Pour tout cruciverbiste, c’est d’abord la réponse attendue à la définition : Baie du Japon. En 3 lettres……ISE.
I comme Incontournable. S comme Sublime. E comme Étonnant.
Derrière ces trois lettres se cache une baie qui est l’une des perles du Japon. On le pensait avant de venir mais on aurait pu être déçu par la réalité. Beaucoup de choses à découvrir sur Isé tant par le travail des hommes, l’artisanat, les légendes, les sites naturels, culturels et ludiques, les croisières que par ses illustres femmes plongeuses. On se disait qu’on pourrait passer 1 mois sur Isé seulement et qu’on n’aurait pas tout vu.
Quand on a préparé notre itinéraire assis à une table chez nous, on savait bien qu’il ne serait pas possible de tout faire mais il y avait sur la carte des lieux incontournables, à voir absolument. Isé et les Ama, femmes plongeuses en faisaient partie.
Mais d’abord Isé (en japonais on prononce Issé) ce sont des paysages .
Des kilomètres de sentiers de randonnée.
Des légendes qui nous font pédaler de côte en descente d’un site à un autre, car la péninsule de Mie mesure quand même presque 6000 km2, mais c’est toujours une belle surprise.
Meoto Iwa. Les rochers mariés. Ils sont reliés par ce qu’on appelle un shimenawa , une corde sacrée faite en paille de riz, qu’on trouve dans tout bon sanctuaire Shintoïste. Les Meoto Iwa sont un symbole de bonheur conjugal et de fertilité.
Les rochers représentent l’union dans le mariage de l’homme, rocher plus large surmonté d’un torii, et de la femme. On remplace plusieurs fois par an la corde qui pèse quand même plus d’une tonne. Les liens du mariage sont parfois pesants !
Les cormorans font partie du décor.Toujours très seyant le Hakama. Cette tenue était portée par les nobles à l’époque médiévale et notamment par les Samouraïs. C’est l’heure du balayage chez les Shinto. Toujours de petits supports vendus pour être accrochés auprès du sanctuaire. Au verso, on y écrit une demande, un remerciement…Petits shimenawas qu’on peut mettre chez soi.
Mais on se demandait pour quelle raison le lieu était envahi par des grenouilles.
De la marmaille par-dessus la tête et dans les pattes.Non, ils ne prient pas les grenouilles. Effet d’optique.Les gentilles grenouilles envoient de l’eau dans les bambous pour les ablutions.
On ne se le demande plus. On sait.
En Japonais, grenouille se dit Kaeru, qui signifie aussi « revenir ». C’est donc un porte-bonheur dans l’esprit populaire, qui fera revenir les êtres chers.
Superbes araignées. On ne sait pas si elles portent bonheur mais on les évite.Parcs à huîtres. L’une des richesses de la région.Rencontre éphémère avec deux cyclistes de la péninsule.
Et puis les Ama. Femmes plongeuses depuis plus de 2000 ans. Bon, ce ne sont plus les mêmes…
Ici, elles se mettent en scène pour montrer leurs techniques et le vêtement traditionnel mais aujourd’hui, elles plongent en combinaison Néoprène. Elles plongent toujours en apnée pour pêcher algues et coquillages.
Ce sont des plongeuses professionnelles dont la moitié travaille dans cette région. Ce type de pêche aux ormeaux, turbos et algues par des plongeuses en apnée est une pratique très rare qu’on ne trouve qu’au Japon et en Corée du Sud. Moyenne d’âge : entre 60 et 70 ans.
Dans le musée des Ama.
On pouvait partager un repas avec elles dans une cabane après leur plongée et manger ce qu’elles avaient pêché.
Notre repas. Pas d’huîtres, dommage. Le reste est pour les autres convives inscrits.Elles ont fait leur danse traditionnelle. L’une d’entre elles a 82 ans et plonge encore à 20 m de profondeur…toujours en apnée.Une Ama. La plus âgée, 92 ans et qui a plongé jusqu’à ses 80 ans. Elle a fait un petit cadeau à Pierre. Une Ama en porte-clés.Dans le sud de Mie se trouve la baie d’Ago, lieu principal de la production de perles de culture. On en a compris le principe expliqué dans le musée de la perle. C’est l’une des richesses du coin. On peut acheter des perles partout.
Le principe de perliculture ou nacroculture :
D’abord pourquoi et comment se forme une perle dans une huître ?
Si un grain de sable pénètre dans une huître cela provoque une irritation. Comme dans la chaussure. Mais l’huître, elle, pour se protéger, va sécréter de la nacre pour entourer cet intrus et couche par couche cela va constituer une perle. C’est simple, il suffisait de provoquer et d’industrialiser ce phénomène. C’est M. Mikimoto- une île porte aujourd’hui son nom – qui a mis au point le procédé à la fin du XIXe siècle. On découpe le manteau (partie responsable de la fabrication de la nacre) d’une huître en petits tronçons, on en introduit un dans une huître perlière en même temps qu’une petite bille, le nucléon, c’est lui qui sera progressivement recouvert de nacre pour donner une perle. C’est tout simple ! En fait pas tant que ça. La culture des huîtres perlières est une activité délicate qui nécessite beaucoup de main d’œuvre, du personnel compétent et qui reste soumis aux aléas de la nature.
C’était impressionnant de voir au musée toutes ces perles en particulier les différentes couleurs : blanc, crème, crème rosée, rose, vert, bleu, gris et noir.
Au fait, quel est le QI d’une huître ?
Zéro, la pauvre. Pas de système nerveux, pas de cerveau. Pas de cerveau. T’as zéro.
La baie d’Ago au sud de la péninsule.On est toujours au Japon…
Allez, au diable le vélo, on a acheté un galion espagnol…
Balade dans la baie d’Ago.… Avec tout le personnel !
Et puis le soir, évidemment, dans un tel endroit, un bivouac s’imposait.
Depuis hier, on est arrivés à Kyoto pour quatre journées de visite au moins.
Au départ, c’est un terme d’origine allemande ( Biwacht) lié à l’armée qui signifiait Campement temporaire des troupes en plein air ou bien Campement léger que les alpinistes installent en montagne pour passer la nuit.
L’essentiel y est toujours dans la définition d’un bivouac d’aujourd’hui. Campement sommaire, temporaire et léger qui permet de passer la nuit dans un milieu sauvage.
Bivouac en forêt la nuit avant d’atteindre les rives de la baie d’Isé.
La chambre avec, sur la bâche, le coin cuisine pas encore installé.Papier peint de la chambre.Salle de bain avec eau courante (mais pas l’eau chaude)
Pour nous, un bivouac réussi est un bel endroit découvert par hasard où l’on a assez de temps pour une installation sans précipitation, du temps pour la toilette avant que la température descende, du temps pour manger et ranger avant la nuit. La nuit tombée, on est déjà dans les duvets.
Ce bivouac en forêt, comme d’autres, a été un moment de bonheur absolu. Et on se demandait pour quelle raison. La lumière qui éclaire encore la tente, une forêt aérée où les arbres peuvent respirer sans se gêner et peut-être veiller sur nous, un sol tendre pour poser la tente , un torrent accessible pour la toilette, l’eau de cuisson et la vaisselle. Pas de vent. Des bruits naturels, reposants. Un coin de sérénité.
