Article 7. Dernières heures romaines.

Ce soir, mercredi 5 octobre, on est déjà à 200kms de Rome et 57 kms de Naples qu’on atteindra demain. On longe la mer depuis hier midi. La côte entre Rome et Mondragone où on dort ce soir, tour à tour rocheuse puis sablonneuse est superbe. Quelques îlots au loin. Il fait chaud , on roule bien. Tutto bene.

Voilà notre spot pour la nuit.

On ne pouvait rêver mieux pour le jour de la grande lessive.
De notre fenêtre.
Les pêcheurs. Ils balancent leur hameçon tellement loin que quand on se baignait, ils nous faisaient des signes pour qu’on ne nage pas dans cette direction. Un hameçon dans la fesse, ça doit faire mal.

HISTOIRE DE TESTIMONIUM

Lundi matin, on avait rendez-vous à 9 heures le matin avec le couple de cyclistes Emmanuelle et François devant la place St Pierre pour un dernier au revoir. Et puis le Vatican est le point final de la via Francigena et le lieu où on peut obtenir le fameux Testimonium délivré à une entrée située à droite de la Basilique.

Un peu d’histoire.

Au Moyen Âge, certaines personnes avaient été contraintes par la sentence d’un juge ou la pénitence d’un confesseur d’entreprendre un si long voyage. Il fallait alors prouver que le but avait été atteint pour recevoir l’absolution ou effacer la peine. Aujourd’hui, c’est un document évocateur de ce long périple chargé des émotions et des pensées qui ont accompagné le pèlerin chaque jour.

À notre grande surprise, nos copains, à pied d’œuvre depuis 7h 30, l’heure de l’ouverture des bureaux, après un parcours du combattant qui les a baladés de bureau en bureau et de place Pie XII en place St Pierre, n’ont jamais pu obtenir le papier attestant qu’ils ont bien fait le pèlerinage jusqu’à Rome. Ils ont eu le coup de tampon final du Vatican sur leur crédenciale mais impossible d’obtenir le Testimonium. Philosophes, cela ne change rien pour eux. Ils savent qu’ils l’ont fait et la crédenciale réunissant tous les tampons de chaque étape en atteste. Mais ce refus restera un mystère. Il suffit de tomber sur la mauvaise personne ou d’être mal dirigé.

N’étant pas du genre à renoncer facilement, on se dit qu’on va quand même tenter le coup. Xavier, un pèlerin rencontré au refuge, est allé chercher son document la veille. Il nous a dit : à droite de la basilique, ne pas faire la queue avec les touristes, montrer la crédenciale. Il est plus de 9h. Déjà, des dizaines de personnes font la queue et attendent patiemment pour visiter la Basilique et la crypte. Je vais me faire bien voir à vouloir doubler tout le monde….Pierre est resté garder les vélos assis sur un muret place…St Pierre. A ce moment-là, il pense qu’il va poireauter ici au moins une heure…Il s’installe à l’ombre. Il fait déjà bien chaud.

J’emporte sa crédenciale et sa pièce d’identité. J’aurai quatre contrôles où j’ai simplement montré ma crédenciale avec l’air un peu andouille de la fille qui est un peu perdue et à chaque fois, soit on enlevait le cordon qui barrait mon chemin pour que je puisse continuer, soit on m’indiquait une direction. L’air andouille, ça marche bien. A une étape, j’ai cru que c’était mort. Je dépasse discrètement deux employés occupés à discuter quand l’un d’eux m’interpelle et là je me dis que je n’irai pas plus loin. Il me montre mes jambes, oui je suis en mode cycliste, d’ailleurs je suis à vélo, il faut mettre un tissu pour cacher les genoux et pouvoir pénétrer dans la Basilique. Mais je ne souhaite pas entrer dans la Basilique et je montre mon Sésame. Ah ok, alors il faut prendre plus à droite. Et ils reprennent leur discussion. Dans un long couloir, je suis allée trop loin, je mime un coup de tampon sous le nez d’un gardien qui me montre Le monsieur qui est, semble-t-il, l’homme détenteur de tous les pouvoirs. Aucune file d’attente devant son guichet, personne à part moi. Voyant la crédenciale, il sait que j’attends le tampon du Vatican donné de sa main experte. Le beau tampon, c’est dans la poche. Mais le Testimonium ? Je dis le mot en même temps que je mime devant son oeil morne un grand rectangle. D’un geste de fonctionnaire, il me sort les deux Testimonium que je devrai remplir moi-même. Aucune question. Aucun échange. Il a fait son boulot.

Je suis très contente d’avoir obtenu ce que je voulais ! Never give up. Je reviens à grandes enjambées vers Pierre en brandissant mes trophées…À peine 15 minutes en tout. On a eu la chance de tomber sur la bonne personne. Ce qu’on souhaite à tous les pèlerins…

Le soleil va se coucher. Nous aussi.

Article 6. Et puis ROME !

On craint toujours un peu les arrivées à vélo dans les banlieues des grandes villes mais celle de Rome a été une étape très agréable. On ne fera pas de visites à Rome car on est déjà venus plusieurs fois et on préfère se diriger dès demain vers le Sud.

La dernière étape vers Rome se fera sous le soleil !
Profitons encore un peu de la nature avant de retrouver la Ville aux sept collines.
Un cheval sur un dos d’âne.
Ce n’est pas la mer en arrière plan mais des bancs de brume. Sur le Latium.

Les 15 derniers kilomètres se font sur des pistes cyclables très fréquentées en ce dimanche matin qui traversent des complexes sportifs de part et d’autre. Quelques ruines nous rappellent qu’on arrive à Rome.

Le long des pistes cyclables.
La via Francigena passe devant le château de l’Ange, premier monument qu’on revoit avec plaisir.
On a demandé à un passant de prendre la photo. On ne sait pas comment il a fait pour avoir un arrière plan flou et nous nets. Pierre dit que le château a dû bouger.
Agapes romaines…un panini…
Au pays des Vespas.
On dirait que César fait un selfie non?
Derrière nous, le Vatican, mais il y a tellement de monde qu’avec nos vélos chargés, se frayer un passage serait difficile. Les gens quittent la place après la messe. On reviendra demain matin chercher notre Testimonium, l’équivalent de la Compostella.
Le Monument à la gloire du roi Victor Emmanuel II est toujours aussi impressionnant.
Le Tibre.
Le Colisée

Ce soir, on retrouve de nouveaux pèlerins qui terminent leur chemin . On est dans le quartier animé de Trastevere.

