Parlons pieds. Ce sont les fondamentaux du pèlerin.
On pourrait croire qu’après un certain nombre de kilomètres dans les pieds, on n’a plus mal aux pieds. A cette étape du 23 mai, je peux dire qu’en ce qui me concerne, j’ai encore mal aux pieds mais que depuis bien longtemps, il ne s’agit plus d’ampoules. On est passé à des douleurs différentes.
Malgré une paire de semelles achetées à prix d’or à St Jean Pied de Port (semelles vendues aux champions, bien sûr, d’après le vendeur, sans doute pour justifier le prix..) c’est vrai que sur le moment je me suis crue sauvée et me prenais pour Zebulon en sortant (le vendeur, Zebulon, ça ne lui disait rien). Pas le temps de lui parler du manège enchanté. Bref, l’effet Zébulon n’a pas duré. Concrètement, à chaque pas depuis deux ou trois semaines, la douleur est dans la voûte plantaire. J’ai l’impression que mon pied s’affaisse. J’ai les pieds très creux et je rêve de mettre une pelote de laine dans le creux pour les soutenir. Et là, malgré mes nouvelles semelles, je comprends que mes chaussures ont 1300 km au compteur avec les randos d’avant le camino et qu’elles sont usées ! C’est ce qui m’inquiète depuis un moment. On ne part pas avec des chaussures neuves mais je sens que je n’ai plus le choix.
Dans la montée menant à Ayegui, je téléphone à Pierre pour lui demander s’il peut regarder s’il y a un Decathlon à Burgos. Je continue de monter une trentaine de mètres et je tourne la tête sur la gauche et j’aperçois…un Decathlon. Je n’ai qu’à traverser la route et me voilà dans le rayon chaussures. Je prends le modèle le plus approchant des miennes et je glisse mes super semelles dedans. Dans les jours qui suivent, je comprends que j’ai bien fait de les changer car le problème était là. La douleur de la voûte plantaire va s’estomper progressivement.
Aujourd’hui, mercredi 1 juin, je peux dire que je n’ai plus mal aux pieds depuis peut-être une semaine. Je les pommade toujours après une quinzaine de kilomètres puis je change de chaussettes et j’ai ajouté, comme d’autres pèlerins, un nouveau rituel : les 10 ou 12 derniers kilomètres, je termine en sandales de randonnée. Pour l’instant c’est parfait. Pourvu qué ça dourrre.
Quelques photos de Estella, ville bâtie sur des collines où se trouve le Palais des rois de Navarre, malheureusement fermé le jour de mon passage.
Ça va, je marche dans le bon sens.Sur la rivière Ega.Irache est célèbre dans le monde des pèlerins pour sa fontaine de vin. Elle compte des caves dont la devise est : Pèlerin, si tu veux arriver à Santiago avec force et vitalité, de ce grand vin, bois un coup et trinque à la félicité. Quand je suis passée à 6h30, la fontaine ne fonctionnait que pour l’eau…les pèlerins qui sont arrivés une demi-heure plus tard ont pu tirer du vin.Des vignes à perte de vue.Gracias !Des genêts très odorants.Au détour d’une église…Ruines d’un ancien hôpital pour pèlerins.Navarrete célèbre pour sa viticulture et sa poterie.Le superbe chœur de l’église de Navarrete.Je porte toujours mon sac.Non je ne marche pas avec des échasses. Il est 6 h du côté de Najera.
Aujourd’hui, lundi 30 mai déjà, j’ai passé la journée à Burgos. Deux nuits au même endroit, une première. Et dans une vraie chambre ! Pas dans un dortoir où parfois il faut prendre le gps pour aller aux toilettes et où il faut parfois attendre pour prendre une douche utilisée par d’autres pèlerins. Non, j’ai décidé qu’à Burgos, je prendrai une chambre avec douche et wc ! Le luxe quoi…Et puis c’est la fête des mères. Il faut dire qu’hier j’ai marché deux étapes en une pour arriver la veille et avoir toute la journée du lendemain pour partir à la découverte de Burgos. Ce qui représente une étape de 35 km dont une quinzaine en bord de nationale et dans une zone industrielle! Il fallait être motivée.
C’était dimanche donc j’ai échappé au trafic routier. Il faisait chaud mais heureusement avec du vent. Les pieds ne supportent plus le goudron donc on vise la petite bande de pierres entre herbes et bitume. Et ça sur 15 km….Rien à regarder. Si, ses pieds et la bande blanche….la fête. Hôtel bien mérité.
Mais revenons au début du camino en Espagne.
