Un ciel régulièrement menaçant nous accompagne et se déverse parfois sur nous et nos vélos. Vendredi, quelques kilomètres avant Viterbo, une pluie cinglante semblable à de la grêle nous a obligés à descendre de vélo et à chercher un abri de fortune. On n’arrivait plus à garder les yeux ouverts.
Derniers coups de pédale en Toscane. Pour nous, auparavant, la Toscane c’était Florence et ses richesses culturelles. Maintenant on en a une vue plus générale…
La Toscane rurale restera pour nous essentiellement des cyprès des oliviers des terres et des domaines viticoles.L’heure du pique-nique près d’un gigantesque vélo. Pierre a vérifié : les bouteilles sont vides.Les caves et de très beaux hébergements surplombant la campagne sont nombreux tout le long de la route.Des villages qu’on ne traverse que le temps de boire un caffe latte ou un cappuccino.Avant il était pèlerin.Et puis à nouveau, une belle rencontre. Un couple de cyclistes français croisé plusieurs fois, Emmanuelle et François. On s’est donné rendez-vous au Vatican. Derrière nous, le lac Bolsena. Notre route longera le lac avant de reprendre de la hauteur.Ce qu’on aime surtout dans le vélo ? Les pauses. Avec une bière en prime pour Pierre.On sait déjà qu’on ne campera pas ce soir…Adieu au lac Bolsena .Depuis Acquapendente, on est dans le Latium, la région de Rome. Ici le panneau indique qu’on est à 100 km de la tombe de St Pierre.On essaie de manger local.
Ville de Viterbo fondée par les Étrusques.
C’est une grande ville moderne mais l’intérêt réside dans son quartier médiéval.
Les papes n’ont pas séjourné qu’à Rome ou Avignon. Il y a eu plusieurs autres villes dont Viterbo et son palais des papes.
Le palais des Papes, la cathédrale, le musée étrusque…..Il faut parfois se faire violence pour se mettre à visiter après la journée de vélo. Mais il y a toujours un truc intéressant à découvrir.
TENTATIONS….
La via Francigena est rarement la route la plus facile mais c’est celle qui offre les plus beaux paysages. Parfois la tentation est grande de prendre la route des voitures car elle est en bon état et est la plus courte. Mais on n’est pas venus pour ça. Un panneau nous indique par la route Rome à 52 km. On sait qu’on s’en ajoute une bonne dizaine par les chemins mais on aime bien…
Hier samedi, c’était la journée la plus difficile d’après Pierre. Environ 80% de chemins de terre sur 64 kms. Beaucoup de côtes, des descentes à bien contrôler, des paysages sauvages et le soir, fatigués mais contents.
Sur la route, beaucoup de villages perchés sur des éperons rocheux.
Cascades de Gelato.Le Chemin est parfois étroit et au bord de la route…Parfois parmi les champs.
A Campagnano di Roma, on a dormi dans un donativo paroissial toujours très bien. On a eu le repas pèlerins au coin de la rue.
Souvent on arrive dans des villages qui semblent déserts.Moins de courage en fin de journée,,,mais la côte est plus raide qu’elle n’y paraît…
Tapé jeudi 29 septembre à Acquapendente. A 140 km de Rome par la VF.
Avant d’évoquer Sienne, nous voulons parler de notre hébergement à San Gimignano qui a été exceptionnel par son accueil et nous a rappelé l’accueil du relais de St Jacques au Puy en Velay. Comme au couvent San Francesco de la veille, nous nous sommes retrouvés entre pèlerins et la Via Francigena commence à prendre tout son sens.
L’accueil de San Agostino est tenu par des hospitaliers, personnes bénévoles, qui changent chaque semaine. Le centre est ouvert de Pâques à octobre. On a eu la chance d’être accueillis par Christiane, d’origine belge et mariée à un Italien, qui vit en Italie depuis plus de 40 ans. Christiane et Virginio habitent dans la région de Venise et viennent comme hospitaliers, une semaine par an, à San Gimignano mais aussi à Rome. Ambiance chaleureuse et temps de partage entre les pèlerins sur ce que leur apporte le Chemin. Après avoir réexpliqué le geste de Jésus envers ses disciples, Christiane a assisté Virginio au cours du lavement des pieds des pèlerins. Temps suivi d’un repas copieux avec une bonne polenta.
