Article 22. Buen Camino et maux croisés

Chaque pèlerin fait son Camino comme on dit ici et ce n’est pas forcément celui du voisin. Il y a peut-être autant de chemins que de pèlerins.

J’aurais vraiment été déçue de ne pas faire la partie espagnole après la Voie du Puy car on sent une vitalité et une énergie nouvelles (ça y est, elle a pris trop le soleil..) qui viennent des nombreux jeunes du monde entier qui se sont mis en route depuis Saint Jean Pied de Port.

Ils sont heureux d’être là. Parfois seuls, parfois avec un ami, parfois en groupe de copains, ils sont venus du Brésil, de Corée, du Mexique, et à chaque fois qu’ils vous verront, ils vous diront avec le sourire et beaucoup de gentillesse « Buen Camino ». Cela leur a coûté cher de venir mais c’était un de leurs rêves qu’ils voulaient réaliser. Alors ils sont tout simplement heureux d’être là et ça se voit. Et cette joie est contagieuse.

On peut penser alors que le Chemin est fait principalement pour des jeunes en bonne santé. Pas du tout. Il y a aussi de nombreux retraités, certains venant de Hollande, d’Australie, de Suède, du Canada. Âgés mais d’allure sportive et avançant d’un pas décidé.

Et puis il y a d’autres pèlerins. Tellement en dehors du profil pèlerin que c’est sûrement eux qui ont le plus de mérites. Des personnes fragiles ou en surpoids important, qui font le chemin avec des étapes très courtes, sans le sac, ou qui prennent un bus pour certaines parties. C’est leur chemin et c’est bien qu’elles soient là aussi. Tout le monde y a droit.

Hier, je fais la connaissance de Lili qui a les pieds dans une bassine d’eau froide au moment où je la croise dans l’auberge où je dormirai le soir . On se parle en anglais puis apprenant que je suis française, elle se met à parler un français parfait. Elle est hollandaise mais vit en Italie depuis une quarantaine d’années. Elle parle aussi très bien l’espagnol. Cinq langues, bravo Lili. Le Camino est difficile pour elle. Elle était prof d’anglais quand, il y a vingt-cinq ans, on lui a détecté une tumeur au cerveau. Elle a été opérée mais a toujours des séquelles qui sont souvent invisibles pour les autres ou difficiles à comprendre, même par ses trois enfants. On lui dit un chiffre au téléphone et elle va en écrire un autre. Elle a tout le temps peur de se perdre. C’est arrivé sur le chemin dans une partie en forêt. Elle était paniquée. Elle fatigue très vite. Comme elle n’a pas pu poursuivre son travail, elle vit avec une toute petite pension dans un appartement très petit…..Et elle s’est demandée comment elle pouvait aider les Ukrainiens. Alors elle a eu l’idée de se mettre en marche pour eux, pour les aider, en priant tout le long du chemin. Elle ne sait pas jusqu’où elle pourra aller mais elle essaie de continuer tant qu’elle le peut. J’aime beaucoup cette personne pleine de culture et d’intelligence mais je ne la reverrai probablement pas car elle fait de petites distances chaque jour.

Ce qui est sûr c’est que le chemin n’est facile pour personne. Les pèlerins se lèvent entre 5 et 7 h, ils marchent dans la journée d’un pas qui ne montre pas de difficultés, mais l’heure de vérité apparaît souvent au détour de quelques marches à gravir …ou à descendre en fin de journée. L’un a du mal à plier les genoux, l’autre change les pansements de ses pieds, untel se frotte les reins, beaucoup ont une démarche qui tire un peu sur le pingouin… mais quand les regards se croisent, on sourit, on se comprend, on est tous embarqués dans la même aventure. On s’aide si besoin. Beaucoup de bienveillance ça fait du bien. C’est ce qui fait que le chemin est le Chemin.

Alors tous ces gens que j’aperçois chaque jour, certains dont je connais le prénom, d’autres dont je connais seulement le nom du pays, d’autres que je vois pour la première fois, je les aime et je leur dis aussi avec beaucoup d’amour : Buen Camino. On va tous ensemble aller au bout.

