Du détroit de Messine l’archipel des éoliennes n’est plus très éloigné.
On avait prévu de passer une nuit sur l’île de Stromboli mais nous en passerons trois à cause du mauvais temps. On savait qu’il y avait un risque, déjà visible la veille sur l’île de Lipari, mais si on voulait voir Stromboli et pédaler ensuite jusqu’à Palerme, il fallait tenter.
Stromboli est la plus éloignée. Le bateau a fait des escales à Vulcano, Lipari et Panarea avant de nous déposer à bon port. On aime bien la traduction Isolé en italien pour le mot îles. Ça colle bien à la réalité.
Ciel déjà bien menaçant sur Panarea.Un premier arrêt bref au plus petit port du monde, Ginostra, où vit, juste au-dessus, une quarantaine de personnes…on espère qu’ils ont des voisins sympas…Le bateau passe d’abord à Ginostra, en haut sur la carte, puis contourne le volcan dans le sens des aiguilles d’une montre, pour nous emmener au Port, Porto. À droite, on voit la Sciara del Fuoco, lieu d’écoulement de la lave, qu’on ira voir au plus près qui soit autorisé. Du village, on ne voit pas le cratère. Il faut aller sur les flancs de la montagne.Les moyens de transports locaux qui sillonnent le village de Stromboli.On découvre le village de Stromboli, avec ses paroisses de San Vincenzo et San Bartolo. Environ 400 personnes vivent là à l’année. D’après l’une des habitantes, les gens s’entendent bien et s’entraident. Une femme d’une quarantaine d’années a fait des études en Italie et a choisi de revenir ici parce que c’est là que vit sa famille. Une autre femme évoque le volcan, la main sur le cœur.L’île possède une école où les enfants y restent jusqu’à l’âge de 14 ans. Ils ont trois classes : les petits, le primaire et le collège. En tout, il y a une cinquantaine d’enfants. Ensuite, les jeunes sont internes à Lipari ou Milazzo. Cela fait penser aux écoles sur les îles bretonnes. Difficile de faire des photos pendant le voyage car nous sommes toujours à l’intérieur du bateau et il faut rester assis.
On fait la connaissance d’un couple canadien, Réjean et France, arrivé sur le même bateau et dormant au même endroit que nous, avec qui on sympathise et qui part avec nous à la recherche de la même chose, ce qui n’est pas très étonnant. Pour faire du shopping, il vaut mieux choisir une autre destination…
Notre idée était de faire en soirée soit l’ascension du volcan, soit une balade en bateau qui permet de voir les éruptions permanentes du volcan. Ne pas perdre de temps car la météo peut être pire le jour suivant. Passer la nuit sur l’île nous permettra de faire l’ascension le matin si ce soir on choisit bateau. Notre retour est prévu à 16h 15 le lendemain.
Notre terrasse.
Dès qu’on est installés, c’est à dire dès qu’on a jeté notre sac sur le lit, on part dans le village à la recherche d’un guide. Il est déjà 16h 30. Notre hébergeur est sceptique. Demain il va pleuvoir. On crève de chaud sur nos vélos depuis des semaines et demain il va pleuvoir !!! Sacré Eole, dieu responsable des tempêtes selon les Grecs. Pour tous les écrivains de l’Antiquité, Stromboli était le siège des damnés, la porte de l’enfer. On choisit des endroits sympas…
Rapidement, on tombe sur une agence avec un guide qui parle à peu près le français. Son collègue est occupé à démonter la pancarte qui indique les ascensions. Ça sent la fin de saison. Sans aucune hésitation, il annonce la couleur: aucun guide ne partira ce soir, le temps est trop mauvais. Demain matin non plus. Peut-être demain après-midi à 15h30. Oui mais nous on repartira à cette heure. Enfin, à ce moment-là, c’est ce qu’on croit.
Mais au fait, pourquoi un guide ? Qu’est-ce qu’il est permis de faire sur le Stromboli ?
On n’est pas au Puy de Sancy. Le Stromboli est un volcan en activité permanente depuis l’Antiquité qui expulse trois à sept fois par heure, de la lave incandescente. Il mesure 2000 m en tout mais seuls 920 m sont au-dessus du niveau de la mer. Il y a quelques années, on pouvait y grimper jusqu’à 900 m avec un guide. Mais il y a eu des accidents dont le dernier date de 2019. À cette époque, le randonneur pouvait monter seul jusqu’à 400 m et, pour aller plus haut, devait prendre et payer un guide. Aujourd’hui, on ne peut pas dépasser les 290 m. La montée accompagnée d’un guide permet d’aller seulement à 400 m. Il vaut mieux respecter la règle sinon :On ne peut pas dire qu’on ne sait pas. Panneau situé aux 290 m.
Réserves d’eau.
Je propose qu’on fasse l’ascension tous les quatre. On s’achète vite fait un truc à manger là haut, on met ce qu’on a de plus chaud mais avant, on décide de repasser par le port voir un peu l’ambiance. On tombe sur un capitaine qui nous propose de faire le tour en bateau jusqu’à la « pente du feu ». Finalement, on opte pour le tour en bateau, on verra après. Sa petite embarcation bouge beaucoup, la mer est bien formée, pas de gilet de sauvetage. J’ai le mal de mer mais la situation est contrôlée. « Capitan professionnal » n’arrête t’il pas de répéter…ouais…on espère…
Il n’y a pas de coulée de lave, cela n’arrive pas tout le temps, mais on voit bien les éruptions et des projections au-dessus du cratère. Rouge sur le fonds noir. Les photos ne donneront rien. Le bateau bouge, le vent souffle mais c’est beau et on est contents. On entend le grondement du volcan. Des explosions plus puissantes envoient des projections jusqu’à 500 m de hauteur 2 à 5 fois par an et tous les 5-10 ans, des explosions paroxystiques énormes. Les dernières datent de 2003 puis 2007. En 2019, deux grosses explosions avec coulées de lave ont tué un randonneur. D’où la nouvelle réglementation. Certains grimpent quand même en douce de l’autre côté et vont plus haut, dont un Français qui vient depuis une dizaine d’années régulièrement. Nous, on respecte le règlement.Le bateau est derrière nous. Réjean et France, en retraite, qu’on espère bien revoir en France.
On rentre après, fatigués, où on pique-niquera ensemble sur la terrasse de notre hébergement. La même chose, dans la nuit, avec les moustiques en plus.
