Article 10. NAPOLI LA FOLIE

En trois mots, notre impression sur les premières heures passées à Naples : C’est l’enfer ! Benvenuti in Napoli.

L’enfer d’un bruit assourdissant de tout ce qui peut pétarader sur terre et qui s’est donné rendez-vous ici.

L’enfer d’une circulation anarchique qui ne respecte ni la couleur des feux, ni les priorités. Que le plus gros gagne. Ça ne sera jamais nous.

Les pavés. Il y a peut-être la plage dessous mais dessus c’est l’enfer. Des grands, prétentieux, des petits, sournois, souvent de guingois, sans joints et à des hauteurs différentes. Côtus ou pentus. Mal foutus. D’énormes trous. Des grilles d’égout parfois incomplètes. Pourvu que nos roues résistent.

Vue du trottoir, ça fait rire. Vue du vélo, ça fait peur. Même en Amérique du Sud, on n’a jamais eu autant de secousses sur les vélos en si peu de temps. Dentier s’abstenir. Je vérifie de l’œil droit si le téléphone est toujours bien rivé sur le guidon par ses quatre coins à son support, je jette un œil gauche mauvais sur les voitures et les scooters qui m’assiègent de toutes parts et le troisième œil évalue en une demi seconde si je dois dévier légèrement à droite ou plutôt à gauche pour éviter une marche trop haute, ou plutôt rouler dans le trou au risque d’abîmer la monture car aucune déviation même minime n’est envisageable.

Comme Charlie Chaplin quittant le travail à la chaîne dans les Temps Modernes, même quand on n’est plus sur les bicyclettes, on a l’impression qu’on tressaute encore…

Et puis Naples c’est aussi ces rues si typiques avec le linge aux fenêtres .

Bravo à l’ingéniosité du cerveau qui a inventé un jour la poulie pour faire coulisser les vêtements d’une fenêtre à l’autre.
Ça marche aussi avec le mur d’en face.

Et partout, ces très hauts murs peu entretenus. Euphémisme.

Une touche de délicatesse pour un instant suspendu sur un mur léprosé .
Le soir tombe . La petite boule lumineuse a attiré notre attention.
On s’assoit dans les rues. Certains prennent soin de leur chaise.
Certaines ont bien vécul ! Une chaise percée me dit Pierre.
Les rues du centre comme celles des quartiers alentours ont leurs lots de détritus. C’est le fléau de toute l’Italie, visible davantage encore à Naples. On se dit que cela nous déprimerait de voir un tel spectacle tous les jours. On voit des gens sortir de chez eux, magnifiquement habillés et apprêtés, pour se retrouver dehors à slalomer entre les détritus. Se sont-ils résignés ou y a t-il des décisions à prendre pour assainir leur environnement ?
L’art dans la rue, au-dessous des portes de la ville.

Mais Naples, c’est aussi la vie qui fourmille .

Des endroits fréquentés parce que c’est bon, varié et pas cher.
La bimbeloterie pour touristes à tous les coins de rue.
En plein milieu de la rue, dans le quartier des Espagnols, une terrasse. Porque le quartier des Espagnols ? Parce que les Espagnols y vivent ? Pas du tout. C’est parce que le vice roi d’Espagne, de son petit nom Pierre de Tolède, a fait construire ce quartier pour ses soldats en 1530.

Page Histoire.

Ce sont des Grecs venus de Rhodes qui ont fondé Naples, Neapolis, nouvelle ville en français. Mais l’histoire de Naples comme celle de nombreuses villes est complexe. Elle est passée de main en main connaissant des dominations byzantines, normandes, espagnoles, germaniques, françaises, siciliennes mais parfois pour la bonne cause.

Naples, dans les années 1530, était, juste derrière Paris, la deuxième ville européenne la plus peuplée en passant de 100 000 à 300 000 habitants. Et tout ça, grâce à qui ? Pierre Alvarez de Tolède, qui, juste après la peste qui a décimé la moitié de la ville, a développé Naples en améliorant la vie de sa population, en faisant de cette ville un phare artistique, culturel et politique. Il ne semble pas n’avoir eu que des qualités. Les libertés publiques, c’était pas son truc….C’est à lui qu’on doit les rues pavées de Naples. Pas sa meilleure idée….c’était peut-être d’équerre au XVI e siècle. Naples était la ville la plus importante du royaume d’Espagne se situant même avant Madrid. Ça fait drôle d’écrire cela. Et quand on voit l’état de la ville, on se demande ce qui a pu se passer. Grandeur et décadence.

Et puis Naples, c’est aussi beaucoup de beauté dans les églises, les musées.

Ils ont aussi leur Chartreuse qui n’a aucun rapport avec nos chartreuses mais la basilique est magnifique et surtout, après les centaines de marches avalées pour y accéder, un point de vue …voilé sur la ville.
Le Vésuve, en arrière-plan, nous attend après-demain. Golfe de Naples.
Des sculptures tellement réalistes! Quel talent.
Dans le musée archéologique qui est l’un des plus grands du monde, on retiendra ces deux jeunes Athéniens , Harmodios et Aristogiton, qui ont assassiné le tyran athénien Hipparque. C’est ainsi qu’on devient héros.
C’est le dieu des bergers et des troupeaux. Il porte deux cornes, est velu, à une tête de chèvre, ses membres inférieurs sont ceux d’un bouc. PAN, Ici avec Olympe.
La déesse Apollo avec sa lyre en porphyre, roche volcanique rouge.

Mais ce qui restera plus que tout dans notre souvenir de Naples est la visite de La Chapelle Sansevero et principalement de la statue du Christ voilé considéré comme l’une des plus belles statues au monde.

Le dimanche, on arrive à La Chapelle et on aperçoit rapidement une file énorme de gens qui attendent dans la rue. On va au guichet et la fille nous dit que c’est complet. On souhaite s’inscrire pour demain, non c’est impossible, il faut revenir demain matin avant 9h et peut-être aurons nous la chance d’avoir des places.

Le lendemain, on visait 8h30, on arrive à 8h40 et à nouveau une file très longue nous précède.

On se dit que c’est foutu mais, têtus comme d’habitude, on reste.

Après 45 minutes environ de queue, une jeune femme qui s’est adressée tour à tour à tous les gens de la file, arrive à notre niveau et nous demande si 10h45, c’est possible pour nous. Bien sûr ! On quitte la file pour aller prendre un ticket et on se balade dans le quartier en attendant l’heure.

C’est beau à en pleurer. On avait la larme à l’œil en sortant. Les photos sont interdites mais on a acheté les cartes postales et voilà. Sans file d’attente et gratuit !

Sculpture en marbre d’un Christ grandeur nature dont le voile est tellement fin qu’il a été dit que Raimondo Di Sangro , le mécène alchimiste et scientifique, avait enseigné ses connaissances au sculpteur GIUSEPPE SANMARTINO pour transformer un voile en tissu…en marbre.

Le linceul laisse paraître tous les détails des membres. On voit une veine gonflée au milieu du front et les creux du visage. Les pieds sont incroyables de réalisme.