Les pieds dans l’eau, on s’est dit : Mais qu’est-ce qu’il nous manque ? Rien. Tout est là. L’essentiel. Ne pas s’encombrer d’inutile ni de superflu. Surtout quand on doit le porter. Dans les sacoches ou dans sa tête. Et on se dit qu’on a beaucoup de chance de connaître ces moments-là qui font le bonheur des randonneurs et des cyclovoyageurs.
Bien sûr que le voyage revient moins cher quand on dort dehors mais ce n’est pas ça le plus important. Le plus important est que le bivouac donne de la profondeur à l’instant. On renoue avec le simple, avec quelque chose d’animal, d’instinctif qu’on porte tous en soi. On vient de là. Pèlerinage aux sources. Ça doit être nos 5% d’ADN de papi Néandertal qui nous titillent régulièrement et qui nous rappellent que, oui, bien sûr, on est encore capable de se passer de temps en temps d’un canapé ou d’un ordinateur.
Et dormir dehors. Revenir à ce que l’homme a toujours connu. Dans l’histoire et les gènes de l’humanité. Se relier au ciel, à l’eau, à la terre. Bon, le feu on évite. Inconsciemment, l’instinct de survie est en alerte, le cerveau reptilien est toujours là. Un bruit non identifié dans la nuit et l’oreille se dresse. Mais on est vraiment des petits joueurs, on est loin d’être un Sylvain Tesson, « Une vie à coucher dehors » ou bien Sonia et Alexandre Poussin. Nous, on est vite rattrapé par les 95% de notre ADN qui réclament une vraie douche….le wifi….un bon lit. Mais c’est bien de pouvoir choisir. Et c’est un choix qui ne coûte pas cher. Il suffit juste de le décider.
En général, on ne fait pas plus de trois nuits de bivouac d’affilée. On a besoin du wifi et on est très contents de se retrouver dans une vraie chambre. On essaie de trouver l’équilibre qui nous permet de récupérer de la fatigue de la journée et de rester en forme. C’est quatre mois de voyage.
Un autre bivouac, le premier sur la baie d’Isé.
On s’apprête à tout mettre sous la tente quand il menace de pleuvoir…mais le ciel se retiendra.
Et puis le bivouac permet d’être présent pour assister aux plus beaux matins du monde…
Il est 5h41 du matin. Devant notre tente.Pour qu’un ciel ciel flamboie, le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas? Déjà 6h25…l’heure du petit-déjeuner.
On a oublié de prendre en photo un panneau sur la route de Koyasan qui mettait en garde les pèlerins contre…les ours ! On ne lit toujours pas le japonais mais on reconnaît bien un ours dessiné. On y pensait en forêt…pour le petit déjeuner, j’avais acheté du miel…pour l’amadouer…
La conséquence attendue d’avoir grimpé jusqu’à Koyasan était, les jours suivants, la promesse tenue de belles descentes à plus de 50 à l’heure. Grisant. A en crier sa joie vers les corbeaux surpris.
Premier arrêt en quittant Koyasan. Chez Mima qui ouvrait sa boutique au moment où on passait. Un super petit déjeuner.
Sur les chemins à bicyclette.
Après avoir été fauché, le riz est mis en bottes sur des supports afin de bien sécher. Il sera ensuite battu pour en récupérer les grains. Plusieurs fois, de loin, on apercevait ces grandes structures aériennes et on se demandait bien à quoi elles pouvaient servir…Surprise ! A jouer au golf sur trois niveaux ! Du golf en conserve. Mais personne sur le green pour rapporter les balles….mais comment font-ils ???
Le golf selon nous.
Ici visiblement, le but est de travailler son swing. Le trou on s’en fout. Donc en premier, si tu ne veux pas rater le trou, ne fais pas de trous. En second, si tu ne veux pas te fatiguer à ramasser les balles, fais les revenir toutes seules. Par notre observation fine et exacerbée, on a tout compris…enfin presque.
Les balles de golf reviennent par la conduite métallique en gris jusqu’à ……la grosse boîte en alu reliée au bâtiment par un tube en plastique dans lequel on aperçoit les petites balles s’agiter avant de remonter pour, à nouveau, se faire taper dessus. Mais comment les balles remontent-elles dans la conduite métallique qui fait toute la longueur du terrain ? Soit le green est incliné vers la conduite métallique ou bien elles disparaissent dans des trappes qui les conduisent inexorablement vers celle-ci . On ne sait pas…si vous avez des relations dans le golf. Nous on a vélo.
NARA
Ville qui été capitale du Japon de 710 à 794. C’est surtout pour nous la route qui va nous mener à la baie d’Isé. On y passera une journée et demie en dormant dans une guest house aussi belle qu’un hôtel et en plein centre, dans laquelle on fera connaissance de deux jeunes Français très sympas, Sofiene de Marseille parti de France depuis trois ans et travaillant à distance sur la création de logiciels et Quentin, en fin d’études informatique qui depuis toujours, rêvait de passer quelques mois au Japon. Ce qu’il est en train de faire.
Le cœur de Nara possède un immense parc où 400 daims, pas un de plus, se baladent nonchalamment entre les nombreux touristes.
Oui mais pourquoi des daims ? Parce que, selon la légende, le dieu Takemikazuchi que tout le monde connaît, serait entré dans la ville sur le dos d’un daim (dindin) blanc pour la protéger. C’est pourquoi les daims de Nara sont considérés comme sacrés.
Temple Gangoji qui nous plaît bien avec sa forme octogonale.
Mais on vient surtout ici pour voir Todaiji, la plus grande construction en bois du monde qui héberge un Grand Bouddha monumental en bronze.
Quinze mètres de haut. Assis dans un lotus en lotus. La main droite ouverte, les doigts tendus vers le haut est symbole de protection et d’absence de crainte.La main gauche sur les genoux et tournée vers le haut invite les hommes à être témoin de son Éveil. Chaque pétale est finement ciselé.Une foule incroyable dont de nombreux groupes scolaires. Vivement qu’on reparte dans nos campagnes japonaises…
À nouveau la campagne, les routes secondaires, les chemins…
Le chemin qu’on doit prendre, est visiblement peu entretenu. De plus en plus compliqué. Des troncs, ça se surmonte mais il faut regarder un peu plus loin. Et la suite est impraticable. Pierre est allé voir à pied. Des troncs les uns sur les autres avec en prime sur le côté, une rivière au fond d’un ravin. Tout le monde fait demi tour. On a perdu plus d’une heure. On voulait de la campagne, on en a eue. En fait, contrairement à la Corée, on voit très peu de cyclistes au Japon. Les gens sont stupéfaits d’apprendre qu’on voyage à vélo. Ils pensent à chaque fois qu’on relie deux ou trois villes et puis c’est tout.