Article 21. Le col de Roncevaux

Évidemment, c’est une étape importante dans la tête du pèlerin pour plusieurs raisons. Pour certains pèlerins, c’est la fin de la partie française du Chemin. On a déjà bien marché. On est bien échauffés et la grimpette ne nous inquiète pas plus que ça. Pour la majorité des gens, c’est le début du camino. Ceux-là sont en général plus inquiets car pour eux ce sera leur premier jour de marche avec un dénivelé important. Je rencontre des étrangers qui se préparent à faire le pèlerinage et qui n’ont jamais entendu parler des Voies françaises précédant St Jean Pied de Port. La veille du départ, dans mon dortoir : une Canadienne, un Allemand, une Allemande, un Coréen, un Brésilien. Je suis la seule Française. Le rapprochement des peuples…

Je décide de quitter l’auberge vers 6h dans les premières lueurs matinales. Le petit-déjeuner n’étant servi qu’à partir de 6h30, j’ai prévu des pains au lait et du chocolat que je mange avant le départ. Mais première déconvenue en ouvrant la porte : Il bruine fort, il pleuviote. Je me dis que c’est pas de chance, qu’on ne va rien voir aujourd’hui du foutu col. Que la journée va se passer sous la cape de pluie. Bonheur assuré…

Ambiance. On ne voit rien des paysages. Les capes de pluie sont de sortie. La journée va être joyeuse…
Tiens, des chevaux sur la route. Je suis déçue également de constater qu’on marche beaucoup sur la route, pas sur des chemins. Cela viendra plus loin.

Et puis le miracle se produit. Le brouillard devient moins épais, le soleil peu à peu tente une percée. Le ciel est bleu. On va pouvoir profiter de la vue.

Arc en ciel blanc derrière moutons…blancs.
Orrreaga est Roncevaux en basque, Roncesvalles en espagnol.
On a désormais quitté la route pour avancer sur le chemin empierré. De nombreux marcheurs se croisent et se recroisent. Certains le font à vélo, plus souvent marchant à côté qu’assis sur la selle.
Je n’aurais jamais pensé les premières heures de marche avoir un tel ciel sur les hauteurs.
Structure bizarre qui indique le point le plus élevé du col.

De Saint Jean Pied de Port à Roncevaux, il y a 27 km à parcourir , 1250 m de dénivelé positif, point le plus élevé : 1057 m d’altitude.

Le vent nous empêchera d’avoir trop chaud.
Et voilà l’Espagne ! Il n’y a plus qu’à redescendre…
L’arrivée à la Collégiale de Roncevaux où pratiquement tout le monde a réservé. Les hospitaliers de St Jean disaient que cela n’ouvrait qu’à 16h. Pas du tout. L’usine à gaz. Il faut attendre dehors en plein soleil et ça cogne de plus en plus. Les gens sont stoïques car tout le monde est très fatigué et il faut patienter. On rentre par groupe de dix. On reçoit un collier de telle couleur pour identifier les groupes. L’hospitalier en veste rouge appelle les colliers noirs à rentrer. Ce n’est pas fini. On attend ensuite à l’intérieur dans une salle, cette fois-ci assis et surtout à l’ombre.
Colliers roses au premier plan, colliers jaunes au fond. Les dortoirs vont bientôt nous être attribués. Ils sont très bien conçus , formant des compartiments de quatre lits. Je serai ce soir avec un Hollandais au-dessus de ma couchette, l’Allemande, Heidi, avec qui j’étais à St Jean Pied de Port dort en face sur la couchette du haut et à mon niveau sur la couchette du bas, un Hong-Kongais qui m’explique pendant de longues minutes qu’il s’excuse si jamais il ronfle mais que normalement il ne ronfle pas, c’est ce qu’on lui a toujours dit, en même temps comme il dort il ne peut pas en être vraiment sûr et que quoiqu’il en soit, comme tout le monde est très fatigué, cela peut arriver à tout le monde cette nuit de ronfler. Oui oui je suis d’accord. Il est tout jeune, tout sourire. Le lendemain, il ne me calcule plus….. J’ai dû ronfler….