Lavement des pieds de Pierre avant le dîner.
Notre hébergement, la Providenza, de nuit.

De Piacenza à Rome on a roulé 13 jours et parcouru 770 kilomètres.

Demain commence un nouvel itinéraire qui empruntera sûrement des tronçons à l’euro vélo 5 qui mène aux Pouilles et à l’euro vélo 7 qui va en Calabre. Pour l’instant, demain on se dirige vers Naples.

Article 5. De la Toscane au Latium

Il en a marre d’être pris en photo.

Un ciel régulièrement menaçant nous accompagne et se déverse parfois sur nous et nos vélos. Vendredi, quelques kilomètres avant Viterbo, une pluie cinglante semblable à de la grêle nous a obligés à descendre de vélo et à chercher un abri de fortune. On n’arrivait plus à garder les yeux ouverts.

Derniers coups de pédale en Toscane. Pour nous, auparavant, la Toscane c’était Florence et ses richesses culturelles. Maintenant on en a une vue plus générale…

La Toscane rurale restera pour nous essentiellement des cyprès des oliviers des terres et des domaines viticoles.
L’heure du pique-nique près d’un gigantesque vélo. Pierre a vérifié : les bouteilles sont vides.
Les caves et de très beaux hébergements surplombant la campagne sont nombreux tout le long de la route.
Des villages qu’on ne traverse que le temps de boire un caffe latte ou un cappuccino.
Avant il était pèlerin.
Et puis à nouveau, une belle rencontre. Un couple de cyclistes français croisé plusieurs fois, Emmanuelle et François. On s’est donné rendez-vous au Vatican. Derrière nous, le lac Bolsena.
Notre route longera le lac avant de reprendre de la hauteur.
Ce qu’on aime surtout dans le vélo ? Les pauses. Avec une bière en prime pour Pierre.
On sait déjà qu’on ne campera pas ce soir…
Adieu au lac Bolsena .
Depuis Acquapendente, on est dans le Latium, la région de Rome. Ici le panneau indique qu’on est à 100 km de la tombe de St Pierre.
On essaie de manger local.

Ville de Viterbo fondée par les Étrusques.

C’est une grande ville moderne mais l’intérêt réside dans son quartier médiéval.

Les papes n’ont pas séjourné qu’à Rome ou Avignon. Il y a eu plusieurs autres villes dont Viterbo et son palais des papes.

Le palais des Papes, la cathédrale, le musée étrusque…..Il faut parfois se faire violence pour se mettre à visiter après la journée de vélo. Mais il y a toujours un truc intéressant à découvrir.

TENTATIONS….

La via Francigena est rarement la route la plus facile mais c’est celle qui offre les plus beaux paysages. Parfois la tentation est grande de prendre la route des voitures car elle est en bon état et est la plus courte. Mais on n’est pas venus pour ça. Un panneau nous indique par la route Rome à 52 km. On sait qu’on s’en ajoute une bonne dizaine par les chemins mais on aime bien…

Hier samedi, c’était la journée la plus difficile d’après Pierre. Environ 80% de chemins de terre sur 64 kms. Beaucoup de côtes, des descentes à bien contrôler, des paysages sauvages et le soir, fatigués mais contents.

Sur la route, beaucoup de villages perchés sur des éperons rocheux.

Cascades de Gelato.
Le Chemin est parfois étroit et au bord de la route…
Parfois parmi les champs.

A Campagnano di Roma, on a dormi dans un donativo paroissial toujours très bien. On a eu le repas pèlerins au coin de la rue.

Souvent on arrive dans des villages qui semblent déserts.
Moins de courage en fin de journée,,,mais la côte est plus raide qu’elle n’y paraît…

Ce soir, Roma.

Article 4. Sienne la bellissime

Tapé jeudi 29 septembre à Acquapendente. A 140 km de Rome par la VF.

Avant d’évoquer Sienne, nous voulons parler de notre hébergement à San Gimignano qui a été exceptionnel par son accueil et nous a rappelé l’accueil du relais de St Jacques au Puy en Velay. Comme au couvent San Francesco de la veille, nous nous sommes retrouvés entre pèlerins et la Via Francigena commence à prendre tout son sens.

L’accueil de San Agostino est tenu par des hospitaliers, personnes bénévoles, qui changent chaque semaine. Le centre est ouvert de Pâques à octobre. On a eu la chance d’être accueillis par Christiane, d’origine belge et mariée à un Italien, qui vit en Italie depuis plus de 40 ans. Christiane et Virginio habitent dans la région de Venise et viennent comme hospitaliers, une semaine par an, à San Gimignano mais aussi à Rome. Ambiance chaleureuse et temps de partage entre les pèlerins sur ce que leur apporte le Chemin. Après avoir réexpliqué le geste de Jésus envers ses disciples, Christiane a assisté Virginio au cours du lavement des pieds des pèlerins. Temps suivi d’un repas copieux avec une bonne polenta.

De gauche à droite : Le couple d’hospitaliers Virginio et debout Christiane. Un couple d’Italiens et Gustavo, Argentin qui rentre de St Jacques.
On a dormi dans le même dortoir. Elle est italienne et lui espagnol. Ils sont arrivés juste avant le repas après avoir marché 38 kms car ils ne trouvaient pas de place en hébergement. Une bonne partie de la journée à marcher sous la pluie et dans la boue .

Avant de partir le lendemain, Christiane nous souhaite, par un texte religieux, protection tout le long du Chemin. On a tiré un papier dans une boîte selon sa langue et voilà ce que disait le mien :

Signé Jean Paul II

Comme on restera deux nuits à Sienne, on reverra les pèlerins de cette soirée dans le couvent de Santa Luisa.

Sur la route de Sienne, un arrêt à Monteriggioni , village fortifié fréquenté seulement par des touristes et des pèlerins. C’est là qu’on fera la connaissance d’une huitaine de jeunes cyclos anglais. On les recroisera à Sienne.
Étendage pour lessive encore un peu humide.

SIENNE. LA VILLE

Sienne. Vue de notre terrasse, au couvent Santa Luisa , où on est restés deux nuits afin d’avoir une journée complète à découvrir cette ville magnifique. Le soir, on s’est installés là tous les deux avec un pique-nique pour profiter de l’endroit.
Un des jardins de la communauté St Vincent de Paul qui compte une trentaine de sœurs . Quel accueil ! Des sœurs âgées rayonnantes, malicieuses qui ne savent pas quoi faire pour faire plaisir aux pèlerins.
Dans le couloir, je montrais le grand pèlerin en bois à Pierre quand une sœur est passée par là. Je l’attrape par l’épaule pour qu’elle soit aussi sur la photo. La voilà partie à rire et j’ai adoré ses gestes: Elle s’est empressée d’enlever le masque, c’est mieux pour la photo ! nous dit-elle et de vérifier si son voile était bien mis. On a beau être sœur depuis quelques dizaines d’années, on n’en reste pas moins coquette et c’est très bien comme ça. Ne confessez pas demain, ma sœur, ce qui n’est vraiment pas une péché!

