Article 32. Le bâton et la coquille. Fin

J’ai commencé à écrire ce lundi matin, 6h18, au Seminario Menor, mon dernier lieu d’hébergement en Espagne à St Jacques de Compostelle et je termine cet article maintenant dans le bus qui m’emmène vers Bordeaux cette nuit pour ensuite prendre un train demain vers Montpellier puis un autre vers Valence. Je serai demain soir chez moi.

Bâtiment superbe et gigantesque situé sur les hauteurs de la ville qui a remplacé les séminaristes par les pèlerins, j’avais réservé pour deux nuits . Les couloirs sont interminables, des centaines de places, la hauteur des plafonds dans l’entrée est impressionnante. On peut être en dortoir ou en chambre individuelle pour 3 € d’écart. Le choix a été vite fait. La veille on n’avait presque pas dormi.

Vendredi, on s’est fait une journée de 34 km pour arriver dans la banlieue de St Jacques, sur la colline de Monte do Gozo. Il a été difficile de trouver une réservation car on savait qu’il y avait un festival de musique pendant trois jours. On n’a pas eu d’autre choix que de se retrouver dans un dortoir de huit lits où se côtoyaient les teufeurs et nous pour un prix élevé. On était facilement reconnaissables parce que nous, on n’avait pas nos faux cils et notre robe à paillettes… On a bien profité de la musique toute la nuit et on s’est finalement levés plus tôt que prévu, 4h45 au lieu de 5 h 30, heure à laquelle les deux derniers jeunes sont rentrés, les deux autres ayant fait leur retour vers 1h30.

Pour nous, Érika, Blandine et Pierre son mari, ce samedi est notre dernier jour de marche ensemble. Les cinq derniers kilomètres vers le Champ des étoiles. Eux continuent vers Cap Fisterra demain dimanche. Le mari d’Erika vient la rejoindre mardi en voiture d’Allemagne pour, après les quatre derniers jours vers la mer, filer vers le Portugal où ils vont passer quelques jours chez une belle sœur. Blandine et Pierre ne savent pas encore comment ils vont rentrer vers Saint Nazaire.

Deux pèlerines finlandaises croisées régulièrement.
Je n’ai pas résisté…jeunes jambes espagnoles qui ont parcouru…400 kilomètres.
Il est 5h 50….Santiago s’éveille.
Premières heures du jour.

Pourquoi descendre si tôt vers la cathédrale ?

Il faut qu’on passe au bureau des pèlerins près duquel on s’est déjà préenregistré pour faire valider notre credentiale et recevoir la Compostella. C’est là qu’on déposera nos sacs en consigne car on ne peut pas rentrer dans la cathédrale avec les sacs à dos, ce qui peut se comprendre. On veut assister à la messe de 12 h avant de rejoindre notre nouvel hébergement le Seminario Menor. C’est la matinée File d’attente.

Pour la maison des pèlerins, on était à la porte à 7h25 pour une ouverture à…9h. Dans notre guide c’était écrit 8 h. Pas grave. Nous recevons un ticket qui nous dit à quel guichet nous rendre mais Érika et moi avons en plus un bon pour un restaurant…publicité ? Non. Invitation. Tous les jours, comme la tradition au moyen âge le voulait d’offrir le couvert à des pèlerins, un restaurant offre un repas aux dix premiers qui font la queue pour l’enregistrement à la maison des pèlerins ! C’est ainsi qu’après la messe et l’envol du botafumeiro dans les airs, Érika et moi avons retrouvé autour de la même table les huit autres premières personnes de la file d’attente. Blandine et Pierre étant juste derrière nous, ont dû payer leur repas…unlucky. Pour le lendemain, ils attendaient 3000 pèlerins ! Un record pour un mois de juin.

Partie 74 jours, j’ai marché 72 jours et parcouru 1860 kms.
La place nous appartient. Privilège d’être les premiers.
Quelques heures plus tard…
Façade principale sur la place del Obradoiro.

Pour rentrer dans la cathédrale on fera la queue et on sera assis plus d’une heure avant le début de l’office. Beaucoup sont debout, d’autres n’ont pas pu rentrer.

Les futurs élus mais ils ne le savaient pas encore !
A la table les élus d’un jour. En arrière plan, deux Espagnols, à ma gauche, Érika , en face de nous, deux Coréennes qui nous offrent à tous un drapeau…coréen, à ma droite, deux Italiens et en face d’eux, un couple de Colombiens. Très bon repas encore meilleur quand c’est gratuit.
Affiche dans le restaurant.

Balade dans la ville, on retrouve peu de pèlerins qu’on connaît. On en verra davantage le lendemain. Je vais voir des hospitaliers français et leur parle de l’association Auberge des Migrants. Ils me demandent de faire un article pour leur journal Webcompostella. On est un peu tristounet parce que c’est la fin d’une belle aventure, de nombreux moments de partage et que dimanche matin, on va se quitter. Érika éclate en sanglots et on a tous la larme à l’œil.

Pluie et accalmie toute la journée. 14 degrés.
Le fameux botafumeiro est un encensoir en laiton argenté haut de 1m 60 pesant 54 kg, fabriqué en 1851. C’est le plus grand au monde. Je pense qu’il y en avait un autre avant au moyen âge. Ils sont huit hommes à tirer sur les cordes. Il s’élève à 20 m de hauteur dans la voûte, forme un arc de 65 mètres et rase le sol à 68 km/ h. Le but de ce sillage de fumée était de faire oublier l’odeur nauséabonde des pèlerins. Il faut dire que les pèlerins dormaient dans la nef.

En 1501, le botafumeiro s’est détaché de la voûte et a fini sa course dehors sur la place ! Au XXe siècle, un pèlerin pas malin qui s’est trop approché pour être encensé, s’est retrouvé avec des côtes et le nez cassés ! 54 kg dans le nez à toute volée, ça doit faire mal…

Tombeau de saint Jacques.
Bande des quatre qui se sépare.
Érika, 71 ans, la super forme.

Et la Compostella alors ?