Il faut bien le reconnaître, j’ai souvent entendu dire que la partie espagnole du Chemin était moins belle que la partie française. En même temps, ce sont des Français qui disent ça. Je pensais alors qu’il n’allait pas être facile de rester motivée encore un mois si le meilleur est derrière !
Mais d’abord il faut choisir son camino en Espagne. Deux voies principales sont possibles à partir de la frontière française : le Camino del Norte ou le Camino francés.
C’est la question qu’on entend entre pèlerins du côté de Roncevaux: tu vas prendre quelle Voie?
Il est dit que celle du Nord, celle qui se situe entre montagne et Méditerranée est la plus belle- même si parfois il y a des zones industrielles qui ne font pas rêver- et la plus difficile . C’est aussi la plus longue. Peu d’hébergements. Environ 7% de fréquentation.
La Voie classique, la plus empruntée est celle couramment appelée le Camino francés. Certaines étapes sont très jolies mais elle a, paraît-il, une partie redoutable d’ennui qui est un vaste plateau, entre Burgos et Leon, sans arbres donc sans ombre qui se nomme la Meseta. Mais c’est sur le Camino francés que se situent les belles villes de Pampelune, Santo Domingo de la Calzada, Burgos et Leon. C’est souvent ainsi qu’elle est présentée. Environ 80% de fréquentation.
On avait décidé avec Pierre de faire le Camino francés pour des contraintes de temps et puis c’est souvent ce chemin qui est choisi pour un premier Saint Jacques.
J’aime bien les réflexions du couple qui tient la maison des pèlerins à Aire sur l’Adour et qui disait au sujet des deux Voies:
« Nous on aime le Camino francés parce qu’il y a de très belles étapes et puis, quand il n’y a pas grand chose à voir à l’extérieur, c’est peut-être là que commence vraiment le Camino. Il faut aller chercher en soi de la ressource pour dépasser les difficultés. Pour nous, le camino del Norte qui longe la mer, c’est de la rando. » C’est leur point de vue.
Trois très belles premières étapes.
De Roncevaux à Zubiri ( en Navarre). 22 kms.
Premières heures espagnoles. C’est l’heure des premiers pèlerins.Petit déjeuner servi à la collégiale. Oui je sais….Un coucou à St Jacques dans la petite chapelle éponyme avant le départ.Il y a encore quelques pas à faire…Principalement des allées forestières et de la descente. Après le col de Roncevaux, ça fait du bien.Le ciel menaçant se maintiendra.La descente sur Zubiri était terrible pour les pieds. Concentration maximale pour éviter les entorses.Mais un joli village attendait les pèlerins trop heureux de mettre leurs pieds fumants dans la rivière dont la température a augmenté de deux degrés.Zubiri signifie « le village du pont » en basque.
De Zubiri à Pampelune . 22 kms.
Toujours bien regarder où poser les pieds.En Espagne, ces deux types de flèches nous indiquent la route à suivre.Après deux heures de marche, les endroits au bord d’une rivière qui font rêver les pèlerins. Un temps de retrouvailles.
Et puis Pampelune, Pamplona, capitale de la Navarre. La porte d’entrée de la ville.
Jacques, pèlerin avec qui j’ai beaucoup marché et qui arrêtait le chemin à Pampelune pour cette année.Un Coréen que j’ai pas mal aidé à son arrivée à Roncevaux parce qu’il se trouvait derrière moi dans la file d’attente et qu’il ne parle pratiquement pas un mot d’anglais. Fallait bien que ça tombe sur moi! Mais j’adore ce genre de situation. Il était très stressé et je ne comprenais pas pourquoi. Alors il me disait trois ou quatre fois la même phrase en coréen, des fois que j’aurais eu une étincelle….mais nada. Pas la moindre lueur. Alors il a eu l’idée de sortir son traducteur, ce qui a donné : phrase orale en coréen et la traduction française pour moi : Bonjour, bonjour, avez-vous passé une bonne journée ? Bravo la traduction ! A mon avis, il s’en fout un peu, de ma journée. Mais le geste qu’il fait m’éclaire ! Un coup de tampon. Et les bras croisés devant lui ! J’ai compris ! Il n’a pas de credenciale! Je lui dis Camino passeport ? C’est ça ! Elle a enfin compris la Française . Pas grave, il va pouvoir en acheter une ici et avoir son premier coup de tampon. Ça va éclairer sa journée. Arrivés à l’accueil, l’hospitalière me demande : a t’il réservé ? Ah mais moi, j’en sais rien, je l’ai pas adopté, je viens juste de le rencontrer et je ne parle pas un mot de coréen !!! Passeport. Il a compris. Ouf. Elle cherche son nom sur internet, sur ses feuilles, rien. Alors on le regarde toutes les deux, il nous regarde, on se regarde, et il recroise les bras devant lui. Ah bah non. Visiblement, il n’a rien réservé. Il débarque comme ça : Séoul Roncevaux, non mais ! Il a de la chance, il y a de la place. Elle m’explique où il va loger. Pour qu’il ne se perde pas dans les méandres de la collégiale, je l’accompagne jusqu’à son dortoir…et je lâche l’affaire. Son voisin prend le relais. Une bonne âme. Je ne vais quand même pas le border…Finalement c’est pas compliqué le coréen. Depuis on se recroise sur les différentes étapes, on est potes. Je sais dire maintenant bonjour en coréen : Agnoasséo. Pas sûr que ça me serve beaucoup en Isère…Ovide, pèlerin roumain qui vient de terminer ses études de biologie et de théologie. Superbe auberge sur la place de la cathédrale.