On sait qu’on ne rejoindra pas la baie ce soir, il faut penser à trouver un bivouac. Au Japon en ce moment, il fait jour vers 5h30, l’heure où, généralement, on ouvre le premier œil. Mais la nuit tombe à 17h, ce qui nous oblige à chercher entre 15h30 et 16 h un bivouac quand on n’est pas dans du dur. Et les températures se rafraîchissent, normal, c’est l’automne et on est à la montagne. Le bivouac. Un beau sujet…
Au fait, ce soir on est à 2200 kms pour le Japon depuis le 10 septembre.
On a donc suivi les conseils de Philippe et de Yue et on a bien fait. On a zappé Osaka et Kobé pour rejoindre Kyoto par l’intérieur du pays . Et passer par l’intérieur signifie découvrir Koyasan puis Nara. Kyoto sera pour plus tard. On veut aller en premier vers la baie d’Isé où on est actuellement depuis deux jours.
Koyasan est sur la carte à Buddhists Monuments…
Après le ferry, pluie à Wakayama et emmerdements avec Orange, cela veut dire près de 4 heures avec leur service technique ! Génial. Il faut bien, de temps en temps, une journée un petit peu pourrie . Ça c’est fait.
En faisant un rapide tour dans cette ville de Wakayama, le seul sourire de la journée a été de tomber sur ce bâtiment tout illuminé en soirée. Une bibliothèque ! Ça fait plaisir…des livres…en papier…L’opposé de salles de jeux qu’on voit dans toute grande ville. Un bruit d’enfer.
Le lendemain, en route pour Koyasan. Koyasan vient du nom du mont Koya. San est une marque de respect qu’on ajoute après le nom d’une personne ou d’un lieu. On ne dit pas au Japon Fujiyama mais le Fujisan. Koyasan est l’un des lieux les plus sacrés du Japon. De nombreux pèlerinages se terminent ici. C’est un complexe de 117 temples bouddhistes. On n’a pas tout fait…
Il ne pleut plus, on achète de quoi manger le midi. On quitte la vallée pour une journée de 67 kms dont les 20 derniers se feront lacets après lacets jusqu’à la belle surprise de Koyasan.
La pluie n’arrivera que dans les dix derniers kilomètres de la journée, heureusement.
Bien avant Koyasan dans la montagne, on s’arrête visiter un temple du World Héritage où expose une jeune artiste.
Plus que les œuvres en elles-mêmes, c’est leur mise en perspective et la vallée en toile de fond qu’on a beaucoup aimées. L’état des marches…
Et puis KOYASAN. KEZAKO?
Un ensemble de temples fondé par qui? Toujours le même, celui qui est à l’origine du pèlerinage des 88 temples à Shikoku, Kobo Daichi. Kukaï son petit nom. En 804, il traverse la mer de Chine à la recherche d’enseignement bouddhiste, suivra une voie à l’époque inconnue au Japon7 appelée Bouddhisme Shingon. C’est la branche mystico-ésotérique du Bouddhisme. Kukaï recevra la transmission, reviendra au Japon et commencera à l’enseigner. En 816, il obtient l’autorisation de la cour impériale de construire un ensemble monastique retiré dans les montagnes de Koyan, lieu isolé de la capitale et de ses distractions. Non mais !… Il y a vécu longtemps, y a enseigné et y est mort.
Pour nous, Koyasan, ce sera une très belle route qui surplombe la vallée de Wakayama, un embryon de festival guitare dans un village où on rencontre un jeune Américain qui enseigne l’anglais depuis 7 ans dans la région, et puis une forte montée d’une vingtaine de kilomètres interminables, doublés par des dizaines de voitures de sport et de grosses motos. On adore…mais c’est comme ça les week-ends et on est samedi. On terminera les derniers kilomètres sous la pluie.
L’endroit est superbe. On est surpris de voir autant de touristes occidentaux mais le lieu n’est qu’à une centaine de kilomètres de Kyoto et en bus, c’est vite fait.
L’automne commence à déposer son empreinte là où on passe. Le site est immense, il faut une carte pour repérer les nombreux temples.Le DAI GARAN ou le Grand Stupa en orange. Moines. Des frais et des moins frais.Des moines habitent encore certains temples et proposent l’hébergement.
On n’avait rien réservé mais d’un naturel optimiste, on allait bien trouver sur place. On s’était dit qu’on testerait bien une fois l’hébergement dans un temple même si on sait que c’est assez cher. Dans la formule Templestay, il y a le dîner. la nuit, le petit déjeuner et on peut assister à la cérémonie du matin.
On va au centre d’information. Tout est complet. La dame téléphone. Si, il reste deux places dans un temple. Il faut payer cash. 180€. On se dit que pour une fois…on prépare la monnaie et la dame nous dit…non, c’est 180 € …par personne ! Adieu moine, repas végétarien, tatami et soupe du matin…on n’est pas d’accord pour mettre ce prix là. Ça fait cher le bol de riz le tatami et le brocoli. On se dirige alors vers une guest house. Le gars est désolé. Complet. Je lui demande s’il serait possible, en la payant bien sûr, de venir quand même prendre une douche et à quelle heure cela dérangerait le moins. Pas de problème. Avant 18h. On ne sait pas encore où on va dormir mais au moins on sait où on va se laver. On progresse…
Pas d’autres solutions que de commencer à tourner autour des temples, dans le parc, à la recherche d’un coin discret pour planter la tente. Ce qui nous facilite la vie, c’est que tout ce qui est parc reste ouvert toute la nuit. Même autour des temples. Le soir, on déambule seuls entre les bâtiments.
Il n’y a plus que nous et, dans la nuit, une famille française qu’on entend parler qui passera pas loin de notre tente sans le savoir et sans nous voir. Magie de la nuit à Koyasan.
Contrairement à nos bivouacs précédents, on se sent clandestins car on se doute bien qu’on ne doit pas s’installer sur ce site classé. Ils n’ont qu’à prévoir une aire de camping pour les cyclistes. Oui mais qui veut camper ici ? Seulement nous. Qui est cycliste ici ? Seulement nous . Ils ne vont pas gagner grand chose.
On va planter la tente sous des hortensias, cachés d’un sentier à notre gauche et de la route à notre droite. On y laissera aussi les vélos et on dormira deux nuits à cet endroit. Quand on est allés prendre notre douche, le gars très prévenant, était inquiet de savoir où on allait dormir. On l’a rassuré en lui disant qu’on avait tout ce qu’il fallait. Il nous a donné serviettes, savon, shampooing pour 3€50. Les deux nuits à Koyasan ne nous auront pas coûté cher. Notre nuit est rythmée par le drum du temple à une dizaine de mètres de notre tente. Coup de cloche à 23h. Coup de cloche à 3h45 ( moins apprécié) . Et celui de 6h nous trouve déjà réveillés.
Ce jour-là, procession en scandant toujours le même mot. Les moines sont d’abord venus bénir les groupes et les plus vieux ont fait un discours. Ils appellent Matsuri tout ce qui ressemble à un festival, mais le terme de festival nous semble un peu excessif. Tongs surélevées. Des Geta ( guéta) en japonais. J’ai essayé il y a longtemps. Une vraie impression de basculer vers l’avant et de tomber. Question d’habitude sûrement.