Raimondo Di Sangro a voulu immortaliser ses parents à travers deux statues. Il avait 1 an quand sa mère est morte à 23 ans.

On l’appelle « la Pudeur » ou « la Chasteté voilée « . La plaque brisée représente sa mort prématurée.

Et son père. Tout le contraire. Vie de débauche. Pris dans les filets de ses vices. Mais quel filet ! Quand on pense que c’est en marbre. Personne ne voulait polir la statue par peur de casser les mailles si fines du filet. Cette statue porte le nom de « le désenchantement » ou « la désillusion ». L’ange veut l’aider à se débarrasser de ses chaînes, et finalement, réussira, puisque le père de Di Sangro terminera sa vie au couvent.

On est bien contents, malgré les pavés, d’être allés à Naples.

Ce soir, on écrit de Pompéi, visitée heureusement hier, car aujourd’hui, réveil sous la tente et sous la pluie qui ne nous a pas quittés de la journée. Ce soir, on attend la fin du déluge pour nous faufiler dans la tente. Joies du camping.

Article 9. Ischia, île du golfe de Naples

On a passé une nuit à Naples, ville tentaculaire très bruyante de plus de trois millions d’habitants qu’on a quittée dès le lendemain pour y revenir dimanche soir quand l’hébergement où on est, et qui est très bien, sera à nouveau libre. Cela nous a permis d’y laisser deux sacoches sur trois chacun, ce qui n’est pas négligeable. Maintenant , nous sommes dans la région de la Campanie et l’archipel du golfe de Naples se nomme les îles Phlégréennes.

Départ de Naples. Pour une petite heure de traversée.

Jusqu’à ce matin dimanche , on était sur une île qui nous plaît beaucoup et qui fait partie des cinq îles du golfe de Naples dont seulement trois peuvent être visitées : Procida, la plus petite mais sûrement très belle, Ischia la plus grande et Capri, la plus célèbre.

Pour nous qui avons aimé lire et voir en film « L’ Amie prodigieuse », Ischia était une évidence, même si seules quelques scènes ont vraiment été tournées ici. Le Naples des années 60 a été reconstitué dans la banlieue de la ville. On a déjà envie d’y revenir pour y séjourner plus longtemps et faire une escapade à Procida. Mais cette fois, on a sillonné Ischia ( il faut prononcer Iskia) à vélo en profitant aussi de deux de ses magnifiques plages. L’île est connue pour ses eaux thermales mais on n’a pas testé. Les Grecs venaient déjà soigner leurs blessures de guerre, et Angela Merkel vient régulièrement ici en villégiature.

Arrivée dans la commune d’Ischia.

L’île fait une douzaine de kilomètres de long sur sept de large et d’origine volcanique, elle est faite de montées et de descentes. On a l’habitude.
On pourrait se croire au Croisic.
Tours de défense contre les nombreuses attaques de pirates.

Mise en jambes vers la commune de Forio, la deuxième de l’île, à une douzaine de kilomètres du port car c’est à cet endroit qu’on a trouvé un hébergement peu cher. On en reparlera.

Premières heures à Forio. Bains de mer appréciés !
On restera deux nuits sur l’île.
Magie du crépuscule…
….aux couleurs qui deviennent psychédéliques.
Les côtes sont plus faciles la nuit, il fait moins chaud.

Budget .

Qui veut aller loin ménage son portefeuille , en tout cas pour la grande majorité des gens dont nous faisons partie. Nous sommes donc particulièrement vigilants sur les deux points quotidiens principaux : dormir et manger.

HÉBERGEMENT

Le moins cher, c’est le camping sauvage qui ne coûte rien. C’est sympa mais pas toujours possible.

Pour l’instant, les tarifs des campings officiels qu’on a fréquentés vont de 11€ pour deux à 26 €. Quand on tique un peu sur un tel prix, le réceptionniste ajoute« all inclusive » ! ce qui est assez amusant quand ils précisent : toilet and shower. Heureusement! sinon c’est du camping sauvage et c’est gratuit. Et encore, dans les campings non étoilés, il n’y a pas le PQ ! Pas tout à fait all inclusive….

Et puis il y a les hôtels qu’on peut trouver sur booking pour un prix très intéressant. Et il faut cesser de croire que parce que ce n’est pas cher, ce n’est pas bien. Exemple : Ischia. On fait connaissance d’un jeune Français très sympa Anthony avec qui on discute. Il nous demande pourquoi on n’est pas à l’auberge de jeunesse de l’île, il y a de la place. Pas cher. Il paie 18€. Et bien nous, pour une chambre avec salle de bain privée, on paie 64 € pour deux nuits ! Moins cher si on est deux.

Quelques photos. Le devant de l’hôtel.
Couloir. Chambre et Salle de bain avec serviettes, shampooing, gel douche et sèche cheveux…On n’a pas pris la chambre en photo, on avait déjà mis le bazar !
Et un jardinet pour chaque chambre.
Petit déjeuner sous forme de buffet préparé par Angela tout sourire. Distributeur de boissons chaudes à volonté. Le tout pour…4 €.

Dans d’autres lieux, il y a un coin cuisine. Comme ce soir, à Naples. Très grande chambre, salle de bain privative et cuisine à disposition. En plein centre de la ville et pourtant au calme. 55 € la nuit pour deux.

La plupart du temps, on se fait à manger ou bien on achète un morceau de pizzas, un plat préparé.
Notre coin cuisine à Naples. On a un appartement pour nous.

Comme hébergements possibles, il y a également les sites pour voyageurs comme Couchsurfing, Warmshowers pour les cyclistes et Trustroots. Mais pour le moment, nos demandes n’ont rien donné. Ou bien les personnes ne répondent pas, ou bien, comme pour Naples, la personne est absente mais est prête à nous donner des informations sur sa ville. On continue de regarder régulièrement ces sites car ce n’est pas seulement une question de gratuité, c’est que c’est toujours intéressant de rencontrer des gens du pays qu’on visite.

RESTAURANTS

On y va rarement et pour l’instant, à chaque fois on a été déçus. Deux raisons : les portions congrues et la note finale.

Assiette de fruits de mer. Plat unique. Pierre n’a encore rien mangé. Ça nourrit pas le cycliste !

Quant à moi, on me vante une spécialité de l’île avec des crevettes de l’île, du citron de l’île et un mot que je ne comprends pas mais c’est extra. Oui, mon plat de pâtes était excellent mais j’en aurais bien repris deux fois. Pédaler ouvre l’appétit.

La note finale. On sait bien qu’en Italie on ajoute le prix du service, du couvert et peut-être le pain quand il y en a. À chaque fois, on est quand même surpris. L’exemple du dessus : 20€ l’assiette de fruits de mer de Pierre + une bière la moins chère de la carte + 18 € mon assiette de spaghettis ornée d’un demi citron et de quatre jolies petites crevettes + bouteille d’eau. Pas de dessert. Douche italienne : 50 €. Heureusement que c’est exceptionnel ! La terrasse était très jolie. L’adresse était un conseil du Routard.