Pampelune ville magnifique. On est un samedi avec une grosse fiesta dans la ville. Heureusement, notre dortoir sera épargné par le bruit la nuit.
La mairie.La cathédrale Santa Maria la Réal de Pamplona. Contraste entre la sobriété des piliers et le clinquant des retables. Mausolée royal du XV e siècle avec les gisants des Rois de Navarre: Charles III le Noble et Leonore de Trastamare.Pleureuses en albâtre.
De Pampelune à Puente la Reina. 22 kms
De belles côtes pour démarrer. On préfère les avoir le matin qu’en fin de parcours mais après, ce ne sera que de la descente jusqu’à Puente Arena. De la belle balade.
Les fleurs que je vois le plus souvent sont les genêts et les coquelicots. C’est à Puente la Reina que se rejoignent, d’après le premier guide du pèlerin, les différents chemins venant de France : les trois qui arrivent à Ostabat (Tours, Vézelay, Puy en Velay) plus celui de Arles. L’église est accolée par un porche à un monastère qui recevait autrefois les pèlerins. Les Padres Reparadores accueillent toujours mais dans un autre bâtiment. C’est là que j’ai dormi pour 7 €. 100 places en dortoir ! Bon il y a plusieurs dortoirs. C’est sous ce porche que passe le chemin de St Jacques. Joli départ pour le lendemain.Au petit matin. Le pont qui donne son nom à la ville. La Reina? On ne sait pas vraiment de qui il est question. Probablement de la reine Doña Mayor, femme de Sancho Garcés III roi de Navarre au début du XIe siècle. Il a été construit pour faciliter le passage des pèlerins. Merci, sinon on aurait été mouillés.
De Puente la Reina à Ayegui. 27 kms.
Cette journée a été magnifique. J’avais l’impression de voir la Chartreuse et le Vercors au loin.
Encore une fois, pas de pluie malgré des pronostics peu engageants.La vue d’un village, c’est l’espérance d’un petit café et des doigts de pied à l’air. La vraie vie quoi…Villages toujours très propres.
Chaque pèlerin fait son Camino comme on dit ici et ce n’est pas forcément celui du voisin. Il y a peut-être autant de chemins que de pèlerins.
J’aurais vraiment été déçue de ne pas faire la partie espagnole après la Voie du Puy car on sent une vitalité et une énergie nouvelles (ça y est, elle a pris trop le soleil..) qui viennent des nombreux jeunes du monde entier qui se sont mis en route depuis Saint Jean Pied de Port.
Ils sont heureux d’être là. Parfois seuls, parfois avec un ami, parfois en groupe de copains, ils sont venus du Brésil, de Corée, du Mexique, et à chaque fois qu’ils vous verront, ils vous diront avec le sourire et beaucoup de gentillesse « Buen Camino ». Cela leur a coûté cher de venir mais c’était un de leurs rêves qu’ils voulaient réaliser. Alors ils sont tout simplement heureux d’être là et ça se voit. Et cette joie est contagieuse.
On peut penser alors que le Chemin est fait principalement pour des jeunes en bonne santé. Pas du tout. Il y a aussi de nombreux retraités, certains venant de Hollande, d’Australie, de Suède, du Canada. Âgés mais d’allure sportive et avançant d’un pas décidé.
Et puis il y a d’autres pèlerins. Tellement en dehors du profil pèlerin que c’est sûrement eux qui ont le plus de mérites. Des personnes fragiles ou en surpoids important, qui font le chemin avec des étapes très courtes, sans le sac, ou qui prennent un bus pour certaines parties. C’est leur chemin et c’est bien qu’elles soient là aussi. Tout le monde y a droit.
