J’ai commencé à écrire ce lundi matin, 6h18, au Seminario Menor, mon dernier lieu d’hébergement en Espagne à St Jacques de Compostelle et je termine cet article maintenant dans le bus qui m’emmène vers Bordeaux cette nuit pour ensuite prendre un train demain vers Montpellier puis un autre vers Valence. Je serai demain soir chez moi.
Bâtiment superbe et gigantesque situé sur les hauteurs de la ville qui a remplacé les séminaristes par les pèlerins, j’avais réservé pour deux nuits . Les couloirs sont interminables, des centaines de places, la hauteur des plafonds dans l’entrée est impressionnante. On peut être en dortoir ou en chambre individuelle pour 3 € d’écart. Le choix a été vite fait. La veille on n’avait presque pas dormi.


Vendredi, on s’est fait une journée de 34 km pour arriver dans la banlieue de St Jacques, sur la colline de Monte do Gozo. Il a été difficile de trouver une réservation car on savait qu’il y avait un festival de musique pendant trois jours. On n’a pas eu d’autre choix que de se retrouver dans un dortoir de huit lits où se côtoyaient les teufeurs et nous pour un prix élevé. On était facilement reconnaissables parce que nous, on n’avait pas nos faux cils et notre robe à paillettes… On a bien profité de la musique toute la nuit et on s’est finalement levés plus tôt que prévu, 4h45 au lieu de 5 h 30, heure à laquelle les deux derniers jeunes sont rentrés, les deux autres ayant fait leur retour vers 1h30.
Pour nous, Érika, Blandine et Pierre son mari, ce samedi est notre dernier jour de marche ensemble. Les cinq derniers kilomètres vers le Champ des étoiles. Eux continuent vers Cap Fisterra demain dimanche. Le mari d’Erika vient la rejoindre mardi en voiture d’Allemagne pour, après les quatre derniers jours vers la mer, filer vers le Portugal où ils vont passer quelques jours chez une belle sœur. Blandine et Pierre ne savent pas encore comment ils vont rentrer vers Saint Nazaire.





Pourquoi descendre si tôt vers la cathédrale ?
Il faut qu’on passe au bureau des pèlerins près duquel on s’est déjà préenregistré pour faire valider notre credentiale et recevoir la Compostella. C’est là qu’on déposera nos sacs en consigne car on ne peut pas rentrer dans la cathédrale avec les sacs à dos, ce qui peut se comprendre. On veut assister à la messe de 12 h avant de rejoindre notre nouvel hébergement le Seminario Menor. C’est la matinée File d’attente.
Pour la maison des pèlerins, on était à la porte à 7h25 pour une ouverture à…9h. Dans notre guide c’était écrit 8 h. Pas grave. Nous recevons un ticket qui nous dit à quel guichet nous rendre mais Érika et moi avons en plus un bon pour un restaurant…publicité ? Non. Invitation. Tous les jours, comme la tradition au moyen âge le voulait d’offrir le couvert à des pèlerins, un restaurant offre un repas aux dix premiers qui font la queue pour l’enregistrement à la maison des pèlerins ! C’est ainsi qu’après la messe et l’envol du botafumeiro dans les airs, Érika et moi avons retrouvé autour de la même table les huit autres premières personnes de la file d’attente. Blandine et Pierre étant juste derrière nous, ont dû payer leur repas…unlucky. Pour le lendemain, ils attendaient 3000 pèlerins ! Un record pour un mois de juin.






Pour rentrer dans la cathédrale on fera la queue et on sera assis plus d’une heure avant le début de l’office. Beaucoup sont debout, d’autres n’ont pas pu rentrer.




Balade dans la ville, on retrouve peu de pèlerins qu’on connaît. On en verra davantage le lendemain. Je vais voir des hospitaliers français et leur parle de l’association Auberge des Migrants. Ils me demandent de faire un article pour leur journal Webcompostella. On est un peu tristounet parce que c’est la fin d’une belle aventure, de nombreux moments de partage et que dimanche matin, on va se quitter. Érika éclate en sanglots et on a tous la larme à l’œil.



En 1501, le botafumeiro s’est détaché de la voûte et a fini sa course dehors sur la place ! Au XXe siècle, un pèlerin pas malin qui s’est trop approché pour être encensé, s’est retrouvé avec des côtes et le nez cassés ! 54 kg dans le nez à toute volée, ça doit faire mal…







Et la Compostella alors ?


Et puis la belle surprise. Je suis dans la cafétéria de la gare routière quand je le reconnais tout de suite. Incroyable. Mon Coréen de Roncevaux. La boucle est bouclée. Cela fait au moins deux semaines qu’on ne se croise plus. Et le voilà, tout barbu. On échange quelques phrases via le traducteur, il va en bus à Fisterra, je pars en bus à Bordeaux. Sa dernière phrase : soyez heureuse.

La coquille…
Pierre me l’avait bien fixée avant de partir, elle n’a jamais quitté mon sac. Pierre a perdu la sienne deux jours avant de déclarer forfait. Un signe ?
…et le bâton.
Beaucoup de lecteurs ont dû se dire, à juste titre, que j’aurais mieux fait de prendre deux bâtons télescopiques que j’ai d’ailleurs à la maison, plus équilibrés, plus faciles à ranger et s’étonner du choix de mon unique bâton.
C’est que ce bâton a une histoire. C’est un cadeau offert à une rentrée scolaire par l’évêque de Grenoble en 2013, Monseigneur de Kerimel, à tous les directeurs d’école iserois, sur lequel il est gravé ce verset de Luc : « Avance au large ». Je ne l’avais pas utilisé avant, préférant le garder pour une grande occasion…guider mes pas vers St Jacques de Compostelle par exemple. Il a été fait en Isère et comme j’avais peur de l’oublier à une étape, je suis allée voir les établissements Boursier pour qu’ils y gravent mon numéro de téléphone et mon prénom. Cela aura été inutile. Je ne l’ai pas oublié une seule fois.

Avance au large.
C’est ce que j’ai essayé de faire pendant ces six semaines.
Je vais faire le point sur les sommes reçues pour l’auberge des Migrants et en dirai quelques mots par la suite.
🎬 Merci, c’était super ! Je me joins à … Christophe (le juge), Bertrand (Croisé à Ostabat), Dominique (Charavines) Annick (qui en a fait un bout cette année) Jean-Yves (mon frère) Loïc (un de nos voisins) et Laurence (guide conférencier) ! Nous te remercions pour ces 32 rédactions illustrées et nous te félicitons pour ce pèlerinage et cette performance de 74 jours ! À demain, Bises Joël (qui n’a rien fait si ce n’est te suivre sur des cartes tel un coach qui suit son poulain sur « La Route du Rhum »)
Envoyé de mon iPad
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