Et puis Sienne qu’on ne connaissait pas. Tout d’abord cette place incroyable, sûrement unique en son genre. La place del Campo. Une place dont le sol n’est pas plat. Il est incurvé et penche vers le palazzo Pubblico où siègent toujours dans les salles du bas les membres du conseil de la municipalité. Dans les étages se trouve le musée civico. Civico mais encore avec des œuvres religieuses.

Ce grand palais marque, si on peut dire, l’angle arrondi de la place. Il est lui-même de forme concave.
L’angle opposé.
Vue sur la partie basse de la place. Ici le palazza publico et sa célèbre Torre del Mangia, qui s’élève à la même hauteur, 102 m, que la tour de la cathédrale pour montrer l’égalité entre L’église et l’état. Elle a été construite à partir de 1325 et est l’une des plus hautes tours de l’Italie médiévale.

Sienne a été colonie romaine, puis cité libre et indépendante, elle devint une république pendant 400 ans quand même, puis fut intégrée au duché de Florence. Encore un coup des Médicis.

L’une des innombrables fontaines.

Ce qui est frappant ici comme à Lucca, c’est la hauteur des maisons et l’étroitesse des rues pavées. Les rues sont sombres, les maisons de plusieurs étages ont souvent des murs lèprosés et sales. Mais les portes d’entrée donnant accès à la vieille ville donnent tout de suite un certain cachet et de la prestance. À pied ou à vélo, ce sont des villes où il faut toujours monter ou descendre.

Même les tables et les chaises ont des ascendants dahuts.

SIENNE. SA CATHÉDRALE.

La visite de la cathédrale de Sienne justifie à elle seule un séjour dans cette ville. Elle est incroyable. L’extérieur n’est pas extraordinaire mais l’intérieur mériterait d’y passer au moins une journée.

Construite à plusieurs époques différentes comme la plupart des cathédrales, la cathédrale de Sienne a été commencée au IX e siècle en style roman , consacré au XII e siècle par le pape siennois Alessandro III, puis complété aux siècles suivants dans le style de l’époque, le gothique.
On est dans la région du marbre. Ce sont toutes les sortes de marbre qu’on retrouve dans la construction de la cathédrale.

Pavement de marqueterie en marbre couvrant le sol de la cathédrale.

Ces femmes sont des sibylles. Dans la mythologie, elles avaient le pouvoir de divination. Essentiellement en marbre noir et blanc, les couleurs de la ville.

Les zébrures sont blanches et vert foncé.
Quand ils sont par quatre, ce sont les évangélistes, par douze, les apôtres, et très nombreux comme toutes ces têtes, ce sont les papes.

La Porte du Ciel permet de se promener dans les charpentes et à l’extérieur. On prend de la hauteur.

Tuiles et briques.
Dans le dos de l’ange.

Vue sur la cathédrale.

Vue sur la basilique San Domenico, domaine de Catherine. Parlons-en.

SIENNE. SA CATHERINE : une tête et un doigt.

Une tête et un doigt momifiés dans la basilique de san Domenico. Pour voir le reste, il faut attendre d’être à Rome. C’est quand même une drôle d’idée les reliques. Un morceau pour chacun. Tout le monde est contents. On n’a pas pris de photos, on préfère photographier les cyprès et la belle campagne. Revenons à Catherine de Sienne.

Elle fait peur. Même entière.

Née à Sienne, on s’en doutait, au XIV e siècle, elle a vécu 33 ans comme un certain Jesus de Nazareth. Très jeune, elle souhaitait devenir religieuse . Une première apparition à six ans, des phénomènes mystiques, des stigmates, des mortifications, flagellations, des jeûnes extrêmes. Elle est morte de faim à cause de privations volontaires. Mais c’était une tête si j’ose dire. Philosophe, théologienne, première femme docteur de l’Eglise, canonisée. Conseillère du pape Grégoire IX. Elle avait un bon CV.

Et puis Sienne restera, pour nous, le lieu d’une belle rencontre, celle de Philippe expliquant à Catherine comment il fallait le prendre en photo sur la place del Campo! Autour d’un café au ginseng, on a parlé via francigena, vélos, la Réunion où ils ont habité pendant vingt ans etc. On espère bien les revoir !

On leur souhaite encore de belles journées en Italie avant de rentrer à Montpellier.

Article 3. L’Italie sous la pluie.

Comme partout en balade, qu’on soit à pied ou à vélo, la pluie gâche un peu la sortie . On est contents pour la planète, les sols, les rivières, c’est juste qu’on voudrait qu’elle ne tombe pas sur nous. Heureusement, il ne pleut pas toute la journée. Hier samedi 24 septembre, les deux dernières heures pour rejoindre San Miniato se sont passées dans les côtes et sous la pluie battante. Quelle joie de se retrouver au couvent San Francisco, bien au sec, à faire la connaissance de Robert, pèlerin anglais avec qui nous partagions la chambre, d’un couple de Belges qui a fait de nombreux pèlerinages, de deux couples de Canadiens et d’un Français de Chartres.

Pour la première fois, on a retrouvé l’esprit de la communauté de pèlerins avec le repas en commun et un petit-déjeuner dès 7 heures.

Traversée du cloître pour rejoindre le réfectoire.

Sur le chemin, avant la pluie, quelques peintures représentant Lucca ornent le bas des murs .