Hier, je fais la connaissance de Lili qui a les pieds dans une bassine d’eau froide au moment où je la croise dans l’auberge où je dormirai le soir . On se parle en anglais puis apprenant que je suis française, elle se met à parler un français parfait. Elle est hollandaise mais vit en Italie depuis une quarantaine d’années. Elle parle aussi très bien l’espagnol. Cinq langues, bravo Lili. Le Camino est difficile pour elle. Elle était prof d’anglais quand, il y a vingt-cinq ans, on lui a détecté une tumeur au cerveau. Elle a été opérée mais a toujours des séquelles qui sont souvent invisibles pour les autres ou difficiles à comprendre, même par ses trois enfants. On lui dit un chiffre au téléphone et elle va en écrire un autre. Elle a tout le temps peur de se perdre. C’est arrivé sur le chemin dans une partie en forêt. Elle était paniquée. Elle fatigue très vite. Comme elle n’a pas pu poursuivre son travail, elle vit avec une toute petite pension dans un appartement très petit…..Et elle s’est demandée comment elle pouvait aider les Ukrainiens. Alors elle a eu l’idée de se mettre en marche pour eux, pour les aider, en priant tout le long du chemin. Elle ne sait pas jusqu’où elle pourra aller mais elle essaie de continuer tant qu’elle le peut. J’aime beaucoup cette personne pleine de culture et d’intelligence mais je ne la reverrai probablement pas car elle fait de petites distances chaque jour.
Ce qui est sûr c’est que le chemin n’est facile pour personne. Les pèlerins se lèvent entre 5 et 7 h, ils marchent dans la journée d’un pas qui ne montre pas de difficultés, mais l’heure de vérité apparaît souvent au détour de quelques marches à gravir …ou à descendre en fin de journée. L’un a du mal à plier les genoux, l’autre change les pansements de ses pieds, untel se frotte les reins, beaucoup ont une démarche qui tire un peu sur le pingouin… mais quand les regards se croisent, on sourit, on se comprend, on est tous embarqués dans la même aventure. On s’aide si besoin. Beaucoup de bienveillance ça fait du bien. C’est ce qui fait que le chemin est le Chemin.
Alors tous ces gens que j’aperçois chaque jour, certains dont je connais le prénom, d’autres dont je connais seulement le nom du pays, d’autres que je vois pour la première fois, je les aime et je leur dis aussi avec beaucoup d’amour : Buen Camino. On va tous ensemble aller au bout.
Évidemment, c’est une étape importante dans la tête du pèlerin pour plusieurs raisons. Pour certains pèlerins, c’est la fin de la partie française du Chemin. On a déjà bien marché. On est bien échauffés et la grimpette ne nous inquiète pas plus que ça. Pour la majorité des gens, c’est le début du camino. Ceux-là sont en général plus inquiets car pour eux ce sera leur premier jour de marche avec un dénivelé important. Je rencontre des étrangers qui se préparent à faire le pèlerinage et qui n’ont jamais entendu parler des Voies françaises précédant St Jean Pied de Port. La veille du départ, dans mon dortoir : une Canadienne, un Allemand, une Allemande, un Coréen, un Brésilien. Je suis la seule Française. Le rapprochement des peuples…
Je décide de quitter l’auberge vers 6h dans les premières lueurs matinales. Le petit-déjeuner n’étant servi qu’à partir de 6h30, j’ai prévu des pains au lait et du chocolat que je mange avant le départ. Mais première déconvenue en ouvrant la porte : Il bruine fort, il pleuviote. Je me dis que c’est pas de chance, qu’on ne va rien voir aujourd’hui du foutu col. Que la journée va se passer sous la cape de pluie. Bonheur assuré…
Ambiance. On ne voit rien des paysages. Les capes de pluie sont de sortie. La journée va être joyeuse…Tiens, des chevaux sur la route. Je suis déçue également de constater qu’on marche beaucoup sur la route, pas sur des chemins. Cela viendra plus loin.
Et puis le miracle se produit. Le brouillard devient moins épais, le soleil peu à peu tente une percée. Le ciel est bleu. On va pouvoir profiter de la vue.