J’ai idée d’aller voir la cérémonie de 6h30. Pierre n’est pas motivé. Je trouve un jeune travaillant aux cuisines et lui demande d’un air égaré : cérémonie ? Il lâche ses casseroles pour me servir de guide et m’ouvre les cloisons où quelques Occidentaux, ceux qui ont payé pour dormir là, sont assis sur des chaises à regarder un vieux moine qui tourne le dos en psalmodiant ce qui doit être un sutra accompagné de deux autres collègues qui, eux, articulent un peu plus. Ils sont plus jeunes aussi. Cela dure 30 minutes puis je rejoins Pierre en quelques enjambées en lui disant qu’il n’a pas manqué grand chose.
C’est le plus grand jardin…sec du Japon. Je n’écrirai pas zen car nulle part il est nommé ainsi, ce qui est assez logique puisqu’on est ici dans le Bouddhisme Shingon et non bouddhisme zen. On dit jardin sec ou jardin de pierres. C’est le jardin Banryu-tei qui mesure 2340 mètres carrés. Les pierres de granite, 140 au total, forment deux dragons entrelacés dans une mer de nuages représentée par du sable et des cailloux qui sont là pour protéger le pavillon principal. Le jardin est récent puisqu’il date de 1984.
Finalement on a surtout photographié les extérieurs. Deux raisons : On a déjà photographié beaucoup de temples et ceux-là, comme souvent, ont été reconstruits. Et il était interdit de prendre des photos de ce qui était le plus beau à nos yeux, dans le temple Kongobuji, des panneaux coulissants recouverts de peintures magnifiques. Selon les salles, on avait des arbres aux quatre saisons, la nature avec oiseaux et fleurs, certains panneaux étaient recouverts de feuilles d’or avec des fleurs ornant des plafonds en caissons. Plaisir des yeux.
Koyasan est célèbre aussi pour son cimetière aux 200 000 stèles entourant le mausolée de Kobo Daichi. 200 000 personnes, certaines célèbres ou inconnues, qui ont souhaité reposer à ses côtés. Les arbres, surtout d’énormes cèdres, sont superbes .Dans la rue…le moinillon mignon s’endort sur sa calebasse.Dans la rue…de jolies nonnes passent concentrées sur celles de devant. Il y en a une qui n’aime pas marcher en Getas….les baskets c’est bien aussi.
Quand vous lirez cet article, nous aurons quitté Shikoku depuis le 14 octobre et roulerons à nouveau sur l’île principale de Honshu.
De Kōchi à Hiwasa, la route a été superbe.
Peu de dénivelé, ça fait du bien, souvent en bord de mer…Ou sur des voies cyclables ombragées.
CAP MUROTO A LA POINTE SUD.
Bivouac un peu plus loin sur la côte Est.
Bivouac
Dans l’article précédent, on avait parlé de Philippe et Yue qui tiennent ensemble une très jolie guest house à Hiwasa, au nord de la ville de Kaiyo sur la carte.
On a décidé de modifier notre itinéraire prévu en écoutant les conseils avisés de Philippe. Eviter des dizaines de kilomètres de banlieues de Kobé à Osaka, et remonter par la montagne, à partir de Wakayama, pour rejoindre un des plus beaux lieux du bouddhisme, Koyasan et arriver par Kyoto via la ville de Nara. C’est ainsi qu’on a pris le ferry de Tokushima reliant Wakayama.
Hiwasa, un très bel endroit que Philippe et Yue ont choisi pour s’y installer.
On aime bien les tortues au Japon, symbole de longévité.On voit un phare reconverti en temple. Mes origines bretonnes sans doute…Il est 8h 30. On se promène avant de reprendre la route et les pêcheurs rentrent au port.
ET ON POURSUIT NOTRE ROUTE VERS L’EST.
Tout autour de Shikoku, des tours anti tsunami permettent de grimper dans l’attente des secours. Certains travaux des champs se font encore à la main.Ces poupées sur le bord d’une route ont tout de suite attiré notre attention, clin d’œil au village de Nagoro qu’on n’aura malheureusement pas vu car éloigné de tout. Nagoro, victime de l’exode rural. Mlle Ayano, revenue dans ce village pour s’occuper de son père, a commencé à confectionner une poupée grandeur nature. La légende dit que c’était pour repeupler le village, il semblerait qu’au départ, c’était plutôt une sorte d’épouvantail pour faire fuir les corbeaux. L’épouvantail, qui ressemblait à son défunt père, recevait les Bonjour des quelques villageois restants. La dame a alors eu l’idée de poursuivre ses œuvres à l’effigie d’anciens habitants…afin de lutter contre la solitude….
TOKUSHIMA
Grande ville portuaire……célèbre pour la danse que tout le Japon connaît et vient voir : le Awa Odori . Cette danse folklorique a été créée lors de la période Edo ( 1603-1868) . Les autorités locales ont vite mis une réglementation pour limiter les excentricités . Lorsqu’ils se rassemblaient dans les rues pour danser, ils devaient obtenir l’aval de la police. Une situation toujours vraie. Chez nous également.C’est rapidement devenu une attraction touristique, surtout depuis 1928, lorsque la Chambre de Commerce et d’Industrie a commencé à sponsoriser les danses. On l’a appelé le Awa Odori, Awa, ancien nom de Tokushima. Odori signifie danser. On dansait pour fêter les récoltes, un événement. Ce nom devint officiel à partir de 1946…et sa célébrité s’est répandue dans tout le Japon. Tous les jours à 11h, il y a une représentation à laquelle on est ensuite invités à participer….j’aurais dû me méfier…On a toutes les deux été choisies comme meilleures danseuses ! Sûrement parce que j’étais la seule Occidentale. Il a fallu rendre le collier mais j’ai pu garder un pin’s. Chouette.Elle est parfois appelée la danse des Fous. Une pensée pour le regretté Jean Teulé et son livre incroyable « Entrez dans la danse ». On est vendredi. Il est fortement conseillé à tout travailleur japonais de sortir avec ses collègues, boire et dîner. Les restaurants étaient pleins de groupes d’hommes essentiellement. On garde le costume.Tokushima tout couleur.
À nouveau, la gentillesse des Japonais dans la rue. Ayant des soucis avec Orange, on n’a plus internet et on est sur un trottoir à chercher notre auberge de jeunesse pour la nuit. On la pensait en plein centre-ville…Une voix arrivant d’une passerelle au-dessus de nos têtes nous interpelle en anglais : Avez-vous besoin d’aide ? Oh Yes please.
Et c’est ainsi qu’on fait la connaissance de Yuya, à vélo, qui tient d’ailleurs un magasin de vélos. Il va nous conduire jusqu’à l’auberge, à 11 kilomètres de notre point de rencontre ! Et rester avec nous discuter de notre voyage au Japon.