Article 20. Pays Basque

Dans le Gers, avant d’arriver au pays Basque.

Partir tôt seule dans les brumes matinales réserve parfois de belles surprises. J’avais déjà croisé des chevreuils au détour du chemin mais un léger bruit de mon bâton les avait fait fuir. Pas cette fois-ci.

Chemin me faisant passer entre champs labourés et forêts.
Plus tard dans la journée, j’ai croisé Gaby qui emmène les cendres de son père dans son village natal en Espagne et qui récolte des fonds pour les enfants atteints du cancer à l’hôpital de Dijon, son père étant mort de cette maladie. L’association s’appelle « coup de pouce ».

La deuxième partie du Chemin de St Jacques commence à se dessiner à Ostabat au pays basque car c’est le lieu où convergent les trois chemins principaux de saint Jacques : la Voie du Puy, la Voie de Tours et celle de Vézelay. Autrefois, plus de quinze hôtelleries accueillaient ici jusqu’à cinq mille pèlerins car le village était une étape importante du pèlerinage. Mais il sera fortement touché par la peste noire puis deux siècles plus tard incendié par Charles Quint. Aujourd’hui c’est un joli petit village.

La particularité du lieu est que je rencontre des pèlerins venant de communes se situant sur la Voie de Vézelay. Trois jeunes d’une trentaine d’années, c’est leur deuxième jour. Mal aux pieds, mal aux épaules. Ils se demandent comment on peut marcher plusieurs semaines. Ça va venir…Quelques petits conseils donnés par les anciens que nous sommes.

La stèle de Gibraltar, érigée en 1964, matérialise la jonction entre les trois Voies citées plus haut. À partir de là, les pèlerins cheminent ensemble vers le Chemin des étoiles. Rien à voir avec Gibraltar. Le mot viendrait d’une déformation du nom basque du sanctuaire voisin Chibaltarem.
Cette photo était prise à Ostabat pour fêter mes 1000 km parcourus. Quelques jours plus tard, Monique, assise à ma droite a fait un malaise en haut du col de Roncevaux. Elle a été évacuée par les pompiers et est bien rentrée chez elle depuis entourée par ses trois amis. Tout va bien maintenant.

Merci!

Passer sous la barre des 1000, moralement, ça fait du bien.
Nains regardant passer le pèlerin.
Voilà le programme des prochains jours. Il manque St Jean Pied de Port entre Ostabat et Roncevaux. Quand même !
On est d’accord. Ne renonce jamais.

Il est un peu plus de 6h. Je quitte Ostabat pour St Jean Pied de Port. J’aime beaucoup les premières heures de marche quand la nature se réveille.

Premier aperçu de Saint Jean Pied de Port.
L’accueil des pèlerins. Les hospitaliers, bénévoles pour une dizaine de jours, renseignent le pèlerin sur les hébergements, les étapes du col de Roncevaux, les précautions à prendre, les différentes voies espagnoles.
On monte ou on descend. On s’entraîne pour le lendemain, col de Roncevaux.

Article 19. Du Tarn et Garonne au Pays basque ( partie 2).

Bravo Pascale! C’était bien Gambetta embêté sur la place de Cahors.

Je vais passer rapidement sur cette partie car j’ai hâte de vous parler la prochaine fois des changements depuis Ostabat et surtout depuis le Puy. Je vous écris ce soir de Puente La Reina en Espagne et j’ai quitté ce matin Pampelune à…5h55! Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour échapper à la chaleur.

Voilà en rouge le chemin de Compostelle dans le Tarn et Garonne.

Premier aperçu de Lauzerte ville fortifiée.
Un piélerin
Lauzerte toujours.
Simplicité des petites chapelles.

C’est à Auvillar que Pierre a été obligé de s’arrêter de marcher et a été récupéré en voiture par notre amie Brigitte venue de Toulouse passer la soirée avec nous.