Avec le prénom en latin.
Et le certificat de distance.

Et puis la belle surprise. Je suis dans la cafétéria de la gare routière quand je le reconnais tout de suite. Incroyable. Mon Coréen de Roncevaux. La boucle est bouclée. Cela fait au moins deux semaines qu’on ne se croise plus. Et le voilà, tout barbu. On échange quelques phrases via le traducteur, il va en bus à Fisterra, je pars en bus à Bordeaux. Sa dernière phrase : soyez heureuse.

La coquille…

Pierre me l’avait bien fixée avant de partir, elle n’a jamais quitté mon sac. Pierre a perdu la sienne deux jours avant de déclarer forfait. Un signe ?

…et le bâton.

Beaucoup de lecteurs ont dû se dire, à juste titre, que j’aurais mieux fait de prendre deux bâtons télescopiques que j’ai d’ailleurs à la maison, plus équilibrés, plus faciles à ranger et s’étonner du choix de mon unique bâton.

C’est que ce bâton a une histoire. C’est un cadeau offert à une rentrée scolaire par l’évêque de Grenoble en 2013, Monseigneur de Kerimel, à tous les directeurs d’école iserois, sur lequel il est gravé ce verset de Luc : « Avance au large ». Je ne l’avais pas utilisé avant, préférant le garder pour une grande occasion…guider mes pas vers St Jacques de Compostelle par exemple. Il a été fait en Isère et comme j’avais peur de l’oublier à une étape, je suis allée voir les établissements Boursier pour qu’ils y gravent mon numéro de téléphone et mon prénom. Cela aura été inutile. Je ne l’ai pas oublié une seule fois.

(La cuisse poilue, c’est celle de mon voisin dans le bus…chut).

Avance au large.

C’est ce que j’ai essayé de faire pendant ces six semaines.

Je vais faire le point sur les sommes reçues pour l’auberge des Migrants et en dirai quelques mots par la suite.

Article 31. Les 100 derniers kilomètres

Évidemment qu’on les attendait avec impatience, ces derniers 100 kilomètres! Ils nous ont paru inaccessibles pendant tellement longtemps qu’on évitait d’y croire trop vite et de penser trop loin. Vivre seulement l’étape d’aujourd’hui, mettre un pied devant l’autre, en le posant bien, en se faisant le moins mal possible, en profitant de chaque jour à travers ses paysages, ses villages, ses monuments, ses rencontres. C’était déjà pas mal. En se disant que peut-être, si on a de la chance, on allait un jour arriver à terminer le Camino à pied et sans être en trop mauvais état. Et puis, pour moi, enfin, après deux mois et demi de marche, je sais que ce jour est arrivé où je vais la croiser :

La borne des 100 kms.
Le but n’est pas de se casser à l’arrivée, je parcourrai les 100 kms en trois jours et les six derniers kilomètres samedi matin vers la Cathédrale.

Et bien les 100 derniers kilomètres sont un mélange d’excitation et de déception. Excitation parce qu’on n’est pas loin du but qu’on voulait atteindre et déception parce que bizarrement, plus on s’approche de St Jacques, plus on s’éloigne de l’esprit du chemin de St Jacques.

Les raisons sont multiples.

D’abord, il faut savoir que pour avoir FAIT le chemin de St Jacques et pouvoir le justifier , il suffit de marcher les 100 derniers kilomètres, d’avoir deux tampons par jour sur sa crédentiale, dont un religieux, et vous aurez votre diplôme, si si, la Compostella. Ce qui attire énormément de monde !

Depuis le matin du mardi 14 juin, on croise des touristes déguisés en pèlerins (pas très gentil de dire ça) , des hordes de jeunes avec leurs profs qui obtiendront la Compostella après avoir fait 100 kms en une semaine. On apprend qu’elle est très recherchée en Espagne, que c’est un Plus sur un cv et que dans ce but, on vend et on achète des crédentiales…..Il vaut mieux que les jeunes fassent Compostelle plutôt qu’une attaque de banque, on est d’accord, mais toutes ces nouvelles têtes font que nous ne sommes plus entre pèlerins, que ceux qui sont arrivés pour les 100 derniers kilomètres n’échangent pas vraiment avec les autres, qu’on ne partage peut-être pas tant de choses que ça.

On rencontre de moins en moins ceux qu’on connaissait. Le nombre de personnes et la taille des villes qui remplacent les villages font que l’état d’esprit a changé. Un pèlerin me disait cet après-midi : c’est quoi ces pèlerins qui se baladent avec des petits chiens ? Et un autre : T’as vu les Américaines maquillées comme pour un après-midi de shopping ? Bon, il ne faut pas exagérer non plus. Moi, les petits chiens, pas vu. Et puis le maquillage avec la chaleur qui fait, ça va mal finir…

Mais c’est vrai que si on devait définir en quelques mots l’esprit qui anime la plupart des gens tout le long du Chemin, on pourrait parler de simplicité, de concentration, de modestie, de partage, de non profit, d’authenticité. Et ces qualités, depuis quelques jours, on les ressent moins. Mais bon, on est tristes aussi de savoir que c’est la fin d’une belle histoire. Alors on verse peut-être un peu trop dans l’amertume…ou la nostalgie ?

Bon. Parlons de l’histoire des tampons sur la crédentiale…

Traditionnellement, ce coup de tampon était donné par le curé, l’hébergeur ou l’agent d’un office de tourisme pour attester de la condition du pèlerin et de sa bonne foi, lui permettre de bénéficier de gîtes ou d’auberges à des prix avantageux et d’être exonérés de certaines taxes de passage.