On veut quand même goûter aux produits typiques. On a essayé cet après-midi une pâtisserie napolitaine à 2€ : la sfogliatella. Deux sortes différentes. La riccia et la frolla. L’un a la pâte feuilletée, l’autre pas. Elles sont fourrées de ricotta, un fromage, et parfumées aujourd’hui à l’écorce d’orange.

Revenons à Ischia.

Beaucoup de voiturettes électriques et de bus sillonnent l’île pour aller chercher ou déposer aux hôtels, aux thermes, les touristes curistes. Beaucoup d’Allemands .
La circulation doit être infernale en pleine saison car déjà là, pas toujours facile et personne ne veut céder : bus, voiture, scooters, vans. Souvent, on quitte la chaussée et on attend que ça se passe.
Végétation luxuriante méditerranéenne.
Ruelles étroites et blasons. Les Klaxons annoncent une voiture ou un scooter.
Déjeuner sur la pointe de Sant Angelo.
Le nôtre est un peu plus loin.
On peut prendre l’apéro avec le voisin d’en face.
Panorama
Eaux cristallines.
Église toute blanche qui surplombe la mer…
Les ex-voto sont de nature universelle.
Mais quelle idée ce bras armé d’un crucifix ! Un peu flippant non…on ressent davantage une menace que de l’amour .
Un vrai cordonnier d’autrefois comme on les aime. Il a sauvé Pierre, enfin sa sacoche de vélo qui s’est complètement décollée sur toute la hauteur ! Très étonnant d’autant plus qu’elle est récente. C’est un gars dans une boutique de sport qui nous a donné l’adresse de ce cordonnier situé à Forio dans notre commune sur l’île. La réparation a coûté 4€.
Des falaises et des plages de sable.
Ischia est entourée d’autres îlots.
Le Castelo Aragones qu’on a vu juste avant de reprendre le bateau ce matin. Il y a plein de choses à voir à l’intérieur et on aurait manqué de temps. Château, musée, couvent, cloître, expos….une autre fois. C’est un peu leur Mont Saint Michel.
La digue qui relie le Castelo derrière nous à la commune d’Ischia.
Une course de natation était organisée pour relier l’île de Procida à Ischia. 6 kms. Bravo les baigneurs !

Domani, visite de Napoli.

Article 8. De Rome à Naples.

Hébergement de pèlerins à Rome. Un donativo. Les hospitalières sont debout. Super comme toujours.

Dans la vie, il y a des jours plus difficiles que d’autres. Dans la vie des cyclistes, c’est pareil . Pour nous ce fut le jour où on a quitté Rome.

Une journée galère.

Alors qu’on était arrivés très confortablement à Rome sur des voies cyclables agréables, tous les chemins menant à Rome c’était simple, en sortir a été une page moins glorieuse. On pensait trouver une signalétique facilement identifiable qui nous indiquerait l’euro vélo supposée passer dans le coin. Ne voyant rien, on a choisi les voies cyclables de nos GPS, ce qui nous a fait côtoyer voitures et camions pendant deux bonnes heures. Être sur les bas côtés des routes, c’est slalomer entre trous, bouts de verre et déchets. On reparlera des déchets, véritable fléau en Italie. Parfois on roule dedans car un écart n’est pas pensable, les voitures passent trop près de nous. Qu’on n’ait pas encore eu de crevaison relève du miracle. Danke les pneus Schwalbe Marathon.

N’en pouvant plus du bruit de la circulation sous un soleil de plomb et des coups de klaxon, on décide d’essayer de trouver des voies cyclables plus…champêtres. On change de navigateur et effectivement, c’est devenu plus…champêtre. Merci MAPS.ME de nous avoir plantés au milieu des champs. Depuis un moment déjà, je disais à Pierre que le chemin était peu fréquenté vue la hauteur des herbes sur lesquelles on roulait et le nombre de toiles d’araignée enlevé par mon casque et mon nez. Et puis plus rien. Nada. Un champ. Au loin, un chemin de terre qui mène à un pont. N’ayant pas le choix, on y va le vélo à la main et là on découvre que de l’eau stagnante se trouve sous le pont sur une vingtaine de mètres.

On se dit que si on va assez vite, on peut traverser sans mettre pied à terre. Tu parles ! On n’est pas bon en physique. Avec la résistance de l’eau et de la boue contre ton vélo chargé, c’est pas toi qui gagnes. Tu es déséquilibré et obligé de mettre un pied à terre. Enfin tu aimerais bien que ce soit à terre car tu t’enfonces dans la boue. Pour moi qui suis passée sur le bord, je m’enfonce à mi mollets. Pierre qui pensait que le chemin était bombé, a choisi de passer au milieu…et s’enfonce jusqu’aux genoux. On n’a plus qu’à descendre des vélos et à continuer de pousser en marchant dans l’eau boueuse. On peste parce que nos chaussures sont évidemment trempées et qu’on en a qu’une paire.

Ce qui est dommage, c’est que dans ces moments là, on ne pense pas à faire des photos.

Mais surtout, quand on regarde les kilomètres effectués depuis qu’on a quitté les axes routiers, on n’avance plus. Le compteur nous nargue. On n’a plus qu’une envie, trouver une vraie route et un petit hôtel où on pourra se laver et dormir. On y arrive vers 16 h30. On a quitté Rome vers 10h. On s’est aussi souvent arrêtés à cause d’une forte chaleur, sans une once de vent. La charmante hôtesse de l’accueil nous apprendra qu’en voiture on est seulement à…30 minutes de Rome. Il y a des jours où on ferait mieux de rester couchés tellement on n’est pas bons… Elle nous assure du contraire. Elle est gentille. On a pu laver les chaussures et le lendemain, fixées sous les élastiques des sacoches, elles ont séché. On a pédalé en sandales. On s’est lavés nous aussi.

Le soir, on a téléchargé le futur itinéraire sur komoot et la journée du lendemain a été magnifique. Mais toujours aucune trace d’un quelconque logo eurovelo 7. On a dû l’inventer.

Photos du jour d’après.

Vignobles.
On longera les Abruzzes puis on quittera les terres pour rouler sur la côte.
Les misères de la veille sont vite oubliées. De la Guyane à l’Italie, les meubles en palettes font fureur.
Quel bonheur de retrouver la mer avec très peu de touristes.
Des plages rien que pour nous. L’eau est bonne.
De belles routes cyclables peu fréquentées. Du plat. On profite.
Et une vue à couper le souffle sur la mer Tyrrhénienne
Rencontre d’un soir le temps d’un apéro avec Céline et Bruno de Capbreton qui se baladent en van.
Camping sauvage juste derrière la plage.
Des pêcheurs y passeront une partie de la nuit.

Article 7. Dernières heures romaines.

Ce soir, mercredi 5 octobre, on est déjà à 200kms de Rome et 57 kms de Naples qu’on atteindra demain. On longe la mer depuis hier midi. La côte entre Rome et Mondragone où on dort ce soir, tour à tour rocheuse puis sablonneuse est superbe. Quelques îlots au loin. Il fait chaud , on roule bien. Tutto bene.

Voilà notre spot pour la nuit.