Arc en ciel blanc derrière moutons…blancs.Orrreaga est Roncevaux en basque, Roncesvalles en espagnol.On a désormais quitté la route pour avancer sur le chemin empierré. De nombreux marcheurs se croisent et se recroisent. Certains le font à vélo, plus souvent marchant à côté qu’assis sur la selle.Je n’aurais jamais pensé les premières heures de marche avoir un tel ciel sur les hauteurs.Structure bizarre qui indique le point le plus élevé du col.
De Saint Jean Pied de Port à Roncevaux, il y a 27 km à parcourir , 1250 m de dénivelé positif, point le plus élevé : 1057 m d’altitude.
Le vent nous empêchera d’avoir trop chaud.Et voilà l’Espagne ! Il n’y a plus qu’à redescendre…L’arrivée à la Collégiale de Roncevaux où pratiquement tout le monde a réservé. Les hospitaliers de St Jean disaient que cela n’ouvrait qu’à 16h. Pas du tout. L’usine à gaz. Il faut attendre dehors en plein soleil et ça cogne de plus en plus. Les gens sont stoïques car tout le monde est très fatigué et il faut patienter. On rentre par groupe de dix. On reçoit un collier de telle couleur pour identifier les groupes. L’hospitalier en veste rouge appelle les colliers noirs à rentrer. Ce n’est pas fini. On attend ensuite à l’intérieur dans une salle, cette fois-ci assis et surtout à l’ombre. Colliers roses au premier plan, colliers jaunes au fond. Les dortoirs vont bientôt nous être attribués. Ils sont très bien conçus , formant des compartiments de quatre lits. Je serai ce soir avec un Hollandais au-dessus de ma couchette, l’Allemande, Heidi, avec qui j’étais à St Jean Pied de Port dort en face sur la couchette du haut et à mon niveau sur la couchette du bas, un Hong-Kongais qui m’explique pendant de longues minutes qu’il s’excuse si jamais il ronfle mais que normalement il ne ronfle pas, c’est ce qu’on lui a toujours dit, en même temps comme il dort il ne peut pas en être vraiment sûr et que quoiqu’il en soit, comme tout le monde est très fatigué, cela peut arriver à tout le monde cette nuit de ronfler. Oui oui je suis d’accord. Il est tout jeune, tout sourire. Le lendemain, il ne me calcule plus….. J’ai dû ronfler….
Partir tôt seule dans les brumes matinales réserve parfois de belles surprises. J’avais déjà croisé des chevreuils au détour du chemin mais un léger bruit de mon bâton les avait fait fuir. Pas cette fois-ci.
Chemin me faisant passer entre champs labourés et forêts.Plus tard dans la journée, j’ai croisé Gaby qui emmène les cendres de son père dans son village natal en Espagne et qui récolte des fonds pour les enfants atteints du cancer à l’hôpital de Dijon, son père étant mort de cette maladie. L’association s’appelle « coup de pouce ».
La deuxième partie du Chemin de St Jacques commence à se dessiner à Ostabat au pays basque car c’est le lieu où convergent les trois chemins principaux de saint Jacques : la Voie du Puy, la Voie de Tours et celle de Vézelay. Autrefois, plus de quinze hôtelleries accueillaient ici jusqu’à cinq mille pèlerins car le village était une étape importante du pèlerinage. Mais il sera fortement touché par la peste noire puis deux siècles plus tard incendié par Charles Quint. Aujourd’hui c’est un joli petit village.
La particularité du lieu est que je rencontre des pèlerins venant de communes se situant sur la Voie de Vézelay. Trois jeunes d’une trentaine d’années, c’est leur deuxième jour. Mal aux pieds, mal aux épaules. Ils se demandent comment on peut marcher plusieurs semaines. Ça va venir…Quelques petits conseils donnés par les anciens que nous sommes.
La stèle de Gibraltar, érigée en 1964, matérialise la jonction entre les trois Voies citées plus haut. À partir de là, les pèlerins cheminent ensemble vers le Chemin des étoiles. Rien à voir avec Gibraltar. Le mot viendrait d’une déformation du nom basque du sanctuaire voisin Chibaltarem. Cette photo était prise à Ostabat pour fêter mes 1000 km parcourus. Quelques jours plus tard, Monique, assise à ma droite a fait un malaise en haut du col de Roncevaux. Elle a été évacuée par les pompiers et est bien rentrée chez elle depuis entourée par ses trois amis. Tout va bien maintenant.
Merci!
Passer sous la barre des 1000, moralement, ça fait du bien.Nains regardant passer le pèlerin.Voilà le programme des prochains jours. Il manque St Jean Pied de Port entre Ostabat et Roncevaux. Quand même !On est d’accord. Ne renonce jamais.