Le lendemain, des coulées de boue ont envahi les rues. Des morceaux se sont effondrés. Notre logeur nous dira qu’il n’a pas vu ça depuis cinquante ans. Au loin, le Strombolicchio, un îlot des îles éoliennes. Le bébé du Stromboli. On peut y faire de la plongée ainsi qu’à Stromboli. Pierre râle un peu de temps en temps. Bah oui, on patine un peu mais plus on monte, plus c’est facile. On a un vent de ouf. Sommet en ligne de mire et traces anciennes de passage de lave. La fameuse pente de feu. 700 m de large. Beau toboggan qui se prolonge sous l’eau. Tous les quarante ans environ, la lave coule jusqu’à la mer. Dans ces cas là, l’eau bout. Pierre dit que les habitants viennent ramasser les crevettes cuites le lendemain….Aujourd’hui on est plutôt dans l’humidité.
Entre les panneaux qui indiquent le village et la pente de feu. Avec le vent, mes chaussures seront sèches pour le lendemain.
Il faut être…motivée.Le belvédère.290 m
Le point le plus haut autorisé. Les fumées prennent des couleurs variées. Grises, bleutées, jaunes.
Quand ça sent le soufre à Stromboli, c’est un signal d’alarme pour les habitants qu’une éruption importante se prépare. Plusieurs points de surveillance et d’observation se trouvent sur l’île. On redescend sur le village. Il n’y a pas d’eau douce sur l’île. L’eau est dans des citernes amenée en bateau. Scooters et voiturettes qui livrent dans les ruelles.
Le lendemain, on a du soleil et la mer nous semble calme mais on apprend très vite qu’il n’y aura pas de bateau avant demain…peut-être.. On refait l’ascension avec Réjean, France préfère rester au village. Et là, les photos sont plus belles.
La Sciara del Fuoco. On a un vent de ouf. La fameuse pente de feu. 700 m de large. Beau toboggan qui se prolonge sous l’eau. Tous les quarante ans environ, la lave coule jusqu’à la mer. Pas aujourd’hui. Dommage.C’est quand même plus beau le lendemain sous le soleil !Les cabris du Stromboli.
Et pour nous….la plus belle photo.
Le nectar des Dieux.
Le Malvasia. Le Nectar des Dieux. Raisins blancs. En France, il est connu sous le nom de Malvoisie.
Au printemps 1949, Rossellini tourne le film Stromboli avec Ingrid Bergman dans cette maison . L’été, ils passent parfois le film mais on est hors saison. Il y a des avantages mais aussi des inconvénients. On n’a pas vu le film Stromboli. Donc, pour la petite histoire, Rossellini tombe amoureux de son actrice Ingrid Bergman. Ça roucoule au pied du volcan mais monsieur est marié à une dame au tempérament…volcanique qui vient, chaque soir, pendant le tournage, insulter son infidèle de mari. Ambiance à l’italienne…on se dit que les gens de l’île devaient bien rigoler….
Pierre, qui n’a pas voulu prendre sa cape de pluie, se prend maintenant pour un cormoran. Il croit sécher plus vite comme ça….surtout ne pas contrarier…
Cieux apaisés pour notre deuxième soirée. Apéro sur la terrasse d’un couple de Français et de leur fille dont on a fait connaissance dans l’après-midi. Être coincés sur l’île leur a fait rater leur avion de retour. Ils rentreront avec un peu de retard. Résignation avec le sourire. Les Canadiens sont là aussi bien sûr. On se retrouve à 7 h le matin pour prendre le bateau et poursuivre chacun son chemin. Grâce à la petite famille française qui est restée deux semaines sur trois des îles éoliennes, on a appris beaucoup de choses et cela nous donne envie de revenir plus longtemps.
De retour à Milazzo, on récupère nos sacoches et nos vélos laissés dans l’hébergement et c’est reparti pour l’étape suivante, Capo d’Orlando.
Les conséquences des deux nuits supplémentaires à Stromboli nous mettent devant un dilemme rapidement résolu. On ne veut pas rater notre bateau du 11 novembre. Soit on pédale les 159 km restant entre Capo d’Orlando et Palerme et on n’aura pas le temps de visiter la capitale de la Sicile. Soit on prend un train entre ces deux villes, on pourra s’arrêter, visiter et dormir à Céfalu, et il nous restera deux jours et demi pour visiter Palerme avant de prendre le bateau de 23 h le 11 novembre. C’est la deuxième option qu’on a choisie et on ne regrette pas car on a passé une journée très intéressante aujourd’hui, jeudi 10 novembre, à Palerme. Mais le prochain article vous fera d’abord découvrir Céfalu, un très bel endroit.
Nos derniers jours à pédaler en Calabre n’ont été qu’émerveillement pour une côte à chaque tournant sublime. Quitter les hauteurs nous ont fait vivre des kilomètres de descente sur une belle route asphaltée où, tellement heureux de prendre de la vitesse, plus de 40 à l’heure, on n’avait pas envie de s’arrêter pour prendre des photos. Les cyclistes peuvent comprendre le bonheur réel de vivre de telles descentes. On sourit aux anges, un moucheron coincé entre chaque dent, et là on sait pourquoi on aime le vélo. Plus la descente est belle et longue, plus l’adrénaline monte. Bonheur absolu. Tant que notre santé le permettra, nous nous souhaitons encore de beaux voyages à vélo.
Des kilomètres de plage, des montagnes qui plongent dans la mer, îles méditerranéennes.
De Charybde en Scylla. Da Cariddi a Scilla en italien.
Et puis on arrive dans une région mythique, envahie par les Grecs, chantée par Homère et ses sirènes. On n’avait pas fait le rapprochement au départ à cause de l’orthographe ! On sait qu’on va traverser une ville qui se nomme Scilla. Ok. Et puis on découvre qu’en français, et en latin, c’est Scylla ! Excités par notre découverte, on se dit qu’il faut qu’on aille sur le fameux rocher….et on revoit nos classiques…merci à Sylvain Tesson qui, grâce à son « un été avec Homère » nous a fait redécouvrir l’Illiade et l’Odyssée l’année dernière.
La formule est précisément Tomber de Charybde en Scylla.
L’expression est liée au milieu marin et à la mythologie. Deux monstres qui font périr les navigateurs. Charybde est un gouffre qui menace les embarcations et, alors qu’elles tentent d’y échapper, elles vont droit sur Scylla, énorme rocher contre lequel elles peuvent se fracasser… Une tête bien pensante a fait remarquer qu’il serait plus adéquat de dire : Tomber de Scylla, puisque c’est la montagne, en Charybde, puisque c’est le trou.