On ne pouvait rêver mieux pour le jour de la grande lessive.
De notre fenêtre.
Les pêcheurs. Ils balancent leur hameçon tellement loin que quand on se baignait, ils nous faisaient des signes pour qu’on ne nage pas dans cette direction. Un hameçon dans la fesse, ça doit faire mal.

HISTOIRE DE TESTIMONIUM

Lundi matin, on avait rendez-vous à 9 heures le matin avec le couple de cyclistes Emmanuelle et François devant la place St Pierre pour un dernier au revoir. Et puis le Vatican est le point final de la via Francigena et le lieu où on peut obtenir le fameux Testimonium délivré à une entrée située à droite de la Basilique.

Un peu d’histoire.

Au Moyen Âge, certaines personnes avaient été contraintes par la sentence d’un juge ou la pénitence d’un confesseur d’entreprendre un si long voyage. Il fallait alors prouver que le but avait été atteint pour recevoir l’absolution ou effacer la peine. Aujourd’hui, c’est un document évocateur de ce long périple chargé des émotions et des pensées qui ont accompagné le pèlerin chaque jour.

À notre grande surprise, nos copains, à pied d’œuvre depuis 7h 30, l’heure de l’ouverture des bureaux, après un parcours du combattant qui les a baladés de bureau en bureau et de place Pie XII en place St Pierre, n’ont jamais pu obtenir le papier attestant qu’ils ont bien fait le pèlerinage jusqu’à Rome. Ils ont eu le coup de tampon final du Vatican sur leur crédenciale mais impossible d’obtenir le Testimonium. Philosophes, cela ne change rien pour eux. Ils savent qu’ils l’ont fait et la crédenciale réunissant tous les tampons de chaque étape en atteste. Mais ce refus restera un mystère. Il suffit de tomber sur la mauvaise personne ou d’être mal dirigé.

N’étant pas du genre à renoncer facilement, on se dit qu’on va quand même tenter le coup. Xavier, un pèlerin rencontré au refuge, est allé chercher son document la veille. Il nous a dit : à droite de la basilique, ne pas faire la queue avec les touristes, montrer la crédenciale. Il est plus de 9h. Déjà, des dizaines de personnes font la queue et attendent patiemment pour visiter la Basilique et la crypte. Je vais me faire bien voir à vouloir doubler tout le monde….Pierre est resté garder les vélos assis sur un muret place…St Pierre. A ce moment-là, il pense qu’il va poireauter ici au moins une heure…Il s’installe à l’ombre. Il fait déjà bien chaud.

J’emporte sa crédenciale et sa pièce d’identité. J’aurai quatre contrôles où j’ai simplement montré ma crédenciale avec l’air un peu andouille de la fille qui est un peu perdue et à chaque fois, soit on enlevait le cordon qui barrait mon chemin pour que je puisse continuer, soit on m’indiquait une direction. L’air andouille, ça marche bien. A une étape, j’ai cru que c’était mort. Je dépasse discrètement deux employés occupés à discuter quand l’un d’eux m’interpelle et là je me dis que je n’irai pas plus loin. Il me montre mes jambes, oui je suis en mode cycliste, d’ailleurs je suis à vélo, il faut mettre un tissu pour cacher les genoux et pouvoir pénétrer dans la Basilique. Mais je ne souhaite pas entrer dans la Basilique et je montre mon Sésame. Ah ok, alors il faut prendre plus à droite. Et ils reprennent leur discussion. Dans un long couloir, je suis allée trop loin, je mime un coup de tampon sous le nez d’un gardien qui me montre Le monsieur qui est, semble-t-il, l’homme détenteur de tous les pouvoirs. Aucune file d’attente devant son guichet, personne à part moi. Voyant la crédenciale, il sait que j’attends le tampon du Vatican donné de sa main experte. Le beau tampon, c’est dans la poche. Mais le Testimonium ? Je dis le mot en même temps que je mime devant son oeil morne un grand rectangle. D’un geste de fonctionnaire, il me sort les deux Testimonium que je devrai remplir moi-même. Aucune question. Aucun échange. Il a fait son boulot.

Je suis très contente d’avoir obtenu ce que je voulais ! Never give up. Je reviens à grandes enjambées vers Pierre en brandissant mes trophées…À peine 15 minutes en tout. On a eu la chance de tomber sur la bonne personne. Ce qu’on souhaite à tous les pèlerins…

Le soleil va se coucher. Nous aussi.

Article 6. Et puis ROME !

On craint toujours un peu les arrivées à vélo dans les banlieues des grandes villes mais celle de Rome a été une étape très agréable. On ne fera pas de visites à Rome car on est déjà venus plusieurs fois et on préfère se diriger dès demain vers le Sud.

La dernière étape vers Rome se fera sous le soleil !
Profitons encore un peu de la nature avant de retrouver la Ville aux sept collines.
Un cheval sur un dos d’âne.
Ce n’est pas la mer en arrière plan mais des bancs de brume. Sur le Latium.

Les 15 derniers kilomètres se font sur des pistes cyclables très fréquentées en ce dimanche matin qui traversent des complexes sportifs de part et d’autre. Quelques ruines nous rappellent qu’on arrive à Rome.

Le long des pistes cyclables.
La via Francigena passe devant le château de l’Ange, premier monument qu’on revoit avec plaisir.
On a demandé à un passant de prendre la photo. On ne sait pas comment il a fait pour avoir un arrière plan flou et nous nets. Pierre dit que le château a dû bouger.
Agapes romaines…un panini…
Au pays des Vespas.
On dirait que César fait un selfie non?
Derrière nous, le Vatican, mais il y a tellement de monde qu’avec nos vélos chargés, se frayer un passage serait difficile. Les gens quittent la place après la messe. On reviendra demain matin chercher notre Testimonium, l’équivalent de la Compostella.
Le Monument à la gloire du roi Victor Emmanuel II est toujours aussi impressionnant.
Le Tibre.
Le Colisée

Ce soir, on retrouve de nouveaux pèlerins qui terminent leur chemin . On est dans le quartier animé de Trastevere.

Lavement des pieds de Pierre avant le dîner.
Notre hébergement, la Providenza, de nuit.

De Piacenza à Rome on a roulé 13 jours et parcouru 770 kilomètres.

Demain commence un nouvel itinéraire qui empruntera sûrement des tronçons à l’euro vélo 5 qui mène aux Pouilles et à l’euro vélo 7 qui va en Calabre. Pour l’instant, demain on se dirige vers Naples.

Article 5. De la Toscane au Latium

Il en a marre d’être pris en photo.

Un ciel régulièrement menaçant nous accompagne et se déverse parfois sur nous et nos vélos. Vendredi, quelques kilomètres avant Viterbo, une pluie cinglante semblable à de la grêle nous a obligés à descendre de vélo et à chercher un abri de fortune. On n’arrivait plus à garder les yeux ouverts.