De gauche à droite : Le couple d’hospitaliers Virginio et debout Christiane. Un couple d’Italiens et Gustavo, Argentin qui rentre de St Jacques.On a dormi dans le même dortoir. Elle est italienne et lui espagnol. Ils sont arrivés juste avant le repas après avoir marché 38 kms car ils ne trouvaient pas de place en hébergement. Une bonne partie de la journée à marcher sous la pluie et dans la boue .
Avant de partir le lendemain, Christiane nous souhaite, par un texte religieux, protection tout le long du Chemin. On a tiré un papier dans une boîte selon sa langue et voilà ce que disait le mien :
Signé Jean Paul II
Comme on restera deux nuits à Sienne, on reverra les pèlerins de cette soirée dans le couvent de Santa Luisa.
Sur la route de Sienne, un arrêt à Monteriggioni , village fortifié fréquenté seulement par des touristes et des pèlerins. C’est là qu’on fera la connaissance d’une huitaine de jeunes cyclos anglais. On les recroisera à Sienne.Étendage pour lessive encore un peu humide.
SIENNE. LA VILLE
Sienne. Vue de notre terrasse, au couvent Santa Luisa , où on est restés deux nuits afin d’avoir une journée complète à découvrir cette ville magnifique. Le soir, on s’est installés là tous les deux avec un pique-nique pour profiter de l’endroit.Un des jardins de la communauté St Vincent de Paul qui compte une trentaine de sœurs . Quel accueil ! Des sœurs âgées rayonnantes, malicieuses qui ne savent pas quoi faire pour faire plaisir aux pèlerins. Dans le couloir, je montrais le grand pèlerin en bois à Pierre quand une sœur est passée par là. Je l’attrape par l’épaule pour qu’elle soit aussi sur la photo. La voilà partie à rire et j’ai adoré ses gestes: Elle s’est empressée d’enlever le masque, c’est mieux pour la photo ! nous dit-elle et de vérifier si son voile était bien mis. On a beau être sœur depuis quelques dizaines d’années, on n’en reste pas moins coquette et c’est très bien comme ça. Ne confessez pas demain, ma sœur, ce qui n’est vraiment pas une péché!
Et puis Sienne qu’on ne connaissait pas. Tout d’abord cette place incroyable, sûrement unique en son genre. La place del Campo. Une place dont le sol n’est pas plat. Il est incurvé et penche vers le palazzo Pubblico où siègent toujours dans les salles du bas les membres du conseil de la municipalité. Dans les étages se trouve le musée civico. Civico mais encore avec des œuvres religieuses.
Ce grand palais marque, si on peut dire, l’angle arrondi de la place. Il est lui-même de forme concave. L’angle opposé.Vue sur la partie basse de la place. Ici le palazza publico et sa célèbre Torre del Mangia, qui s’élève à la même hauteur, 102 m, que la tour de la cathédrale pour montrer l’égalité entre L’église et l’état. Elle a été construite à partir de 1325 et est l’une des plus hautes tours de l’Italie médiévale.
Sienne a été colonie romaine, puis cité libre et indépendante, elle devint une république pendant 400 ans quand même, puis fut intégrée au duché de Florence. Encore un coup des Médicis.
L’une des innombrables fontaines.
Ce qui est frappant ici comme à Lucca, c’est la hauteur des maisons et l’étroitesse des rues pavées. Les rues sont sombres, les maisons de plusieurs étages ont souvent des murs lèprosés et sales. Mais les portes d’entrée donnant accès à la vieille ville donnent tout de suite un certain cachet et de la prestance. À pied ou à vélo, ce sont des villes où il faut toujours monter ou descendre.
Même les tables et les chaises ont des ascendants dahuts.
SIENNE. SA CATHÉDRALE.
La visite de la cathédrale de Sienne justifie à elle seule un séjour dans cette ville. Elle est incroyable. L’extérieur n’est pas extraordinaire mais l’intérieur mériterait d’y passer au moins une journée.