Nous dirons avec nos termes d’expert en linguistique que Tomber de Charybde en Scylla signifie: Aller d’un emmerdement à un autre encore plus grand. Ainsi expliqué, tout le monde en comprend le sens.
Aujourd’hui le rocher est relié au continent.
Il est surmonté du château Ruffo Di Scilla. Surtout intéressant pour le panorama. On est vraiment gâtés.Vue à partir du château.Le petit port au pied du rocher avec une brochette de restos. Au revoir Scilla. The road must go on…in Sicilia.
Quitter Tropea fut sportif, très sportif quand, à peine après avoir dit au revoir à notre gentille Sylvana et son super petit déjeuner, vous tombez sur ce panneau:
Ça fait déjà une demi-heure que la vie n’est pas facile avec les côtes et vous comprenez que ça ne va pas s’arranger. Il va falloir pédaler raide et en plus on va recevoir des pierres . Ça donne envie de retourner se coucher.
En fait, ce jour-là, on découvre, les trois premières heures de la journée, qu’on peut faire du vélo sans pédaler et surtout sans être dessus…et c’est très chiant. Très vite, on n’arrive plus à pédaler tellement la pente est raide. Alors on pousse, parfois encouragé par des automobilistes qui sourient ou bien nous interpellent : è duro !!! La Calabria !!! Si si…on est d’accord. Pourquoi j’ai voulu faire du vélo …la voiture c’est bien aussi…ou lire dans son hamac…
De profil, ça donne le derrière qui pointe vers Tropea, le buste parallèle au sol, les bras tendus à pousser l’engin et le nez quasiment en appui sur le guidon. Très classe. Il fait déjà bien chaud et on sue à grosses gouttes. On est le 1er Novembre. Belle journée pour mourir d’épuisement. Me revient la chanson de Benabar, c’est une belle belle journée pour pleurer qui devient vite, c’est une belle belle journée pour crever. Ça nous amuse. Faut bien s’occuper l’esprit pendant qu’on pousse. Et deux heures à pousser, c’est long !
Alors on se dit pour se consoler qu’après la côte vient la descente et que là, on va se faire plaisir. Bah non, car la descente est aussi raide que l’était la montée et on est sur du chemin avec des gravillons. Malgré le changement de mes patins de freins la veille, mes freins ont leurs humeurs. Pierre comme moi sommes obligés de descendre à pied en marchant à côté de nos montures. Trop de pente.
Bon, on finit par quitter les chemins parce que cela devient vraiment impraticable :
Des briques nous barrent la route.
Alors, dotés d’un bel optimisme, on se dit que ça ira mieux plus loin, sur les pistes cyclables et là, voilà la piste cyclable :
Le lave linge, les matelas, les poubelles, on ne risque pas de rouler dessus. En revanche, les milliers de bouts de verre partout. Merci mes pneus Schwalb Marathon !
Il y en a qui confondent piste cyclable et décharge. L’autre jour, un rat énorme est passé devant mon vélo. Au moins 3 kgs. Pierre me dit que j’aurais dû lui rouler sur la queue, que cela aurait fait un bon civet pour le soir….ça l’amuse encore… Moi je pense qu’il m’aurait mordu…le rat…pas Pierre. Sur cette photo, on a été obligés de faire demi tour à cause des bouts de verre et on a pris la route des voitures. Il y a des jours, il vaudrait mieux choisir poterie ou macramé….
Même sur la route partagée avec les voitures, on ne peut pas relâcher son attention. En arrivant en bas de la pente…Super, le trou en plein milieu ! Allez, une belle photo pour terminer prise à Palmi où on dort ce soir et où on rencontrera Manuela, Allemande dont c’est le premier voyage à vélo.
Le compte à rebours est enclenché pour notre retour puisque nous avons les billets de traversée De Palerme à Gênes le samedi 12 novembre. Ensuite, il faudra pédaler quatre ou cinq jours jusqu’à Nice puis on prendra un train retour maison. Ce soir, on dort en Sicile.
On quitte la Botte Italienne où on a roulé 2350 km.
On découvre à la fois le côté aride de la région et sa côte grandiose. Quel beau pays que l’Italie!
Paysages pour moutons……et leur berger.Disparaître dans les vagues après la chaleur qu’on a connue ! On dormira dans une cabane.Nuit à Crotone dans un bungalow sur la plage pour le prix d’un camping. Les campings sont désormais fermés.
Et puis il y a ses habitants. On se croirait dans un autre pays que celui des régions plus au nord tellement le comportement des gens vis-à-vis de nous a changé. Souriants, amusés, curieux, ils nous parlent et nous questionnent même si notre pauvre italien reste une barrière. Mais la langue ne fait pas tout. Le plus important est l’envie. Entre français, anglais, italien et gestes on parvient à se comprendre.
Ici, un barman qui nous prend en photo pour nous montrer et montrer nos vélos à son club. Là, trois hommes qui veulent en savoir davantage sur notre voyage et qui demandent où est la voiture. Une dame qui veut absolument nous donner de l’eau fraîche. Merci. On vous aime.
Et puis il y a Tropea, ville juchée sur un promontoire face à la mer Tyrrhénienne. C’est la saint Trop’ du coin. L’été, les plages sont bondées. La particularité est que la plage est très en contrebas de la ville.
Murs de soutènement gigantesques qui supportent immeubles, maisons et anciens palais.On y était le 31 octobre, les enfants fêtent Halloween et le Père Noël est déjà là.L’intérieur de la ville est superbe. Encore une ! On n’est pas surpris de lire que l’Italie est le pays qui compte le plus de sites classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
A Tropea, à la hauteur de la beauté de la ville, on se retrouve chez Sylvana qui fait B and B chez elle. Elle ne sait pas quoi faire pour qu’on soit bien. A peine la douche prise, elle nous propose de faire une machine. Elle nous fera un superbe petit-déjeuner pas prévu. Dans nos échanges, elle nous dit que les Italiens du sud trouvent aussi que ceux du nord sont froids et distants.
Sylvana qui, malheureusement, a arrêté le vélo et le karaté à cause de problèmes de dos et de genoux. Le lendemain, elle veut absolument qu’on parte avec des fruits, des bouteilles fraîches, un litre de sauce tomate…mais à vélo, la bouteille en verre de sauce tomate, non merci Sylvana !