On quitte des voies goudronnées pour d’antiques voies romaines.
Et le ciel se fit de plus en plus menaçant. Terminées les photos. Trombes d’eau.
Ce matin dimanche, on est motivés pour pédaler vite malgré les côtes innombrables car on sait qu’en fin de matinée, la pluie va s’abattre sur nous. En cours de route, on croise tous les pèlerins rencontrés au couvent. C’est normal, ils sont tous à pied. On sait qu’on a très peu de chance de les revoir puisque à vélo, nous faisons chaque jour deux étapes, ce qui n’est pas beaucoup. On pensait faire davantage mais pour le moment, on ne fait que grimper de village en village et on aime bien arriver vers 15h pour s’installer puis visiter.
San Miniato le jour du départ. On n’a rien visité la veille. La pluie nous pénalise sur le trajet mais aussi à l’arrivée car on n’a alors qu’une envie: prendre une bonne douche et se mettre au sec. On évite d’avoir tous les vêtements mouillés puisque, comme tous les pèlerins, on a très peu de rechanges.
Les vignes qui donnent le Chianti et les oliviers sont les principales ressources de la région. Dernière photo avant que le ciel ne nous tombe sur la tête .
Rapide en-cas pour remettre un peu de carburant.
Et puis la chance. Il a arrêté de pleuvoir pour les 4 derniers kilomètres. Arrivée à San Gimignano sous un pâle soleil.
Le centre médiéval du village est très bien conservé entouré de ses remparts. De belles bâtisses, des tours, des églises. Un bon cappuccino mais plus cher qu’ailleurs.

Le village de San Gimignano s’est développé à partir du Xe siècle grâce à la Via Francigena. Il y avait également une autre route qui passait par là, direction la côte et Pise. Le bourg s’est enrichi grâce au commerce des deux routes et aux produits locaux : le vin et le safran vendus sur les plus grands marchés européens et du moyen orient. Les riches devinrent…plus riches et se firent construire des maisons – tours. Il en reste aujourd’hui quinze, il y en avait soixante-dix au XIIe siècle.

Les maisons-tours. Ils ont oublié les baies vitrées…
De grandes fresques tapissent l’intérieur de la Collégiale Santa Maria Assunta.

Et puis San Gimignano a perdu de sa superbe vers la fin du Moyen Âge à cause du déplacement de la Francigéna (qui y est revenue depuis) mais aussi de la peste noire et de conflits entre aristos. Florence, qui n’est qu’à 56 kilomètres, lui a mis le grappin dessus, puis, à partir du XIXe siècle, la ville a repris de l’essor pour ses atouts historiques et artistiques.

Dans le musée d’art sacré, on a beaucoup aimé ce tableau. Les deux tableaux du dessus n’en font qu’un seul. Si on se met à gauche, on voit le Christ, si on se met à droite, on voit Marie Madeleine. Et ça date du XV ème ! Pas mal.

Même procédé ci-dessous avec Sainte Claire et Saint François.

Après l’art sacré, une sacrée pluie qui nous a précipités dans notre demeure d’un soir : À la confrérie hospitalière de San Agostino. C’est un donativo. Pour les novices, on explique. Le pèlerin donnera la somme d’argent qu’il veut pour le dîner, la nuit et le petit déjeuner à 7 heures demain matin.

Ce soir les mollets nous indiquent 430 kms. On devrait être à Rome dans une semaine environ. Tout dépend de la météo…et des mollets.

Article 2. Sur la Viafrancigena….en Toscane

La viafrancigena nous fait traverser de jolis villages par des passages étonnants.
On est heureux, ça roule et on est sur le bon chemin. Eh bien pas forcément.

Parfois il n’y a qu’un panneau de ce style et on se demande s’il concerne aussi les cyclistes.

Comment faire pour être très mauvais dès le matin ?

Vous vous levez tout pimpants dès potron- minet pour commencer à pédaler à 7h30 et vers 10h, vous vous retrouvez quasiment au point de départ. Non!!! Si. On a été très doués ce matin-là. Et les GPS alors ?

On a suivi les balises VF sans être sûrs que ce soit aussi pour les cyclistes. Au départ, la route montait, le soleil brillait, on transpirait, tout était normal .

On admire les Apennins…plus précisément les Alpes apuanes qui sont le massif montagneux situé au nord ouest de la Toscane. Elles appartiennent aux Apennins et non aux Alpes. C’est juste pour nous embrouiller.
On s’hydrate…
C’est toujours très beau et de plus en plus haut …
Oh les jolis villages perdus dans la montagne.

Mais peu à peu, le doute s’immisce. Ce foutu GPS nous dit maintenant tous les 50 m que ce n’est pas la bonne route. Alors on se renseigne auprès d’un camion qui descend. Si si, la route va bien à Sarzana. Alors on continue. Mais le GPS n’est toujours pas d’accord . Le meilleur GPS étant le soleil, qui se lève à l’est, même en Italie, celui-ci se tient bien à notre gauche, on va donc bien vers le Sud, ce qui est plutôt rassurant. Mais la route devient de plus en plus difficile. Un autre camion. Qui confirme que c’est la bonne direction.

Cela fait 1 heure 30 qu’on est partis mais il y a longtemps qu’on ne roule plus. On pousse. L’horizontal se verticalise, les chaussures dérapent sur les pierres, même les vélos ne veulent plus avancer. Ils se cabrent sous le poids des sacoches arrière. Devant, le chemin devient plus étroit et plus raide.

Soudain, un fringant vététiste, montant la côte tutto felice alors que nous c’était plutôt tutto morti, jette un œil compatissant sur nos montures inadaptées à un tel terrain. Il monte un étalon, nous des percherons. Impossible de poursuivre par là. Il faut redescendre d’où on vient et faire un détour de…16 kms. La fête. C’est la viafrancigena des marcheurs. Mais les camions ? En fait, ils viennent chercher des pierres jusqu’à la carrière à mi hauteur et font demi tour. Ils ne savaient pas que plus haut, la route était impraticable pour eux comme pour nous.

La descente n’est pas tellement plus facile mais on sait que maintenant on roule dans le bon sens. On savoure à nouveau la belle campagne toscane, le bon café quand on fait une pause et les 29° qui sont supportables.

De temps en temps, le ciel se couvre mais ne menace pas.
On arrive dans les villes du marbre : Carrare, Massa où on dormira en dortoir puis Lucca où on campera.
Un morceau d’Italie. Un palais, des terrasses, des orangers et des bancs en marbre. Massa.

Alors, la Viafrancigena?

L’expression vient des itinéraires empruntés par les Francs qui voyageaient et transportaient des marchandises du nord de l’Europe vers la Méditerranée. Viafrancigena: la Voie qui vient de France.

Elle est constituée de 79 étapes : 24 en France, 7 en Suisse et 48 en Italie.

Les étapes sont celles faites et racontées par un certain Sigéric, évêque de Canterbury, qui décida de passer par là pour aller à Rome. C’était en 990. Depuis, au Moyen Âge, beaucoup ont fait le même périple pour rejoindre Jérusalem ou, dans l’autre sens, vers la Suisse pour retrouver la via Gebennensis qui passe…chez nous en Isère ou bien retrouver la via Tolosana, voie d’Arles pour, dans les deux cas aller à St Jacques de Compostelle.