Construite à plusieurs époques différentes comme la plupart des cathédrales, la cathédrale de Sienne a été commencée au IX e siècle en style roman , consacré au XII e siècle par le pape siennois Alessandro III, puis complété aux siècles suivants dans le style de l’époque, le gothique.On est dans la région du marbre. Ce sont toutes les sortes de marbre qu’on retrouve dans la construction de la cathédrale.
Pavement de marqueterie en marbre couvrant le sol de la cathédrale.
Ces femmes sont des sibylles. Dans la mythologie, elles avaient le pouvoir de divination. Essentiellement en marbre noir et blanc, les couleurs de la ville.
Les zébrures sont blanches et vert foncé.Quand ils sont par quatre, ce sont les évangélistes, par douze, les apôtres, et très nombreux comme toutes ces têtes, ce sont les papes.
La Porte du Ciel permet de se promener dans les charpentes et à l’extérieur. On prend de la hauteur.
Tuiles et briques.Dans le dos de l’ange.
Vue sur la cathédrale.
Vue sur la basilique San Domenico, domaine de Catherine. Parlons-en.
SIENNE. SA CATHERINE : une tête et un doigt.
Une tête et un doigt momifiés dans la basilique de san Domenico. Pour voir le reste, il faut attendre d’être à Rome. C’est quand même une drôle d’idée les reliques. Un morceau pour chacun. Tout le monde est contents. On n’a pas pris de photos, on préfère photographier les cyprès et la belle campagne. Revenons à Catherine de Sienne.
Elle fait peur. Même entière.
Née à Sienne, on s’en doutait, au XIV e siècle, elle a vécu 33 ans comme un certain Jesus de Nazareth. Très jeune, elle souhaitait devenir religieuse . Une première apparition à six ans, des phénomènes mystiques, des stigmates, des mortifications, flagellations, des jeûnes extrêmes. Elle est morte de faim à cause de privations volontaires. Mais c’était une tête si j’ose dire. Philosophe, théologienne, première femme docteur de l’Eglise, canonisée. Conseillère du pape Grégoire IX. Elle avait un bon CV.
Et puis Sienne restera, pour nous, le lieu d’une belle rencontre, celle de Philippe expliquant à Catherine comment il fallait le prendre en photo sur la place del Campo! Autour d’un café au ginseng, on a parlé via francigena, vélos, la Réunion où ils ont habité pendant vingt ans etc. On espère bien les revoir !
On leur souhaite encore de belles journées en Italie avant de rentrer à Montpellier.
La viafrancigena nous fait traverser de jolis villages par des passages étonnants.On est heureux, ça roule et on est sur le bon chemin. Eh bien pas forcément.
Parfois il n’y a qu’un panneau de ce style et on se demande s’il concerne aussi les cyclistes.
Comment faire pour être très mauvais dès le matin ?
Vous vous levez tout pimpants dès potron- minet pour commencer à pédaler à 7h30 et vers 10h, vous vous retrouvez quasiment au point de départ. Non!!! Si. On a été très doués ce matin-là. Et les GPS alors ?
On a suivi les balises VF sans être sûrs que ce soit aussi pour les cyclistes. Au départ, la route montait, le soleil brillait, on transpirait, tout était normal .
On admire les Apennins…plus précisément les Alpes apuanes qui sont le massif montagneux situé au nord ouest de la Toscane. Elles appartiennent aux Apennins et non aux Alpes. C’est juste pour nous embrouiller. On s’hydrate…C’est toujours très beau et de plus en plus haut …Oh les jolis villages perdus dans la montagne.
Mais peu à peu, le doute s’immisce. Ce foutu GPS nous dit maintenant tous les 50 m que ce n’est pas la bonne route. Alors on se renseigne auprès d’un camion qui descend. Si si, la route va bien à Sarzana. Alors on continue. Mais le GPS n’est toujours pas d’accord . Le meilleur GPS étant le soleil, qui se lève à l’est, même en Italie, celui-ci se tient bien à notre gauche, on va donc bien vers le Sud, ce qui est plutôt rassurant. Mais la route devient de plus en plus difficile. Un autre camion. Qui confirme que c’est la bonne direction.