La nuit chez Sylvana. On dort et soudain, elle frappe à la porte de notre chambre. Forcément surpris, on se lève et on ouvre la porte. Elle est avec son téléphone à la main. On apprend le mot « Terremoto ». A ses gestes, on a compris. Tremblement de terre. On n’a rien senti. Les journées à vélo font bien dormir. Elle a reçu une notification sur son portable. Elle s’excuse mais s’il y a à nouveau une secousse, il faudra descendre. Ok. On se rendort aussitôt. Le lendemain, on apprend que la secousse était de magnitude 5.1 et qu’un homme est mort en Calabre à cause de la secousse. Cela arrive fréquemment. Les volcans ne sont pas loin. Le Stromboli est juste devant.
A une cinquantaine de kilomètres au sud de Tropea .
Vendredi 28 octobre, une étape d’une cinquantaine de kilomètres nous attendait pour rejoindre la ville de Rossano et son trésor situé au Museo diocésano. On avait vérifié la veille dans notre guide que ce n’était pas le jour de fermeture et regardé les horaires. Le musée ferme à 12h30 et n’ouvre l’après-midi qu’à 15h30. Il est situé près de la cathédrale. On voulait faire la visite le matin et on visait l’arrivée sur Rossano vers 11h le temps de profiter du musée.
Au loin, Rossano la moderne, près de la mer qu’on a quittée tout à l’heure.
On a donc mis les bouchées doubles et on est arrivés à Rossano, pas loin de la mer vers 11 h. On met le gps pour aller au musée et, je lis, incrédule « 5 km. 42 min. » Il a pris un coup de chaud , le gps. On sait que c’est à côté de la cathédrale, elle ne peut pas être à 5 km du centre, et le centre, on y est ! Perplexes, on demande à un Indigène qui nous montre…Rossano…village perché…dans la montagne. Bah ici, c’est quoi ? C’est Rossano aussi mais la ville moderne. Foutue pour la visite du matin, trois quarts d’heure de plus, ce sera trop court. On change nos plans. On fait la grimpette au village sous un soleil de plomb, on se promène dans les ruelles et on ira voir le trésor l’après-midi. On dormira là-haut. On ne verra pas un seul autre vélo dans le village. Tu m’étonnes.
Une belle grimpette.Devant la cathédrale, un super petit resto tenu par des gens très sympas.
Face à la cathédrale, une boutique de produits alimentaires proposait un menu touristique. Nous étions, semble-t-il, les seuls touristes dans le village . Le patron avait l’air sympa, le prix était correct. On y va. Ce fut notre meilleur repas depuis bien longtemps. Servi avec le sourire, beaucoup de commentaires, et un vin délicieux. La patronne nous a apporté des olives vertes d’un goût complètement nouveau pour nous. C’est agréable de trouver des commerçants accueillants qui sont fiers de leurs produits et qui ont envie de vous faire plaisir.
Aubergines, brocolis, pommes de terre et cabillaud. Extase.Face à notre petit resto, la cathédrale.La nouvelle eau bénite dans les églises.Dans la Cathédrale, une magnifique icône byzantine datant du VI e siUne ville qui a du cachet mais qui a besoin d’entretien.
Balade dans le village…des escaliers partout.
Le propriétaire de la chambre qu’on va occuper est en fauteuil roulant. On se dit que c’est une ville terrible pour lui. Il ne doit pas souvent descendre de l’étage où on l’a vu.
Mais le trésor ???
Il s’agit du Codex Purpureus Rossanensis.
Mais qu’est-ce qu’un Codex ?
C’est un ensemble de feuilles manuscrites reliées pour former un livre.
Ce manuscrit est un évangéliaire du VI e siècle qui compte 188 feuillets en parchemin pourpre (d’où son nom) écrit en Grec avec sur chaque page, les trois premières lignes en or, les autres en argent. Il se compose de l’Evangile de Matthieu et de presque la totalité de l’Evangile de Marc. Il devait probablement y avoir aussi les deux autres Évangiles. C’est l’un des plus anciens manuscrits grecs retrouvés. Il contient également 15 pages d’enluminures. Il aurait été écrit à Antioche en Syrie. Il a été découvert à la sacristie de la cathédrale de Rossano au XIXe siècle.
Comme à Matera, ce sont des iconodules qui ont fui l’empire byzantin devant les conquêtes sarrasines. L’iconoclaste, il détruit les représentations religieuses, l’iconodule, il les vénère. Et l’autre….ça le rend vénère.
Il est évidemment protégé par une vitre. Pour ne pas abîmé les pages, on en tourne une tous les trois mois ! On a fait le calcul pour vous, il faut 47 ans pour le voir en entier….motivé…
Heureusement, le musée a mis en place un écran vidéo sur lequel on peut tourner les pages.
Voici l’une des enluminures. Vous l’avez reconnu, il s’agit de la résurrection de Lazare.
Il existe seulement quatre autres Codex dans le monde. Un à Tirana en Albanie, un à Vienne en Autriche, un à St Petersbourg, et l’autre…à Paris, à la BNF.
Et on retrouve Saint Bruno, fondateur de l’Ordre des Chartreux !
Le lendemain, on roulait vers notre nouvelle destination quand nous avons repéré sur le trottoir un marcheur âgé au long cours. Un gros sac, le mollet costaud, les bâtons de marche. On l’interpelle. Il est français. Il marche depuis Venise, il va en Sicile. C’est son…quatorzième voyage à pied …Il a déjà parcouru 38000 kms….il va avoir 86 ans dans trois jours!
Alors RESPECT MONSIEUR HUBERT. ET UN TRÈS BON ANNIVERSAIRE.
Pour quitter les Pouilles et rejoindre la Calabre sur le devant de la botte italienne, il faut traverser le sud de la Basilicate qui longe la mer Ionienne. Même si c’est toujours sympathique de rouler près de la mer, on savait qu’il n’y aurait pas grand chose à voir. On a été tentés de faire cette voûte plantaire en train, de façon à gagner un peu plus de temps pour la Sicile mais les vélos n’étaient pas acceptés. On a donc fait à vélo les 220 kms de voûte plantaire. On savait que c’était sans grand intérêt. On n’a pas été déçus.