Derniers coups de pédale en Toscane. Pour nous, auparavant, la Toscane c’était Florence et ses richesses culturelles. Maintenant on en a une vue plus générale…

La Toscane rurale restera pour nous essentiellement des cyprès des oliviers des terres et des domaines viticoles.
L’heure du pique-nique près d’un gigantesque vélo. Pierre a vérifié : les bouteilles sont vides.
Les caves et de très beaux hébergements surplombant la campagne sont nombreux tout le long de la route.
Des villages qu’on ne traverse que le temps de boire un caffe latte ou un cappuccino.
Avant il était pèlerin.
Et puis à nouveau, une belle rencontre. Un couple de cyclistes français croisé plusieurs fois, Emmanuelle et François. On s’est donné rendez-vous au Vatican. Derrière nous, le lac Bolsena.
Notre route longera le lac avant de reprendre de la hauteur.
Ce qu’on aime surtout dans le vélo ? Les pauses. Avec une bière en prime pour Pierre.
On sait déjà qu’on ne campera pas ce soir…
Adieu au lac Bolsena .
Depuis Acquapendente, on est dans le Latium, la région de Rome. Ici le panneau indique qu’on est à 100 km de la tombe de St Pierre.
On essaie de manger local.

Ville de Viterbo fondée par les Étrusques.

C’est une grande ville moderne mais l’intérêt réside dans son quartier médiéval.

Les papes n’ont pas séjourné qu’à Rome ou Avignon. Il y a eu plusieurs autres villes dont Viterbo et son palais des papes.

Le palais des Papes, la cathédrale, le musée étrusque…..Il faut parfois se faire violence pour se mettre à visiter après la journée de vélo. Mais il y a toujours un truc intéressant à découvrir.

TENTATIONS….

La via Francigena est rarement la route la plus facile mais c’est celle qui offre les plus beaux paysages. Parfois la tentation est grande de prendre la route des voitures car elle est en bon état et est la plus courte. Mais on n’est pas venus pour ça. Un panneau nous indique par la route Rome à 52 km. On sait qu’on s’en ajoute une bonne dizaine par les chemins mais on aime bien…

Hier samedi, c’était la journée la plus difficile d’après Pierre. Environ 80% de chemins de terre sur 64 kms. Beaucoup de côtes, des descentes à bien contrôler, des paysages sauvages et le soir, fatigués mais contents.

Sur la route, beaucoup de villages perchés sur des éperons rocheux.

Cascades de Gelato.
Le Chemin est parfois étroit et au bord de la route…
Parfois parmi les champs.

A Campagnano di Roma, on a dormi dans un donativo paroissial toujours très bien. On a eu le repas pèlerins au coin de la rue.

Souvent on arrive dans des villages qui semblent déserts.
Moins de courage en fin de journée,,,mais la côte est plus raide qu’elle n’y paraît…

Ce soir, Roma.

Article 4. Sienne la bellissime

Tapé jeudi 29 septembre à Acquapendente. A 140 km de Rome par la VF.

Avant d’évoquer Sienne, nous voulons parler de notre hébergement à San Gimignano qui a été exceptionnel par son accueil et nous a rappelé l’accueil du relais de St Jacques au Puy en Velay. Comme au couvent San Francesco de la veille, nous nous sommes retrouvés entre pèlerins et la Via Francigena commence à prendre tout son sens.

L’accueil de San Agostino est tenu par des hospitaliers, personnes bénévoles, qui changent chaque semaine. Le centre est ouvert de Pâques à octobre. On a eu la chance d’être accueillis par Christiane, d’origine belge et mariée à un Italien, qui vit en Italie depuis plus de 40 ans. Christiane et Virginio habitent dans la région de Venise et viennent comme hospitaliers, une semaine par an, à San Gimignano mais aussi à Rome. Ambiance chaleureuse et temps de partage entre les pèlerins sur ce que leur apporte le Chemin. Après avoir réexpliqué le geste de Jésus envers ses disciples, Christiane a assisté Virginio au cours du lavement des pieds des pèlerins. Temps suivi d’un repas copieux avec une bonne polenta.

De gauche à droite : Le couple d’hospitaliers Virginio et debout Christiane. Un couple d’Italiens et Gustavo, Argentin qui rentre de St Jacques.
On a dormi dans le même dortoir. Elle est italienne et lui espagnol. Ils sont arrivés juste avant le repas après avoir marché 38 kms car ils ne trouvaient pas de place en hébergement. Une bonne partie de la journée à marcher sous la pluie et dans la boue .

Avant de partir le lendemain, Christiane nous souhaite, par un texte religieux, protection tout le long du Chemin. On a tiré un papier dans une boîte selon sa langue et voilà ce que disait le mien :

Signé Jean Paul II

Comme on restera deux nuits à Sienne, on reverra les pèlerins de cette soirée dans le couvent de Santa Luisa.

Sur la route de Sienne, un arrêt à Monteriggioni , village fortifié fréquenté seulement par des touristes et des pèlerins. C’est là qu’on fera la connaissance d’une huitaine de jeunes cyclos anglais. On les recroisera à Sienne.
Étendage pour lessive encore un peu humide.

SIENNE. LA VILLE

Sienne. Vue de notre terrasse, au couvent Santa Luisa , où on est restés deux nuits afin d’avoir une journée complète à découvrir cette ville magnifique. Le soir, on s’est installés là tous les deux avec un pique-nique pour profiter de l’endroit.
Un des jardins de la communauté St Vincent de Paul qui compte une trentaine de sœurs . Quel accueil ! Des sœurs âgées rayonnantes, malicieuses qui ne savent pas quoi faire pour faire plaisir aux pèlerins.
Dans le couloir, je montrais le grand pèlerin en bois à Pierre quand une sœur est passée par là. Je l’attrape par l’épaule pour qu’elle soit aussi sur la photo. La voilà partie à rire et j’ai adoré ses gestes: Elle s’est empressée d’enlever le masque, c’est mieux pour la photo ! nous dit-elle et de vérifier si son voile était bien mis. On a beau être sœur depuis quelques dizaines d’années, on n’en reste pas moins coquette et c’est très bien comme ça. Ne confessez pas demain, ma sœur, ce qui n’est vraiment pas une péché!

Et puis Sienne qu’on ne connaissait pas. Tout d’abord cette place incroyable, sûrement unique en son genre. La place del Campo. Une place dont le sol n’est pas plat. Il est incurvé et penche vers le palazzo Pubblico où siègent toujours dans les salles du bas les membres du conseil de la municipalité. Dans les étages se trouve le musée civico. Civico mais encore avec des œuvres religieuses.

Ce grand palais marque, si on peut dire, l’angle arrondi de la place. Il est lui-même de forme concave.
L’angle opposé.
Vue sur la partie basse de la place. Ici le palazza publico et sa célèbre Torre del Mangia, qui s’élève à la même hauteur, 102 m, que la tour de la cathédrale pour montrer l’égalité entre L’église et l’état. Elle a été construite à partir de 1325 et est l’une des plus hautes tours de l’Italie médiévale.

Sienne a été colonie romaine, puis cité libre et indépendante, elle devint une république pendant 400 ans quand même, puis fut intégrée au duché de Florence. Encore un coup des Médicis.

L’une des innombrables fontaines.

Ce qui est frappant ici comme à Lucca, c’est la hauteur des maisons et l’étroitesse des rues pavées. Les rues sont sombres, les maisons de plusieurs étages ont souvent des murs lèprosés et sales. Mais les portes d’entrée donnant accès à la vieille ville donnent tout de suite un certain cachet et de la prestance. À pied ou à vélo, ce sont des villes où il faut toujours monter ou descendre.

