Toute médaille, même celle de l’excellence, a un revers. L’herbe est toujours plus verte ailleurs ? Ce n’est jamais aussi simple. Les points négatifs qu’on va décrire ne signifient pas qu’on pense que c’est mieux ou pire dans nos pays occidentaux. À chacun de se faire son opinion.
Ce qu’on écrit maintenant vient de ce que des gens d’ici nous ont dit et de nos lectures sur la Corée, notamment le livre très intéressant : « La Corée du Sud en 100 questions. La tyrannie de l’excellence. » De Juliette Morillot. Parce qu’on lit aussi. Si jamais des Coréens nous lisent et ne sont pas d’accord, faites le nous savoir et merci d’avance ! C’est ça l’esprit critique !
La gentillesse et l’aide dont on a été témoins…oui.
Mais on est Blanc. On a la bonne couleur. Qu’on le veuille ou non, qu’on en soit conscient ou non, c’est très souvent un avantage. Il y a l’attrait de l’Occidental. En Corée du moins. Yang, d’origine chinoise, était moins enthousiaste que nous sur l’aide apportée. À Séoul, quand il demandait un renseignement, la personne parfois continuait son chemin sans s’arrêter.
Le confucianisme. Le respect de la hiérarchie, de la famille, des codes. Cela implique qu’il faut aussi savoir remercier ses supérieurs, accepter des brimades, graisser la patte du professeur pour que le fiston ait toutes les chances de réussir. Corruption. A tous les niveaux.
Fragilisation du « il faut obéir à ton supérieur » depuis le terrible drame du Sewol, ferry qui a fait naufrage en 2014. 476 passagers dont 325 lycéens et 15 profs. Chacun attend des ordres de ses supérieurs qui n’arrivent pas. Des négligences à toutes les étapes. La Corée refuse l’aide du Japon et des USA. Le capitaine se sauve ( condamné par la suite) , les profs disent aux élèves d’attendre dans les cabines…alors que l’eau envahit déjà le navire. Les parents qui ont leurs enfants au téléphone leur disent d’obéir à leurs profs. La mort en direct de leurs enfants. Seuls ceux qui ont désobei en refusant de retourner dans le bateau et en sautant dans les bateaux de secours ont survécu.
Le système scolaire. Excellent ? Le meilleur du monde ? À quel prix? Après la journée de cours, la majorité des élèves suit des cours le soir. Pas des cours de rattrapage. Des cours d’avance. Pour être le meilleur, pour être dans les élus. Du coup, certains dorment en classe car trop fatigués et ils connaissent déjà le programme de la journée. L’autre jour on en parlait avec un Coréen et on lui disait: en Corée que souhaite un parent à son enfant ? Il a répondu : un bon métier, gagner beaucoup d’argent. Nous on a dit qu’il nous semblait que la réponse la plus répandue en France serait : qu’il soit heureux. Ça l’a fait sourire.
Résultat : énormément de suicides chez les jeunes Coréens. Le jour de l’examen, équivalent du bac, un truc de fou, tout le pays retient son souffle : les taxis sont réquisitionnés par de nombreuses familles pour être sûres d’être à l’heure. Les horaires des avions sont décalés pour ne pas perturber ! Les familles partent au temple. Ce jour-là, les gamins planchent 9 heures d’affilée sur….des QCM ! Que de la mémorisation. Heu….c’est quoi, développer une pensée ? Donner son avis ? Avoir un esprit critique? Voltaire et Descartes ne sont pas Coréens.
L’économie. Oui, les Coréens travaillent énormément….et boivent énormément. Il faut évacuer la tension qu’il y a au travail, la frustration, le harcèlement ou la honte que peut infliger le supérieur. Il semble que certaines choses soient aujourd’hui condamnables. Exemple.
Il y a quelque temps, une charmante fille à papa, vice présidente de la compagnie Korean air, a fait revenir un avion à son point de départ parce que, selon elle , les cacahuètes étaient mal servies ! Elle a obligé le steward à se mettre à genoux devant elle, insultes etc. Mais finalement, l’opinion s’est rebellée et elle a abandonné son poste avec, je crois, des condamnations. Quand même, la présentation des cacahuètes…c’est important…non mais…où va t’on….
Les Chaebols, ce sont les plus grosses entreprises du pays qui sont toujours dirigées par des membres de la famille, comme Samsung, Hyundai, SK Group, et LG. Un pouvoir énorme.
Hier on a appris que les Coréens auraient un jour férié de plus en octobre pour relancer l’économie. Aujourd’hui, en arrivant sur le parc maritime de Jinhae, on a cru que c’était fermé. Quasiment que nous. On est en semaine. Tout le monde travaille.
Il y a de l’argent en Corée mais pas pour les personnes âgées . Enfin, les premières retraites sont apparues seulement depuis les années 1990. Alors, depuis Séoul, on voit des petits vieux ramasser des cartons ou du plastique pour gagner quelques wons. La société ne les voit pas. Autrefois, les enfants s’occupaient des parents. C’est passé de mode et les parents ne veulent rien demander aux enfants dont certains connaissent le chômage. Pour les mamies, il y a aussi la prostitution aux abords de quelques parcs à Séoul. Incroyable. Et pourtant c’est cette génération qui a travaillé le plus dur avec seulement 3 jours de vacances dans l’année !!! On espère qu’ils avaient beau temps….