Cyclistes, de Taranto à Scanzano Jonico, la première étape est mortelle. Pendant plus de 70 kms, vous roulez en contrebas de l’autoroute. Fascinant. Le point positif de cette journée fut de croiser un couple de cyclistes marseillais avec leur fillette de 4 ans. Ils ont bien du mérite de pédaler sur des vélos-cargos très lourds, avec, entre autres, une tente de 17 kg…et la petite de 20 kg . Notre tente fait 1,8 kg et la version 3 places est autour de 2 kg…C’est leur première expérience de voyage à vélo. Ils pensaient déjà acheter des vélos électriques….Nous, on pense surtout que le choix des vélos très lourds et le matériel acheté est à revoir. Et puis, notre journée s’est terminée par un agréable bivouac sur une plage.
La deuxième journée sous le Pied fut beaucoup mieux que la précédente. Routes tranquilles au bord de la mer ou parmi les orangers et un nouveau couple de Français croisés qui remontait de Sicile. Des Savoyards, habitués des voyages à vélo bien équipés, eux. Ils constatent, comme nous, que le Couchsurfing ne fonctionne pas trop en Italie. Ils ont beaucoup aimé la Sicile et les Siciliens. Ils ont eu des crevaisons non pas à cause des bris de verre mais des épines d’acacia !
Mais voilà que nous sommes tout émoustillés. Nous avons découvert, grâce à nos lectures, que nous roulions vers un trésor qui se trouve à Rossano, notre première ville de Calabre. Mystère…
On n’a jamais pensé ne pas aller sur la côte amalfitaine car les connaisseurs de l’Italie nous la recommandaient chaudement et à juste titre. La question qu’on se posait depuis plusieurs jours était plutôt :
Est-ce possible de la faire à vélo et sinon, quel moyen de transport emprunter ?
Il n’y a que l’embarras du choix : en bus, en train, en bateau. Dans un camping, la dame de l’accueil nous déconseillait le vélo car trop dangereux avec les bus, les voitures sur la même route que nous et privilégiait la visite en train qui permet de monter et descendre à chaque village de la côte, comme aux « Cinque Terre ». Une autre nous disait que c’était plus sympa de faire une boucle en bateau. Mais pour nous, boucle signifie retour au point de départ. Et dans la vie, il faut avancer. Alors on a décidé de la faire à vélo. Quand on en a parlé au monsieur âgé du camping de Sorrento qui s’exprimait très bien en français, il nous a dit que c’était le meilleur moyen de parcourir la côte, qu’on pourrait s’arrêter quand on voudrait. Qu’on s’amuserait bien. Quand Pierre a demandé si ce n’était pas trop dangereux, il lui a répondu par une question : Vous n’êtes pas des enfants ?
Cyclistes, n’hésitez pas. Restez sur vos vélos. C’était effectivement le moyen le plus proche, le plus simple et le plus sympa pour découvrir la corniche et ses villages. Beaucoup de montées sur asphalte mais qui se font facilement. Attention, on est mi octobre, il y a évidemment moins de trafic que l’été. La seule nuisance qu’on ait eue est venue des dizaines de motards nous croisant et nous doublant à toute vitesse dans un bruit terrible.
Vue de notre camping à Sorrento. On s’est trouvé une petite table et deux chaises. L’eau de la mer Tyrrhénienne devait être plus chaude que celle de la piscine mais ça fouette et ça revigore. Super camping.Le Vésuve prend ses distances.
La côte amalfitaine, dans la région de Campanie, est superbe, on n’avancera pas vite car on passe notre temps à descendre de vélo pour prendre des photos. Il fait chaud, on transpire, on est très contents d’être là, c’est tellement beau. Elle est considérée comme l’un des plus beaux panoramas du monde ! Alors on est très fiers d’avoir le privilège de la découvrir. Depuis 1997, elle est classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO. La montagne qui dévale la pente pour se perdre dans la mer, cela rappelle évidemment la Corse et sûrement la Sardaigne qu’on ne connaît pas. Des maisons magnifiques, une végétation luxuriante méditerranéenne, le soleil et le bleu de la mer.
On découvre le surf électrique….bientôt à Charavines. Enfin on regarde…..
Ici on voit la vie en jaune. La péninsule de Sorrento est considérée comme la capitale du citron. Ils seraient les meilleurs du monde alors le citron est décliné sous toutes ses formes. Cela va des liqueurs aux savons en passant par les tabliers et les milliers de magnets. Pierre n’a pas encore testé le Limoncello, alcool fait à partir de…citron. Cette nuit on va sûrement rêver citron.
Les spécialités du coin sont aussi des céramiques et le travail du cuir.
J’aurais bien craqué sur les céramiques….mais le transport à vélo, ça calme.On en a plein les yeux tout le long de la côte, on passe notre temps à descendre de vélo. C’est vraiment le moyen de transport le plus pratique pour s’émerveiller.
POSITANO
Village situé à une petite vingtaine de kilomètres de Sorrento, on est passés dans la journée sans y dormir. Malgré qu’octobre soit déjà la basse saison, les ruelles étaient pleines de monde. Depuis les années 50, la jet-set vient s’y amuser, acheter des villas, bronzer. Victime de son succès, POSITANO vit essentiellement du tourisme.Tout est fait pour que le touriste consomme et nous voyons défiler restaus, cafés, boutiques de vêtements et de souvenirs….jusqu’à saturation. Les rues sont étroites et descendent jusqu’au port. Pas facile de nous frayer un chemin avec nos vélos tenus à la main. Rapidement, on s’extrait du bourg et on saute sur nos selles pour retrouver cette côte somptueuse jusqu’au prochain village où tout, à nouveau, attend le prochain touriste.
PRAIANO
Des tours génoises qui servaient à faire le guet. On passe de nombreux tunnels. C’est bien de rouler hors saison, on n’a jamais été gênés par les voitures. On est en octobre et on a déjà très chaud. Une très belle statue qui tourne définitivement le dos à la mer.Régulièrement on s’arrête se rafraîchir auprès d’étals bien attirants. Il fait très chaud.
AMALFI
Cette cité a donné son nom à la côte car elle était la plus prospère au Xe siècle et était la première république maritime italienne en commerçant activement avec l’orient, principalement avec Constantinople. Jalouses, Venise, Gênes et Pise ont tout fait pour lui piquer sa place. AMALFI n’a retrouvé sa richesse qu’au XX e siècle avec les touristes.
Qu’est-ce qu’on ne lui aura pas fait faire ! Pauvre Léonard…
La magnifique cathédrale date de l’époque de la puissance de la ville et témoigne de l’influence byzantine.
