Article 2. Sur la Viafrancigena….en Toscane

La viafrancigena nous fait traverser de jolis villages par des passages étonnants.
On est heureux, ça roule et on est sur le bon chemin. Eh bien pas forcément.

Parfois il n’y a qu’un panneau de ce style et on se demande s’il concerne aussi les cyclistes.

Comment faire pour être très mauvais dès le matin ?

Vous vous levez tout pimpants dès potron- minet pour commencer à pédaler à 7h30 et vers 10h, vous vous retrouvez quasiment au point de départ. Non!!! Si. On a été très doués ce matin-là. Et les GPS alors ?

On a suivi les balises VF sans être sûrs que ce soit aussi pour les cyclistes. Au départ, la route montait, le soleil brillait, on transpirait, tout était normal .

On admire les Apennins…plus précisément les Alpes apuanes qui sont le massif montagneux situé au nord ouest de la Toscane. Elles appartiennent aux Apennins et non aux Alpes. C’est juste pour nous embrouiller.
On s’hydrate…
C’est toujours très beau et de plus en plus haut …
Oh les jolis villages perdus dans la montagne.

Mais peu à peu, le doute s’immisce. Ce foutu GPS nous dit maintenant tous les 50 m que ce n’est pas la bonne route. Alors on se renseigne auprès d’un camion qui descend. Si si, la route va bien à Sarzana. Alors on continue. Mais le GPS n’est toujours pas d’accord . Le meilleur GPS étant le soleil, qui se lève à l’est, même en Italie, celui-ci se tient bien à notre gauche, on va donc bien vers le Sud, ce qui est plutôt rassurant. Mais la route devient de plus en plus difficile. Un autre camion. Qui confirme que c’est la bonne direction.

Cela fait 1 heure 30 qu’on est partis mais il y a longtemps qu’on ne roule plus. On pousse. L’horizontal se verticalise, les chaussures dérapent sur les pierres, même les vélos ne veulent plus avancer. Ils se cabrent sous le poids des sacoches arrière. Devant, le chemin devient plus étroit et plus raide.

Soudain, un fringant vététiste, montant la côte tutto felice alors que nous c’était plutôt tutto morti, jette un œil compatissant sur nos montures inadaptées à un tel terrain. Il monte un étalon, nous des percherons. Impossible de poursuivre par là. Il faut redescendre d’où on vient et faire un détour de…16 kms. La fête. C’est la viafrancigena des marcheurs. Mais les camions ? En fait, ils viennent chercher des pierres jusqu’à la carrière à mi hauteur et font demi tour. Ils ne savaient pas que plus haut, la route était impraticable pour eux comme pour nous.

La descente n’est pas tellement plus facile mais on sait que maintenant on roule dans le bon sens. On savoure à nouveau la belle campagne toscane, le bon café quand on fait une pause et les 29° qui sont supportables.

De temps en temps, le ciel se couvre mais ne menace pas.
On arrive dans les villes du marbre : Carrare, Massa où on dormira en dortoir puis Lucca où on campera.
Un morceau d’Italie. Un palais, des terrasses, des orangers et des bancs en marbre. Massa.

Alors, la Viafrancigena?

L’expression vient des itinéraires empruntés par les Francs qui voyageaient et transportaient des marchandises du nord de l’Europe vers la Méditerranée. Viafrancigena: la Voie qui vient de France.

Elle est constituée de 79 étapes : 24 en France, 7 en Suisse et 48 en Italie.

Les étapes sont celles faites et racontées par un certain Sigéric, évêque de Canterbury, qui décida de passer par là pour aller à Rome. C’était en 990. Depuis, au Moyen Âge, beaucoup ont fait le même périple pour rejoindre Jérusalem ou, dans l’autre sens, vers la Suisse pour retrouver la via Gebennensis qui passe…chez nous en Isère ou bien retrouver la via Tolosana, voie d’Arles pour, dans les deux cas aller à St Jacques de Compostelle.

En 1650, 700 000 pèlerins étaient sur la route pour se prosterner devant les reliques de St Pierre. On savait bien qu’on n’était pas les premiers .

On aime bien dormir dans les hébergements pour pèlerins parce que c’est là qu’on rencontre du monde. On ne sait pas s’il y en avait beaucoup cet été, mais à cette période, il y en a peu. La plupart de ceux qu’on a rencontrés ont fait St Jacques de Compostelle et on est d’accord pour dire que la Viafrancigena est très différente.

