Article 23. Le Camino en Espagne

Aujourd’hui, lundi 30 mai déjà, j’ai passé la journée à Burgos. Deux nuits au même endroit, une première. Et dans une vraie chambre ! Pas dans un dortoir où parfois il faut prendre le gps pour aller aux toilettes et où il faut parfois attendre pour prendre une douche utilisée par d’autres pèlerins. Non, j’ai décidé qu’à Burgos, je prendrai une chambre avec douche et wc ! Le luxe quoi…Et puis c’est la fête des mères. Il faut dire qu’hier j’ai marché deux étapes en une pour arriver la veille et avoir toute la journée du lendemain pour partir à la découverte de Burgos. Ce qui représente une étape de 35 km dont une quinzaine en bord de nationale et dans une zone industrielle! Il fallait être motivée.

C’était dimanche donc j’ai échappé au trafic routier. Il faisait chaud mais heureusement avec du vent. Les pieds ne supportent plus le goudron donc on vise la petite bande de pierres entre herbes et bitume. Et ça sur 15 km….Rien à regarder. Si, ses pieds et la bande blanche….la fête. Hôtel bien mérité.

Mais revenons au début du camino en Espagne.

Il faut bien le reconnaître, j’ai souvent entendu dire que la partie espagnole du Chemin était moins belle que la partie française. En même temps, ce sont des Français qui disent ça. Je pensais alors qu’il n’allait pas être facile de rester motivée encore un mois si le meilleur est derrière !

Mais d’abord il faut choisir son camino en Espagne. Deux voies principales sont possibles à partir de la frontière française : le Camino del Norte ou le Camino francés.

C’est la question qu’on entend entre pèlerins du côté de Roncevaux: tu vas prendre quelle Voie?

Il est dit que celle du Nord, celle qui se situe entre montagne et Méditerranée est la plus belle- même si parfois il y a des zones industrielles qui ne font pas rêver- et la plus difficile . C’est aussi la plus longue. Peu d’hébergements. Environ 7% de fréquentation.

La Voie classique, la plus empruntée est celle couramment appelée le Camino francés. Certaines étapes sont très jolies mais elle a, paraît-il, une partie redoutable d’ennui qui est un vaste plateau, entre Burgos et Leon, sans arbres donc sans ombre qui se nomme la Meseta. Mais c’est sur le Camino francés que se situent les belles villes de Pampelune, Santo Domingo de la Calzada, Burgos et Leon. C’est souvent ainsi qu’elle est présentée. Environ 80% de fréquentation.

On avait décidé avec Pierre de faire le Camino francés pour des contraintes de temps et puis c’est souvent ce chemin qui est choisi pour un premier Saint Jacques.

J’aime bien les réflexions du couple qui tient la maison des pèlerins à Aire sur l’Adour et qui disait au sujet des deux Voies:

« Nous on aime le Camino francés parce qu’il y a de très belles étapes et puis, quand il n’y a pas grand chose à voir à l’extérieur, c’est peut-être là que commence vraiment le Camino. Il faut aller chercher en soi de la ressource pour dépasser les difficultés. Pour nous, le camino del Norte qui longe la mer, c’est de la rando. » C’est leur point de vue.

Trois très belles premières étapes.

De Roncevaux à Zubiri ( en Navarre). 22 kms.

Premières heures espagnoles. C’est l’heure des premiers pèlerins.
Petit déjeuner servi à la collégiale. Oui je sais….
Un coucou à St Jacques dans la petite chapelle éponyme avant le départ.
Principalement des allées forestières et de la descente. Après le col de Roncevaux, ça fait du bien.
Le ciel menaçant se maintiendra.
La descente sur Zubiri était terrible pour les pieds. Concentration maximale pour éviter les entorses.
Mais un joli village attendait les pèlerins trop heureux de mettre leurs pieds fumants dans la rivière dont la température a augmenté de deux degrés.
Zubiri signifie « le village du pont » en basque.

De Zubiri à Pampelune . 22 kms.

Toujours bien regarder où poser les pieds.
En Espagne, ces deux types de flèches nous indiquent la route à suivre.
Après deux heures de marche, les endroits au bord d’une rivière qui font rêver les pèlerins. Un temps de retrouvailles.

Et puis Pampelune, Pamplona, capitale de la Navarre. La porte d’entrée de la ville.