En 1650, 700 000 pèlerins étaient sur la route pour se prosterner devant les reliques de St Pierre. On savait bien qu’on n’était pas les premiers .

On aime bien dormir dans les hébergements pour pèlerins parce que c’est là qu’on rencontre du monde. On ne sait pas s’il y en avait beaucoup cet été, mais à cette période, il y en a peu. La plupart de ceux qu’on a rencontrés ont fait St Jacques de Compostelle et on est d’accord pour dire que la Viafrancigena est très différente.

Je dirais que sur la route de St Jacques, le Chemin connaît et reconnaît le pèlerin. Des indices , des paroles, des temps de rencontre, des chants, des signes de reconnaissance font qu’existe une vraie communauté de pèlerins. Les Français qui accueillent comme les Espagnols savent ce que vous vivez. Tout est là pour vous souhaiter un Buen Camino que vous entendez plusieurs fois par jour. Tout vous encourage à continuer le Chemin.

De notre petite expérience d’une semaine en Italie, exceptés les panneaux indiquant plus ou moins bien la direction de la Viafrancigena, personne n’en parle. Pas de repas pour pèlerins, pas d’accueil des pèlerins etc. On a dormi avec deux pèlerins italiens nous confirmant que ce chemin n’est pas connu des Italiens. On sait que ce sera différent pour nous, également parce qu’on est à vélo. Mais ce n’est pas grave car pour Pierre et moi, on descend l’Italie, le but n’étant pas spécialement de faire un nouveau pèlerinage. C’est juste que c’est le chemin le plus adapté jusqu’à Rome et que cela permet de faire connaissance avec des pèlerins qui sont, comme partout, ouverts aux rencontres. En fait, c’est le pays qui, peut-être pour l’instant, n’a pas encore mis en place toutes les structures nécessaires d’une région à l’autre pour que ce Chemin ait plus de consistance du début à la fin et que les Italiens comprennent la différence entre un pèlerin et un touriste. On voit aussi que les routes empruntées par les marcheurs sont essentiellement de l’asphalte, ce qui est beaucoup moins beau que les étapes françaises.

Après des jours en montagne, on a pris une variante pour, croyait-on, longer la mer sur une quinzaine de kilomètres.

David a donc quitté Florence pour une plage naturiste.

En fait, c’est l’un des rares accès à la mer qu’on a vu car tout le littoral est bordé de complexes hôteliers, de restaurants, d’accès payants pour aller sur une plage. Les mêmes erreurs qu’on a commises sur une partie de la Côte d’Azur. On a très peu vu la mer au cours des quinze kilomètres mais on avait l’air marin et du terrain plat, ce qui est pas mal.

Un coup d’œil vers les montagnes qu’on retrouvera un peu plus tard dans la journée.
Sobriété d’un pont romain.
Brève rencontre avec un couple de cyclistes du nord de l’Italie devant la façade tout en marbre de l’église Saint Martin de Pietrasanta.
Pietrasanta, un des fleurons du marbre.
Camaiore où on a fait nos emplettes au marché.

De belles côtes nous amènent vers le village de Montemagno.

Et puis c’est Lucca, Lucques en français, ville d’art où de nombreux vestiges romains nous ont donné envie d’y rester deux nuits. Le camping est à seulement 800 m du centre. Aujourd’hui, visites.

Magnifique façade de la cathédrale saint Martin.
De nombreux jeunes manifestent en brandissant des pancartes sur lesquels sont dessinés des avions barrés, des vélos. Des mots fusent. Ça parle d’anticapitalisme, de bilan carbone…un jeune vient vers nous et nous félicite d’être à vélo, on se checke !
Lucca est la ville natale de Puccini. Le musée est installé dans sa maison. Dommage qu’on ne puisse pas y écouter ses œuvres.
Évidemment….le nom du restaurant du coin.
Les rues sont étroites avec des murs très hauts .
Très belle place elliptique où se situait un amphithéâtre pouvant accueillir 10000 spectateurs ! Aujourd’hui il est trois mètres sous terre. À notre grande joie, il y a maintenant des artisans chocolatiers sur la place. On aurait pu tomber plus mal.
Œuvre contemporaine, on l’aura compris, montrant un homme sorti de son cocon.
La basilique san Frediano. On s’est contentés de ses mosaïques extérieures. Il fallait payer pour voir l’intérieur. On n’est pas d’accord pour qu’une église soit payante. En revanche, hier, on a vu une superbe expo dont le thème était Les peintres de la lumière, du Caravage à Paolini.

Ce soir, vendredi 23 septembre, on passe notre deuxième nuit à Lucca pour un départ demain matin vers San Miniato.

Bicicletta in Italia

Article 1.

L’idée est de descendre à vélo la botte italienne jusqu’en Sicile puis de remonter via la Sardaigne et la Corse…si on est toujours en forme.

Le périple a débuté en bus. Flixbus nous a déposés avec nos vélos depuis Lyon à Pacienza (Plaisance en français) dans la nuit du 15 au 16 septembre. Le lendemain, on a passé la journée à se promener dans cette jolie ville et à aller acheter notre crédentiale pour la Via Francigena. C’est le passeport du pèlerin qui sera tamponné à chaque étape et qui permettra d’avoir accès à des hébergements réservés aux pèlerins à des prix modérés.

La via Francigena commence à Canterbury en Angleterre, traverse le nord de la France, la Suisse puis se termine en Italie à Rome. Hier, dans le gîte paroissial où nous avons dormi, on a d’ailleurs fait la connaissance de Catherine, grande baroudeuse, qui a commencé le voyage à pied en juillet à partir de Canterbury. Nous, nous nous contenterons de la partie italienne.

Place Cavalli à PLACENZA

Quand foi divine et foie d’ovine se rassemblent.

On a visité le musée principal de la ville, le Palais Farnèse, d’où on se rappellera longtemps l’originalité de la pièce maîtresse … un foie.

Oui…mais un foie d’Etrusque. Celui-ci est en bronze.

Pour en comprendre l’intérêt, il faut se tourner vers la civilisation étrusque, qui habitait une région située dans le centre de la péninsule italienne du IX e au I e siècle avant JC. L’Etrurie.