Nos deux super héros de la soirée. Yuya, à droite, et Kaije, 75 ans, qui gère l’auberge de jeunesse ! On est les seuls clients et il ne saura pas quoi faire pour nous faire plaisir…jusqu’à nous faire couler un bain avec savons parfumés…cela devient une habitude. On est dans une auberge de jeunesse !Et voilà Kaije qui danse le Awa Odori pour Pierre !Le super petit déjeuner avec café, toasts et beurre. Margarine en japonais.Araignées de haut vol.Vue de l’auberge de jeunesse. On aurait planté la tente si on avait su qu’elle n’était pas au cœur de la ville mais cela nous a permis de rencontrer Yuya et Kaije.Et c’est reparti. Au revoir Tokushima.
On se prépare à prendre le ferry pour quitter Shikoku .
Modèle Nikken devant nous. Un tricycle quoi…Avec d’infinies précautions, l’agent de la compagnie maritime attache nos vélos.
Destination : KOYASAN pour l’article mais ce soir, on passe notre deuxième nuit à Nara.
Entre hier et aujourd’hui, on a modifié quelques infos de l’article car on vient de rencontrer Olivier, marcheur suisse, qui a fait plusieurs tronçons du pèlerinage. J’écris en gras les parties modifiées ou ajoutées.
La première fois qu’on a cherché Sukoku sur la carte du Japon, c’était pour localiser le fameux pèlerinage aux 88 temples dont on avait lu quelques témoignages à travers notamment le livre «Le pèlerin de Shikoku » de Thierry Pacquier et le livre très drôle et fort bien documenté de Gideon Lewis-Strauss « Le pèlerin désorienté qui cherchait Kyoto à Compostelle. » Et non, on n’a pas lu celui de Marie Edith Laval « Comme une fleur de thé à Shikoku » dont on nous a plusieurs fois parlé. Peut-être en rentrant.
L’affiche qu’on voit régulièrement dans les temples. Des mains jointes, des grains de chapelet entre les doigts.
L’origine
Le pèlerinage date de 815 et aurait été créé par Kukai (appelé aussi Kobo Daichi) fondateur de la branche Shingon du bouddhisme. Le Chemin passe par 88 temples, mesure 1200 kms et est l’un des rares pèlerinages au monde à avoir un chemin circulaire. Donc le temple 1 n’est pas loin du temple 88 ! Mais le pèlerin doit bien sûr marcher dans l’autre sens, le sens des aiguilles d’une montre et, de même que le pèlerin de Compostelle possède sa credentiale à faire tamponner à chaque étape, le pèlerin de Shikoku porte dans sa besace un gros carnet dans lequel une calligraphie sera faite dans chacun des temples. Il peut y avoir plusieurs temples dans la même ville puis plus rien sur une vingtaine de kilomètres.
Le pèlerin
Il est habillé de blanc, symbole de pureté, mais autrefois, symbole aussi du linceul qui rappelait au pèlerin qu’il était prêt à accepter de mourir sur le chemin. Une chasuble, un chapeau, un bâton de marche, une clochette à clocher après la récitation du sutra. Des papiers de remerciements. On n’est pas obligé d’avoir toute la panoplie. En vente au temple 1.
Comme Compostelle, tout le monde peut le faire, que ce soit dans un esprit religieux, un besoin de réflexion sur sa vie, de remerciements, une période de deuil, un défi physique…tout est possible. Certains en font une partie seulement, prennent un bus, le font à vélo. Pour l’instant, on n’a vu qu’un Japonais le faire à vélo.
Lors de la première journée en quittant Kōchi, on a estimé à environ 40% le nombre d’étrangers occidentaux sur le total de pèlerins croisés.
Raymond, Canadien, 75 ans. A fait aussi Compostelle.
Souvent des femmes âgées. Parfois très âgées. On comprend que beaucoup se déplacent en car. La plupart des temples sont sur des hauteurs, voire dans la montagne. Et à chaque fois, des escaliers interminables. Même nous, on en a plein les pattes, arrivés en haut.Ils se font en moyenne trois temples par jour. Les genoux de Pierre disent que c’est encore plus fatigant à descendre.Mais aussi des jeunes. Exemple de mur qui empêche la vue sur la mer.
On n’a pas le temps de prendre tous les pèlerins en photo, on roule et on se croise puisque nous remontons Shikoku d’ouest en est. On a rencontré deux jeunes Français, Judith et Illona, une vingtaine d’années. Il apprend le japonais et elle a lu « Comme une fleur de thé … ». J’aime bien l’idée qu’un voyage naisse à partir de la lecture d’un livre. Beaucoup de mérite car ils portent leur tente.
Le pèlerinage de Shikoku est souvent sur de la route goudronnée mais certains tronçons sont sur des sentiers magnifiques de montagne ou dans la campagne.Mais parfois, le pèlerin marche au bord de la route, se retrouve sous les tunnels, voit la mer sur certaines portions mais pas toujours à cause des murs de protection et certaines villes industrialisées sont à traverser. L’affaire ne nous a pas tentés.
Rencontre avec Ana, Espagnole. Pour l’instant elle est heureuse de faire ce pèlerinage, mais si elle en a assez, elle ira ailleurs au Japon, sur les îles d’Okinawa….ou retour en Espagne….Pas de date retour prévue.
Ana nous parle de la gentillesse des Japonais vis-à-vis d’elle. En tant que pèlerine, on lui a offert plusieurs fois des fruits, une boisson, une fois un hébergement.
L’hébergement, depuis le Covid, est beaucoup plus difficile à gérer pour les pèlerins. De nombreux sites n’ont pas rouvert et les temples accueillent de moins en moins alors ils dorment essentiellement dans des hôtels ou, moins chères, dans les guesthouses. Pas de gîtes ou refuges qui font partie du charme et de l’ambiance du Chemin de St Jacques. Le pèlerinage se déroule sur à peine quatre mois par an qui connaissent alors une grosse affluence.
On a dormi dans une guesthouse, à Hiwasa, tenue par Philippe et Yue, un couple franco-japonais ensemble depuis 50 ans. Traducteur- interprète quand il travaillait, Philippe nous a appris beaucoup de choses sur le Japon. Concernant le pèlerinage, il nous expliquait que les Japonais ne cherchent pas à en tirer profit, à faire du business autour de ça. Ils sont prêts à aider les pèlerins si besoin, à leur offrir quelque chose comme nous l’a confirmé Ana mais à titre personnel et gratuit. Il nous disait que, contrairement à ce que souvent les Occidentaux pensent, les Japonais ne sont pas religieux. Il n’y a ni enseignement religieux ni pratique régulière au temple sauf pour un événement.
Notre chambre chez Philippe et Yue dans une maison où les poutres sont en cèdre blanc et les marches en…cannelle. Magnifique.
Les Japonais se rendent au temple Shintô pour la naissance d’un enfant, un mariage. Quand ils se promènent, ils vont y faire un tour pour secouer le battant de la cloche, faire un voeu et jeter une pièce.
Ils se rendent au temple bouddhiste pour les rites funéraires et le SAV. Des cérémonies qu’ils vont réserver et payer et qui se dérouleront tant de mois et d’années après la mort de la personne. Et les Kami ? Oui, les Japonais croient encore pas mal aux Esprits de la nature comme chez nous autrefois. Par Toutatis !