Ils ont une place qui porte leur nom à Moissac parce que, pendant la seconde guerre mondiale, ils ont caché et sauvé des centaines d’enfants juifs de la folie nazie. Respect.
Sur le Tarn
La halle aux grains d’Auvillar, village classé parmi les plus beaux de France. Il y a un port mais on n’a pas eu le courage d’y redescendre une fois arrivés dans la partie ancienne du village.
Toutes les occasions sont bonnes pour mettre les pieds à l’air.
Je sais désormais ce que je ferai de mes chaussures qui auront fait le camino.
Encore un St Jacques …
…plus ou moins épuré.
À Castel Arrouy.
Nous voilà chez les Gascons ! Le Gers
Lectoure
On retrouve du plat. Ce n’est pas la partie du Chemin la plus jolie d’après moi.
Et de belles arcades pour se rafraîchir à l’ombre.
Devant la cathédrale de Condom. Costauds les Mousquetaires.

Ici dans un chai où l’hébergeur offre l’apéritif. Pierre aurait plus apprécié que moi l’Armagnac. Je marche seule et le soir je retrouve des pèlerins croisés dans la journée.

Article 18. Du Lot au pays Basque (partie 1)

Vaylats est une commune qui se situe dans le causse de Limogne, un des quatre causses du Quercy. On la cite pour son imposant couvent.

Mais c’est quoi un causse ? Un plateau karstique bien érodé qu’on trouve au sud et à l’ouest du Massif Central.

Couvent de la congrégation des Filles de Jésus qui pratique l’accueil des pèlerins depuis des décennies…On y a dormi, très bien accueilli par des hospitaliers. Mais mal dormi à cause de la ronfleuse pèteuse citée dans un article précédent (pour ceux qui suivent…).
Art rupestre….un peu après Lascaux.
Des caselles, abris de pierre faits par les vignerons.
Et puis il y a l’arrivée par le chemin qui surplombe Cahors, magnifique dans son cadre de verdure.
Cathédrale Saint Étienne .
Les cloîtres. Éternel lieu de sérénité.
La photo ne rend pas bien la profondeur de la coupole qui est superbe. Une des plus grandes sur ce genre d’édifice : 20 m de diamètre et 32 m de profondeur quand même !
Quel personnage politique les oiseaux viennent-ils embêter? Réponse article suivant.
Dans les villes c’est en suivant la coquille au sol qu’on retrouve le Chemin.
Le pont Valentré est appelé également Pont du Diable pour une sombre histoire de pacte entre le maître d’œuvre et le diable qui s’engageait à finir les travaux rapidement. Par manque d’artisans déjà…Comme l’autre évidemment n’avait pas envie de brûler en enfer, il lui a faite à l’envers mais le perfide satan s’en est bien sûr rendu compte et depuis, il envoie chaque soir un de ses diablotins desceller la dernière pierre posée….ça craint. Bon, on n’a pas eu de soucis en le traversant.
C’est le départ, il est 7h. Dernière vue sur Cahors. Grosse grimpette mais c’est le matin alors elle passe bien.
Comme ça on est fixés. No satisfaction.
D’abord il faut prononcer toutes les lettres. Comme chacun sait, Kuk signifiait Colline en celte.
On est dans le Quercy blanc maintenant. Blanc à cause du calcaire qui affleure. On a campé à Lascabanes . Ce lieu restera mémorable pour nous puisque lors de la messe des pèlerins, le prêtre nous a lavé le pied. Je dis bien le pied. Il n’a pas que ça à faire. L’autre ce sera pour la prochaine fois… Mais on choisit celui qu’on veut.
Chênes truffiers.
Très…chiant sous la semelle qui sent bien toutes les aspérités. Et il fait chaud. Et ça grimpe …Le Scrabble c’est pas mal aussi…
C’est gentil. Nous aussi.

Article 17. Fantaisies du Chemin

C’est sur ce quai à Cajar qu’un homme nous interpelle et nous demande si nous connaissons les trois personnes illustres de Cajar. On ne sait pas alors, sur le quai, il nous raconte ce qui fait sa fierté …

Les trois personnes célèbres passées par Cajarc sont les Pompidou tombés sous le charme qui ont acheté une propriété ici. Françoise Sagan y est née et Coluche qui, aimant le coin, a situé son fameux sketch Le Schmilblick à Cajarc, mais en faisant une erreur, car Cajarc n’est pas en Aveyron comme précisé au début du sketch mais dans le Lot…l’Aveyron n’est pas loin, il suffit de traverser la rivière du Lot.