Aujourd’hui, n’importe quel bar ou épicerie vous donnera un coup de tampon même si vous descendez de votre voiture. Certains pèlerins ont quatre ou cinq tampons du même endroit. La crédentiale va être vite remplie…

Ma crédentiale hier.
Mais…que fait la Police espagnole ??? Bah elle aussi vous donne un coup de tampon si vous le souhaitez. C’est mieux qu’un coup de matraque. Et en plus on peut se faire prendre en photo avec eux. Trois pèlerins américains…Je pense qu’il doit y avoir 0 % de criminalité en Espagne alors il faut bien occuper la Guardia Civil et en plus, ça les rend heureux . Et puis ils sont payés pour ça.
Pèlerins nouvelle tendance…C’est le sac pour la journée. Le sac à dos arrivera en fourgonnette.
L’antépénultième journée, comme dit si bien Joël, est une belle journée de 29 kms. Cette nuit, Pluie et orage ont baissé un peu les températures.
Toujours les belles façades d’église.
Anciens greniers à maïs qu’on retrouve un peu partout dans la région. Le nom était « Orio ». Merci à mon hébergeur pour l’info.
De nombreux ponts romains en Espagne.

Malins les taxis ! La tentation s’écrit sur les murs….

On adore ! Appelle un taxxxxxxxxiiiiiiii. Sympa Kaa !

Article 30. La Galice

Merci au set de table. Les flèches indiquent le camino . Mes hébergements prévus sont à Sarria, Portomarin, Palas de Rei, Arzua, Monte do Gozo puis Santiago samedi soir.
Après le village de Foncebadon où j’ai dormi dans La Chapelle décatie transformée en dortoir, il y a un lieu qu’il ne faut pas rater. Le col du Monte Irago est appelé aussi Cruz de Ferro (croix de fer) . Tout pèlerin est invité à laisser une pierre au pied de La Croix , laissant ainsi ses soucis et/ou ses péchés. La tradition veut qu’on porte la pierre depuis le début du pèlerinage….mais le sac est assez lourd comme ça et il y a du choix autour.
La croix a été volée plusieurs fois et le mât sectionné. La connerie n’a pas de frontières…
Partir avant le lever du soleil n’est possible que sur une route bien tracée.
Nuit passée dans le village de Alto do Poio. Photo prise le matin du départ. On croyait que notre hébergement était 4 kms avant, mais non. On a fini la journée de 30 km par une côte d’enfer en plein cagnard. Mais le panorama en valait la peine et c’est toujours des kilomètres en moins pour le lendemain.
Un des plus gros villages sur la montagne, O Cebreiro, qui culmine à 1287m avant le col de Santiago. Il accueillait déjà le pèlerin au IXe siècle. L’occasion de boire un café et de retrouver des têtes connues.
Aujourd’hui il accueille autant le cycliste qui va également à St Jacques que le piéton. Il y a aussi des touristes espagnols venus en voiture.
La Chapelle du village.
La copine portugaise qui fait son camino toute seule.
On retrouve les cailloux mal foutus très casse- pèlerins pour la descente.
Vigilance. Surtout quand on arrive là-dessus à la sixième ou septième heure de marche….
Pour une fois qu’on a une pèlerine….Merci au sculpteur car en réalité, on serait 60% de femmes à marcher. Ça méritait bien une statue.
Les roses comme les genêts nous accompagnent tout le long du chemin.

C’est mignon….même si les Français ne devraient pas écrire sur les murs.
Chemins ombragés qui rendent le pèlerin heureux.
Reflets
Cette journée a été magnifique.
Un joli coin plein d’attentions pour le pèlerin.
Érika en profite pour regarder son téléphone.
Flou artistique matutinal .
Premiers pas d’Erika dans Sarria encore endormie.
Annonce d’une journée caniculaire sur l’Espagne. Les brumes nous auront protégés et on est en altitude. On aura très chaud en arrivant à Portomarin.
Tout un symbole cette borne.
Des photos de personnes décédées pour qui ou avec qui certains pèlerins cheminent.
Arrivée à Portomarin.
Il est 14 h, encore un effort. 23 km dans les pattes et 33 degrés sur la tête.
Là, ils veulent vraiment nous achever.
Jolie vue sur le rio Mino.

Et nous on a trouvé une cabane pour cette nuit dans un camping magnifique.

Au programme de l’après-midi, après la douche et la lessive, ombre, pépiement des oiseaux….
…et compagnie de superbes chevaux.

Article 29. Castille puis Leõn

Aujourd’hui, dimanche 12 juin, je fais les premiers pas en Galicie, la province de Santiago. Et puis surtout, je suis passée sous la barre des 200 kms depuis un moment et ça, mentalement, ça compte.

Bornes de Galicie. Il reste 152 kms…surréaliste.

On est, depuis hier, sur les étapes les plus belles depuis longtemps mais aussi les plus difficiles. Maintenant c’est de la montagne. Elles se méritent. Toute la nuit, pluie et orage. Ce matin, avec Érika, pèlerine allemande, on s’est levées à 5h et on a commencé à marcher à 5h50. Le ciel est encore sombre, sombre aussi à cause des nuages, qui finissent par se lâcher sur nos capes de pluie, pluie accompagnée d’éclairs et d’orages. Heureusement, cela ne va pas durer. Hier on a allongé notre étape pour se trouver plus près de la montagne et ainsi la gravir avant la chaleur de l’après midi. Étape de 32 km qui nous a fait traverser de nombreux coteaux couverts de vignes. Parcours très joli avant les derniers kilomètres jusqu’à ce qu’on se retrouve à longer la route nationale les dernières heures.

Encore mieux que les clochers. Toujours plus haut !
Érika, ne parlant pas l’anglais, me permet de réviser mon allemand.

De plus en plus, on entend parler de covid sur le Chemin et on repère aisément ceux qui toussent beaucoup…On a été plusieurs à faire un test en pharmacie et je suis négative. Érika et moi ne prenons maintenant que des chambres pour deux et n’allons plus dans les dortoirs.

Sympa cette peinture qui nous indique la direction.

Dormir dans un hébergement paroissial. Ici à Leõn.

On ne réserve pas, c’est dans l’ordre d’arrivée que le pèlerin sera pris tant qu’il y a de la place.