Jacques, pèlerin avec qui j’ai beaucoup marché et qui arrêtait le chemin à Pampelune pour cette année.
Un Coréen que j’ai pas mal aidé à son arrivée à Roncevaux parce qu’il se trouvait derrière moi dans la file d’attente et qu’il ne parle pratiquement pas un mot d’anglais. Fallait bien que ça tombe sur moi! Mais j’adore ce genre de situation.
Il était très stressé et je ne comprenais pas pourquoi. Alors il me disait trois ou quatre fois la même phrase en coréen, des fois que j’aurais eu une étincelle….mais nada. Pas la moindre lueur. Alors il a eu l’idée de sortir son traducteur, ce qui a donné : phrase orale en coréen et la traduction française pour moi : Bonjour, bonjour, avez-vous passé une bonne journée ? Bravo la traduction ! A mon avis, il s’en fout un peu, de ma journée. Mais le geste qu’il fait m’éclaire ! Un coup de tampon. Et les bras croisés devant lui ! J’ai compris ! Il n’a pas de credenciale! Je lui dis Camino passeport ? C’est ça ! Elle a enfin compris la Française . Pas grave, il va pouvoir en acheter une ici et avoir son premier coup de tampon. Ça va éclairer sa journée.
Arrivés à l’accueil, l’hospitalière me demande : a t’il réservé ? Ah mais moi, j’en sais rien, je l’ai pas adopté, je viens juste de le rencontrer et je ne parle pas un mot de coréen !!! Passeport. Il a compris. Ouf. Elle cherche son nom sur internet, sur ses feuilles, rien. Alors on le regarde toutes les deux, il nous regarde, on se regarde, et il recroise les bras devant lui. Ah bah non. Visiblement, il n’a rien réservé. Il débarque comme ça : Séoul Roncevaux, non mais ! Il a de la chance, il y a de la place. Elle m’explique où il va loger. Pour qu’il ne se perde pas dans les méandres de la collégiale, je l’accompagne jusqu’à son dortoir…et je lâche l’affaire. Son voisin prend le relais. Une bonne âme. Je ne vais quand même pas le border…Finalement c’est pas compliqué le coréen. Depuis on se recroise sur les différentes étapes, on est potes. Je sais dire maintenant bonjour en coréen : Agnoasséo. Pas sûr que ça me serve beaucoup en Isère…
Ovide, pèlerin roumain qui vient de terminer ses études de biologie et de théologie.
Superbe auberge sur la place de la cathédrale.

Pampelune ville magnifique. On est un samedi avec une grosse fiesta dans la ville. Heureusement, notre dortoir sera épargné par le bruit la nuit.

La mairie.
La cathédrale Santa Maria la Réal de Pamplona.
Contraste entre la sobriété des piliers et le clinquant des retables.
Mausolée royal du XV e siècle avec les gisants des Rois de Navarre: Charles III le Noble et Leonore de Trastamare.
Pleureuses en albâtre.

De Pampelune à Puente la Reina. 22 kms

De belles côtes pour démarrer. On préfère les avoir le matin qu’en fin de parcours mais après, ce ne sera que de la descente jusqu’à Puente Arena. De la belle balade.

Les fleurs que je vois le plus souvent sont les genêts et les coquelicots.
C’est à Puente la Reina que se rejoignent, d’après le premier guide du pèlerin, les différents chemins venant de France : les trois qui arrivent à Ostabat (Tours, Vézelay, Puy en Velay) plus celui de Arles.
L’église est accolée par un porche à un monastère qui recevait autrefois les pèlerins. Les Padres Reparadores accueillent toujours mais dans un autre bâtiment. C’est là que j’ai dormi pour 7 €. 100 places en dortoir ! Bon il y a plusieurs dortoirs. C’est sous ce porche que passe le chemin de St Jacques. Joli départ pour le lendemain.
Au petit matin. Le pont qui donne son nom à la ville. La Reina? On ne sait pas vraiment de qui il est question. Probablement de la reine Doña Mayor, femme de Sancho Garcés III roi de Navarre au début du XIe siècle. Il a été construit pour faciliter le passage des pèlerins. Merci, sinon on aurait été mouillés.

De Puente la Reina à Ayegui. 27 kms.

Cette journée a été magnifique. J’avais l’impression de voir la Chartreuse et le Vercors au loin.

Encore une fois, pas de pluie malgré des pronostics peu engageants.
La vue d’un village, c’est l’espérance d’un petit café et des doigts de pied à l’air. La vraie vie quoi…
Villages toujours très propres.

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