La Cathédrale saint André est dédiée au premier apôtre…André. Le complexe est monumental avec le cloître du Paradis, la basilique,un musée, la crypte où sont déposées les reliques de saint André.Peinture sur marbre où l’on identifie aisément André à sa croix. Pierre me demande si c’est lui qui a inventé la multiplication….espèce d’iconoclaste….Les cryptes sont souvent sombres. C’est l’une des plus belles qu’on aura visitée. Le cloître du Paradis abrite les tombes des familles nobles d’Amalfi.On dormira un peu avant AMALFI car beaucoup moins cher. Chambre sur la mer avec escalier qui mène jusqu’à ses flots se brisant avec force sur les rochers. Que nous ! Pierre sur le solarium…vive le hors saison….Un dernier regard vers notre petit sweet home d’un soir. Notre escalier se trouve juste au-dessus de la barque.
Ce soir, jeudi 20 octobre, on est arrivés dans les Pouilles à Alberobello mais ça c’est une autre histoire….
Deux sites sont à privilégier et se complètent : Herculanum par lequel on a commencé car on campait pas loin et Pompéi, site archéologique le plus visité au monde qu’il aurait été dommage de manquer et sur lequel on est allés le lendemain.
Anecdote. De nombreux campings se trouvent à quelques centaines de mètres du site. On y a rencontré un jeune couple de cyclistes suisses, ce qui est remarquable car pour l’instant on en a peu vus. Ils sont allés jusqu’à Tunis où ils voulaient faire un périple à vélo en Afrique du Nord…et ils ont été refoulés ! On leur a demandé combien ils avaient d’argent en espèces, ils en avaient peu mais chacun avait une carte bancaire. On leur a demandé également s’ils avaient réservé un hôtel, ce qui n’était pas le cas. On leur a refusé l’entrée ! On se demande si on aurait pu entrer…Il vaut mieux sans doute arriver en gros camping- car qui pollue leur pays qu’avec un simple vélo. Ils ont donc payé une traversée aller-retour pour rien ! On était dégoûtés pour eux. Pas bravo la Tunisie.
Nos voisins autrichiens auraient sûrement eu aucun problème à entrer en Tunisie.
Retour aux ruines.
Herculanum est une ville qui, comme Pompéi , a été détruite le même jour par l’éruption du Vésuve mais elle est moins célèbre car plus petite, et pourtant ces édifices sont les mieux préservés. Comme Pompéi, on n’a pas encore tout mis à jour, les autres monuments étant sous la ville moderne. Un cinquième seulement est découvert. On n’a presque pas pris de photos car il pleuvait.
Pierre, dans le musée virtuel d’Herculanum, occupé à survoler le site avec un drone et à le reconstituer tel qu’il était à l’époque. Les ados et les jeux vidéo…
Pompéi était une ville plus riche qu’Herculanum. Environ 2000 personnes vont périr sur une population estimée entre 15000 et 20000 habitants. La plupart sont morts par asphyxie.
L’amphithéâtre très bien conservé où se déroulaient les combats de gladiateurs ou d’hommes contre des bêtes.
À l’heure où le manque d’eau guette la planète et qu’on parle de plus en plus de récupérateur d’eau, les Romains montraient déjà l’exemple . Chaque maison possédait, au centre de l’atrium, son impluvium.
L’eau était ensuite stockée dans des citernes.Dans les rues, à intervalles réguliers sont disposés des fontaines. Dans plusieurs coins de la cité , on vendait sur la rue des boissons et des plats chauds à emporter. Thermopollium en latin, fast-food en contemporain. Non ce ne sont pas les toilettes comme le pensait un collégien français corrigé par sa prof. On a eu la chance d’avoir une belle lumière mais on est conscients qu’il y a beaucoup de choses qu’on n’a pas vues parce que plein les pattes ! Il eut fallu venir dès le matin mais on avait vélo, alors après 3 heures…crapahuter dans les pierres…C’est grand, il y a beaucoup de monde et on n’avait pas de plan. On aurait dû en imprimer un avant de venir mais on n’a pas assez préparé….on n’est pas toujours bons…
Il n’y a aucune explication sur le site pour que le visiteur loue les services d’un guide, mais les entrées des sites et du Vésuve sont déjà assez chères comme ça. Les peintures et les mosaïques qu’on a la chance de voir aujourd’hui montrent à quel point l’art faisait partie intégrante de leur vie et de leur villa. Les thermes hommes et les thermes femmes étaient superbement décorés et étaient fréquentés par les classes nobles et les classes moyennes. Des bas-reliefs et des voûtes.Certaines villas sont encore très complètes.
Des écoles, des salles de sport, l’éducation très importante, celle du corps et de l’esprit. ASICS.
Et puis ces corps pétrifiés pour l’éternité.
La nuit suivante au camping de Pompéi, nous serons bien au sec dans notre petite tente sous une pluie battante et un orage virulent. Mais à l’heure du réveil, il pleut toujours. C’est la première fois qu’on est obligés d’enfiler la cape de pluie sous la tente avant de sortir à quatre pattes ! On installe notre petit dej dans la salle de restaurant ouverte et inutilisée à cette heure là. C’est là qu’on fera connaissance avec le seul autre couple de cyclistes du camping, les petits Suisses. Quand on revient à la tente, on s’aperçoit qu’une grosse flaque s’est formée…dessous. Ça va être l’heure de vérité. Notre tente ultra légère Decathlon est la moins chère du marché et on en voit des plus pratiques, notamment ce matin-là où un jeune arrive dans la salle avec sa tente autoportante au bout du bras. Nous, elle ne tient debout que fixée au sol. On ne peut pas camper sur du ciment. Autre bémol. On tient à peine assis à l’intérieur, nos têtes touchent le plafond . Mais on l’aime bien malgré tout, parce que ce jour-là, elle a montré la première qualité que, selon nous, une tente doit avoir : elle est étanche !!! Ce matin là, avec toute la base dans la flaque d’eau, rien n’a été mouillé à l’intérieur. On a quand même demandé à changer d’emplacement … Il a plu quasiment toute la journée, on s’est baladés dans la ville moderne de Pompéi sans grand intérêt et on a fait la connaissance de deux couples de Français en camping-car bien intéressés par nos histoires de voyage à vélo. On a eu la chance de visiter le site archéologique la veille sous le soleil. Le lendemain, une nouvelle aventure commence : la côte amalfitaine.