Dans la cour, on doit déposer son sac les uns derrière les autres puis, du haut de l’escalier, un hospitalier appelle le suivant. L’hospitalier demande la carte d’identité, le paiement, ici 7 €, puis tamponne la crédenciale.
Les premiers gestes : laisser ses chaussures et les bâtons.
Mon lit au premier plan. Une consigne . Le soir il y aura la bénédiction des pèlerins dans La Chapelle à proximité.
La cathédrale de Leõn est une cathédrale de lumières. Je retiendrai la coupole de Burgos et les vitraux de Leõn.
Je ne résiste pas…
Et au coin d’une rue, le groupe des Pèlerins Mexicains.
Marie mérite une photo. Marie enceinte. Rare.
Gaudi a construit au départ un entrepôt dans le tissu, la Casa Botines, bien avant ses œuvres de Barcelone. Le monde de Gaudi, architecte surdoué, se retrouve dans ses voûtes, ses colonnes en fonte, ses escaliers en bois et en fer forgé, la maison en forme de dragon et ses tourelles qui font un peu château de contes…

Mairie ou parlement, je ne sais pas, il est 6 h.
Beaucoup de choses à visiter à Leõn mais encore une fois, après la journée de marche, le corps a besoin de s’asseoir ou de s’allonger mais plus de marcher ou piétiner. Pèlerin ou touriste, il faut choisir.
Un beau et bon Saint Jacques. Lui aussi a besoin de s’asseoir.
On ne risque pas de se perdre.
Une belle surprise sur le Camino. Un donativo. Vous prenez ce que vous voulez, vous donnez ce que vous voulez. Le gars fait ça depuis 13 ans.
Original le panneau.

Un autre endroit original où il a fait bon dormir. Ce village était complètement abandonné et ne revit qu’avec la présence des pèlerins. Hébergement paroissial dans une ancienne chapelle.

Et le petit déjeuner ! La copine portugaise est en forme.

Je m’arrête là, je vais tomber en panne de batterie et rien pour charger…

Article 28. La Meseta

Carte un petit peu simplifiée.

Nous y voilà, dans la Meseta, région dont j’ai déjà un peu parlé dans l’article 23. Vaste plateau au climat méditerranéen. On y trouve surtout des céréales, des lignes droites, des moutons, des coquelicots, des pèlerins. On sait que c’est écrasé de chaleur l’été et qu’on a choisi la bonne saison. Il fait une chaleur supportable modérée par un petit vent bienvenu.

Le premier jour est assez agréable.
Un endroit improbable, Sambol, au milieu de nulle part où je vais passer la nuit .
Une source plus bas permet de laver son linge et de se rafraîchir les pieds.
Super soirée avec, autour de cette magnifique table, de gauche à droite, Lorenzo l’Italien, Sabine l’Allemande, Kurt le Danois, Lenka la Tchèque, Moi la chaise vide, Blandine ma copine taquine et Patricia du Canada. Repas copieux : salade mixte, paella et gâteau. Un délice.
Saname est le gérant de ce gîte communal. D’origine cubaine, il nous a fait le show après le repas ! Génial. Chanteur et musicien, en plus d’être cuisinier.
Il est 6 heures. C’est reparti.
Se retourner.
Mes heures de marche préférées.
Hontanas, village seulement traversé.
C’était le 1er juin.
Blandine
Castrojeriz
Ossuaire. Pour l’instant, on n’en a pas besoin.
Cultures.
Mosaïque. Merci aux coquelicots.
On ne s’en lasse pas. C’est aussi ça la Meseta.
Enfin c’est aussi marcher le long de la route des heures entières.
Blandine, venue à pied de Saint Nazaire près de Nantes.
Blé blond.
Terminus pour ce soir.
À chaque clocher ses cigognes. Nous on y met des coqs.
A Boadillo del Camino. Colonne de Justice devant laquelle on rendait…la justice.
Un canal.
On ne change pas de cap.
Écluses. Une petite pensée pour le canal de Nantes à Brest…
Régulièrement on traverse des sentiers bordés de genêts immenses qui embaument et nous flattent la narine.
A chacun son Saint Jacques.
A Carrion de los Condes, j’ai dormi au monastère de Santa Clara.
L’accueil est toujours très bien organisé, les dortoirs très propres, on peut s’y faire à manger. Coucher vers 20 h. La vie monacale quoi.
Et on reprend le Chemin…
…..dans la brume qui restera les trois premières heures de la journée.
Voilà le groupe de Brésiliens très sympathiques qu’on croise et recroise depuis Saint Jean Pied de Port. Ça crée des liens !
Avec Carole et Clodomar , couple brésilien. Il est commandant de pompiers et avocat.
On va se quitter sur ce beau couple, deux enfants de 21 et 23 ans.

Article 27. Burgos

Quelques nouvelles de Pierre.

Après avoir passé une radio, une échographie et une irm, on sait enfin ce qu’il a: fracture horizontale et verticale du genou . Fracture de fatigue. Le remède? Se déplacer avec une béquille et du repos pendant deux à six mois. Affaire à suivre…

Hier mardi 7 juin, j’ai quitté Leõn et passe sous la barre symbolique des 300 kms qui restent à parcourir pour atteindre le Champ des Étoiles. Tout va bien même si la fatigue s’installe dans les jambes et les pieds, ce qui me semble à peu près normal puisque cela fait maintenant deux mois que je marche. Mais retour à Burgos.

Burgos marque une étape importante pour les pèlerins heureux d’avoir parcouru 271 kilomètres côté espagnol et de découvrir une ville au passé somptueux. Le bémol pour nous est d’arriver un lundi car beaucoup de lieux touristiques sont fermés.

Burgos est une ville fondée au IXe siècle située bien sûr sur le chemin de Saint Jacques mais aussi sur la route de la laine et les routes du centre de l’Espagne vers la mer. Son nom signifie château fort dont les restes dominent la ville et que j’ai bien eu du mérite à aller voir de près car ça grimpe alors que les jambes, si elles avaient pu parler, auraient plutôt demandé une position horizontale…mais je n’ai jamais su faire la sieste et ce n’est pas à Burgos que je vais commencer. Finalement, c’est juste une vue panoramique sur la ville.