Il est un peu plus de 6h. Je quitte Ostabat pour St Jean Pied de Port. J’aime beaucoup les premières heures de marche quand la nature se réveille.
Premier aperçu de Saint Jean Pied de Port.L’entrée de la ville.L’accueil des pèlerins. Les hospitaliers, bénévoles pour une dizaine de jours, renseignent le pèlerin sur les hébergements, les étapes du col de Roncevaux, les précautions à prendre, les différentes voies espagnoles.On monte ou on descend. On s’entraîne pour le lendemain, col de Roncevaux.
Bravo Pascale! C’était bien Gambetta embêté sur la place de Cahors.
Je vais passer rapidement sur cette partie car j’ai hâte de vous parler la prochaine fois des changements depuis Ostabat et surtout depuis le Puy. Je vous écris ce soir de Puente La Reina en Espagne et j’ai quitté ce matin Pampelune à…5h55! Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour échapper à la chaleur.
Voilà en rouge le chemin de Compostelle dans le Tarn et Garonne.
Premier aperçu de Lauzerte ville fortifiée.Un piélerinL’ Art contemporain côtoie dans les ruelles les enseignes à la mode médiévale.Lauzerte toujours.Simplicité des petites chapelles.
C’est à Auvillar que Pierre a été obligé de s’arrêter de marcher et a été récupéré en voiture par notre amie Brigitte venue de Toulouse passer la soirée avec nous.
Ils ont une place qui porte leur nom à Moissac parce que, pendant la seconde guerre mondiale, ils ont caché et sauvé des centaines d’enfants juifs de la folie nazie. Respect.Chemin facile en quittant Moissac. Une vingtaine de kilomètres à longer le canal latéral à la Garonne. Ce sera le dernier trajet de Pierre avant le retour à la maison.Sur le TarnLa halle aux grains d’Auvillar, village classé parmi les plus beaux de France. Il y a un port mais on n’a pas eu le courage d’y redescendre une fois arrivés dans la partie ancienne du village.Toutes les occasions sont bonnes pour mettre les pieds à l’air.Je sais désormais ce que je ferai de mes chaussures qui auront fait le camino.De nombreux endroits comme celui de droite sont mis à la disposition du pèlerin par des particuliers, pour un simple repos ou une pause café par exemple. Sympa.Encore un St Jacques ……plus ou moins épuré.À Castel Arrouy.Nous voilà chez les Gascons ! Le GersLectoureOn retrouve du plat. Ce n’est pas la partie du Chemin la plus jolie d’après moi.La superbe Romieu et sa collégiale.Et de belles arcades pour se rafraîchir à l’ombre.Devant la cathédrale de Condom. Costauds les Mousquetaires.
Ici dans un chai où l’hébergeur offre l’apéritif. Pierre aurait plus apprécié que moi l’Armagnac. Je marche seule et le soir je retrouve des pèlerins croisés dans la journée.
Vaylats est une commune qui se situe dans le causse de Limogne, un des quatre causses du Quercy. On la cite pour son imposant couvent.
Mais c’est quoi un causse ? Un plateau karstique bien érodé qu’on trouve au sud et à l’ouest du Massif Central.
Couvent de la congrégation des Filles de Jésus qui pratique l’accueil des pèlerins depuis des décennies…On y a dormi, très bien accueilli par des hospitaliers. Mais mal dormi à cause de la ronfleuse pèteuse citée dans un article précédent (pour ceux qui suivent…).Art rupestre….un peu après Lascaux.Des caselles, abris de pierre faits par les vignerons.Et puis il y a l’arrivée par le chemin qui surplombe Cahors, magnifique dans son cadre de verdure.Cathédrale Saint Étienne .Les cloîtres. Éternel lieu de sérénité.La photo ne rend pas bien la profondeur de la coupole qui est superbe. Une des plus grandes sur ce genre d’édifice : 20 m de diamètre et 32 m de profondeur quand même !Quel personnage politique les oiseaux viennent-ils embêter? Réponse article suivant.Dans les villes c’est en suivant la coquille au sol qu’on retrouve le Chemin.Le pont Valentré est appelé également Pont du Diable pour une sombre histoire de pacte entre le maître d’œuvre et le diable qui s’engageait à finir les travaux rapidement. Par manque d’artisans déjà…Comme l’autre évidemment n’avait pas envie de brûler en enfer, il lui a faite à l’envers mais le perfide satan s’en est bien sûr rendu compte et depuis, il envoie chaque soir un de ses diablotins desceller la dernière pierre posée….ça craint. Bon, on n’a pas eu de soucis en le traversant.C’est le départ, il est 7h. Dernière vue sur Cahors. Grosse grimpette mais c’est le matin alors elle passe bien. Comme ça on est fixés. No satisfaction. D’abord il faut prononcer toutes les lettres. Comme chacun sait, Kuk signifiait Colline en celte.On est dans le Quercy blanc maintenant. Blanc à cause du calcaire qui affleure. On a campé à Lascabanes . Ce lieu restera mémorable pour nous puisque lors de la messe des pèlerins, le prêtre nous a lavé le pied. Je dis bien le pied. Il n’a pas que ça à faire. L’autre ce sera pour la prochaine fois… Mais on choisit celui qu’on veut.Chênes truffiers. Très…chiant sous la semelle qui sent bien toutes les aspérités. Et il fait chaud. Et ça grimpe …Le Scrabble c’est pas mal aussi…C’est gentil. Nous aussi.