Comme partout en balade, qu’on soit à pied ou à vélo, la pluie gâche un peu la sortie . On est contents pour la planète, les sols, les rivières, c’est juste qu’on voudrait qu’elle ne tombe pas sur nous. Heureusement, il ne pleut pas toute la journée. Hier samedi 24 septembre, les deux dernières heures pour rejoindre San Miniato se sont passées dans les côtes et sous la pluie battante. Quelle joie de se retrouver au couvent San Francisco, bien au sec, à faire la connaissance de Robert, pèlerin anglais avec qui nous partagions la chambre, d’un couple de Belges qui a fait de nombreux pèlerinages, de deux couples de Canadiens et d’un Français de Chartres.
Pour la première fois, on a retrouvé l’esprit de la communauté de pèlerins avec le repas en commun et un petit-déjeuner dès 7 heures.
Traversée du cloître pour rejoindre le réfectoire.
Sur le chemin, avant la pluie, quelques peintures représentant Lucca ornent le bas des murs .
On quitte des voies goudronnées pour d’antiques voies romaines.Et le ciel se fit de plus en plus menaçant. Terminées les photos. Trombes d’eau.Ce matin dimanche, on est motivés pour pédaler vite malgré les côtes innombrables car on sait qu’en fin de matinée, la pluie va s’abattre sur nous. En cours de route, on croise tous les pèlerins rencontrés au couvent. C’est normal, ils sont tous à pied. On sait qu’on a très peu de chance de les revoir puisque à vélo, nous faisons chaque jour deux étapes, ce qui n’est pas beaucoup. On pensait faire davantage mais pour le moment, on ne fait que grimper de village en village et on aime bien arriver vers 15h pour s’installer puis visiter.San Miniato le jour du départ. On n’a rien visité la veille. La pluie nous pénalise sur le trajet mais aussi à l’arrivée car on n’a alors qu’une envie: prendre une bonne douche et se mettre au sec. On évite d’avoir tous les vêtements mouillés puisque, comme tous les pèlerins, on a très peu de rechanges. Les vignes qui donnent le Chianti et les oliviers sont les principales ressources de la région. Dernière photo avant que le ciel ne nous tombe sur la tête .Rapide en-cas pour remettre un peu de carburant.Et puis la chance. Il a arrêté de pleuvoir pour les 4 derniers kilomètres. Arrivée à San Gimignano sous un pâle soleil.Le centre médiéval du village est très bien conservé entouré de ses remparts. De belles bâtisses, des tours, des églises. Un bon cappuccino mais plus cher qu’ailleurs.
Le village de San Gimignano s’est développé à partir du Xe siècle grâce à la Via Francigena. Il y avait également une autre route qui passait par là, direction la côte et Pise. Le bourg s’est enrichi grâce au commerce des deux routes et aux produits locaux : le vin et le safran vendus sur les plus grands marchés européens et du moyen orient. Les riches devinrent…plus riches et se firent construire des maisons – tours. Il en reste aujourd’hui quinze, il y en avait soixante-dix au XIIe siècle.
Les maisons-tours. Ils ont oublié les baies vitrées…De grandes fresques tapissent l’intérieur de la Collégiale Santa Maria Assunta.
Et puis San Gimignano a perdu de sa superbe vers la fin du Moyen Âge à cause du déplacement de la Francigéna (qui y est revenue depuis) mais aussi de la peste noire et de conflits entre aristos. Florence, qui n’est qu’à 56 kilomètres, lui a mis le grappin dessus, puis, à partir du XIXe siècle, la ville a repris de l’essor pour ses atouts historiques et artistiques.
Dans le musée d’art sacré, on a beaucoup aimé ce tableau. Les deux tableaux du dessus n’en font qu’un seul. Si on se met à gauche, on voit le Christ, si on se met à droite, on voit Marie Madeleine. Et ça date du XV ème ! Pas mal.
Même procédé ci-dessous avec Sainte Claire et Saint François.
Après l’art sacré, une sacrée pluie qui nous a précipités dans notre demeure d’un soir : À la confrérie hospitalière de San Agostino. C’est un donativo. Pour les novices, on explique. Le pèlerin donnera la somme d’argent qu’il veut pour le dîner, la nuit et le petit déjeuner à 7 heures demain matin.
Ce soir les mollets nous indiquent 430 kms. On devrait être à Rome dans une semaine environ. Tout dépend de la météo…et des mollets.
La viafrancigena nous fait traverser de jolis villages par des passages étonnants.On est heureux, ça roule et on est sur le bon chemin. Eh bien pas forcément.
Parfois il n’y a qu’un panneau de ce style et on se demande s’il concerne aussi les cyclistes.
Comment faire pour être très mauvais dès le matin ?
Vous vous levez tout pimpants dès potron- minet pour commencer à pédaler à 7h30 et vers 10h, vous vous retrouvez quasiment au point de départ. Non!!! Si. On a été très doués ce matin-là. Et les GPS alors ?
On a suivi les balises VF sans être sûrs que ce soit aussi pour les cyclistes. Au départ, la route montait, le soleil brillait, on transpirait, tout était normal .
On admire les Apennins…plus précisément les Alpes apuanes qui sont le massif montagneux situé au nord ouest de la Toscane. Elles appartiennent aux Apennins et non aux Alpes. C’est juste pour nous embrouiller. On s’hydrate…C’est toujours très beau et de plus en plus haut …Oh les jolis villages perdus dans la montagne.
Mais peu à peu, le doute s’immisce. Ce foutu GPS nous dit maintenant tous les 50 m que ce n’est pas la bonne route. Alors on se renseigne auprès d’un camion qui descend. Si si, la route va bien à Sarzana. Alors on continue. Mais le GPS n’est toujours pas d’accord . Le meilleur GPS étant le soleil, qui se lève à l’est, même en Italie, celui-ci se tient bien à notre gauche, on va donc bien vers le Sud, ce qui est plutôt rassurant. Mais la route devient de plus en plus difficile. Un autre camion. Qui confirme que c’est la bonne direction.
Cela fait 1 heure 30 qu’on est partis mais il y a longtemps qu’on ne roule plus. On pousse. L’horizontal se verticalise, les chaussures dérapent sur les pierres, même les vélos ne veulent plus avancer. Ils se cabrent sous le poids des sacoches arrière. Devant, le chemin devient plus étroit et plus raide.