Vue panoramique du château en ruines.

En 1035, le royaume de Castille est fondé et Burgos devient sa capitale religieuse puis militaire et politique et devient riche cité commerçante. C’est l’âge d’or de Burgos du XII e siècle au XVe siècle et les magnifiques monuments qu’on voit aujourd’hui datent de cette période. Pas celui de la photo du dessous.

Comme chez nous, les arrivées dans les villes ne sont pas ce qu’il y a de plus beau.

Ça c’est de la coquille !!! On sait par où passe le chemin qui n’est pas toujours aisé à trouver dans les villes.

Et puis il y a cette cathédrale incroyable, vaisseau gigantesque classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO situé au cœur de la vieille ville. Commencée au XIIIe siècle et terminé au XVIe, c’est l’une des plus belles d’Europe. La cathédrale Santa Maria. A l’extérieur, on retiendra la finesse de ses flèches …

Et à l’intérieur, en 1539, on commença à reconstruire le dôme qui s’était effondré l’année précédente et qui fut terminé en 1568. Une lanterne incroyable considérée comme la plus belle de toute la renaissance espagnole. « Elle paraît plus l’œuvre des anges que des hommes » dira le roi Philippe II. Voûte étoilée éclairée par la lumière extérieure. Le dôme mesure 50 mètres . Il conjugue architecture, sculpture et art des vitraux. Jamais vu un dôme aussi beau.
Il se trouve au-dessus de la tombe du Cid, de son vrai nom Rodrigo Diaz de Vivar, longtemps considéré comme un des fondateurs de la nation espagnole. Un mythe. En fait, le garçon a mangé à plusieurs râteliers selon ses intérêts: il s’est placé sous les ordres de différents seigneurs, chrétiens comme musulmans. On peut dire que c’était un mercenaire. Il est né à 7 km de Burgos en 1043. Il prendra possession de Valence qu’il gouvernera jusqu’à sa mort. Évidemment, c’est Corneille qui l’a rendu célèbre en 1637 même si c’est seulement largement inspiré de la réalité.
L’un des trois magnifiques retables relatant la mort et la résurrection du Christ.
Rodrigue, toutes voiles dehors.
Pèlerin qui a pris racines.
Superbe retable dans une église de Burgos.
Pèlerin sur la place de la cathédrale qui a beaucoup souffert.
Épaules ne supportant plus les sangles du sac à dos. Blandine a connu ça.
On se console entre pèlerins.

Bobos d’autres pèlerins.

Pieds allemands souffrant d’ampoules.
Pied français dont il faut soutenir la voûte plantaire.
Pieds espagnols en feu qui ne veulent plus quitter la bassine.
Pied de Brésilien pourtant sportif.
Genou mexicain.
Deux genoux italiens dont la rotule et les ligaments ont besoin d’être soutenus! On garde néanmoins le sourire ! Au fait, elle fait Sciences Po Paris en septembre et cherche une chambre….A vos réseaux….
De belles balades ombragées à faire .
Des statues en bronze sont disséminées dans toute la ville. De grandes places piétonnes.
Exposition sur Don Quixote et Sancho Pansa.
Les moulins à vent d’aujourd’hui les étonneraient ! Il y en a plein l’Espagne.
Au petit matin, je suis à la recherche des coquilles, fameux sésame pour sortir de la ville.
Heures bleues.

Déception que le musée de l’évolution humaine soit fermée, trop fatiguée pour aller au Cartuja de Miraflores, ce sera l’occasion de revenir en voiture pour continuer les visites.

Article 26. L’état intérieur avant Burgos.

Se prélassant en terrasse et sous les parasols de l’auberge San Anton, on élabore avec Martin et Blandine, deux autres pèlerins, les différents scénarios pour avoir le temps de profiter de Burgos. Le guide Miam Miam Dodo comme la feuille donnée par les hospitaliers de l’accueil des pèlerins de stJean Pied de Port suggèrent deux étapes de 19 kms environ. Cela permet en se levant toujours très tôt d’arriver le lundi vers 10h après deux heures de marche.

Mais l’idée de Martin est de vouloir passer une journée complète à Burgos et donc de faire les deux étapes proposées en une seule. Non mais tu te vois faire 38 kms dans la journée ??? Non, nous répond-il, mais les dix derniers kilomètres, c’est la zone industrielle, aucun intérêt, je prendrai un bus. D’ailleurs beaucoup font ça. De plus, on sait qu’on entre dans la fameuse région de la Meseta considérée comme ennuyeuse et non ombragée. La fête.

Je ne sais pas quoi en penser.

Comme expliqué dans l’article précédent, je n’avais pas été au mieux de ma forme ce jour-là pour avaler les 28 kms. C’est difficile d’expliquer ce que ça signifie. Pas de douleurs particulières mais vous avez l’impression que vous n’allez pas y arriver. Vous êtes partie pour encore six ou sept heures de marche et aujourd’hui vous pensez que vos jambes ne vont peut-être pas pouvoir. Ou plus vouloir. Y en a marre. Que la tâche à effectuer est au-dessus de vos forces. Vous regardez le podomètre tous les quarts d’heure. C’est tout ? 5 kms? 9 kms ? il reste tout ça à faire ? Il doit être tombé en panne. Heureusement, je marche toujours seule et personne n’est témoin de mes états d’âme. On se sent vidé de l’énergie nécessaire pour poursuivre la journée et avoir l’envie de ne pas faire autre chose que mettre un pied devant l’autre. Et si d’un seul coup, ce pied refusait d’avancer ? Bah tu vois, aujourd’hui je te dis non. J’en ai marre de faire en moyenne 40 000 pas quotidiens. Je fais grève. Je lève le pied. Débrouille toi.

