Article 26. L’état intérieur avant Burgos.

Se prélassant en terrasse et sous les parasols de l’auberge San Anton, on élabore avec Martin et Blandine, deux autres pèlerins, les différents scénarios pour avoir le temps de profiter de Burgos. Le guide Miam Miam Dodo comme la feuille donnée par les hospitaliers de l’accueil des pèlerins de stJean Pied de Port suggèrent deux étapes de 19 kms environ. Cela permet en se levant toujours très tôt d’arriver le lundi vers 10h après deux heures de marche.

Mais l’idée de Martin est de vouloir passer une journée complète à Burgos et donc de faire les deux étapes proposées en une seule. Non mais tu te vois faire 38 kms dans la journée ??? Non, nous répond-il, mais les dix derniers kilomètres, c’est la zone industrielle, aucun intérêt, je prendrai un bus. D’ailleurs beaucoup font ça. De plus, on sait qu’on entre dans la fameuse région de la Meseta considérée comme ennuyeuse et non ombragée. La fête.

Je ne sais pas quoi en penser.

Comme expliqué dans l’article précédent, je n’avais pas été au mieux de ma forme ce jour-là pour avaler les 28 kms. C’est difficile d’expliquer ce que ça signifie. Pas de douleurs particulières mais vous avez l’impression que vous n’allez pas y arriver. Vous êtes partie pour encore six ou sept heures de marche et aujourd’hui vous pensez que vos jambes ne vont peut-être pas pouvoir. Ou plus vouloir. Y en a marre. Que la tâche à effectuer est au-dessus de vos forces. Vous regardez le podomètre tous les quarts d’heure. C’est tout ? 5 kms? 9 kms ? il reste tout ça à faire ? Il doit être tombé en panne. Heureusement, je marche toujours seule et personne n’est témoin de mes états d’âme. On se sent vidé de l’énergie nécessaire pour poursuivre la journée et avoir l’envie de ne pas faire autre chose que mettre un pied devant l’autre. Et si d’un seul coup, ce pied refusait d’avancer ? Bah tu vois, aujourd’hui je te dis non. J’en ai marre de faire en moyenne 40 000 pas quotidiens. Je fais grève. Je lève le pied. Débrouille toi.

Et là, tu te raccroches à ce que tu peux. Tu te dis que la situation pourrait être pire : je pourrais avoir très mal partout, il pourrait pleuvoir, je pourrais être malade, les paysages pourraient être moches, et puis tu réalises que personne ne va te faire avancer si tu ne le décides pas de l’intérieur. Et soudain, devant soi un pèlerin qu’on connaît et qu’on croise avec un grand sourire mutuel, Buen camino. Si, Je vais la faire cette journée avec mes 28 km prévus. Et je vais même reprendre mon rythme soutenu. Et quel bonheur de trouver à l’arrivée un bel endroit comme l’auberge San Anton. La récompense.

Alors quand j’entends Martin dire que doubler l’étape demain permet une journée complète à Burgos….je me demande si j’en suis capable. L’idée est tentante. Je fais une telle tête quand il parle de bus qu’il me dit en riant : Tu vas plus nous parler si on finit en bus ? Chacun fait comme il veut. De toute façon on ne marche pas ensemble. Je marche vite, je suis maintenant à 5km de moyenne. On retrouve les copains pèlerins en fin de journée ou aux pauses.

Je sais déjà que je ne monterai pas dans un bus mais je ne le dis pas. Soit je garde les deux étapes de 19 kms chacune, soit j’essaie les 2 en une car l’idée de deux nuits Burgos me tente fortement. Mais en serai-je capable ? Si j’ai la même énergie qu’aujourd’hui, je vais finir allongée sur le bord de la route…Je déciderai demain. Selon la façon dont je vais récupérer. S’il n’y a pas trop de ronflements par exemple…On est bien une quinzaine ce soir mais pas de lits superposés. C’est déjà ça.

Le lendemain, j’ai la forme. Je vais essayer d’aller à Burgos aujourd’hui.

Revoilà le soleil de ce matin-là. Je croise Martin rejoint bientôt par Blandine. Buen Camino !
Totems et Créativité en forêt.
Paysages des premières heures après la traversée de la forêt. Je m’attendais à moins bien.
Je suis bien, l’énergie est revenue. Après une douzaine de kilomètres, je sais que j’irai au bout. Je suis très concentrée , je croise des pèlerins mais ne ralentit pas le pas. En mode killer. Cette journée est un défi. Rien ne peut m’arrêter. Impression étrange. L’effet des endorphines ? C’est grave docteur ?
Ambiance. Une douzaine de kilomètres le long de la route goudronnée. Il fait très chaud mais heureusement il y a du vent.

Et puis enfin j’arrive au panneau tant attendu : Burgos.

J’en suis toute émue. Arrivant de nulle part, un cycliste espagnol vient vers moi et me demande : Italienne? Non, française. Il parle français. « À partir de là, il y a encore 5 kms jusqu’à la cathédrale. Mais tou peux prendrrre le bouss ! » Ah, mais c’est pas vrai ! J’ai rien demandé. Vade retro satanas. Je finirai à pied. Avec les balades de l’après-midi dans la ville, j’aurai marché 41 km ce jour-là. Défi réussi.

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