Je dirais que sur la route de St Jacques, le Chemin connaît et reconnaît le pèlerin. Des indices , des paroles, des temps de rencontre, des chants, des signes de reconnaissance font qu’existe une vraie communauté de pèlerins. Les Français qui accueillent comme les Espagnols savent ce que vous vivez. Tout est là pour vous souhaiter un Buen Camino que vous entendez plusieurs fois par jour. Tout vous encourage à continuer le Chemin.

De notre petite expérience d’une semaine en Italie, exceptés les panneaux indiquant plus ou moins bien la direction de la Viafrancigena, personne n’en parle. Pas de repas pour pèlerins, pas d’accueil des pèlerins etc. On a dormi avec deux pèlerins italiens nous confirmant que ce chemin n’est pas connu des Italiens. On sait que ce sera différent pour nous, également parce qu’on est à vélo. Mais ce n’est pas grave car pour Pierre et moi, on descend l’Italie, le but n’étant pas spécialement de faire un nouveau pèlerinage. C’est juste que c’est le chemin le plus adapté jusqu’à Rome et que cela permet de faire connaissance avec des pèlerins qui sont, comme partout, ouverts aux rencontres. En fait, c’est le pays qui, peut-être pour l’instant, n’a pas encore mis en place toutes les structures nécessaires d’une région à l’autre pour que ce Chemin ait plus de consistance du début à la fin et que les Italiens comprennent la différence entre un pèlerin et un touriste. On voit aussi que les routes empruntées par les marcheurs sont essentiellement de l’asphalte, ce qui est beaucoup moins beau que les étapes françaises.

Après des jours en montagne, on a pris une variante pour, croyait-on, longer la mer sur une quinzaine de kilomètres.

David a donc quitté Florence pour une plage naturiste.

En fait, c’est l’un des rares accès à la mer qu’on a vu car tout le littoral est bordé de complexes hôteliers, de restaurants, d’accès payants pour aller sur une plage. Les mêmes erreurs qu’on a commises sur une partie de la Côte d’Azur. On a très peu vu la mer au cours des quinze kilomètres mais on avait l’air marin et du terrain plat, ce qui est pas mal.

Un coup d’œil vers les montagnes qu’on retrouvera un peu plus tard dans la journée.
Sobriété d’un pont romain.
Brève rencontre avec un couple de cyclistes du nord de l’Italie devant la façade tout en marbre de l’église Saint Martin de Pietrasanta.
Pietrasanta, un des fleurons du marbre.
Camaiore où on a fait nos emplettes au marché.

De belles côtes nous amènent vers le village de Montemagno.

Et puis c’est Lucca, Lucques en français, ville d’art où de nombreux vestiges romains nous ont donné envie d’y rester deux nuits. Le camping est à seulement 800 m du centre. Aujourd’hui, visites.

Magnifique façade de la cathédrale saint Martin.
De nombreux jeunes manifestent en brandissant des pancartes sur lesquels sont dessinés des avions barrés, des vélos. Des mots fusent. Ça parle d’anticapitalisme, de bilan carbone…un jeune vient vers nous et nous félicite d’être à vélo, on se checke !
Lucca est la ville natale de Puccini. Le musée est installé dans sa maison. Dommage qu’on ne puisse pas y écouter ses œuvres.
Évidemment….le nom du restaurant du coin.
Les rues sont étroites avec des murs très hauts .
Très belle place elliptique où se situait un amphithéâtre pouvant accueillir 10000 spectateurs ! Aujourd’hui il est trois mètres sous terre. À notre grande joie, il y a maintenant des artisans chocolatiers sur la place. On aurait pu tomber plus mal.
Œuvre contemporaine, on l’aura compris, montrant un homme sorti de son cocon.
La basilique san Frediano. On s’est contentés de ses mosaïques extérieures. Il fallait payer pour voir l’intérieur. On n’est pas d’accord pour qu’une église soit payante. En revanche, hier, on a vu une superbe expo dont le thème était Les peintres de la lumière, du Caravage à Paolini.

Ce soir, vendredi 23 septembre, on passe notre deuxième nuit à Lucca pour un départ demain matin vers San Miniato.

4 commentaires sur “Article 2. Sur la Viafrancigena….en Toscane

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