

Article 12. CommémorAction à Calais.

Dimanche dernier, journée mondiale d’hommage aux migrants disparus ou morts aux frontières. Moment fort à Calais évidemment.

La marche silencieuse rythmée au son d’un tambour se termine sur la plage de Calais.

Moment très émouvant. Les corps s’allongent et une longue litanie commence. Celle des noms des 347 morts lors de la traversée. Enfin quand on les connaît.

Ce qui nous frappe est la jeunesse des disparus. La moyenne doit être d’une vingtaine d’années.

Un prénom. 21 ans. Un autre prénom. 17 ans. Inconnu. 7 ans. Inconnu. 16 ans. Un prénom. 4 ans. Inconnu. Nourrisson. etc.

Et on pense aux familles de ces inconnus enfants ou ados qui espèrent sûrement qu’ils ont rejoint la Terre Promise…même s’ils ne donnent plus de nouvelles.

Article 11. Discussions et réflexions

Quelques Afghans

Abdul , entre 25 et 30 ans, me dit d’emblée qu’il a payé 2500 $ pour arriver de Kaboul à Calais. Il a traversé l’Iran, l’Irak, la Turquie, a pris un bateau pour arriver en Italie puis les montagnes puis la France….Des mois d’errance. « Et maintenant, je suis ici, dehors, dans la boue. Combien de temps ? » Que lui dire…

Un autre Afghan, lui, a évité la traversée de la Méditerranée . Il est remonté par la Bulgarie, la Serbie, la Croatie, la Slovénie, l’Italie …et la France.

Afin qu’ils soient fiers d’un compatriote, je leur parle de mon neurochirurgien afghan de Grenoble qui a créé une association pour aider son pays, puis j’évoque le commandant Massoud – que j’ai beaucoup moins connu…

Je traduis le dialogue qu’on a eu en anglais. Je ne parle pas le Pashto.

Abdul: Massoud ? c’est un héros. Tu comprends, héros ?

– Oui, c’est le même mot en français. Oui je sais, la France aimait bien Massoud.

– Tout le monde l’aime, tout le monde le respecte en Afghanistan, c’est un héros. Il est de ma famille.

– l’autre Afghan: Non ! Massoud, pas bien. Comme les autres. Il a tué aussi beaucoup de gens !

L’autre dit que c’est faux. Deux Afghans, c’est déjà une guerre civile.

Je ne veux pas les laisser sur une note conflictuelle. Pas facile la politique internationale…

Je tente : Et les Talibans?

Les deux à tour de rôle : Not good !

Bah voilà, ils sont au moins d’accord là dessus. C’est d’ailleurs à cause d’eux qu’ils sont là.

Et je repars toute brouette devant.

AbdelAzziz, Soudanais..

La Libye à traverser. C’est le pays le pire. Certains migrants se sont retrouvés esclaves un ou deux ans avant d’être relâchés.

Le Soudan, c’est terrible. On évoque le pays partagé entre Chrétiens et Musulmans. Il me dit que ce n’est pas ça le problème, tout le monde vit bien ensemble. Travail, mariages. Le problème est la politique. Pas un chef mais trois chefs. Faire de la résistance ? Impossible d’essayer . Ils tuent tout ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Pourquoi l’Angleterre? Il a un frère qui est bien là bas. Et un autre….à Nantes, qui est bien aussi là bas.

Alors pourquoi vouloir partir en Angleterre absolument ?

Voilà toutes les raisons qui font que la grande majorité veut aller en Angleterre.

Ils y ont de la famille .

Pour la plupart, ils parlent l’anglais.

On y trouve très facilement du travail et rapidement…au black.

Pas de contrôle d’identité comme en France.

On a eu la chance d’aller dans une maison extraordinaire dont on ne donnera pas trop de détails car officiellement, ces personnes n’hébergent pas de migrants. En fait, ils recueillent les plus vulnérables. Des bénévoles viennent donner un coup de main. Une jeune Lettone est présente. Quand on y est, deux femmes ont accouché très récemment. Un bébé est né la semaine précédente. A l’hôpital, mais après ? Cette maison est un havre de paix. Femmes ou mineurs restent le temps dont ils ont besoin, certains restent juste une nuit avant de tenter la traversée, d’autres une ou deux semaines. Des enfants se faufilent entre nous et jouent à cache-cache. Ça nous fait du bien à nous aussi.

On parle avec l’une des responsables de ce qui attend les migrants après Calais. Savent-ils que ce n’est pas toujours la Terre Promise? Ne serait-ce pas important de leur donner des informations sur le sujet ?

Bien sûr, des assos existent déjà pour les renseigner mais cette dame nous dit que cet objectif à atteindre que représente l’Angleterre, après des mois voire des années d’errance et de peur pour se retrouver dehors dans la boue ou sous un pont, c’est ce qui les fait tenir. Tant qu’ils ont toujours l’espoir, ils restent debout et vivants. Il faut les informer mais être très prudent sur la façon de procéder.