Cela fait 1 heure 30 qu’on est partis mais il y a longtemps qu’on ne roule plus. On pousse. L’horizontal se verticalise, les chaussures dérapent sur les pierres, même les vélos ne veulent plus avancer. Ils se cabrent sous le poids des sacoches arrière. Devant, le chemin devient plus étroit et plus raide.
Soudain, un fringant vététiste, montant la côte tutto felice alors que nous c’était plutôt tutto morti, jette un œil compatissant sur nos montures inadaptées à un tel terrain. Il monte un étalon, nous des percherons. Impossible de poursuivre par là. Il faut redescendre d’où on vient et faire un détour de…16 kms. La fête. C’est la viafrancigena des marcheurs. Mais les camions ? En fait, ils viennent chercher des pierres jusqu’à la carrière à mi hauteur et font demi tour. Ils ne savaient pas que plus haut, la route était impraticable pour eux comme pour nous.
La descente n’est pas tellement plus facile mais on sait que maintenant on roule dans le bon sens. On savoure à nouveau la belle campagne toscane, le bon café quand on fait une pause et les 29° qui sont supportables.
De temps en temps, le ciel se couvre mais ne menace pas.On arrive dans les villes du marbre : Carrare, Massa où on dormira en dortoir puis Lucca où on campera. Un morceau d’Italie. Un palais, des terrasses, des orangers et des bancs en marbre. Massa.
Alors, la Viafrancigena?
L’expression vient des itinéraires empruntés par les Francs qui voyageaient et transportaient des marchandises du nord de l’Europe vers la Méditerranée. Viafrancigena: la Voie qui vient de France.
Elle est constituée de 79 étapes : 24 en France, 7 en Suisse et 48 en Italie.
Les étapes sont celles faites et racontées par un certain Sigéric, évêque de Canterbury, qui décida de passer par là pour aller à Rome. C’était en 990. Depuis, au Moyen Âge, beaucoup ont fait le même périple pour rejoindre Jérusalem ou, dans l’autre sens, vers la Suisse pour retrouver la via Gebennensis qui passe…chez nous en Isère ou bien retrouver la via Tolosana, voie d’Arles pour, dans les deux cas aller à St Jacques de Compostelle.
En 1650, 700 000 pèlerins étaient sur la route pour se prosterner devant les reliques de St Pierre. On savait bien qu’on n’était pas les premiers .
On aime bien dormir dans les hébergements pour pèlerins parce que c’est là qu’on rencontre du monde. On ne sait pas s’il y en avait beaucoup cet été, mais à cette période, il y en a peu. La plupart de ceux qu’on a rencontrés ont fait St Jacques de Compostelle et on est d’accord pour dire que la Viafrancigena est très différente.
Je dirais que sur la route de St Jacques, le Chemin connaît et reconnaît le pèlerin. Des indices , des paroles, des temps de rencontre, des chants, des signes de reconnaissance font qu’existe une vraie communauté de pèlerins. Les Français qui accueillent comme les Espagnols savent ce que vous vivez. Tout est là pour vous souhaiter un Buen Camino que vous entendez plusieurs fois par jour. Tout vous encourage à continuer le Chemin.
De notre petite expérience d’une semaine en Italie, exceptés les panneaux indiquant plus ou moins bien la direction de la Viafrancigena, personne n’en parle. Pas de repas pour pèlerins, pas d’accueil des pèlerins etc. On a dormi avec deux pèlerins italiens nous confirmant que ce chemin n’est pas connu des Italiens. On sait que ce sera différent pour nous, également parce qu’on est à vélo. Mais ce n’est pas grave car pour Pierre et moi, on descend l’Italie, le but n’étant pas spécialement de faire un nouveau pèlerinage. C’est juste que c’est le chemin le plus adapté jusqu’à Rome et que cela permet de faire connaissance avec des pèlerins qui sont, comme partout, ouverts aux rencontres. En fait, c’est le pays qui, peut-être pour l’instant, n’a pas encore mis en place toutes les structures nécessaires d’une région à l’autre pour que ce Chemin ait plus de consistance du début à la fin et que les Italiens comprennent la différence entre un pèlerin et un touriste. On voit aussi que les routes empruntées par les marcheurs sont essentiellement de l’asphalte, ce qui est beaucoup moins beau que les étapes françaises.