Et là, tu te raccroches à ce que tu peux. Tu te dis que la situation pourrait être pire : je pourrais avoir très mal partout, il pourrait pleuvoir, je pourrais être malade, les paysages pourraient être moches, et puis tu réalises que personne ne va te faire avancer si tu ne le décides pas de l’intérieur. Et soudain, devant soi un pèlerin qu’on connaît et qu’on croise avec un grand sourire mutuel, Buen camino. Si, Je vais la faire cette journée avec mes 28 km prévus. Et je vais même reprendre mon rythme soutenu. Et quel bonheur de trouver à l’arrivée un bel endroit comme l’auberge San Anton. La récompense.

Alors quand j’entends Martin dire que doubler l’étape demain permet une journée complète à Burgos….je me demande si j’en suis capable. L’idée est tentante. Je fais une telle tête quand il parle de bus qu’il me dit en riant : Tu vas plus nous parler si on finit en bus ? Chacun fait comme il veut. De toute façon on ne marche pas ensemble. Je marche vite, je suis maintenant à 5km de moyenne. On retrouve les copains pèlerins en fin de journée ou aux pauses.

Je sais déjà que je ne monterai pas dans un bus mais je ne le dis pas. Soit je garde les deux étapes de 19 kms chacune, soit j’essaie les 2 en une car l’idée de deux nuits Burgos me tente fortement. Mais en serai-je capable ? Si j’ai la même énergie qu’aujourd’hui, je vais finir allongée sur le bord de la route…Je déciderai demain. Selon la façon dont je vais récupérer. S’il n’y a pas trop de ronflements par exemple…On est bien une quinzaine ce soir mais pas de lits superposés. C’est déjà ça.

Le lendemain, j’ai la forme. Je vais essayer d’aller à Burgos aujourd’hui.

Revoilà le soleil de ce matin-là. Je croise Martin rejoint bientôt par Blandine. Buen Camino !
Totems et Créativité en forêt.
Paysages des premières heures après la traversée de la forêt. Je m’attendais à moins bien.
Je suis bien, l’énergie est revenue. Après une douzaine de kilomètres, je sais que j’irai au bout. Je suis très concentrée , je croise des pèlerins mais ne ralentit pas le pas. En mode killer. Cette journée est un défi. Rien ne peut m’arrêter. Impression étrange. L’effet des endorphines ? C’est grave docteur ?
Ambiance. Une douzaine de kilomètres le long de la route goudronnée. Il fait très chaud mais heureusement il y a du vent.

Et puis enfin j’arrive au panneau tant attendu : Burgos.

J’en suis toute émue. Arrivant de nulle part, un cycliste espagnol vient vers moi et me demande : Italienne? Non, française. Il parle français. « À partir de là, il y a encore 5 kms jusqu’à la cathédrale. Mais tou peux prendrrre le bouss ! » Ah, mais c’est pas vrai ! J’ai rien demandé. Vade retro satanas. Je finirai à pied. Avec les balades de l’après-midi dans la ville, j’aurai marché 41 km ce jour-là. Défi réussi.

Article 25. Santo Domingo de la Calzada

C’est une très jolie ville et une très belle cathédrale. Mais on n’est pas en pleine saison et certains sites, comme le centre d’interprétation interactif sur l’histoire de la ville, ne fonctionne pas en ce moment. Mes pieds sont trop fatigués pour faire la visite guidée du couvent de la ville.

Mais qui est donc Santo Domingo de la Calzada ?

Saint Dominique de la Chaussée en français est entre autres le patron des ingénieurs. Né au XIe siècle à Viloria de Rioja, après avoir été refusé comme moine dans deux monastères de sa région, il s’établit comme ermite sur les bords du rio Oja, que les pèlerins se risquaient à traverser par un gué dangereux. Il décide alors de restaurer une ancienne voie romaine, puis la construction d’un pont, puis d’un hôpital et d’une auberge, enfin d’une église. Cela donna naissance à un village qui devint peu à peu la ville de Santo Domingo de la Calzada.

On aperçoit un coq en bas à droite. Le poulailler est en hauteur et il parait que les volatiles sortent tous les jours. On espère pour eux.

On lui attribue de nombreux miracles dont celui du Coq et de la Poule.

Depuis le début du Camino, on en aura vu des églises et des cathédrales mais celle de Santo Domingo restera dans ma mémoire comme celle où on peut y trouver un poulailler ! Voilà l’histoire…

Un jeune homme faisait route vers Compostelle avec ses parents. Dans une auberge, une servante voulait le séduire mais le gars n’était pas intéressé par la proposition. Il refusa ses avances alors, vilaine fille, elle chercha à se venger et mit une coupe en argent dans son sac à dos quechua. Le lendemain, elle l’accusa de vol en constatant la disparition de la coupe. La maréchaussée le rattrape, trouve la coupe et hop, condamné à la pendaison. On ne rigolait pas en ce temps-là. Ses parents poursuivent leur route vers Compostelle en priant pour leur pauvre fils.

En revenant de Compostelle, ils repassent par San Domingo et, miracle, retrouvent leur fils toujours vivant au bout de la corde ! C’est le gentil San Domingo qui lui a soutenu les pieds pendant tout ce temps, pour lui éviter l’asphyxie.

Les parents, heureux, vont voir le juge pour raconter le miracle et le supplient de dépendre leur fils. Le juge qui allait se mettre à table pour déguster de la volaille s’exclame alors : « Votre fils est vivant autant que ces poulardes que voyez rôties devant moi! » C’est alors qu’une des poulettes ressuscite et s’envole devant l’assemblée. Le juge, un petit peu étonné, consent alors à dépendre le jeune homme. Tout finit bien.

Un repas dans une auberge pour pèlerins. Ce soir là, surtout des Allemands, un Italien, une Slovène et nous. Blandine au premier plan qui vient de Saint Nazaire en Loire Atlantique…à pied. Bravo.

En fait, après la multiplication des pains, IL avait ouvert une boulangerie….
J’aime beaucoup les départs à six heures.
Et puis il y a l’arrivée à Burgos.…

Article 24. De Estella vers Burgos

Parlons pieds. Ce sont les fondamentaux du pèlerin.