C’était il y a longtemps !

Le gag. Je reviens vers mon gîte où devant la porte se tient un monsieur trop bien habillé pour être un pèlerin. Je lui dis une banalité sur la chaleur du Chemin cet après-midi et il me dit qu’il attend une dame.

Je réponds sans doute « d’accord ».

Elle vient d’Isère.

Ah c’est drôle, je viens d’Isère. Moi aussi.

Et elle s’appelle Mireille.

Bah…moi aussi ! Mais on ne se connaît pas !

Je suis un ami de Joël Milliat, votre voisin à Charavines ! Et j’habite par ici.

Effet de surprise garanti. Euh, Joël, sur la photo que tu lui as montrée, j’ai l’air d’avoir 80 ans m’a-t-il dit… tu me montreras les photos que tu transmets à tes copains la prochaine fois…

Ce soir, mardi 17 mai, je suis dans le pays basque à Ostabat. J’ai fait mon 1000 ème kilomètre dans la journée. Ça se fête !

Pierre a pourtant tout fait pour se faire du bien. Bain de pieds avec des tas d’herbes choisies avec minutie par une naturopathe .

Article 16. Figeac et ses environs

Aujourd’hui dimanche 15 mai je suis dans le Béarn, à Navarrenx. Mercredi , si tout va bien, je serai à Saint Jean Pied de Port. Il fait de plus en plus chaud, hier étape de 32 km car tous les gîtes étaient complets mais sous la chaleur et toutes les côtes en fin de journée, c’était une dure journée. Donc aujourd’hui, une petite étape d’à peine 15 km jusqu’à Navarrenx avalée en à peine 3 heures. Physiquement ce qui devient difficile pour les pèlerins au long cours est de marcher sur le goudron. On a les pieds en feu. Et depuis plusieurs jours, il y a beaucoup de routes. Je me dis que les pèlerins du moyen âge n’avaient pas ce souci. Bon, ils en avaient d’autres. Et puis il n’y avait pas decathlon

Pour l’instant, revenons à Figeac, 28 avril.

Le héros de la ville, c’est lui.

Champollion né à Figeac en 1778. La ville lui a fait un très beau musée et un artiste a reproduit une immense pierre de Rosette sur une place. Découverte par un soldat lors de l’expédition de Bonaparte en Égypte, on se l’est faite prendre par les Anglais comme trésor de guerre. Et depuis 1802, ils fanfaronnent en l’exposant au British Muséum ! Bon, si nous, Français, devions rendre la Joconde aux Italiens…on ne serait peut-être pas tous d’accord. Affaire complexe.

Il n’y a pas de faute.

Page culture sur la fameuse Pierre de Rosette.

Tout d’abord pourquoi Rosette ? C’est le nom du village où elle a été découverte.

1419 hiéroglyphes pour 486 mots grecs, ça s’est réduit au fil des années et encore, c’était avant les sms…LOL

Cette stèle est bilingue, alors pourquoi trois écritures ?

Parce que deux d’entre elles concernent l’égyptien: les hiéroglyphes, écriture traditionnelle pour textes sacrés et officiels, un peu comme notre latin autrefois, et le démotique, l’écriture cursive plus rapide pour faire la liste des courses, enfin pour les échanges quotidiens.

Et le grec qui était la langue de la dynastie au pouvoir en Égypte à cette époque. La dynastie des Ptolémée bien sûr.

Champollion qui lisait couramment le grec et le copte a pu déchiffrer le reste. Bravo.

Mais de quoi parle-t-elle ?

Le texte parle de l’établissement d’un culte en l’honneur du jeune pharaon Ptolémée V en échange de privilèges accordés aux temples.

Pause sous Les Halles devant la librairie…Champollion.
Une ville qu’on a trouvé magnifique et où on espère revenir…en voiture.
Après Figeac.
Paysages du Lot

Faycelles, une belle découverte.