Quelques photos de Kochi. Il faut aller chercher le littoral à une douzaine de kilomètres de son centre.
Mais cela en valait la peine.Un homme nous a dit que c’était comme le jeu d’échecs. Un mariage.L’automne arrive…enfin.
Shikoku est l’île la plus rurale des quatre îles principales constituant le Japon avec des vallées très encaissées et des régions très différentes les unes des autres. Le nord, le plus fréquenté, est le plus urbanisé et industrialisé alors que le cœur de l’île conserve encore vallées somptueuses, gorges peu accessibles, cascades en tout genre et permet d’atteindre le sud, la partie la plus belle de Shikoku d’après nos rencontres et nos lectures.
On a donc planifié notre traversée de Matsuyama à Kochi sur trois jours en passant dans les gorges de Yasui et de Nakatsu où coule la rivière Niyodo très célèbre pour la couleur de son bleu !
Au loin Matsuyama.
Premier jour prévu (proposition GPS) une étape de 45 kms, 11 km/heure pour vélo non chargé et 1130 m de dénivelé. Une étape qui nous amènera…au milieu de nulle part, quelque part dans la montagne recouverte de forêt. Un cycliste averti en vaut deux donc on a fait du ravitaillement pour deux jours. On sait que le deuxième soir, on devrait être dans un village. Comme on s’y attendait, la montée a été rude, il faisait encore très chaud au cours de cette journée même si, pour la première fois depuis le début du voyage, on a sorti des manches longues ! Après l’ascension bien transpirante, la descente rapide en altitude et à l’ombre nous a donné la chair de poule ! Obligés de nous arrêter dans une magnifique descente pour mettre une veste! Du jamais vu…Pierre a eu très froid aux doigts mais il a refusé ma paire de gants offerte pourtant généreusement. On était gelés. Un comble !
Le premier jour a été le plus physique entre traversée de petits hameaux, poussée de vélos et forêts de conifères et aussi quelques gingko biloba et leurs abricots argentés. Nuit de bivouac.
Villages un peu tristounets, pas de commerces , souvent très silencieux.
Le second jour: 56 kms, 1300 m de dénivelé. Pour nous, le jour le plus beau, quand on a rejoint les gorges et suivi la rivière Niyodo. La belle récompense.
Les villages sur les rives.On n’a pas trop vu le Niyodo Blue parce que le ciel était couvert. Montée à pied vers des cascades. En fait, tous les jours on monte et on descend. Soit à vélo, soit à pied. On doit aimer ça…
A ma droite, un crapaud de fort belle taille…que j’ai présenté aux deux jeunes japonaises qui nous suivaient en descendant de la cascade. Quand soudain, on entendit des hurlements dans notre dos, nous comprîmes que l’animal avait sauté un peu près d’elles. Comme elles ont hurlé, point de prince charmant. Seulement du gros crapaud.
Le GPS parfois nous choisit des « sentiers VTT ». Pour moi c’est quoi un sentier VTT? C’est le nez dans les toiles d’araignées. Ou bien personne ne passe jamais sur ces chemins oubliés de tous, sauf des arachnides, ou bien, elles retissent vite fait! Pierre, qui passe derrière, connaît rarement la sensation désagréable du visage entier dans la toile. Quand la toile est assez haute entre les branches, c’est ma visière qui perfore. Quand c’est un peu plus bas, c’est mon nez. Et je découvre alors physiquement ce que tout le monde sait théoriquement : un fil de toile d’araignée est très résistant. Plus que l’acier. Tu es sur ton vélo, sur un sentier chaotique et en pente bien sûr, donc les deux mains sur le guidon et tu te retrouves la tête prise dans la toile. La perfide araignée sait pertinemment que tu ne peux alors pas lâcher le guidon et elle en profite. Quelle étrange sensation que ces fils qui ne se cassent pas tout de suite. Pendant une fraction de seconde, le fil est élastique et tu te demandes qui va gagner, si tu vas passer et surtout où l’araignée est passée! Et quand ça lâche, la toile s’accroche à toi avec tous les autres proies capturées avant toi. J’aime pas les sentiers VTT.
Après plusieurs combats sur des chemins mal entretenus et des têtes à tête avec les bêtes à huit pattes, on a décidé de gratter un peu sur le dénivelé et de finir sur des routes plus civilisées, pour se retrouver, sans le savoir, l’autre récompense de la journée, au milieu d’un festival de cosmos ! C’est là que sera notre deuxième bivouac.
C’est vraiment un festival. Matsuri en japonais. Les gens viennent s’y promener et louer des bungalows le week-end au-dessus des champs. Des panneaux jalonnent les allées. Bivouac entre cosmos et rivière.
Malheureusement, la troisième journée se déroulera entièrement sous la pluie, ce qui nous est rarement arrivé. On dormira à Kochi dans un hôtel.
Peut-on traduire ces termes pas très simples à retenir ?
J’ai demandé à Yumi pour qu’elle ouvre nos esprits à la langue japonaise.
SHIMA signifie îles. NAMI veut dire vagues. KAIDO la route de l’océan. On traduit comme on peut…ou on garde le titre comme il est.
Il faut lire de droite à gauche. Imabari est notre point d’arrivée.
C’est sans doute la voie cyclable, ouverte en 1999, la plus célèbre du Japon. Selon l’itinéraire choisi, elle mesure entre 70 et 80 kms et relie l’île de HONSHU à l’île de SHIKOKU. La voie permet de traverser six îles et sept ponts situés dans la mer intérieure de Seto. C’est une route toute goudronnée sans dénivelé important que toute personne sachant pédaler peut faire aisément. Un bravo à ceux qui font l’aller et retour dans la journée. Même s’ils ne sont pas chargés, ils ont quand même 140 kms dans les mollets ( enfin surtout dans les ischions…).
On était certains de rencontrer au départ de cette célèbre voie cyclable d’autres cyclovoyageurs au long cours mais, à notre grande surprise, les cyclistes qui étaient avec nous sur le ferry, principalement des Australiens et des Japonais, avaient loué un vélo pour faire l’aller retour sur la journée ou sur deux jours.
Tout commence par le ferry, fortement conseillé, afin d’éviter le pont et son trafic intense. Pont montré dans l’article précédent.
Le premier pont qu’on a emprunté. On ne risquait pas de passer par dessus ! Ni d’être renversés par les voitures qui roulent au-dessus de nos têtes dans un bruit d’enfer.
Heureusement que tous les ponts présentaient des structures différentes. Les autres étaient plus esthétiques, plus ouverts et malgré tout bien sécurisés aussi. Et à chacun son style.
Parlons des tunnels japonais qu’on emprunte de temps en temps depuis qu’on est au Japon et là, on a été désagréablement surpris. En Corée, très souvent, la voie cyclable était complètement séparée de la chaussée. Au Japon, alors que pour tout, on sent une grande prudence – quand il y a des travaux, ils sont au moins deux avec un petit fanion à assurer notre passage en nous saluant – le plus souvent dans les tunnels on roule à côté des voitures sans aucune séparation. On a ajouté des lumières qui clignotent sur le vélo et notre casque a une loupiote. De temps en temps quand même, il y a un trottoir sous le tunnel pour les vélos mais pas assez souvent.
