Article 31. Les 100 derniers kilomètres

Évidemment qu’on les attendait avec impatience, ces derniers 100 kilomètres! Ils nous ont paru inaccessibles pendant tellement longtemps qu’on évitait d’y croire trop vite et de penser trop loin. Vivre seulement l’étape d’aujourd’hui, mettre un pied devant l’autre, en le posant bien, en se faisant le moins mal possible, en profitant de chaque jour à travers ses paysages, ses villages, ses monuments, ses rencontres. C’était déjà pas mal. En se disant que peut-être, si on a de la chance, on allait un jour arriver à terminer le Camino à pied et sans être en trop mauvais état. Et puis, pour moi, enfin, après deux mois et demi de marche, je sais que ce jour est arrivé où je vais la croiser :

La borne des 100 kms.
Le but n’est pas de se casser à l’arrivée, je parcourrai les 100 kms en trois jours et les six derniers kilomètres samedi matin vers la Cathédrale.

Et bien les 100 derniers kilomètres sont un mélange d’excitation et de déception. Excitation parce qu’on n’est pas loin du but qu’on voulait atteindre et déception parce que bizarrement, plus on s’approche de St Jacques, plus on s’éloigne de l’esprit du chemin de St Jacques.

Les raisons sont multiples.

D’abord, il faut savoir que pour avoir FAIT le chemin de St Jacques et pouvoir le justifier , il suffit de marcher les 100 derniers kilomètres, d’avoir deux tampons par jour sur sa crédentiale, dont un religieux, et vous aurez votre diplôme, si si, la Compostella. Ce qui attire énormément de monde !

Depuis le matin du mardi 14 juin, on croise des touristes déguisés en pèlerins (pas très gentil de dire ça) , des hordes de jeunes avec leurs profs qui obtiendront la Compostella après avoir fait 100 kms en une semaine. On apprend qu’elle est très recherchée en Espagne, que c’est un Plus sur un cv et que dans ce but, on vend et on achète des crédentiales…..Il vaut mieux que les jeunes fassent Compostelle plutôt qu’une attaque de banque, on est d’accord, mais toutes ces nouvelles têtes font que nous ne sommes plus entre pèlerins, que ceux qui sont arrivés pour les 100 derniers kilomètres n’échangent pas vraiment avec les autres, qu’on ne partage peut-être pas tant de choses que ça.

On rencontre de moins en moins ceux qu’on connaissait. Le nombre de personnes et la taille des villes qui remplacent les villages font que l’état d’esprit a changé. Un pèlerin me disait cet après-midi : c’est quoi ces pèlerins qui se baladent avec des petits chiens ? Et un autre : T’as vu les Américaines maquillées comme pour un après-midi de shopping ? Bon, il ne faut pas exagérer non plus. Moi, les petits chiens, pas vu. Et puis le maquillage avec la chaleur qui fait, ça va mal finir…

Mais c’est vrai que si on devait définir en quelques mots l’esprit qui anime la plupart des gens tout le long du Chemin, on pourrait parler de simplicité, de concentration, de modestie, de partage, de non profit, d’authenticité. Et ces qualités, depuis quelques jours, on les ressent moins. Mais bon, on est tristes aussi de savoir que c’est la fin d’une belle histoire. Alors on verse peut-être un peu trop dans l’amertume…ou la nostalgie ?

Bon. Parlons de l’histoire des tampons sur la crédentiale…

Traditionnellement, ce coup de tampon était donné par le curé, l’hébergeur ou l’agent d’un office de tourisme pour attester de la condition du pèlerin et de sa bonne foi, lui permettre de bénéficier de gîtes ou d’auberges à des prix avantageux et d’être exonérés de certaines taxes de passage.

Aujourd’hui, n’importe quel bar ou épicerie vous donnera un coup de tampon même si vous descendez de votre voiture. Certains pèlerins ont quatre ou cinq tampons du même endroit. La crédentiale va être vite remplie…

Ma crédentiale hier.
Mais…que fait la Police espagnole ??? Bah elle aussi vous donne un coup de tampon si vous le souhaitez. C’est mieux qu’un coup de matraque. Et en plus on peut se faire prendre en photo avec eux. Trois pèlerins américains…Je pense qu’il doit y avoir 0 % de criminalité en Espagne alors il faut bien occuper la Guardia Civil et en plus, ça les rend heureux . Et puis ils sont payés pour ça.
Pèlerins nouvelle tendance…C’est le sac pour la journée. Le sac à dos arrivera en fourgonnette.
L’antépénultième journée, comme dit si bien Joël, est une belle journée de 29 kms. Cette nuit, Pluie et orage ont baissé un peu les températures.
Toujours les belles façades d’église.
Anciens greniers à maïs qu’on retrouve un peu partout dans la région. Le nom était « Orio ». Merci à mon hébergeur pour l’info.
De nombreux ponts romains en Espagne.

Malins les taxis ! La tentation s’écrit sur les murs….

On adore ! Appelle un taxxxxxxxxiiiiiiii. Sympa Kaa !

2 commentaires sur “Article 31. Les 100 derniers kilomètres

  1. Dégoutée…je te sens bien amère. Mais ta conscience est là pour témoigner que tu l’as fait dans les règles de l’art ton camino. Ici, pour nous 12 km et fourbus mais satisfaits. Repose en paix pour cette nuit.

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    1. Bravo Mireille.J’imagine qu’aujourd’hui tu dois être à St Jacques. YOU DID IT Tu m’impressionnes vraiment.
      Quelle merveilleuse expérience qui c’est sûr, te marquera à jamais.

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