Même les tables et les chaises ont des ascendants dahuts.

SIENNE. SA CATHÉDRALE.

La visite de la cathédrale de Sienne justifie à elle seule un séjour dans cette ville. Elle est incroyable. L’extérieur n’est pas extraordinaire mais l’intérieur mériterait d’y passer au moins une journée.

Construite à plusieurs époques différentes comme la plupart des cathédrales, la cathédrale de Sienne a été commencée au IX e siècle en style roman , consacré au XII e siècle par le pape siennois Alessandro III, puis complété aux siècles suivants dans le style de l’époque, le gothique.
On est dans la région du marbre. Ce sont toutes les sortes de marbre qu’on retrouve dans la construction de la cathédrale.

Pavement de marqueterie en marbre couvrant le sol de la cathédrale.

Ces femmes sont des sibylles. Dans la mythologie, elles avaient le pouvoir de divination. Essentiellement en marbre noir et blanc, les couleurs de la ville.

Les zébrures sont blanches et vert foncé.
Quand ils sont par quatre, ce sont les évangélistes, par douze, les apôtres, et très nombreux comme toutes ces têtes, ce sont les papes.

La Porte du Ciel permet de se promener dans les charpentes et à l’extérieur. On prend de la hauteur.

Tuiles et briques.
Dans le dos de l’ange.

Vue sur la cathédrale.

Vue sur la basilique San Domenico, domaine de Catherine. Parlons-en.

SIENNE. SA CATHERINE : une tête et un doigt.

Une tête et un doigt momifiés dans la basilique de san Domenico. Pour voir le reste, il faut attendre d’être à Rome. C’est quand même une drôle d’idée les reliques. Un morceau pour chacun. Tout le monde est contents. On n’a pas pris de photos, on préfère photographier les cyprès et la belle campagne. Revenons à Catherine de Sienne.

Elle fait peur. Même entière.

Née à Sienne, on s’en doutait, au XIV e siècle, elle a vécu 33 ans comme un certain Jesus de Nazareth. Très jeune, elle souhaitait devenir religieuse . Une première apparition à six ans, des phénomènes mystiques, des stigmates, des mortifications, flagellations, des jeûnes extrêmes. Elle est morte de faim à cause de privations volontaires. Mais c’était une tête si j’ose dire. Philosophe, théologienne, première femme docteur de l’Eglise, canonisée. Conseillère du pape Grégoire IX. Elle avait un bon CV.

Et puis Sienne restera, pour nous, le lieu d’une belle rencontre, celle de Philippe expliquant à Catherine comment il fallait le prendre en photo sur la place del Campo! Autour d’un café au ginseng, on a parlé via francigena, vélos, la Réunion où ils ont habité pendant vingt ans etc. On espère bien les revoir !

On leur souhaite encore de belles journées en Italie avant de rentrer à Montpellier.

Article 3. L’Italie sous la pluie.

Comme partout en balade, qu’on soit à pied ou à vélo, la pluie gâche un peu la sortie . On est contents pour la planète, les sols, les rivières, c’est juste qu’on voudrait qu’elle ne tombe pas sur nous. Heureusement, il ne pleut pas toute la journée. Hier samedi 24 septembre, les deux dernières heures pour rejoindre San Miniato se sont passées dans les côtes et sous la pluie battante. Quelle joie de se retrouver au couvent San Francisco, bien au sec, à faire la connaissance de Robert, pèlerin anglais avec qui nous partagions la chambre, d’un couple de Belges qui a fait de nombreux pèlerinages, de deux couples de Canadiens et d’un Français de Chartres.

Pour la première fois, on a retrouvé l’esprit de la communauté de pèlerins avec le repas en commun et un petit-déjeuner dès 7 heures.

Traversée du cloître pour rejoindre le réfectoire.

Sur le chemin, avant la pluie, quelques peintures représentant Lucca ornent le bas des murs .

On quitte des voies goudronnées pour d’antiques voies romaines.
Et le ciel se fit de plus en plus menaçant. Terminées les photos. Trombes d’eau.
Ce matin dimanche, on est motivés pour pédaler vite malgré les côtes innombrables car on sait qu’en fin de matinée, la pluie va s’abattre sur nous. En cours de route, on croise tous les pèlerins rencontrés au couvent. C’est normal, ils sont tous à pied. On sait qu’on a très peu de chance de les revoir puisque à vélo, nous faisons chaque jour deux étapes, ce qui n’est pas beaucoup. On pensait faire davantage mais pour le moment, on ne fait que grimper de village en village et on aime bien arriver vers 15h pour s’installer puis visiter.
San Miniato le jour du départ. On n’a rien visité la veille. La pluie nous pénalise sur le trajet mais aussi à l’arrivée car on n’a alors qu’une envie: prendre une bonne douche et se mettre au sec. On évite d’avoir tous les vêtements mouillés puisque, comme tous les pèlerins, on a très peu de rechanges.
Les vignes qui donnent le Chianti et les oliviers sont les principales ressources de la région. Dernière photo avant que le ciel ne nous tombe sur la tête .
Rapide en-cas pour remettre un peu de carburant.
Et puis la chance. Il a arrêté de pleuvoir pour les 4 derniers kilomètres. Arrivée à San Gimignano sous un pâle soleil.
Le centre médiéval du village est très bien conservé entouré de ses remparts. De belles bâtisses, des tours, des églises. Un bon cappuccino mais plus cher qu’ailleurs.

Le village de San Gimignano s’est développé à partir du Xe siècle grâce à la Via Francigena. Il y avait également une autre route qui passait par là, direction la côte et Pise. Le bourg s’est enrichi grâce au commerce des deux routes et aux produits locaux : le vin et le safran vendus sur les plus grands marchés européens et du moyen orient. Les riches devinrent…plus riches et se firent construire des maisons – tours. Il en reste aujourd’hui quinze, il y en avait soixante-dix au XIIe siècle.

Les maisons-tours. Ils ont oublié les baies vitrées…
De grandes fresques tapissent l’intérieur de la Collégiale Santa Maria Assunta.

Et puis San Gimignano a perdu de sa superbe vers la fin du Moyen Âge à cause du déplacement de la Francigéna (qui y est revenue depuis) mais aussi de la peste noire et de conflits entre aristos. Florence, qui n’est qu’à 56 kilomètres, lui a mis le grappin dessus, puis, à partir du XIXe siècle, la ville a repris de l’essor pour ses atouts historiques et artistiques.

Dans le musée d’art sacré, on a beaucoup aimé ce tableau. Les deux tableaux du dessus n’en font qu’un seul. Si on se met à gauche, on voit le Christ, si on se met à droite, on voit Marie Madeleine. Et ça date du XV ème ! Pas mal.

Même procédé ci-dessous avec Sainte Claire et Saint François.

Après l’art sacré, une sacrée pluie qui nous a précipités dans notre demeure d’un soir : À la confrérie hospitalière de San Agostino. C’est un donativo. Pour les novices, on explique. Le pèlerin donnera la somme d’argent qu’il veut pour le dîner, la nuit et le petit déjeuner à 7 heures demain matin.