On pourrait croire qu’après un certain nombre de kilomètres dans les pieds, on n’a plus mal aux pieds. A cette étape du 23 mai, je peux dire qu’en ce qui me concerne, j’ai encore mal aux pieds mais que depuis bien longtemps, il ne s’agit plus d’ampoules. On est passé à des douleurs différentes.

Malgré une paire de semelles achetées à prix d’or à St Jean Pied de Port (semelles vendues aux champions, bien sûr, d’après le vendeur, sans doute pour justifier le prix..) c’est vrai que sur le moment je me suis crue sauvée et me prenais pour Zebulon en sortant (le vendeur, Zebulon, ça ne lui disait rien). Pas le temps de lui parler du manège enchanté. Bref, l’effet Zébulon n’a pas duré. Concrètement, à chaque pas depuis deux ou trois semaines, la douleur est dans la voûte plantaire. J’ai l’impression que mon pied s’affaisse. J’ai les pieds très creux et je rêve de mettre une pelote de laine dans le creux pour les soutenir. Et là, malgré mes nouvelles semelles, je comprends que mes chaussures ont 1300 km au compteur avec les randos d’avant le camino et qu’elles sont usées ! C’est ce qui m’inquiète depuis un moment. On ne part pas avec des chaussures neuves mais je sens que je n’ai plus le choix.

Dans la montée menant à Ayegui, je téléphone à Pierre pour lui demander s’il peut regarder s’il y a un Decathlon à Burgos. Je continue de monter une trentaine de mètres et je tourne la tête sur la gauche et j’aperçois…un Decathlon. Je n’ai qu’à traverser la route et me voilà dans le rayon chaussures. Je prends le modèle le plus approchant des miennes et je glisse mes super semelles dedans. Dans les jours qui suivent, je comprends que j’ai bien fait de les changer car le problème était là. La douleur de la voûte plantaire va s’estomper progressivement.

Aujourd’hui, mercredi 1 juin, je peux dire que je n’ai plus mal aux pieds depuis peut-être une semaine. Je les pommade toujours après une quinzaine de kilomètres puis je change de chaussettes et j’ai ajouté, comme d’autres pèlerins, un nouveau rituel : les 10 ou 12 derniers kilomètres, je termine en sandales de randonnée. Pour l’instant c’est parfait. Pourvu qué ça dourrre.

Quelques photos de Estella, ville bâtie sur des collines où se trouve le Palais des rois de Navarre, malheureusement fermé le jour de mon passage.

Ça va, je marche dans le bon sens.
Sur la rivière Ega.
Irache est célèbre dans le monde des pèlerins pour sa fontaine de vin. Elle compte des caves dont la devise est : Pèlerin, si tu veux arriver à Santiago avec force et vitalité, de ce grand vin, bois un coup et trinque à la félicité.
Quand je suis passée à 6h30, la fontaine ne fonctionnait que pour l’eau…les pèlerins qui sont arrivés une demi-heure plus tard ont pu tirer du vin.
Des vignes à perte de vue.
Gracias !
Des genêts très odorants.
Au détour d’une église…
Ruines d’un ancien hôpital pour pèlerins.
Navarrete célèbre pour sa viticulture et sa poterie.
Le superbe chœur de l’église de Navarrete.
Je porte toujours mon sac.
Non je ne marche pas avec des échasses. Il est 6 h du côté de Najera.

Article 23. Le Camino en Espagne

Aujourd’hui, lundi 30 mai déjà, j’ai passé la journée à Burgos. Deux nuits au même endroit, une première. Et dans une vraie chambre ! Pas dans un dortoir où parfois il faut prendre le gps pour aller aux toilettes et où il faut parfois attendre pour prendre une douche utilisée par d’autres pèlerins. Non, j’ai décidé qu’à Burgos, je prendrai une chambre avec douche et wc ! Le luxe quoi…Et puis c’est la fête des mères. Il faut dire qu’hier j’ai marché deux étapes en une pour arriver la veille et avoir toute la journée du lendemain pour partir à la découverte de Burgos. Ce qui représente une étape de 35 km dont une quinzaine en bord de nationale et dans une zone industrielle! Il fallait être motivée.

C’était dimanche donc j’ai échappé au trafic routier. Il faisait chaud mais heureusement avec du vent. Les pieds ne supportent plus le goudron donc on vise la petite bande de pierres entre herbes et bitume. Et ça sur 15 km….Rien à regarder. Si, ses pieds et la bande blanche….la fête. Hôtel bien mérité.

Mais revenons au début du camino en Espagne.

Il faut bien le reconnaître, j’ai souvent entendu dire que la partie espagnole du Chemin était moins belle que la partie française. En même temps, ce sont des Français qui disent ça. Je pensais alors qu’il n’allait pas être facile de rester motivée encore un mois si le meilleur est derrière !

Mais d’abord il faut choisir son camino en Espagne. Deux voies principales sont possibles à partir de la frontière française : le Camino del Norte ou le Camino francés.

C’est la question qu’on entend entre pèlerins du côté de Roncevaux: tu vas prendre quelle Voie?

Il est dit que celle du Nord, celle qui se situe entre montagne et Méditerranée est la plus belle- même si parfois il y a des zones industrielles qui ne font pas rêver- et la plus difficile . C’est aussi la plus longue. Peu d’hébergements. Environ 7% de fréquentation.

La Voie classique, la plus empruntée est celle couramment appelée le Camino francés. Certaines étapes sont très jolies mais elle a, paraît-il, une partie redoutable d’ennui qui est un vaste plateau, entre Burgos et Leon, sans arbres donc sans ombre qui se nomme la Meseta. Mais c’est sur le Camino francés que se situent les belles villes de Pampelune, Santo Domingo de la Calzada, Burgos et Leon. C’est souvent ainsi qu’elle est présentée. Environ 80% de fréquentation.

On avait décidé avec Pierre de faire le Camino francés pour des contraintes de temps et puis c’est souvent ce chemin qui est choisi pour un premier Saint Jacques.