Revenons à la Shimanami Kaido qui ne connaît pas de tunnels.
On roule donc d’île en île et de pont en pont. Les îles sont grandes et assez industrialisées, surtout les deux premières. On pourrait passer une journée entière sur chacune mais on a repéré ce qu’on souhaitait visiter avant le départ. Et on ne peut pas rester ici huit jours si on veut réussir un jour à rejoindre Tokyo début décembre.
On a choisi sur la troisième île, IKUSHIMA, le musée Hirayama Ikuo qui est l’un des plus célèbres artistes contemporains japonais, né à Onomichi en 1930. Ayant survécu à la bombe d’Hiroshima, il a milité toute sa vie pour la paix. Ses œuvres sont inspirées par le Bouddhisme, les pays de la route de la Soie. Il a beaucoup fait pour la restauration et la préservation des trésors de civilisation dans le monde entier. On apprend qu’il a été fait chevalier de la Légion d’honneur en 1996. Il est mort en 2016.
Onomichi et la région sont des producteurs d’agrumes et principalement de citrons. A l’horizon, des îles ou îlots montagneux qui plongent dans la mer de Seto. Eaux azurées qui créent des paysages magnifiques.Signalétique partout . Impossible de se perdre. Drapeau de pirate pour les Japonais. On préfère notre tête de mort avec tibias réglementaires sur fonds noir mais on voulait aller dans l’antre du pirate japonais le plus célèbre.Le voilà. Murakami. Appelé le Samouraï des mers.
Même le Shogun, chef des armées, le craignait. C’est dire. Son QG était basé sur une petite île située en face du musée Murakami. En fait, lui et son clan étaient plus corsaires que pirates. Ils protégeaient des navires de commerce, assuraient un passage sur des mers dangereuses. Les Murakami ont régné sur les mers pendant plusieurs générations. Beaucoup de choses dans le musée mais tout écrit en japonais.
Le joli port d’Ohshima. On voulait dormir sur l’une des îles avant de rejoindre Imabari. C’est près du pont qu’on trouvera un coin tranquille pour la nuit.
Et le lendemain, en selle à…6h55!
Autre lumière. Autre atmosphère.
Arrivée à Imabari pour visiter l’un des trois châteaux japonais bâtis sur la mer. Imabari est pour nous la porte d’entrée sur l’île de SHIKOKU.
Larges douves alimentées par l’eau de mer.Ciel menaçant qui n’a pas tardé à nous rafraîchir.C’est Takatora qui a fait construire ce château en 1604. Il excellait, paraît-il, dans la conception de châteaux. Il aurait participé à la construction d’une vingtaine d’entre eux. Todo, son petit nom. Vue du château sur la mer de Seto.
Sur les trois derniers jours, on a traversé Shikoku en passant par les gorges de Niyodo. Objet du prochain article. Nuit en hôtel à Kochi.
Ou le point de départ vers la célèbre route cyclable SHIMANAMI KAIDO
Sur la route de Hiroshima à Onomichi. On imaginait le littoral plat. Dans tes rêves . Des côtes bien côtues mais des descentes à presque 50 à l’heure, ce qui nous permet de sécher ce qu’on a mouillé l’heure précédente.
Le temps d’un arrêt café, un client, 77 ans, qui s’intéresse à notre voyage et qui nous demande un lien pour nous suivre. La propriétaire de ce café charmant. Baie d’Hiroshima. Hiroshima est aussi le nom de la préfecture.On s’est pris un petit hôtel sur la route. Le onsen avec vue sur la mer n’est que pour nous. Vue de la chambre.Souvent le même type de statue qui représente le moine fondateur du temple.De plus en plus de tuiles rouges vernissées. Autrefois la couverture des toits indiquait le rang de celui qui habitait la maison. Les tuiles noires pour les samouraïs, claires pour les riches commerçants, les toits en bois pour le petit peuple. Tous les jours on voit des champs de panneaux solaires dans les villages. A Mihara, sur certains poteaux. Les chiffres indiquent la hauteur que peut atteindre le niveau d’eau. Cet endroit risque d’être inondé par un tsunami. Avec la tête de l’emploi. Bon, un guerrier en tongs…un peu bizarre. On a croisé de drôles de créatures dans une rue couverte d’Onomichi.Les devantures des petits restos.On n’ira sans doute pas…
Onomichi est une ville portuaire qui fait partie de la préfecture de Hiroshima. Elle vit de construction navale, de cultures d’agrumes et du tourisme. Mais elle est surtout connue pour son chemin aux 25 temples à flanc de montagne . On en a fait une quinzaine. On a compris l’idée.
On ne sait pas si elle est au courant qu’elle a un serpent dans les cheveux.L’intérêt de la balade est surtout d’avoir un beau panorama. Moinillons dans les jupes de Kannon.En face, la première île de la Voie cyclable. Dans un écrin de verdure, contents de faire une halte ombragée. Le pont qu’on ne prendra pas au départ de la voie cyclable. Il est conseillé de démarrer en ferry. Moins dangereux.Tout là-haut, Pierre voulait voir la pagode. À chaque fois, elles sont fermées. Des chats sous toutes les formes. On est très chat au Japon. Il existe des cafés chats. On en a visité un à Hiroshima mais on a trouvé ça triste. Pour les chats qui ne sortent jamais. Pour des personnes très seules qui paient afin de venir caresser les chats et pouvoir les prendre en photo. Il existe aussi des cafés chiens, serpents, hiboux…les chats, ça nous suffit. Dans une rue d’Onomichi.
Le vélo de Pierre. Il a été partiellement réparé. Ils ont changé le deuxième plateau, le plus usé, ils ont changé la cassette ( pignons) et la chaîne ainsi que les deux mollettes de tension de chaîne mais ils n’ont pas pu se procurer les autrès pièces du dérailleur. On est pourtant au pays du Shimano! Pierre dit que ça roule beaucoup mieux. On est contents. J’entendrai moins de jurons dans les côtes…Espérons que cela tienne encore les deux mois suivants. Demain cela fera exactement deux mois que notre périple aura débuté.
On a dormi dans une guest house en dortoir. Pas beaucoup d’espace mais Yuka qui tient la boutique avec son mari est super. Elle proposera même à Pierre de l’emmener chercher son vélo qui est à 6 kilomètres de la ville. On vit avec la famille.
Il y a six lits mais elle ne met personne sur les lits du haut .Tous les matins avant l’école, Yuka lit une histoire à sa fille. Le grand est déjà parti. Le Fujihostel. Un endroit chaleureux.