Les Étrusques étaient, d’après les Grecs et les Romains, le peuple le plus religieux de l’époque. On lisait, enfin l’expert qui pratiquait l’art divinatoire appelé haruspice, lisait l’avenir dans le foie d’une brebis. L’haruspice observait attentivement le foie et en fonction de telle ou telle couleur ou imperfection, cela signifiait que tel dieu s’adressait aux hommes et que ceux-ci devaient répondre en conséquence. C’était une façon de rééquilibrer les forces du macrocosme, les dieux célestes et celles du microcosme, les dieux terrestres, dont les noms sont représentés dans les deux parties distinctes au centre du foie.Les trois protubérances existent dans les vrais foies et s’il en manquait une, c’était signe de grand malheur. Le sénat romain écoutait beaucoup les haruspices.

Un haruspice du nom de Spurinna, vit un foie sans la protubérance pyramidale et se douta que la journée allait mal se passer. Ce jour-là, César devait se rendre au Sénat. Spurinna, garçon consciencieux, tenta de persuader César de ne pas s’y rendre….en vain. César fut assassiné. Comme quoi, ça marche.

On a aussi vu un très beau Boticelli.

La MADONE adorant l’Enfant avec St JEAN

Mais le vélo dans tout ça ???

Samedi 17 septembre, on a commencé à pédaler sous la pluie mais le temps s’est vite amélioré. Sortir de la ville nous a pris beaucoup de temps pour ensuite longer des nationales. Le guide de la Viafrancigena propose même aux pèlerins marcheurs de prendre un train pour échapper plus vite à la zone industrielle. On aura sûrement des journées plus excitantes.

Pause pique-nique sous la bénédiction de Padre Pio, célèbre pour l’apparition des stigmates du Christ, qu’on aura sûrement l’occasion de recroiser.

La belle surprise de ce jour fut le petit détour qu’on a fait pour découvrir l’abbatiale de Chiaravalle della Colomba construite au XII e siècle à l’initiative de Bernard de Clairvaux, d’où l’influence bourguignonne. On a pu planter notre tente dans l’ enceinte de l’abbaye.

Colonnes en marbre rose de Vérone.
Il y a encore quelques moines. Pas des jeunots d’après ceux qu’on a rencontrés.
Le balisage spécifique pour les vélos sur la francigena est bleu et blanc. En son absence, on suit la route des pèlerins à pied.
Le lendemain après midi, on dormira au col de la Cisa.
La journée est très agréable entre chemins de terre et route goudronnée.
En voyant cette boîte, on a pensé à une pharmacie. Hérétiques que nous sommes….
La boîte contenait un livre dédié aux pèlerins qui peuvent y laisser quelques pensées.
Nos gourdes sont toujours pleines. Il fait chaud.
Quelques passages plus rusticos.
Aperçu de Berceto.
On a demandé une grande salade. On a surtout eu deux grands saladiers.
Hier, lundi 19 , fut pour l’instant , la journée la plus côtue ! Arrivée au col de la Cisa. On a dormi en dortoir dans cette auberge .
Ce matin, en selle à 7h35.
Une jolie petite chapelle là-haut, à la frontière des régions de l’Emilie-Romagne et de la Toscane.
Le Chemin pour les pèlerins marcheurs. On est contents d’avoir une route meilleure plus bas.
Ce panneau nous permet de visualiser ce qu’on a parcouru en trois jours. Tout en haut, Piacenza, tout en bas le col de la Cisa.
Ce mardi 20 septembre, la journée a débuté par une belle série de descentes (1900 m de dénivelé négatif sur la journée) et s’est poursuivie principalement en forêt.
De temps en temps, ça se mérite.
Ville fortifiée de Pontremoli.
Ici aussi, les cours d’eau sont assoiffés. Nous sommes arrivés en début d’après-midi à Aulla où un hébergement de pèlerins nous attend. J’ai acheté des boules Quiès…. Ce soir on a roulé 202 kms.

Article 32. Le bâton et la coquille. Fin

J’ai commencé à écrire ce lundi matin, 6h18, au Seminario Menor, mon dernier lieu d’hébergement en Espagne à St Jacques de Compostelle et je termine cet article maintenant dans le bus qui m’emmène vers Bordeaux cette nuit pour ensuite prendre un train demain vers Montpellier puis un autre vers Valence. Je serai demain soir chez moi.

Bâtiment superbe et gigantesque situé sur les hauteurs de la ville qui a remplacé les séminaristes par les pèlerins, j’avais réservé pour deux nuits . Les couloirs sont interminables, des centaines de places, la hauteur des plafonds dans l’entrée est impressionnante. On peut être en dortoir ou en chambre individuelle pour 3 € d’écart. Le choix a été vite fait. La veille on n’avait presque pas dormi.

Vendredi, on s’est fait une journée de 34 km pour arriver dans la banlieue de St Jacques, sur la colline de Monte do Gozo. Il a été difficile de trouver une réservation car on savait qu’il y avait un festival de musique pendant trois jours. On n’a pas eu d’autre choix que de se retrouver dans un dortoir de huit lits où se côtoyaient les teufeurs et nous pour un prix élevé. On était facilement reconnaissables parce que nous, on n’avait pas nos faux cils et notre robe à paillettes… On a bien profité de la musique toute la nuit et on s’est finalement levés plus tôt que prévu, 4h45 au lieu de 5 h 30, heure à laquelle les deux derniers jeunes sont rentrés, les deux autres ayant fait leur retour vers 1h30.

Pour nous, Érika, Blandine et Pierre son mari, ce samedi est notre dernier jour de marche ensemble. Les cinq derniers kilomètres vers le Champ des étoiles. Eux continuent vers Cap Fisterra demain dimanche. Le mari d’Erika vient la rejoindre mardi en voiture d’Allemagne pour, après les quatre derniers jours vers la mer, filer vers le Portugal où ils vont passer quelques jours chez une belle sœur. Blandine et Pierre ne savent pas encore comment ils vont rentrer vers Saint Nazaire.

Deux pèlerines finlandaises croisées régulièrement.
Je n’ai pas résisté…jeunes jambes espagnoles qui ont parcouru…400 kilomètres.
Il est 5h 50….Santiago s’éveille.
Premières heures du jour.

Pourquoi descendre si tôt vers la cathédrale ?

Il faut qu’on passe au bureau des pèlerins près duquel on s’est déjà préenregistré pour faire valider notre credentiale et recevoir la Compostella. C’est là qu’on déposera nos sacs en consigne car on ne peut pas rentrer dans la cathédrale avec les sacs à dos, ce qui peut se comprendre. On veut assister à la messe de 12 h avant de rejoindre notre nouvel hébergement le Seminario Menor. C’est la matinée File d’attente.