Aujourd’hui dimanche 15 mai je suis dans le Béarn, à Navarrenx. Mercredi , si tout va bien, je serai à Saint Jean Pied de Port. Il fait de plus en plus chaud, hier étape de 32 km car tous les gîtes étaient complets mais sous la chaleur et toutes les côtes en fin de journée, c’était une dure journée. Donc aujourd’hui, une petite étape d’à peine 15 km jusqu’à Navarrenx avalée en à peine 3 heures. Physiquement ce qui devient difficile pour les pèlerins au long cours est de marcher sur le goudron. On a les pieds en feu. Et depuis plusieurs jours, il y a beaucoup de routes. Je me dis que les pèlerins du moyen âge n’avaient pas ce souci. Bon, ils en avaient d’autres. Et puis il n’y avait pas decathlon
Pour l’instant, revenons à Figeac, 28 avril.
Le héros de la ville, c’est lui.
Champollion né à Figeac en 1778. La ville lui a fait un très beau musée et un artiste a reproduit une immense pierre de Rosette sur une place. Découverte par un soldat lors de l’expédition de Bonaparte en Égypte, on se l’est faite prendre par les Anglais comme trésor de guerre. Et depuis 1802, ils fanfaronnent en l’exposant au British Muséum ! Bon, si nous, Français, devions rendre la Joconde aux Italiens…on ne serait peut-être pas tous d’accord. Affaire complexe.
Il n’y a pas de faute.
Page culture sur la fameuse Pierre de Rosette.
Tout d’abord pourquoi Rosette ? C’est le nom du village où elle a été découverte.
1419 hiéroglyphes pour 486 mots grecs, ça s’est réduit au fil des années et encore, c’était avant les sms…LOL
Cette stèle est bilingue, alors pourquoi trois écritures ?
Parce que deux d’entre elles concernent l’égyptien: les hiéroglyphes, écriture traditionnelle pour textes sacrés et officiels, un peu comme notre latin autrefois, et le démotique, l’écriture cursive plus rapide pour faire la liste des courses, enfin pour les échanges quotidiens.
Et le grec qui était la langue de la dynastie au pouvoir en Égypte à cette époque. La dynastie des Ptolémée bien sûr.
Champollion qui lisait couramment le grec et le copte a pu déchiffrer le reste. Bravo.
Mais de quoi parle-t-elle ?
Le texte parle de l’établissement d’un culte en l’honneur du jeune pharaon Ptolémée V en échange de privilèges accordés aux temples.
Pause sous Les Halles devant la librairie…Champollion.Une ville qu’on a trouvé magnifique et où on espère revenir…en voiture.Après Figeac.Paysages du Lot
Faycelles, une belle découverte.
Le nom du chemin gardera tout son mystère…On a dormi près de ce dolmen dans une œuvre d’art. La journée a été très longue car, ayant quitté Figeac après la visite du musée pour une étape de 24 km, on est arrivés à cet endroit vers 19h sans savoir ce qu’on allait trouver exactement. On savait seulement qu’il y avait un abri où dormir.C’est une création faite par un groupe d’artistes dont le thème est « Fenêtre sur paysage ».Pas besoin de monter la tente…plancher de chêne.Coucher de soleil Et c’est reparti…
Aujourd’hui jeudi 5 mai, nous marchons sous le soleil et nous ne sommes pas pressés de retrouver la pluie qui, comme on l’a déjà déjà écrit, nous a la plupart du temps épargnés. Mais les ciels tourmentés sont beaucoup plus intéressants qu’un ciel bleu bêtement pur. Ces photos datent d’il y a une semaine environ.
Espalion
Vue d’Estaing .