Avant d’aborder le sujet, quelques nouvelles des vélos. Depuis quelques jours, le vélo de Pierre fait des sauts de chaîne quand il appuie fortement sur les pédales, au démarrage et dans les côtes. Verdict d’un atelier vélo : usure des plateaux et des pignons. Il faut changer l’ensemble et la chaîne. Heureusement qu’on les a fait réviser avant le départ…On est donc resté trois jours à Onomichi le temps de recevoir les pièces. Départ demain matin mercredi pour la célèbre route cyclable Japon qui nous mènera à SHIKOKU. Mais d’abord…
HIROSHIMA
Il y a des noms de lieux comme Hiroshima ou Auschwitz qui, dès qu’on les prononce, nous renvoient brutalement vers l’indicible, le mal absolu, le pire de ce que l’humain est capable de faire et on revoit des scènes qui collent à leur histoire. Cela fait même bizarre de se dire je suis à Hiroshima.
Le Hiroshima d’aujourd’hui a fait une large place à son passé au cœur de la ville tout en se forgeant un présent et un avenir tournés vers la paix et contre l’arme nucléaire.
L’HISTOIRE à partir du 6 août 1945.
Les USA larguent la première bombe atomique appelée Little Boy car petite mais puissante. Le temps est clair, il est 8h16 ce 6 août. Elle explose à plus de 500 m au-dessus d’un hôpital. Elle fait sur le moment des dizaines de milliers de morts et détruit tout sur un rayon de 12 km.
Hiroshima à l’époque était, après Kyoto, la principale ville d’art et d’histoire du Japon avec une population de 250 000 habitants.
Elle a été choisie comme cible pour plusieurs raisons : C’était une ville de garnison, elle est située entre les montagnes et la mer. Ainsi les effets de l’impact seront plus facilement mesurables, les services de renseignements sont dans le château d’Hisroshima, le port assure la logistique de l’armée et les habitations sont construites essentiellement en bois et papier de riz…facilement inflammables.
On a passé la journée sur le Parc de la Paix, parc de mémoire, espace de verdure enserré entre deux rivières, où se situent de nombreux monuments commémoratifs.
Le dôme de la bombe. Il est situé à 160 m de l’épicentre.
La coupole en cuivre a fondu, le reste du bâtiment a résisté car composé de béton d’acier et de brique. C’était le palais d’exposition de la ville style Art déco. Comme l’explosion était verticale, une partie de l’édifice a résisté.La température a été de 4000 à 5000 degrés au sol. Le cénotaphe. Une structure qui rappelle le toit d’une ancienne demeure japonaise. Il abrite les âmes des défunts. Un cercueil enterré renferme une centaine de registres d’environ 300 000 victimes et un vierge pour les personnes non identifiées. Tous les ans, au moment de la commémoration du 6 août, on inscrit les nouveaux décès des personnes présentes lors de l’explosion. A l’extérieur du mémorial de la Paix, cette horloge qui indique l’heure de l’explosion. Dans ce mémorial, 140 000 carreaux représentant le nombre de victimes avec le nom des quartiers. Noms et photos des personnes inscrites dans les régies du cénotaphe et film sur la tragédie.Photo prise de l’intérieur du musée. On a choisi de ne pas faire de photos des victimes. Derrière le cénotaphe se trouve le bassin de la paix qui rappelle l’importance de l’eau pour les victimes irradiées qui cherchaient à apaiser leurs brûlures.
L’explosion.
La population est d’abord aveuglée par une lumière éblouissante. Quelques secondes plus tard, la déflagration arrache tout. Une minute plus tard, le fameux champignon se forme composé de gaz brûlants et de particules radioactives. Il atteint 17 km de hauteur et 800 m de diamètre. Les irradiés se précipitent sous une pluie noire pour soulager les brûlures mais c’est en fait une pluie issue du nuage atomique qui contamine le fleuve, les puits, les gens qui s’y abreuvent.
Dix à quinze jours plus tard, des symptômes apparaissent, les décès se multiplient. Fin 1945, on estime le nombre de morts à 140 000. Pathologies cardiaques, osseuses, pulmonaires, digestives…
Un autre calvaire pour les victimes. On les fuit comme la peste, les croyant contagieux. Il faudra attendre 12 ans pour que les HIBAKUSHA ( survivants) soient officiellement reconnus et bénéficient d’un suivi médical gratuit.
La pendule d’une maison.Monument des enfants pour la paix. Tout en haut Sadako Sasaki.
Elle avait 2 ans quand la bombe explosa, pas loin de l’épicentre. Pas blessée, on la crut épargnée, elle devint sportive mais à 12 ans, elle tomba malade des suites de l’irradiation. Une ancienne tradition japonaise affirme que tout rêve se réalise si on confectionne 1000 grues en papier. Sadako en fit 1300 mais huit mois plus tard, elle décède malgré tout d’une leucémie. Elle est devenue le symbole de tous les enfants victimes de la tragédie.Sadako s’envole avec une grue.Des centaines de grues faites par les enfants.
La Cloche de la Paix.
Tous les visiteurs peuvent sonner la cloche de la paix. Elle représente une belle utopie : un monde sans frontières où chacun vivrait en paix. Le battant frappe sur le symbole des armes nucléaires pour les éradiquer.Tout autour, des inscriptions en sanskrit qui doivent soulager les âmes des victimes.
1945/ 2023, ce n’est pas si vieux. Des personnes témoignent encore aujourd’hui.
La flamme de la Paix. Elle brûlera tant qu’il existera des arme nucléaires…on n’est pas prêt de souffler sur la bougie…
Il y a également tout une partie sur la mise au point des bombes nucléaires mais on n’a pas fait. On a vu le film Oppenheimer avant de partir et puis, après une journée sur le site, on est profondément touchés par ce qu’on a vu et en même temps, il y a de la colère. Malgré tous les mémoriaux qui existent un peu partout dans le monde, la guerre est toujours là…et on fait avec…
MAIS …NOTRE HIROSHIMA A NOUS…
C’est une belle ville pétillante de vie et d’endroits très sympas et SURTOUT :
C’est une super rencontre avec le couple qui nous a hébergés via le site Couchsurfing. Mary, son mari Ioshi et leur petite fille Wamu. Un jeune couple adorable qui vit dans une magnifique maison traditionnelle japonaise ayant appartenu à la grand-mère de Mary.
Wamu a 2 ans. Une petite fille très éveillée qui sait ce qu’elle veut.Bois et tatami. Shoji en papier de riz.Notre chambre. Des cloisons amovibles qui laissent passer l’air et la lumière.Ces fines lattes de bois qui font la beauté des ouvertures.Un nid douillet à la Japonaise.Soirée dans un petit restaurant tenu par un couple charmant. On s’est régalés et on a bien rigolé. Tous les deux parlent anglais. Iochi travaille tous les jours avec son père comme tapissier pour le remercier de l’avoir élevé. Mary a travaillé dans des ONG japonaises au Cambodge. Elle a voyagé au Canada et en Europe. Quand la petite ira à l’école, elle ouvrira un café. Tout est prêt. C’est magnifique. Devanture de la petite gargote où on a dîné ensemble. Pas toujours facile pour nous de savoir s’il s’agit d’un restaurant.Le couple de restaurateurs qui travaille là depuis quarante ans.Et puis c’est déjà l’heure départ. Mary nous dit je suis triste. On ne le dit pas mais nous aussi. HIROSHIMA nos amours…