Le nom du chemin gardera tout son mystère…
On a dormi près de ce dolmen dans une œuvre d’art. La journée a été très longue car, ayant quitté Figeac après la visite du musée pour une étape de 24 km, on est arrivés à cet endroit vers 19h sans savoir ce qu’on allait trouver exactement. On savait seulement qu’il y avait un abri où dormir.
C’est une création faite par un groupe d’artistes dont le thème est « Fenêtre sur paysage ».
Pas besoin de monter la tente…plancher de chêne.
Coucher de soleil
Et c’est reparti…

Article 15. De Conques vers Figeac

Les photos datent de la dernière semaine d’avril.

Aujourd’hui, mardi 10 mai, je suis à environ 8 jours de Saint Jean Pied de Port, à 834 km marchés depuis Charavines. Je suis en gîte chaque soir puisque Pierre a repris la tente que je ne voulais pas garder pour moi seule. Souvent, j’utilise la cuisine du gîte pour me faire à dîner et de temps en temps, je prends le repas proposé par l’hébergeur. Les gîtes sont souvent très bien. Accueil chaleureux, espace fonctionnel pour les pèlerins, lieux d’échanges. On peut être seul ou plusieurs en dortoir. La plupart offre de petites séparations entre les lits pour préserver un peu d’intimité.

Suite au covid, on voit de nombreux gîtes repris par des jeunes, seuls ou en couples, venant de Paris ou d’autres grandes villes. Ils ont quitté leur ancien job pour avoir une vie de meilleure qualité et se mettre au vert. On trouve ça courageux et on leur souhaite de réussir dans leur nouveau choix de vie.

Désormais, je commence à marcher à 7 heures du matin car il fait de plus en plus chaud et ce sont des journées d’environ 27 kms. Pierre est donc rentré à la maison, ayant très mal au genou. On attend les résultats de la radio et de l’échographie pour en savoir davantage. Pas avant le 20 mai…La plupart du temps, je marche seule mais après plus d’un mois sur le chemin, on est beaucoup à se recroiser ou à se retrouver dans le même gîte. Les commerçants rencontrés dans les villages sont toujours très avenants vis-à-vis du pèlerin. On ressent la bienveillance de chacun.

La petite chapelle sainte Foy perdue dans les brumes dès la sortie de Conques.

Mais qui est Sainte Foy ?

Une enfant née de parents paiens dans la société gallo-romaine d’Agen au III e siècle. Élevée par une nourrice chrétienne, elle se convertit au christianisme et refusa le culte des idoles. Elle fut persécutée à l’âge de douze ans. On essaya de la brûler vive , et comme ça ne fonctionnait pas bien, on la décapita. L’évêque d’Agen fit construire sur son tombeau une basilique au VI e siècle. Ses reliques étaient un vrai trésor. Et les trésors, ça se vole. Un moine de l’abbaye de Conques déroba les reliques pour les apporter à son monastère…qui devint un lieu de pèlerinage très prisé et très fortuné !

Campagne aveyronnaise
En quittant Decazeville.
Le sac de couchage prend l’air sur la tente.
Les petites pauses qu’on aime bien.
Encore une jolie chapelle. La Chapelle sainte Madeleine avant Figeac.

Article 14. Conquis par Conques

Quand on fait le chemin de Compostelle, il y a des noms d’étapes célèbres qui résonnent comme un appel à venir les découvrir et qu’il faut d’abord mériter en descendant prudemment le sentier qui mène au premier point de vue sur l’abbatiale Sainte-Foy. Le village fait partie des plus beaux de France et son église est un chef-d’œuvre de l’art roman.

Ruelles médiévales.
L’abbatiale puissante et majestueuse domine le village.

On a dormi à l’hostellerie comme la plupart des pèlerins et on y a dîné. Seuls, six frères vivent ici. Toujours guidés par l’envie de faire connaître l’association Auberge des Migrants et de récolter éventuellement quelques dons, on a demandé à l’hospitalière si on pouvait en rencontrer un. Ils sont très occupés, pas évident nous a t elle dit…On a d’abord rencontré le frère le plus âgé, un tube d’oxygène dans le nez mais l’œil taquin et pétillant, qui nous a écoutés religieusement, c’est la moindre des choses, pour ensuite nous réorienter vers frère Pierre Adrien, « la tornade blanche » nous confie-t-il, mais ne lui dites pas que je vous ai dit ça, ajoute t-il malicieusement.