Après des jours en montagne, on a pris une variante pour, croyait-on, longer la mer sur une quinzaine de kilomètres.
David a donc quitté Florence pour une plage naturiste.
En fait, c’est l’un des rares accès à la mer qu’on a vu car tout le littoral est bordé de complexes hôteliers, de restaurants, d’accès payants pour aller sur une plage. Les mêmes erreurs qu’on a commises sur une partie de la Côte d’Azur. On a très peu vu la mer au cours des quinze kilomètres mais on avait l’air marin et du terrain plat, ce qui est pas mal.
Un coup d’œil vers les montagnes qu’on retrouvera un peu plus tard dans la journée.Sobriété d’un pont romain.Brève rencontre avec un couple de cyclistes du nord de l’Italie devant la façade tout en marbre de l’église Saint Martin de Pietrasanta. Pietrasanta, un des fleurons du marbre. Camaiore où on a fait nos emplettes au marché.
De belles côtes nous amènent vers le village de Montemagno.
Et puis c’est Lucca, Lucques en français, ville d’art où de nombreux vestiges romains nous ont donné envie d’y rester deux nuits. Le camping est à seulement 800 m du centre. Aujourd’hui, visites.
Magnifique façade de la cathédrale saint Martin.De nombreux jeunes manifestent en brandissant des pancartes sur lesquels sont dessinés des avions barrés, des vélos. Des mots fusent. Ça parle d’anticapitalisme, de bilan carbone…un jeune vient vers nous et nous félicite d’être à vélo, on se checke ! Lucca est la ville natale de Puccini. Le musée est installé dans sa maison. Dommage qu’on ne puisse pas y écouter ses œuvres. Évidemment….le nom du restaurant du coin.Les rues sont étroites avec des murs très hauts .Très belle place elliptique où se situait un amphithéâtre pouvant accueillir 10000 spectateurs ! Aujourd’hui il est trois mètres sous terre. À notre grande joie, il y a maintenant des artisans chocolatiers sur la place. On aurait pu tomber plus mal.Œuvre contemporaine, on l’aura compris, montrant un homme sorti de son cocon.La basilique san Frediano. On s’est contentés de ses mosaïques extérieures. Il fallait payer pour voir l’intérieur. On n’est pas d’accord pour qu’une église soit payante. En revanche, hier, on a vu une superbe expo dont le thème était Les peintres de la lumière, du Caravage à Paolini.
Ce soir, vendredi 23 septembre, on passe notre deuxième nuit à Lucca pour un départ demain matin vers San Miniato.
L’idée est de descendre à vélo la botte italienne jusqu’en Sicile puis de remonter via la Sardaigne et la Corse…si on est toujours en forme.
Le périple a débuté en bus. Flixbus nous a déposés avec nos vélos depuis Lyon à Pacienza (Plaisance en français) dans la nuit du 15 au 16 septembre. Le lendemain, on a passé la journée à se promener dans cette jolie ville et à aller acheter notre crédentiale pour la Via Francigena. C’est le passeport du pèlerin qui sera tamponné à chaque étape et qui permettra d’avoir accès à des hébergements réservés aux pèlerins à des prix modérés.
La via Francigena commence à Canterbury en Angleterre, traverse le nord de la France, la Suisse puis se termine en Italie à Rome. Hier, dans le gîte paroissial où nous avons dormi, on a d’ailleurs fait la connaissance de Catherine, grande baroudeuse, qui a commencé le voyage à pied en juillet à partir de Canterbury. Nous, nous nous contenterons de la partie italienne.
Place Cavalli à PLACENZA
Quand foi divine et foie d’ovine se rassemblent.
On a visité le musée principal de la ville, le Palais Farnèse, d’où on se rappellera longtemps l’originalité de la pièce maîtresse … un foie.
Oui…mais un foie d’Etrusque. Celui-ci est en bronze.
