Article 5. Tash-Rabat ou le caravansérail.

Mais d’abord deux superbes photos prises par Matthieu…parmi tant d’autres. Les chameaux resteront dans les pâturages jusqu’en octobre et Damir remontera les voir deux ou trois fois par mois. Goultchat, la femme de Damir, est aussi institutrice et directrice d’une école de 75 enfants dans son village. Avec les animaux à s’occuper et la maison, que de travail.

Ici Saïd, son fils.
Une dernière belle table sous la tente.

Alors Tash Rabat.

Même si la dernière journée de marche ne réservait pas de grandes surprises, l’arrivée sur Tash Rabat, trônant au sommet d’une petite colline, encadrée de hautes montagnes et entourée de quelques yourtes où nous allions passer la dernière nuit , nous permit de terminer ce périple kirghize en beauté.

Voilà Tash Rabat, l’ancien caravansérail. Un caravansérail est un lieu de regroupements, en Asie centrale, sur la route de la soie où on accueille les marchands et leurs bêtes pour les nourrir et les héberger.
Il en reste peu mais quand la route de la soie était en plein essor, on en trouvait tous les 25 ou 30 kilomètres, ce qui correspondait à une étape quotidienne.
Ce n’est qu’en 1983 que les archéologues ont découvert des ruines à moitié enfouies dans la terre. Apparaît alors une forteresse de pierres de 35 m sur 34 m. Le toit couvre une vingtaine de dômes et trente pièces sont disposées autour d’une grande salle surmontée d’une haute coupole.

Mais on sait aujourd’hui qu’avant d’être un caravansérail, Tash Rabat était un monastère Nestorien autour du Xème siècle. Mais si ! Sauf que nous, pauvres incultes, Nestor, ça ne nous parle pas. À part le pingouin tout mignon d’un ventriloque dans les années 80 et le valet très classe dans Tintin, on s’est dit que ce nouveau Nestor méritait un peu de recherches pour développer nos connaissances…nestoriennes….

D’abord, il s’agit non pas de Nestor mais de Nestorius, mort en 451, patriarche de Constantinople dont l’enseignement fut déclaré hérétique et qui se retrouva condamné par le concile d’Ephèse en 431.

Mais Porque ? D’abord le nestorianisme est une doctrine christologique, cela signifie qu’on traite surtout de la nature de Jésus et de son rapport à Dieu. Pour eux, en Jésus coexistent deux hypostases. Si si. On explique. Deux substances, deux essences qui sont de deux origines différentes : l’une divine et l’autre humaine. Et qu’il ne faut pas tout mélanger.

Deux exemples pour bien comprendre. (on se donne du mal quand même…).

Pour eux, Marie, mère de Dieu. Refusé. Elle est la mère de l’homme Jésus.

Dieu a souffert et a été crucifié. Bah non. Ça ne marche pas.C’est l’homme Jésus qui a souffert.

Nestorius et ses disciples refusent cette communication entre les deux hypostases. Finalement c’est assez simple.

Cette branche du christianisme était très influente jusqu’en Inde, en Chine et en Mongolie au cours de l’Antiquité et une partie du Moyen Âge. On entrevoit alors déjà la position du Concile d’Ephèse qui, lui, en 431, affirme l’Union des deux natures hypostatiques, humaine et divine, de Jésus-Christ.

Personnellement, on n’a pas de point de vue mais l’endroit est magnifique. Ils avaient bien choisi.

Et puis les yourtes…

On en a vu peu car on est tôt dans la saison, mais on sait que l’été, les pâturages se couvrent de yourtes de bergers, que de nombreux touristes arrivent pour assister à des festivités de luttes, de jeux etc. Ce n’était pas l’objet de notre voyage et on est très heureux d’avoir parcouru ces vastes paysages pratiquement seuls au monde.

La yourte, toute une symbolique. Elle est d’ailleurs entrée au patrimoine de L’UNESCO.

C’est le feutrage qui garantit l’isolation. Il faut six épaisseurs de laine tressée et la laine de 120 moutons pour une yourte de 5 m de diamètre.
C’est sous l’Union soviétique que le peuple a dû se sédentariser. Aujourd’hui, en fonction des besoins des troupeaux, les gens sont redevenus semi-nomades.
Une grosse natte se rabat sur la porte en bois pour davantage isoler du froid.
L’ouverture est toujours au centre du plafond. Une corde extérieure permet de rabattre le feutre pour refermer le sommet du toit. Il vaut mieux y songer avant d’aller se coucher…

Traditionnellement, les quarante rayons qui tiennent les pans de feutre représentent les quarante tribus qui fondent le peuple kirghize. Encore aujourd’hui, chaque Kirghize sait à quelle tribu il appartient. Il peut y avoir plus de rayons car cela dépend du diamètre de la yourte.

Autrefois, on entrelaçait les croisillons avec des lianes de cuir.
Face à la porte au fond se tiennent les invités. À gauche, les hommes avec les vêtements masculins, les équipements équestres et les instruments de musique, à droite les femmes et leurs ustensiles de cuisine. Des nattes sont disposées un peu partout sur le sol. Là, les yourtes sont équipées seulement pour installer nos lits. On aperçoit la natte devant la porte qu’on rabat la nuit.
On met du charbon ou des bouses de vaches comme combustibles. Les chameaux font des crottes trop petites. Pas la peine d’être si grands.
Matthieu, plus Kirghize que les Kirghizes. Des enfants sont vite venus nous proposer des objets qu’ils ont fabriqués.
Noursultan, jeune guide très sympathique avec le chapeau traditionnel.
Et DASTAN qui peut être très fier du projet qu’il a proposé et réalisé.

Nous partagerons notre dernier repas dans une maison où on fêtera ce soir-là les 38 ans de Dastan.

Dernier repas avant de rejoindre l’aéroport le lendemain.
Anniversaire de Dastan. (photo de Françoise).

Arrivés depuis quatre jours en Ouzbékistan, nous constatons qu’il y a beaucoup de similitudes entre Kirghizstan et Ouzbekistan concernant l’éducation, le mariage, l’économie, la politique, l’histoire et les relations avec la Russie. On en reparlera plus tard.

On quitte ce magnifique pays, le corps tonifié par les heures de marche, le regard empli de ses espaces sauvages et le cœur ravi de si belles rencontres.

Laisser un commentaire