Pour la maison des pèlerins, on était à la porte à 7h25 pour une ouverture à…9h. Dans notre guide c’était écrit 8 h. Pas grave. Nous recevons un ticket qui nous dit à quel guichet nous rendre mais Érika et moi avons en plus un bon pour un restaurant…publicité ? Non. Invitation. Tous les jours, comme la tradition au moyen âge le voulait d’offrir le couvert à des pèlerins, un restaurant offre un repas aux dix premiers qui font la queue pour l’enregistrement à la maison des pèlerins ! C’est ainsi qu’après la messe et l’envol du botafumeiro dans les airs, Érika et moi avons retrouvé autour de la même table les huit autres premières personnes de la file d’attente. Blandine et Pierre étant juste derrière nous, ont dû payer leur repas…unlucky. Pour le lendemain, ils attendaient 3000 pèlerins ! Un record pour un mois de juin.

Partie 74 jours, j’ai marché 72 jours et parcouru 1860 kms.
La place nous appartient. Privilège d’être les premiers.
Quelques heures plus tard…
Façade principale sur la place del Obradoiro.

Pour rentrer dans la cathédrale on fera la queue et on sera assis plus d’une heure avant le début de l’office. Beaucoup sont debout, d’autres n’ont pas pu rentrer.

Les futurs élus mais ils ne le savaient pas encore !
A la table les élus d’un jour. En arrière plan, deux Espagnols, à ma gauche, Érika , en face de nous, deux Coréennes qui nous offrent à tous un drapeau…coréen, à ma droite, deux Italiens et en face d’eux, un couple de Colombiens. Très bon repas encore meilleur quand c’est gratuit.
Affiche dans le restaurant.

Balade dans la ville, on retrouve peu de pèlerins qu’on connaît. On en verra davantage le lendemain. Je vais voir des hospitaliers français et leur parle de l’association Auberge des Migrants. Ils me demandent de faire un article pour leur journal Webcompostella. On est un peu tristounet parce que c’est la fin d’une belle aventure, de nombreux moments de partage et que dimanche matin, on va se quitter. Érika éclate en sanglots et on a tous la larme à l’œil.

Pluie et accalmie toute la journée. 14 degrés.
Le fameux botafumeiro est un encensoir en laiton argenté haut de 1m 60 pesant 54 kg, fabriqué en 1851. C’est le plus grand au monde. Je pense qu’il y en avait un autre avant au moyen âge. Ils sont huit hommes à tirer sur les cordes. Il s’élève à 20 m de hauteur dans la voûte, forme un arc de 65 mètres et rase le sol à 68 km/ h. Le but de ce sillage de fumée était de faire oublier l’odeur nauséabonde des pèlerins. Il faut dire que les pèlerins dormaient dans la nef.

En 1501, le botafumeiro s’est détaché de la voûte et a fini sa course dehors sur la place ! Au XXe siècle, un pèlerin pas malin qui s’est trop approché pour être encensé, s’est retrouvé avec des côtes et le nez cassés ! 54 kg dans le nez à toute volée, ça doit faire mal…

Tombeau de saint Jacques.
Bande des quatre qui se sépare.
Érika, 71 ans, la super forme.

Et la Compostella alors ?

Avec le prénom en latin.
Et le certificat de distance.

Et puis la belle surprise. Je suis dans la cafétéria de la gare routière quand je le reconnais tout de suite. Incroyable. Mon Coréen de Roncevaux. La boucle est bouclée. Cela fait au moins deux semaines qu’on ne se croise plus. Et le voilà, tout barbu. On échange quelques phrases via le traducteur, il va en bus à Fisterra, je pars en bus à Bordeaux. Sa dernière phrase : soyez heureuse.

La coquille…

Pierre me l’avait bien fixée avant de partir, elle n’a jamais quitté mon sac. Pierre a perdu la sienne deux jours avant de déclarer forfait. Un signe ?

…et le bâton.

Beaucoup de lecteurs ont dû se dire, à juste titre, que j’aurais mieux fait de prendre deux bâtons télescopiques que j’ai d’ailleurs à la maison, plus équilibrés, plus faciles à ranger et s’étonner du choix de mon unique bâton.

C’est que ce bâton a une histoire. C’est un cadeau offert à une rentrée scolaire par l’évêque de Grenoble en 2013, Monseigneur de Kerimel, à tous les directeurs d’école iserois, sur lequel il est gravé ce verset de Luc : « Avance au large ». Je ne l’avais pas utilisé avant, préférant le garder pour une grande occasion…guider mes pas vers St Jacques de Compostelle par exemple. Il a été fait en Isère et comme j’avais peur de l’oublier à une étape, je suis allée voir les établissements Boursier pour qu’ils y gravent mon numéro de téléphone et mon prénom. Cela aura été inutile. Je ne l’ai pas oublié une seule fois.

(La cuisse poilue, c’est celle de mon voisin dans le bus…chut).

Avance au large.

C’est ce que j’ai essayé de faire pendant ces six semaines.

Je vais faire le point sur les sommes reçues pour l’auberge des Migrants et en dirai quelques mots par la suite.

Article 31. Les 100 derniers kilomètres

Évidemment qu’on les attendait avec impatience, ces derniers 100 kilomètres! Ils nous ont paru inaccessibles pendant tellement longtemps qu’on évitait d’y croire trop vite et de penser trop loin. Vivre seulement l’étape d’aujourd’hui, mettre un pied devant l’autre, en le posant bien, en se faisant le moins mal possible, en profitant de chaque jour à travers ses paysages, ses villages, ses monuments, ses rencontres. C’était déjà pas mal. En se disant que peut-être, si on a de la chance, on allait un jour arriver à terminer le Camino à pied et sans être en trop mauvais état. Et puis, pour moi, enfin, après deux mois et demi de marche, je sais que ce jour est arrivé où je vais la croiser :

La borne des 100 kms.
Le but n’est pas de se casser à l’arrivée, je parcourrai les 100 kms en trois jours et les six derniers kilomètres samedi matin vers la Cathédrale.

Et bien les 100 derniers kilomètres sont un mélange d’excitation et de déception. Excitation parce qu’on n’est pas loin du but qu’on voulait atteindre et déception parce que bizarrement, plus on s’approche de St Jacques, plus on s’éloigne de l’esprit du chemin de St Jacques.

Les raisons sont multiples.

D’abord, il faut savoir que pour avoir FAIT le chemin de St Jacques et pouvoir le justifier , il suffit de marcher les 100 derniers kilomètres, d’avoir deux tampons par jour sur sa crédentiale, dont un religieux, et vous aurez votre diplôme, si si, la Compostella. Ce qui attire énormément de monde !