J’aime bien les réflexions du couple qui tient la maison des pèlerins à Aire sur l’Adour et qui disait au sujet des deux Voies:

« Nous on aime le Camino francés parce qu’il y a de très belles étapes et puis, quand il n’y a pas grand chose à voir à l’extérieur, c’est peut-être là que commence vraiment le Camino. Il faut aller chercher en soi de la ressource pour dépasser les difficultés. Pour nous, le camino del Norte qui longe la mer, c’est de la rando. » C’est leur point de vue.

Trois très belles premières étapes.

De Roncevaux à Zubiri ( en Navarre). 22 kms.

Premières heures espagnoles. C’est l’heure des premiers pèlerins.
Petit déjeuner servi à la collégiale. Oui je sais….
Un coucou à St Jacques dans la petite chapelle éponyme avant le départ.
Principalement des allées forestières et de la descente. Après le col de Roncevaux, ça fait du bien.
Le ciel menaçant se maintiendra.
La descente sur Zubiri était terrible pour les pieds. Concentration maximale pour éviter les entorses.
Mais un joli village attendait les pèlerins trop heureux de mettre leurs pieds fumants dans la rivière dont la température a augmenté de deux degrés.
Zubiri signifie « le village du pont » en basque.

De Zubiri à Pampelune . 22 kms.

Toujours bien regarder où poser les pieds.
En Espagne, ces deux types de flèches nous indiquent la route à suivre.
Après deux heures de marche, les endroits au bord d’une rivière qui font rêver les pèlerins. Un temps de retrouvailles.

Et puis Pampelune, Pamplona, capitale de la Navarre. La porte d’entrée de la ville.

Jacques, pèlerin avec qui j’ai beaucoup marché et qui arrêtait le chemin à Pampelune pour cette année.
Un Coréen que j’ai pas mal aidé à son arrivée à Roncevaux parce qu’il se trouvait derrière moi dans la file d’attente et qu’il ne parle pratiquement pas un mot d’anglais. Fallait bien que ça tombe sur moi! Mais j’adore ce genre de situation.
Il était très stressé et je ne comprenais pas pourquoi. Alors il me disait trois ou quatre fois la même phrase en coréen, des fois que j’aurais eu une étincelle….mais nada. Pas la moindre lueur. Alors il a eu l’idée de sortir son traducteur, ce qui a donné : phrase orale en coréen et la traduction française pour moi : Bonjour, bonjour, avez-vous passé une bonne journée ? Bravo la traduction ! A mon avis, il s’en fout un peu, de ma journée. Mais le geste qu’il fait m’éclaire ! Un coup de tampon. Et les bras croisés devant lui ! J’ai compris ! Il n’a pas de credenciale! Je lui dis Camino passeport ? C’est ça ! Elle a enfin compris la Française . Pas grave, il va pouvoir en acheter une ici et avoir son premier coup de tampon. Ça va éclairer sa journée.
Arrivés à l’accueil, l’hospitalière me demande : a t’il réservé ? Ah mais moi, j’en sais rien, je l’ai pas adopté, je viens juste de le rencontrer et je ne parle pas un mot de coréen !!! Passeport. Il a compris. Ouf. Elle cherche son nom sur internet, sur ses feuilles, rien. Alors on le regarde toutes les deux, il nous regarde, on se regarde, et il recroise les bras devant lui. Ah bah non. Visiblement, il n’a rien réservé. Il débarque comme ça : Séoul Roncevaux, non mais ! Il a de la chance, il y a de la place. Elle m’explique où il va loger. Pour qu’il ne se perde pas dans les méandres de la collégiale, je l’accompagne jusqu’à son dortoir…et je lâche l’affaire. Son voisin prend le relais. Une bonne âme. Je ne vais quand même pas le border…Finalement c’est pas compliqué le coréen. Depuis on se recroise sur les différentes étapes, on est potes. Je sais dire maintenant bonjour en coréen : Agnoasséo. Pas sûr que ça me serve beaucoup en Isère…
Ovide, pèlerin roumain qui vient de terminer ses études de biologie et de théologie.
Superbe auberge sur la place de la cathédrale.

Pampelune ville magnifique. On est un samedi avec une grosse fiesta dans la ville. Heureusement, notre dortoir sera épargné par le bruit la nuit.

La mairie.
La cathédrale Santa Maria la Réal de Pamplona.
Contraste entre la sobriété des piliers et le clinquant des retables.
Mausolée royal du XV e siècle avec les gisants des Rois de Navarre: Charles III le Noble et Leonore de Trastamare.
Pleureuses en albâtre.

De Pampelune à Puente la Reina. 22 kms

De belles côtes pour démarrer. On préfère les avoir le matin qu’en fin de parcours mais après, ce ne sera que de la descente jusqu’à Puente Arena. De la belle balade.

Les fleurs que je vois le plus souvent sont les genêts et les coquelicots.
C’est à Puente la Reina que se rejoignent, d’après le premier guide du pèlerin, les différents chemins venant de France : les trois qui arrivent à Ostabat (Tours, Vézelay, Puy en Velay) plus celui de Arles.
L’église est accolée par un porche à un monastère qui recevait autrefois les pèlerins. Les Padres Reparadores accueillent toujours mais dans un autre bâtiment. C’est là que j’ai dormi pour 7 €. 100 places en dortoir ! Bon il y a plusieurs dortoirs. C’est sous ce porche que passe le chemin de St Jacques. Joli départ pour le lendemain.
Au petit matin. Le pont qui donne son nom à la ville. La Reina? On ne sait pas vraiment de qui il est question. Probablement de la reine Doña Mayor, femme de Sancho Garcés III roi de Navarre au début du XIe siècle. Il a été construit pour faciliter le passage des pèlerins. Merci, sinon on aurait été mouillés.

De Puente la Reina à Ayegui. 27 kms.

Cette journée a été magnifique. J’avais l’impression de voir la Chartreuse et le Vercors au loin.

Encore une fois, pas de pluie malgré des pronostics peu engageants.
La vue d’un village, c’est l’espérance d’un petit café et des doigts de pied à l’air. La vraie vie quoi…
Villages toujours très propres.