On ne sait pas si la Corée est le premier pays à utiliser le feu vert…
…et le feu rouge aux passages pour piétons . Si tu dépasses d’un pied, le feu te réprimande ! Big brother is Watching you.
Et savez vous pourquoi des feux à cet endroit ?????
Eh bien parce que le monde ne lève plus les yeux ! On regarde le portable !!! Alors les feux sont au sol.
« Faut-il pleurer ?
Faut-il en rire ?
Je n’ai pas le cœur à le dire, chantait l’ami Ferrat. »
Ça m’a donné un coup de blues cet article.
Bon, allez, depuis le jour de la selle cassée, deux très belles journées auprès de la baie de Jinhae avec vue sur des îles.
L’heure est au bilan sur notre voyage en Corée puisque c’est après demain vendredi 8 septembre au soir que nous prendrons le bateau de nuit pour nous réveiller au Japon.
Mais auparavant , quelques photos de marché dans un village traversé.
CHANGWON, grande ville à une soixantaine de kilomètres de retour vers Busan. Nous y sommes restés deux nuits.L’être humain. Humilité. Justice. Honnêteté. De la grande littérature !Le temple Daegwangsa. Au loin la baie de Jinhae vers laquelle nous pédalerons.Une bambouseraie. De nombreux Ginkgo biloba en Corée,reconnaissables aux feuilles en éventail, et connus pour avoir été le premier arbre à repousser après l’explosion de la bombe à Hiroshima. Il peut vivre plus de 1000 ans.
Notre expérience de la Corée.
On a beaucoup apprécié ce pays et ses habitants. Face à deux Français parlant deux mots de coréen et pas un de plus, on a plusieurs fois décrit leur incroyable disponibilité et gentillesse à nous aider et à échanger. Un dernier exemple de galère. Seulement une petite de temps en temps…mais ça stimule l’instinct de survie.
Eungwang nous avait prévenus que le retour vers Busan n’était pas encore vraiment pensé pour les cyclistes…Le jour où on s’est quittés, effectivement, on a beaucoup roulé le long des routes pour voitures sous la pluie. Et, à nouveau, dans une côte, la vis de ma selle se casse !!! On avait fait remarquer que la nouvelle vis était plus fine que l’ancienne mais notre réparateur n’avait que celle-ci. Mais là, la situation est plus compliquée que la première fois.
Je ne peux pas du tout conduire mon vélo car, comme on n’a avec nous qu’une sacoche puisque les autres nous attendent à Busan, je n’ai pas la grande sacoche transversale sur laquelle m’asseoir. Et puis en pleine côte, l’exercice aurait été difficile. Le long d’une voie rapide à deux fois trois voies, sous la pluie bien sûr – sinon ce serait moins drôle – avec des voitures qui foncent à toute allure….la fête.
Du bord de la route, ma selle à la main, la jambe gauche qui saigne suite à un bon coup de pédale dans le tibia, un petit œuf de pigeon s’est formé sous le genou, je n’ai pas mal mais ça fait son petit effet, je cherche à arrêter un pickup, véhicule qu’on voit souvent. L’idée est d’y mettre au moins mon vélo et de se faire déposer à la prochaine ville qui est à 8 kms environ. Mais même s’il le voulait, s’arrêter est quasi impossible.
On décide alors de rouler les vélos jusqu’aux prochains feux. Un van est garé, le gars est vraiment désolé mais son van est chargé. Feu rouge. Un pickup sur la voie du milieu. Je m’avance. Le gars baisse sa vitre, me voit la selle à la main, sourit, se gare, saute du véhicule, attrape nos deux vélos pour les mettre à l’arrière. Je lui montre sur le gps où se trouve un atelier vélo mais visiblement, il sait où il va. Il est presque 12h30.
Il s’arrête devant un atelier vélos. On commence à le remercier pensant qu’il va partir. Mais non. Il rentre dans la boutique avec nous. Ce qui est incroyable pour nous, Français, et on aura vu ça plusieurs fois, la porte du magasin de vélos est grande ouverte…et le propriétaire est parti déjeuner !!! La confiance. On est trois à circuler dans la boutique, personne pour s’inquiéter. Notre chauffeur trouve un numéro de téléphone et l’appelle. Il ne repartira que quand l’autre sera arrivé. Afin de remercier les gens qui nous aident, on a fait faire, avant de partir, des cartes de visite, et j’ai acheté des porte-clefs avec une tour Eiffel. C’est tellement peu pour dire merci mais il est très content. Après Fifibrindacier, Mimicudacier. Oui Pierre, c’est drôle.
Alors La Corée.
Tout d’abord, sa couleur. Que ce soit dans le métro à Séoul ou dans les rues des villes de province, les vêtements de couleur unie dominent. Noir, blanc beige sont les trois couleurs les plus répandues. Viennent ensuite le gris et le jean.
