Notre Camino est assurément très différent depuis le Puy. De Charavines à l’arrivée du Puy, sur une semaine, nous avions rencontré seulement trois pèlerins : un Suisse qui marchait depuis Lausanne et les deux petits jeunes, l’un Suisse, l’autre Allemand, qu’on avait rencontrés la première fois à la Côte saint André.
À partir du Puy, des centaines de pèlerins sont arrivés en voiture ou en train puis se sont répartis dans les multiples relais, gîtes, accueils jacquaires, hôtels bien sûrs, où ils resteront un ou deux jours avant de démarrer leur Chemin. Tout commence par une bénédiction le matin du départ à 7 heures à la cathédrale. D’après nos hospitaliers du relais saint Jacques, chaque bénédiction est différente, selon l’humeur du prêtre ou de l’évêque. La veille, il paraît que le prêtre était en forme et avait fait beaucoup d’humour. Nous, c’était l’évêque, pas spécialement drôle mais bon, on vient pour une bénédiction, pas pour voir Dany Boon. Il a le look l’évêque. Tout petit , tout de noir vêtu dans un pantalon serré aux chevilles, les chaussures bien lustrées, la montre- gousset qu’il regarde régulièrement avant les sept heures, une énorme croix sur un ventre bedonnant, le sourire très en coin, il veut d’abord faire connaissance avec la tournée du matin faite de 80 pèlerins présents. Je me demande bien comment il va s’y prendre.
A la cantonade, il demande d’abord de quel continent on vient. On sait qu’il y a au moins un Brésilien avec qui on a échangé au relais. Il y en a un des États Unis, un d’Australie, et la majorité d’Europe ( Hollande, Angleterre, Allemagne, Suisse). Puis il demande de quelle région de France on est. Il explique que c’est pour des statistiques. Une jeune sœur, toute guillerette, note les chiffres. Il nous parle de la Vierge noire évoquée à plusieurs reprises dans la Bible. La Vierge change de vêtements. La semaine sainte, elle était bleue, le jour de la Passion, elle est rouge. La sœur toute contente me souffle : « Elle a beaucoup de robes, c’est une vraie fille! » On est contents qu’elle soit contente.
Ensuite, on a eu la bénédiction après une courte prière. Et puis on a reçu des cadeaux. Une petite médaille avec Marie et une coquille, un chapelet ultra light (merci) blanc. Et l’évangile de Saint Luc, minuscule pour le transport mais illisible pour moi. C’est l’année Saint Luc. Une trappe énorme s’ouvre sur un escalier dans lequel s’engouffrent les pèlerins pour quitter la cathédrale et commencer à marcher. Ce sont les premiers pas pour beaucoup.
On a lu à une exposition sur le Camino qu’il y a 56 % d’hommes et 44 % de femmes . Les hospitaliers sont surpris et nous aussi car il nous semble croiser une majorité de femmes. 57 % des pèlerins ont entre 30 et 60 ans, 28 % ont moins de 30 ans et 15 % ont plus de 60 ans. C’est nous.
En 2012, le bureau des pèlerins à St Jacques de Compostelle a recensé 192 488 pèlerins de 133 nationalités différentes.
Parlons Corée. En 2004, on peut presque appeler les pèlerins coréens par leur prénom, ils sont 18. En 2007, ils sont 449. Les voici en 2012 près de 2500. Ils sont aujourd’hui le 11e pays le plus représenté sur les chemins. Étonnant.
La majorité des pèlerins avec qui on a échangé font seulement quelques jours du Chemin sur leurs vacances. Beaucoup continuent d’une année sur l’autre en reprenant l’année suivante, là où ils s’étaient arrêtés. D’autres refont une partie qu’ils ont beaucoup aimée. Dans ceux que nous avons rencontrés, très peu allaient jusqu’à Saint Jacques.
Certains pèlerins sont en groupe d’amis pouvant aller jusqu’à neuf parmi ceux rencontrés, d’autres sont en binômes, deux amis ou amies, de nombreuses femmes le font seules et chaque jour se font de nouvelles copines dans les gîtes. Très peu de pèlerins campent. Les gîtes sont très bien organisés, la nourriture est très bonne et la literie aussi mais sur deux mois et demi, à deux personnes, cela représente un budget. La tente, c’est la liberté et de l’économie. On a encore la nuit gratuite ce soir au Sauvage.
Il existe des sociétés de portage qui viennent chercher votre sac le matin et vous l’emmènent le soir à votre nouveau gîte. Des groupes ou des individuels en bénéficient.
Les échanges se font très simplement entre pèlerins sur le Chemin. On se tutoie tout de suite. Chacun y va de ses bobos, de sa région, de la météo, des prières d’une telle pour soigner le genou de l’autre.
Mais le Chemin, c’est aussi et surtout savoir se retrouver seul dans le paysage, sur les cailloux, dans ses pensées, dans son passé, dans ses pieds qui ne se font pas oublier, dans le pourquoi je suis là et autres réflexions existentielles. C’est également la rencontre avec l’autre, avec de nouveaux lieux.
Photos entre le Puy et la première étape à Montbonnet.







Saint Privas d’Allier













Ce soir, on campe au Sauvage, après Saugues.
C’est une région que j’affectionne tout particulièrement. Surtout quand il fait beau.
Profitez bien et soignez vos ampoules 💡.
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