Ce soir les mollets nous indiquent 430 kms. On devrait être à Rome dans une semaine environ. Tout dépend de la météo…et des mollets.

Article 2. Sur la Viafrancigena….en Toscane

La viafrancigena nous fait traverser de jolis villages par des passages étonnants.
On est heureux, ça roule et on est sur le bon chemin. Eh bien pas forcément.

Parfois il n’y a qu’un panneau de ce style et on se demande s’il concerne aussi les cyclistes.

Comment faire pour être très mauvais dès le matin ?

Vous vous levez tout pimpants dès potron- minet pour commencer à pédaler à 7h30 et vers 10h, vous vous retrouvez quasiment au point de départ. Non!!! Si. On a été très doués ce matin-là. Et les GPS alors ?

On a suivi les balises VF sans être sûrs que ce soit aussi pour les cyclistes. Au départ, la route montait, le soleil brillait, on transpirait, tout était normal .

On admire les Apennins…plus précisément les Alpes apuanes qui sont le massif montagneux situé au nord ouest de la Toscane. Elles appartiennent aux Apennins et non aux Alpes. C’est juste pour nous embrouiller.
On s’hydrate…
C’est toujours très beau et de plus en plus haut …
Oh les jolis villages perdus dans la montagne.

Mais peu à peu, le doute s’immisce. Ce foutu GPS nous dit maintenant tous les 50 m que ce n’est pas la bonne route. Alors on se renseigne auprès d’un camion qui descend. Si si, la route va bien à Sarzana. Alors on continue. Mais le GPS n’est toujours pas d’accord . Le meilleur GPS étant le soleil, qui se lève à l’est, même en Italie, celui-ci se tient bien à notre gauche, on va donc bien vers le Sud, ce qui est plutôt rassurant. Mais la route devient de plus en plus difficile. Un autre camion. Qui confirme que c’est la bonne direction.

Cela fait 1 heure 30 qu’on est partis mais il y a longtemps qu’on ne roule plus. On pousse. L’horizontal se verticalise, les chaussures dérapent sur les pierres, même les vélos ne veulent plus avancer. Ils se cabrent sous le poids des sacoches arrière. Devant, le chemin devient plus étroit et plus raide.

Soudain, un fringant vététiste, montant la côte tutto felice alors que nous c’était plutôt tutto morti, jette un œil compatissant sur nos montures inadaptées à un tel terrain. Il monte un étalon, nous des percherons. Impossible de poursuivre par là. Il faut redescendre d’où on vient et faire un détour de…16 kms. La fête. C’est la viafrancigena des marcheurs. Mais les camions ? En fait, ils viennent chercher des pierres jusqu’à la carrière à mi hauteur et font demi tour. Ils ne savaient pas que plus haut, la route était impraticable pour eux comme pour nous.

La descente n’est pas tellement plus facile mais on sait que maintenant on roule dans le bon sens. On savoure à nouveau la belle campagne toscane, le bon café quand on fait une pause et les 29° qui sont supportables.

De temps en temps, le ciel se couvre mais ne menace pas.
On arrive dans les villes du marbre : Carrare, Massa où on dormira en dortoir puis Lucca où on campera.
Un morceau d’Italie. Un palais, des terrasses, des orangers et des bancs en marbre. Massa.

Alors, la Viafrancigena?

L’expression vient des itinéraires empruntés par les Francs qui voyageaient et transportaient des marchandises du nord de l’Europe vers la Méditerranée. Viafrancigena: la Voie qui vient de France.

Elle est constituée de 79 étapes : 24 en France, 7 en Suisse et 48 en Italie.

Les étapes sont celles faites et racontées par un certain Sigéric, évêque de Canterbury, qui décida de passer par là pour aller à Rome. C’était en 990. Depuis, au Moyen Âge, beaucoup ont fait le même périple pour rejoindre Jérusalem ou, dans l’autre sens, vers la Suisse pour retrouver la via Gebennensis qui passe…chez nous en Isère ou bien retrouver la via Tolosana, voie d’Arles pour, dans les deux cas aller à St Jacques de Compostelle.

En 1650, 700 000 pèlerins étaient sur la route pour se prosterner devant les reliques de St Pierre. On savait bien qu’on n’était pas les premiers .

On aime bien dormir dans les hébergements pour pèlerins parce que c’est là qu’on rencontre du monde. On ne sait pas s’il y en avait beaucoup cet été, mais à cette période, il y en a peu. La plupart de ceux qu’on a rencontrés ont fait St Jacques de Compostelle et on est d’accord pour dire que la Viafrancigena est très différente.

Je dirais que sur la route de St Jacques, le Chemin connaît et reconnaît le pèlerin. Des indices , des paroles, des temps de rencontre, des chants, des signes de reconnaissance font qu’existe une vraie communauté de pèlerins. Les Français qui accueillent comme les Espagnols savent ce que vous vivez. Tout est là pour vous souhaiter un Buen Camino que vous entendez plusieurs fois par jour. Tout vous encourage à continuer le Chemin.

De notre petite expérience d’une semaine en Italie, exceptés les panneaux indiquant plus ou moins bien la direction de la Viafrancigena, personne n’en parle. Pas de repas pour pèlerins, pas d’accueil des pèlerins etc. On a dormi avec deux pèlerins italiens nous confirmant que ce chemin n’est pas connu des Italiens. On sait que ce sera différent pour nous, également parce qu’on est à vélo. Mais ce n’est pas grave car pour Pierre et moi, on descend l’Italie, le but n’étant pas spécialement de faire un nouveau pèlerinage. C’est juste que c’est le chemin le plus adapté jusqu’à Rome et que cela permet de faire connaissance avec des pèlerins qui sont, comme partout, ouverts aux rencontres. En fait, c’est le pays qui, peut-être pour l’instant, n’a pas encore mis en place toutes les structures nécessaires d’une région à l’autre pour que ce Chemin ait plus de consistance du début à la fin et que les Italiens comprennent la différence entre un pèlerin et un touriste. On voit aussi que les routes empruntées par les marcheurs sont essentiellement de l’asphalte, ce qui est beaucoup moins beau que les étapes françaises.

Après des jours en montagne, on a pris une variante pour, croyait-on, longer la mer sur une quinzaine de kilomètres.

David a donc quitté Florence pour une plage naturiste.

En fait, c’est l’un des rares accès à la mer qu’on a vu car tout le littoral est bordé de complexes hôteliers, de restaurants, d’accès payants pour aller sur une plage. Les mêmes erreurs qu’on a commises sur une partie de la Côte d’Azur. On a très peu vu la mer au cours des quinze kilomètres mais on avait l’air marin et du terrain plat, ce qui est pas mal.

Un coup d’œil vers les montagnes qu’on retrouvera un peu plus tard dans la journée.
Sobriété d’un pont romain.
Brève rencontre avec un couple de cyclistes du nord de l’Italie devant la façade tout en marbre de l’église Saint Martin de Pietrasanta.
Pietrasanta, un des fleurons du marbre.
Camaiore où on a fait nos emplettes au marché.