Pour en comprendre l’intérêt, il faut se tourner vers la civilisation étrusque, qui habitait une région située dans le centre de la péninsule italienne du IX e au I e siècle avant JC. L’Etrurie.
Les Étrusques étaient, d’après les Grecs et les Romains, le peuple le plus religieux de l’époque. On lisait, enfin l’expert qui pratiquait l’art divinatoire appelé haruspice, lisait l’avenir dans le foie d’une brebis. L’haruspice observait attentivement le foie et en fonction de telle ou telle couleur ou imperfection, cela signifiait que tel dieu s’adressait aux hommes et que ceux-ci devaient répondre en conséquence. C’était une façon de rééquilibrer les forces du macrocosme, les dieux célestes et celles du microcosme, les dieux terrestres, dont les noms sont représentés dans les deux parties distinctes au centre du foie.Les trois protubérances existent dans les vrais foies et s’il en manquait une, c’était signe de grand malheur. Le sénat romain écoutait beaucoup les haruspices.
Un haruspice du nom de Spurinna, vit un foie sans la protubérance pyramidale et se douta que la journée allait mal se passer. Ce jour-là, César devait se rendre au Sénat. Spurinna, garçon consciencieux, tenta de persuader César de ne pas s’y rendre….en vain. César fut assassiné. Comme quoi, ça marche.
On a aussi vu un très beau Boticelli.
La MADONE adorant l’Enfant avec St JEAN
Mais le vélo dans tout ça ???
Samedi 17 septembre, on a commencé à pédaler sous la pluie mais le temps s’est vite amélioré. Sortir de la ville nous a pris beaucoup de temps pour ensuite longer des nationales. Le guide de la Viafrancigena propose même aux pèlerins marcheurs de prendre un train pour échapper plus vite à la zone industrielle. On aura sûrement des journées plus excitantes.
Pause pique-nique sous la bénédiction de Padre Pio, célèbre pour l’apparition des stigmates du Christ, qu’on aura sûrement l’occasion de recroiser.
La belle surprise de ce jour fut le petit détour qu’on a fait pour découvrir l’abbatiale de Chiaravalle della Colomba construite au XII e siècle à l’initiative de Bernard de Clairvaux, d’où l’influence bourguignonne. On a pu planter notre tente dans l’ enceinte de l’abbaye.
Colonnes en marbre rose de Vérone.Il y a encore quelques moines. Pas des jeunots d’après ceux qu’on a rencontrés. Le balisage spécifique pour les vélos sur la francigena est bleu et blanc. En son absence, on suit la route des pèlerins à pied.Le lendemain après midi, on dormira au col de la Cisa.La journée est très agréable entre chemins de terre et route goudronnée.En voyant cette boîte, on a pensé à une pharmacie. Hérétiques que nous sommes….La boîte contenait un livre dédié aux pèlerins qui peuvent y laisser quelques pensées.Nos gourdes sont toujours pleines. Il fait chaud.Quelques passages plus rusticos.Aperçu de Berceto.On a demandé une grande salade. On a surtout eu deux grands saladiers.Hier, lundi 19 , fut pour l’instant , la journée la plus côtue ! Arrivée au col de la Cisa. On a dormi en dortoir dans cette auberge .Ce matin, en selle à 7h35. Une jolie petite chapelle là-haut, à la frontière des régions de l’Emilie-Romagne et de la Toscane.Le Chemin pour les pèlerins marcheurs. On est contents d’avoir une route meilleure plus bas.Ce panneau nous permet de visualiser ce qu’on a parcouru en trois jours. Tout en haut, Piacenza, tout en bas le col de la Cisa.Ce mardi 20 septembre, la journée a débuté par une belle série de descentes (1900 m de dénivelé négatif sur la journée) et s’est poursuivie principalement en forêt. De temps en temps, ça se mérite.Ville fortifiée de Pontremoli.Ici aussi, les cours d’eau sont assoiffés. Nous sommes arrivés en début d’après-midi à Aulla où un hébergement de pèlerins nous attend. J’ai acheté des boules Quiès…. Ce soir on a roulé 202 kms.