Depuis le matin du mardi 14 juin, on croise des touristes déguisés en pèlerins (pas très gentil de dire ça) , des hordes de jeunes avec leurs profs qui obtiendront la Compostella après avoir fait 100 kms en une semaine. On apprend qu’elle est très recherchée en Espagne, que c’est un Plus sur un cv et que dans ce but, on vend et on achète des crédentiales…..Il vaut mieux que les jeunes fassent Compostelle plutôt qu’une attaque de banque, on est d’accord, mais toutes ces nouvelles têtes font que nous ne sommes plus entre pèlerins, que ceux qui sont arrivés pour les 100 derniers kilomètres n’échangent pas vraiment avec les autres, qu’on ne partage peut-être pas tant de choses que ça.

On rencontre de moins en moins ceux qu’on connaissait. Le nombre de personnes et la taille des villes qui remplacent les villages font que l’état d’esprit a changé. Un pèlerin me disait cet après-midi : c’est quoi ces pèlerins qui se baladent avec des petits chiens ? Et un autre : T’as vu les Américaines maquillées comme pour un après-midi de shopping ? Bon, il ne faut pas exagérer non plus. Moi, les petits chiens, pas vu. Et puis le maquillage avec la chaleur qui fait, ça va mal finir…

Mais c’est vrai que si on devait définir en quelques mots l’esprit qui anime la plupart des gens tout le long du Chemin, on pourrait parler de simplicité, de concentration, de modestie, de partage, de non profit, d’authenticité. Et ces qualités, depuis quelques jours, on les ressent moins. Mais bon, on est tristes aussi de savoir que c’est la fin d’une belle histoire. Alors on verse peut-être un peu trop dans l’amertume…ou la nostalgie ?

Bon. Parlons de l’histoire des tampons sur la crédentiale…

Traditionnellement, ce coup de tampon était donné par le curé, l’hébergeur ou l’agent d’un office de tourisme pour attester de la condition du pèlerin et de sa bonne foi, lui permettre de bénéficier de gîtes ou d’auberges à des prix avantageux et d’être exonérés de certaines taxes de passage.

Aujourd’hui, n’importe quel bar ou épicerie vous donnera un coup de tampon même si vous descendez de votre voiture. Certains pèlerins ont quatre ou cinq tampons du même endroit. La crédentiale va être vite remplie…

Ma crédentiale hier.
Mais…que fait la Police espagnole ??? Bah elle aussi vous donne un coup de tampon si vous le souhaitez. C’est mieux qu’un coup de matraque. Et en plus on peut se faire prendre en photo avec eux. Trois pèlerins américains…Je pense qu’il doit y avoir 0 % de criminalité en Espagne alors il faut bien occuper la Guardia Civil et en plus, ça les rend heureux . Et puis ils sont payés pour ça.
Pèlerins nouvelle tendance…C’est le sac pour la journée. Le sac à dos arrivera en fourgonnette.
L’antépénultième journée, comme dit si bien Joël, est une belle journée de 29 kms. Cette nuit, Pluie et orage ont baissé un peu les températures.
Toujours les belles façades d’église.
Anciens greniers à maïs qu’on retrouve un peu partout dans la région. Le nom était « Orio ». Merci à mon hébergeur pour l’info.
De nombreux ponts romains en Espagne.

Malins les taxis ! La tentation s’écrit sur les murs….

On adore ! Appelle un taxxxxxxxxiiiiiiii. Sympa Kaa !

Article 30. La Galice

Merci au set de table. Les flèches indiquent le camino . Mes hébergements prévus sont à Sarria, Portomarin, Palas de Rei, Arzua, Monte do Gozo puis Santiago samedi soir.
Après le village de Foncebadon où j’ai dormi dans La Chapelle décatie transformée en dortoir, il y a un lieu qu’il ne faut pas rater. Le col du Monte Irago est appelé aussi Cruz de Ferro (croix de fer) . Tout pèlerin est invité à laisser une pierre au pied de La Croix , laissant ainsi ses soucis et/ou ses péchés. La tradition veut qu’on porte la pierre depuis le début du pèlerinage….mais le sac est assez lourd comme ça et il y a du choix autour.
La croix a été volée plusieurs fois et le mât sectionné. La connerie n’a pas de frontières…
Partir avant le lever du soleil n’est possible que sur une route bien tracée.
Nuit passée dans le village de Alto do Poio. Photo prise le matin du départ. On croyait que notre hébergement était 4 kms avant, mais non. On a fini la journée de 30 km par une côte d’enfer en plein cagnard. Mais le panorama en valait la peine et c’est toujours des kilomètres en moins pour le lendemain.
Un des plus gros villages sur la montagne, O Cebreiro, qui culmine à 1287m avant le col de Santiago. Il accueillait déjà le pèlerin au IXe siècle. L’occasion de boire un café et de retrouver des têtes connues.
Aujourd’hui il accueille autant le cycliste qui va également à St Jacques que le piéton. Il y a aussi des touristes espagnols venus en voiture.
La Chapelle du village.
La copine portugaise qui fait son camino toute seule.
On retrouve les cailloux mal foutus très casse- pèlerins pour la descente.
Vigilance. Surtout quand on arrive là-dessus à la sixième ou septième heure de marche….
Pour une fois qu’on a une pèlerine….Merci au sculpteur car en réalité, on serait 60% de femmes à marcher. Ça méritait bien une statue.
Les roses comme les genêts nous accompagnent tout le long du chemin.

C’est mignon….même si les Français ne devraient pas écrire sur les murs.
Chemins ombragés qui rendent le pèlerin heureux.
Reflets
Cette journée a été magnifique.
Un joli coin plein d’attentions pour le pèlerin.
Érika en profite pour regarder son téléphone.
Flou artistique matutinal .
Premiers pas d’Erika dans Sarria encore endormie.
Annonce d’une journée caniculaire sur l’Espagne. Les brumes nous auront protégés et on est en altitude. On aura très chaud en arrivant à Portomarin.
Tout un symbole cette borne.
Des photos de personnes décédées pour qui ou avec qui certains pèlerins cheminent.
Arrivée à Portomarin.
Il est 14 h, encore un effort. 23 km dans les pattes et 33 degrés sur la tête.
Là, ils veulent vraiment nous achever.
Jolie vue sur le rio Mino.

Et nous on a trouvé une cabane pour cette nuit dans un camping magnifique.

Au programme de l’après-midi, après la douche et la lessive, ombre, pépiement des oiseaux….
…et compagnie de superbes chevaux.