Certains responsables sont allés voir sur place plus tard en Angleterre.

Certains migrants ont réussi, ont un travail, une famille, sont heureux. C’est la majorité.

D’autres , en découvrant la Terre tellement promise, se sont suicidés. Tout ça pour ça. Tellement triste.

Un Irakien catholique .

Il veut faire sa demande d’asile en France. Pour cela, il doit aller à Lille. On se demande si le décret mis en place par François Hollande qui a permis, entre autres, à Hend et Aymen d’être accueillis chez nous en toute légalité est toujours valable. On va se renseigner.

La tente sous un pont en plein centre de Calais où vit l’Irakien catholique.

Il nous semble qu’on est encore plus seuls au milieu de la ville que dans les bosquets autour de la ville. Endroits plus propres mais plus isolés. Ici pas question de se retrouver autour d’un feu.

On se dit qu’ils sont drôlement patients d’accepter d’être dehors, nourris tant bien que mal, d’être déplacés régulièrement par les forces de l’ordre qui parfois leur enlèvent le peu qu’ils ont. Pas de vol, pas d’agressivité. Jusqu’à quand ? Jusqu’où peut-on pousser le bouchon avant qu’il ne saute ? Et si un jour ils se levaient tous ensemble pour manifester un gros mécontentement ? Imaginons environ 1500 personnes qui se révoltent ? Beaucoup plus en été ? Quelle image la France donne t’elle ? Ne fait-on pas le lit du terrorisme? Les quelques ONG suffiront-elles à faire contrepoids ? France, réveille-toi .

Cela semble toujours impossible…jusqu’à ce que cela se fasse.

Article 10. Les Bourgeois de Calais

Combien de fois, quand on étudiait la guerre de Cent ans, ai-je eu l’occasion de raconter aux élèves de CM l’histoire émouvante des Bourgeois de Calais ! Statues qu’on découvre en vrai pour la première fois devant l’hôtel de ville.

Rappel des faits.

Premières années d’une guerre qui va durer 116 ans exactement.

On est le 4 septembre 1346. Édouard III , roi d’Angleterre, arrive devant les portes de Calais. La ville résiste. Les Anglais vont assiéger la ville pendant onze mois ! Le roi de France , Philippe VI, essaie de reprendre la ville, sans succès. Calais se rend aux Anglais le 4 août 1347.

C’est alors que le roi d’Angleterre exige que six bourgeois, parmi les notables, pieds nus, en chemise et la corde au cou, lui donnent leur vie…et les clefs de la ville.

C’est à ce prix seulement qu’il épargnera les autres habitants de la ville qui devront partir et laisser la place à des Anglais.

On a compté deux clefs sur les statues.

Jean de Vienne, capitaine de Calais, rassemble les Bourgeois. C’est Eustache de saint-pierre, le plus âgé, qui s’offre le premier. Il est barbu et moustachu, et entame la marche.

Jacques de Wissant ( on loge à 8 kms de cette ville) , voûté, avance, résigné.

Pierre de Wissant, a le corps et le visage encore tournés vers l’arrière.

Jean de Fiennes, torse découvert et bras ouverts, est l’image du don ultime et du sacrifice absolu.

Andrieu d’Andres, la tête entre les bras, est figé dans une attitude de désespoir.

Jean d’Aire, porte les clefs de la ville.

Bravo à Rodin qui a su trouver des expressions différentes pour chacun. En 1885, la ville commande à Auguste un monument soulignant le patriotisme des Bourgeois de Calais, symbole de l’abnégation universelle.

Mais l’histoire se termine bien ! Grâce à qui?

Grâce à la femme du roi d’Angleterre, Philippa de Hainaut, qui supplie son royal époux de les épargner. Et le roi va céder. Rappelons qu’elle était d’origine française mais quand même. C’était une fille sympa.

Il faut toujours écouter sa femme…

Article 9 A Bruges, la frite !

Avant de parler frites, quelques photos de cette belle ville.

Dimanche dernier à Bruges, visite du musée de la frite ou de la fritte

Pourquoi « french fries » aux États Unis ?

Pendant la guerre de 14, des soldats belges ont donné des frites à des soldats américains. Comme ils étaient francophones, les Américains ont inventé le terme de « French fries ». Le musée précise que c’est mieux ainsi. S’ils avaient parlé de « Wallon fries » cela aurait posé plus de problèmes!

Savez vous que des scientifiques ont découvert que la pomme de terre était un puissant aphrodisiaque…

J’en ai offert quelques cornets à Mireille…

Ce qui est sûr, c’est que ce nouveau légume a fait diminuer une maladie qui faisait des ravages, l’ergotisme , et de ce fait, a fait chuter le nombre de pèlerinages à Saint Antoine l’Abbaye qui étaient pourtant d’une remarquable efficacité .

Et ça, qu’est-ce que c’est ?

Des gaufres ! Recouvertes de chocolat et autres douceurs…