De belles côtes nous amènent vers le village de Montemagno.

Et puis c’est Lucca, Lucques en français, ville d’art où de nombreux vestiges romains nous ont donné envie d’y rester deux nuits. Le camping est à seulement 800 m du centre. Aujourd’hui, visites.

Magnifique façade de la cathédrale saint Martin.
De nombreux jeunes manifestent en brandissant des pancartes sur lesquels sont dessinés des avions barrés, des vélos. Des mots fusent. Ça parle d’anticapitalisme, de bilan carbone…un jeune vient vers nous et nous félicite d’être à vélo, on se checke !
Lucca est la ville natale de Puccini. Le musée est installé dans sa maison. Dommage qu’on ne puisse pas y écouter ses œuvres.
Évidemment….le nom du restaurant du coin.
Les rues sont étroites avec des murs très hauts .
Très belle place elliptique où se situait un amphithéâtre pouvant accueillir 10000 spectateurs ! Aujourd’hui il est trois mètres sous terre. À notre grande joie, il y a maintenant des artisans chocolatiers sur la place. On aurait pu tomber plus mal.
Œuvre contemporaine, on l’aura compris, montrant un homme sorti de son cocon.
La basilique san Frediano. On s’est contentés de ses mosaïques extérieures. Il fallait payer pour voir l’intérieur. On n’est pas d’accord pour qu’une église soit payante. En revanche, hier, on a vu une superbe expo dont le thème était Les peintres de la lumière, du Caravage à Paolini.

Ce soir, vendredi 23 septembre, on passe notre deuxième nuit à Lucca pour un départ demain matin vers San Miniato.

Bicicletta in Italia

Article 1.

L’idée est de descendre à vélo la botte italienne jusqu’en Sicile puis de remonter via la Sardaigne et la Corse…si on est toujours en forme.

Le périple a débuté en bus. Flixbus nous a déposés avec nos vélos depuis Lyon à Pacienza (Plaisance en français) dans la nuit du 15 au 16 septembre. Le lendemain, on a passé la journée à se promener dans cette jolie ville et à aller acheter notre crédentiale pour la Via Francigena. C’est le passeport du pèlerin qui sera tamponné à chaque étape et qui permettra d’avoir accès à des hébergements réservés aux pèlerins à des prix modérés.

La via Francigena commence à Canterbury en Angleterre, traverse le nord de la France, la Suisse puis se termine en Italie à Rome. Hier, dans le gîte paroissial où nous avons dormi, on a d’ailleurs fait la connaissance de Catherine, grande baroudeuse, qui a commencé le voyage à pied en juillet à partir de Canterbury. Nous, nous nous contenterons de la partie italienne.

Place Cavalli à PLACENZA

Quand foi divine et foie d’ovine se rassemblent.

On a visité le musée principal de la ville, le Palais Farnèse, d’où on se rappellera longtemps l’originalité de la pièce maîtresse … un foie.

Oui…mais un foie d’Etrusque. Celui-ci est en bronze.

Pour en comprendre l’intérêt, il faut se tourner vers la civilisation étrusque, qui habitait une région située dans le centre de la péninsule italienne du IX e au I e siècle avant JC. L’Etrurie.

Les Étrusques étaient, d’après les Grecs et les Romains, le peuple le plus religieux de l’époque. On lisait, enfin l’expert qui pratiquait l’art divinatoire appelé haruspice, lisait l’avenir dans le foie d’une brebis. L’haruspice observait attentivement le foie et en fonction de telle ou telle couleur ou imperfection, cela signifiait que tel dieu s’adressait aux hommes et que ceux-ci devaient répondre en conséquence. C’était une façon de rééquilibrer les forces du macrocosme, les dieux célestes et celles du microcosme, les dieux terrestres, dont les noms sont représentés dans les deux parties distinctes au centre du foie.Les trois protubérances existent dans les vrais foies et s’il en manquait une, c’était signe de grand malheur. Le sénat romain écoutait beaucoup les haruspices.

Un haruspice du nom de Spurinna, vit un foie sans la protubérance pyramidale et se douta que la journée allait mal se passer. Ce jour-là, César devait se rendre au Sénat. Spurinna, garçon consciencieux, tenta de persuader César de ne pas s’y rendre….en vain. César fut assassiné. Comme quoi, ça marche.

On a aussi vu un très beau Boticelli.

La MADONE adorant l’Enfant avec St JEAN

Mais le vélo dans tout ça ???

Samedi 17 septembre, on a commencé à pédaler sous la pluie mais le temps s’est vite amélioré. Sortir de la ville nous a pris beaucoup de temps pour ensuite longer des nationales. Le guide de la Viafrancigena propose même aux pèlerins marcheurs de prendre un train pour échapper plus vite à la zone industrielle. On aura sûrement des journées plus excitantes.

Pause pique-nique sous la bénédiction de Padre Pio, célèbre pour l’apparition des stigmates du Christ, qu’on aura sûrement l’occasion de recroiser.

La belle surprise de ce jour fut le petit détour qu’on a fait pour découvrir l’abbatiale de Chiaravalle della Colomba construite au XII e siècle à l’initiative de Bernard de Clairvaux, d’où l’influence bourguignonne. On a pu planter notre tente dans l’ enceinte de l’abbaye.

Colonnes en marbre rose de Vérone.
Il y a encore quelques moines. Pas des jeunots d’après ceux qu’on a rencontrés.
Le balisage spécifique pour les vélos sur la francigena est bleu et blanc. En son absence, on suit la route des pèlerins à pied.
Le lendemain après midi, on dormira au col de la Cisa.
La journée est très agréable entre chemins de terre et route goudronnée.
En voyant cette boîte, on a pensé à une pharmacie. Hérétiques que nous sommes….
La boîte contenait un livre dédié aux pèlerins qui peuvent y laisser quelques pensées.
Nos gourdes sont toujours pleines. Il fait chaud.
Quelques passages plus rusticos.
Aperçu de Berceto.
On a demandé une grande salade. On a surtout eu deux grands saladiers.
Hier, lundi 19 , fut pour l’instant , la journée la plus côtue ! Arrivée au col de la Cisa. On a dormi en dortoir dans cette auberge .
Ce matin, en selle à 7h35.
Une jolie petite chapelle là-haut, à la frontière des régions de l’Emilie-Romagne et de la Toscane.
Le Chemin pour les pèlerins marcheurs. On est contents d’avoir une route meilleure plus bas.
Ce panneau nous permet de visualiser ce qu’on a parcouru en trois jours. Tout en haut, Piacenza, tout en bas le col de la Cisa.
Ce mardi 20 septembre, la journée a débuté par une belle série de descentes (1900 m de dénivelé négatif sur la journée) et s’est poursuivie principalement en forêt.
De temps en temps, ça se mérite.
Ville fortifiée de Pontremoli.
Ici aussi, les cours d’eau sont assoiffés. Nous sommes arrivés en début d’après-midi à Aulla où un hébergement de pèlerins nous attend. J’ai acheté des boules Quiès…. Ce soir on a roulé 202 kms.