Soudain, un fringant vététiste, montant la côte tutto felice alors que nous c’était plutôt tutto morti, jette un œil compatissant sur nos montures inadaptées à un tel terrain. Il monte un étalon, nous des percherons. Impossible de poursuivre par là. Il faut redescendre d’où on vient et faire un détour de…16 kms. La fête. C’est la viafrancigena des marcheurs. Mais les camions ? En fait, ils viennent chercher des pierres jusqu’à la carrière à mi hauteur et font demi tour. Ils ne savaient pas que plus haut, la route était impraticable pour eux comme pour nous.
La descente n’est pas tellement plus facile mais on sait que maintenant on roule dans le bon sens. On savoure à nouveau la belle campagne toscane, le bon café quand on fait une pause et les 29° qui sont supportables.
De temps en temps, le ciel se couvre mais ne menace pas.On arrive dans les villes du marbre : Carrare, Massa où on dormira en dortoir puis Lucca où on campera. Un morceau d’Italie. Un palais, des terrasses, des orangers et des bancs en marbre. Massa.
Alors, la Viafrancigena?
L’expression vient des itinéraires empruntés par les Francs qui voyageaient et transportaient des marchandises du nord de l’Europe vers la Méditerranée. Viafrancigena: la Voie qui vient de France.
Elle est constituée de 79 étapes : 24 en France, 7 en Suisse et 48 en Italie.
Les étapes sont celles faites et racontées par un certain Sigéric, évêque de Canterbury, qui décida de passer par là pour aller à Rome. C’était en 990. Depuis, au Moyen Âge, beaucoup ont fait le même périple pour rejoindre Jérusalem ou, dans l’autre sens, vers la Suisse pour retrouver la via Gebennensis qui passe…chez nous en Isère ou bien retrouver la via Tolosana, voie d’Arles pour, dans les deux cas aller à St Jacques de Compostelle.
En 1650, 700 000 pèlerins étaient sur la route pour se prosterner devant les reliques de St Pierre. On savait bien qu’on n’était pas les premiers .
On aime bien dormir dans les hébergements pour pèlerins parce que c’est là qu’on rencontre du monde. On ne sait pas s’il y en avait beaucoup cet été, mais à cette période, il y en a peu. La plupart de ceux qu’on a rencontrés ont fait St Jacques de Compostelle et on est d’accord pour dire que la Viafrancigena est très différente.
Je dirais que sur la route de St Jacques, le Chemin connaît et reconnaît le pèlerin. Des indices , des paroles, des temps de rencontre, des chants, des signes de reconnaissance font qu’existe une vraie communauté de pèlerins. Les Français qui accueillent comme les Espagnols savent ce que vous vivez. Tout est là pour vous souhaiter un Buen Camino que vous entendez plusieurs fois par jour. Tout vous encourage à continuer le Chemin.
De notre petite expérience d’une semaine en Italie, exceptés les panneaux indiquant plus ou moins bien la direction de la Viafrancigena, personne n’en parle. Pas de repas pour pèlerins, pas d’accueil des pèlerins etc. On a dormi avec deux pèlerins italiens nous confirmant que ce chemin n’est pas connu des Italiens. On sait que ce sera différent pour nous, également parce qu’on est à vélo. Mais ce n’est pas grave car pour Pierre et moi, on descend l’Italie, le but n’étant pas spécialement de faire un nouveau pèlerinage. C’est juste que c’est le chemin le plus adapté jusqu’à Rome et que cela permet de faire connaissance avec des pèlerins qui sont, comme partout, ouverts aux rencontres. En fait, c’est le pays qui, peut-être pour l’instant, n’a pas encore mis en place toutes les structures nécessaires d’une région à l’autre pour que ce Chemin ait plus de consistance du début à la fin et que les Italiens comprennent la différence entre un pèlerin et un touriste. On voit aussi que les routes empruntées par les marcheurs sont essentiellement de l’asphalte, ce qui est beaucoup moins beau que les étapes françaises.
Après des jours en montagne, on a pris une variante pour, croyait-on, longer la mer sur une quinzaine de kilomètres.
David a donc quitté Florence pour une plage naturiste.
En fait, c’est l’un des rares accès à la mer qu’on a vu car tout le littoral est bordé de complexes hôteliers, de restaurants, d’accès payants pour aller sur une plage. Les mêmes erreurs qu’on a commises sur une partie de la Côte d’Azur. On a très peu vu la mer au cours des quinze kilomètres mais on avait l’air marin et du terrain plat, ce qui est pas mal.
Un coup d’œil vers les montagnes qu’on retrouvera un peu plus tard dans la journée.Sobriété d’un pont romain.Brève rencontre avec un couple de cyclistes du nord de l’Italie devant la façade tout en marbre de l’église Saint Martin de Pietrasanta. Pietrasanta, un des fleurons du marbre. Camaiore où on a fait nos emplettes au marché.
De belles côtes nous amènent vers le village de Montemagno.
Et puis c’est Lucca, Lucques en français, ville d’art où de nombreux vestiges romains nous ont donné envie d’y rester deux nuits. Le camping est à seulement 800 m du centre. Aujourd’hui, visites.
Magnifique façade de la cathédrale saint Martin.De nombreux jeunes manifestent en brandissant des pancartes sur lesquels sont dessinés des avions barrés, des vélos. Des mots fusent. Ça parle d’anticapitalisme, de bilan carbone…un jeune vient vers nous et nous félicite d’être à vélo, on se checke ! Lucca est la ville natale de Puccini. Le musée est installé dans sa maison. Dommage qu’on ne puisse pas y écouter ses œuvres. Évidemment….le nom du restaurant du coin.Les rues sont étroites avec des murs très hauts .Très belle place elliptique où se situait un amphithéâtre pouvant accueillir 10000 spectateurs ! Aujourd’hui il est trois mètres sous terre. À notre grande joie, il y a maintenant des artisans chocolatiers sur la place. On aurait pu tomber plus mal.Œuvre contemporaine, on l’aura compris, montrant un homme sorti de son cocon.La basilique san Frediano. On s’est contentés de ses mosaïques extérieures. Il fallait payer pour voir l’intérieur. On n’est pas d’accord pour qu’une église soit payante. En revanche, hier, on a vu une superbe expo dont le thème était Les peintres de la lumière, du Caravage à Paolini.
Ce soir, vendredi 23 septembre, on passe notre deuxième nuit à Lucca pour un départ demain matin vers San Miniato.