Le rocher à la Vierge….il faut la mériter…A Bessuéjouls, cape très tendance. Buron On aurait bien aimé le croiser, le Pépé Catusse. Golinhac. Un arbre à souliers .Pas loin d’Espeyrac. Un endroit bien sympathique. Soulié est le nom de Joëlle qui a fait un très joli endroit pour accueillir les pèlerins quelques minutes. Nous ne la verrons pas. Tout est à disposition sous un parasol.Des boissons, quelques gâteaux, des sièges et une boîte pour laisser son obole….on rencontrera régulièrement des endroits comme ça, basés sur l’accueil et la confiance. De temps en temps, une éclaircie.Espeyrac. Vieilles maisons de pierre où on ne voit pas grand monde. Ici SenerguesBon, c’est rassurant…Ce n’est pas qu’on ne veut pas prendre les gens en photo. C’est qu’il n’y en a pas!
Depuis avant-hier soir, Pierre a mal au genou gauche. Hier, il a fait une étape en malle postale. Aujourd’hui, il a marché sans son sac mais le mal au genou est toujours là. On essaie de prendre un rdv pour une radio à Lectoure, prochaine grande ville. Affaire à suivre….
On a tous entendu parler des sept plaies d’Egypte.
Petit récapitulatif pour ceux qui auraient des lacunes.
Les eaux du fleuve changées en sang.
Les grenouilles.
Les moustiques (ou les poux)
Les mouches (ou les taons, voire les bêtes sauvages)
La mort des troupeaux.
Les furoncles.
La grêle.
Les sauterelles.
Mais il y a également, même si elles sont moins célèbres, les sept plaies du pèlerin!!!
* Les ampoules.
Où qu’elles soient, ce sont des plaies. Saint Roch a eu ses bubons de peste, Pierre ses ampoules au talon, moi mes ampoules sous le pied. A chacun ses furoncles.
* Les tendinites.
Pas pour nous…pour le moment….
* Les ronflements en dortoir.
Le seul moment où des idées de meurtre s’emparent de notre âme habituellement emplie de compassion envers son prochain. On a connu un couple de pèteurs- ronfleurs près de nous…
* Le Pas de café à moins de 10 kms ….
* Le trop de côtes.
Selon l’état des mollets .
* Le trop de descentes.
Selon l’état des genoux.
* La pluie.
Pour l’instant, on a eu beaucoup de chance. 1 jour et demi de pluie sur 24 jours de marche. Une seule fois, on a démarré la journée sous la pluie qui ne nous a d’ailleurs pas quittés mais, avec la cape de pluie et les guêtres, on se croyait bien équipé et étanche et que l’eau ne nous infiltrerait pas. On a cru ça seulement au début. Sous la pluie battante, après à peine deux heures, plus la peine d’éviter les flaques. Elles s’étaient déjà invitées dans les chaussettes…
Ce jour-là, il y avait de beaux dénivelés et la pluie, ce n’est pas seulement l’humidité désagréable mais surtout des pierres et des feuilles qui deviennent glissantes. Dans les montées, on a chaud sous la cape et on se retrouve mouillé par la transpiration. Dès qu’on s’arrête ou qu’on descende, la sueur est froide. La joie de la cape, c’est que la pluie te mouille dessus et la sueur te mouille dessous. Alors tu n’as plus qu’une idée fixe, c’est de boucler les six heures de marche qui te restent à parcourir avant d’aller t’ébouillanter sous la douche du gîte. Et là, tu enlèves la cape de pluie pour réaliser que tes vêtements sont complètement trempés. Tu grelottes…et tu attends que la douche se libère car tu viens d’apprendre qu’il y a deux autres pèlerins dans le même dortoir que toi, dont un qui est déjà à se laver et que l’autre attend son tour, mais qu’il fera vite car il voit que tu as froid! Tu lui dis que c’est gentil… en claquant des dents. Alors, tu te gèles poliment sur le bord de ton lit en priant pour que le premier pèlerin ne se fasse pas shampoing, après shampooing , soins nutritifs pour cheveux secs ( un comble!), sèche cheveux, épilation complète, car dans ce cas, quand il en sortira, tu seras sûrement morte de froid depuis longtemps…Finalement, il en sort tout requinqué avec un tonitruant : Ah! Ça fait du bien ! Je n’en doute pas un seul instant. Encore un peu de patience. Non il est gentil. Lui aussi a connu la pluie toute la journée.
On plaint le pauvre pèlerin qui cocherait toutes les cases le même jour !
Sinon,si si, c’est sympa la marche vers St Jacques.