La tornade blanche a pris une heure pour discuter avec nous des migrants en France. Comme très souvent chez les frères , ils sont très au fait de l’actualité et agissent dans le monde. Ils aident en particulier les migrants mineurs passés par la Libye qui ont été torturés et souvent vendus comme esclaves pour payer le passeur. Certains d’entre eux, traumatisés, ne pouvaient plus parler arrivés à Conques. Ils ont alors utilisé le chant afin qu’ils puissent s’exprimer et raconter leurs souffrances. Un documentaire sortira fin juin sur l’histoire d’un de ces jeunes. Historiquement, il nous a aidés a trouver les nombreux points communs entre les migrants et les pèlerins. Ce fut une belle rencontre. Bon, on ne sait pas s’ils feront un don mais ce n’est sans doute pas l’essentiel.

Après les Vêpres, le repas, les Complies (on ne fait jamais rien à moitié!) on a eu l’explication du magnifique tympan par le frère Jean Daniel, pince sans rire devant l’Eternel.

Le tympan représente le Jugement Dernier avec, autour de Jésus, l’espace partagé entre Paradis et Enfer. Ordre et harmonie d’un côté, bordel de l’autre ! Choisissez.

Une soirée inoubliable ensuite dans l’abbatiale avec jeux de lumières sur les chapiteaux, piliers, voûtes intérieures sur fonds d’orgue avec toujours frère Jean Daniel aux tuyaux… On le savait mais on l’a vécu, on a eu droit à du Johnny, Pierre Bachelet, Joan Baez et d’autres…Depuis le début du camino, on ne s’était jamais couché aussi tard ! Mais c’était superbe.

Hier soir, une amie de Toulouse nous a rejoints pour passer la soirée avec nous. Ce n’était pas prévu mais elle est repartie avec Pierre à la gare de Toulouse pour qu’il rentre à Charavines se faire soigner. Pierre ne peut quasiment plus plier le genou gauche. Il a déjà pris rendez-vous pour lundi matin avec un médecin. On a décidé que je continuais le Chemin seule, jusqu’à ce qu’il puisse me rejoindre plus loin.

Article 13. Beauté des ciels menaçants

Aujourd’hui jeudi 5 mai, nous marchons sous le soleil et nous ne sommes pas pressés de retrouver la pluie qui, comme on l’a déjà déjà écrit, nous a la plupart du temps épargnés. Mais les ciels tourmentés sont beaucoup plus intéressants qu’un ciel bleu bêtement pur. Ces photos datent d’il y a une semaine environ.

Espalion

Vue d’Estaing .

Le rocher à la Vierge….il faut la mériter…
A Bessuéjouls, cape très tendance.
Buron
On aurait bien aimé le croiser, le Pépé Catusse. Golinhac.
Un arbre à souliers .
Pas loin d’Espeyrac. Un endroit bien sympathique. Soulié est le nom de Joëlle qui a fait un très joli endroit pour accueillir les pèlerins quelques minutes. Nous ne la verrons pas. Tout est à disposition sous un parasol.Des boissons, quelques gâteaux, des sièges et une boîte pour laisser son obole….on rencontrera régulièrement des endroits comme ça, basés sur l’accueil et la confiance.
De temps en temps, une éclaircie.
Espeyrac.
Vieilles maisons de pierre où on ne voit pas grand monde. Ici Senergues
Bon, c’est rassurant…
Ce n’est pas qu’on ne veut pas prendre les gens en photo. C’est qu’il n’y en a pas!

Depuis avant-hier soir, Pierre a mal au genou gauche. Hier, il a fait une étape en malle postale. Aujourd’hui, il a marché sans son sac mais le mal au genou est toujours là. On essaie de prendre un rdv pour une radio à Lectoure, prochaine grande ville. Affaire à suivre….