Pour mettre des mots pouvant caractériser ce qu’on a modestement perçu depuis quatre semaines il y a la confiance. On ne nous demande jamais les passeports; on peut laisser nos vélos sans crainte n’importe où; sur les sites touristiques on prête aux visiteurs des parapluies sans aucune garantie de retour; quand on rentre dans une boutique, il n’y a souvent personne. Dans les parcs, les gens laissent leurs sacs sur un banc, leurs chaussures pour marcher pieds nus.
Le bien-être. Les gens sont cools et il nous semble que beaucoup de choses sont mises en place pour que les personnes soient bien. Partout, des parcs, des jardins où souvent de la musique est diffusée, des balancelles, des fontaines, de l’art partout, des appareils de sport utilisés quotidiennement surtout par des personnes âgées, des bains de pied, des soufflettes pour se débarrasser de la poussière à la sortie des parcs, des brumisateurs devant les gares, à certains arrêts de bus. Un pays propre.
On voit très rarement des personnes en surpoids.Les soufflettes. Des écuelles à disposition.Des petites touches perso. aux arrêts de bus…
L’aide qu’on a reçue. L’esprit du confucianisme. Sans précipitation ni agacement, la plus complète possible. La curiosité de savoir d’où on vient, ce qu’on fait à vélo. À chaque fois, des gens heureux d’échanger avec des étrangers.
Un pays pas cher. De belles chambres pour des tarifs allant de 21 à 40 €, en dortoir de quatre c’est encore moins cher, un repas au restaurant pour une moyenne de 8€, très peu d’entrées à payer pour les visites. Des supérettes partout où on achète des makis pour l’équivalent de 1€.
Ce qu’on a appris.
La Corée aux résultats incroyables.
L’économie. En 1960, son PIB est celui du Kenya. En 2020, celui de l’Italie ! Le salaire moyen actuel est de 2270 €, 1% d’écart avec la France. Actuellement, ils travaillent en moyenne 425 h de plus par an que les Français. Ils ont 15 jours de vacances dont seulement la moitié sera effectivement prise. Quasiment tout ce qu’on voit est de marque coréenne.
L’éducation. Pays le plus scolarisé du monde. 70% des 24 à 35 ans ont suivi une formation d’enseignement supérieur.
Très bon système de santé, énorme réseau de transports. Du wifi partout.
Mais….Évidemment il y a plusieurs Mais. L’ autre Corée. Next time.
Mais nous , on a voulu voir Gyongju et on a vu Gwangju. Question de prononciation. Manque de maîtrise de la langue. Pas encore bilingue.
L’idée était de prendre le bus pour aller vers le nord de Busan à Gyeongju (sur la carte on avait écrit Train de nuit) et de redescendre le long du littoral à vélo jusqu’à notre départ le 8 septembre pour le Japon. A la durée du voyage dans le bus, 3 h au lieu de 1 h, on a vite compris que quelque chose clochait. En fait on se dirigeait vers l’est, ce qui, finalement, allait nous permettre de rejoindre à vélo la superbe baie de Suncheon, programmée au départ. Tache violette. Savoir s’adapter. Sinon pleurer.
Avant de se précipiter vers Suncheon, nous allons découvrir Gwanju, au nord de Suncheon, très peu fréquenté par les étrangers. La ville est tristement célèbre pour un soulèvement d’étudiants qui demandaient la démocratisation du gouvernement et qui s’est terminé par un massacre perpétré par l’armée. Des morts et des disparitions. C’était le 18 mai 1980. On dit que ce soulèvement est resté un traumatisme pour le pays. C’est le Tien An Men coréen. La Corée du Sud n’avait connu que des régimes autoritaires depuis la fin de la Guerre de Corée. Le pays devint démocratique en 1988.
Elle est appelée la Cloche de la Démocratie sur la place du même nom.
On peut voir le long de la rue où le massacre a eu lieu des stèles de commémoration.
Journée de pluie alors Gwangju aura été pour nous l’occasion d’arpenter le centre culturel asiatique, un peu l’équivalent de Beaubourg, de l’art et des livres. De grands espaces où des jeunes viennent travailler.
Dans l’une des immenses salles, une musique envoûtante accompagne les changements de tableaux sur tous les murs.
On a eu du mal à partir.
Dans une autre salle, Pierre va peindre le tableau.Trop fort.Très souvent, les restaurants proposent des barbecues au centre des tables.La jeune femme ne nous quitte plus et va nous couper la viande en petits morceaux. Un régal pour 7€ par personne…l’ensemble des plats.Petite hotte individuelle.La première fois, on a cherché longtemps les gobelets..Ça tient , même pour boire plusieurs fois.Et dire que nous on a toujours peur que nos écrans prennent l’eau!
De Gwangju à Suncheon, nous pédalerons dans la journée 95 kms entre rizières et rivières, retenues d’eau, et toujours un nombre de ponts incalculables. La Corée : des montagnes, du vert, de l’eau et des ponts.
On l’a bien mérité.Et sur la route de Suncheon, des jeunes nous font goûter des friandises.Enrobés de pâte de riz, certains bonbons sont fourrés aux graines de sésame, d’autres aux haricots rouges sucrés. C’est leur grand truc. Si on m’avait dit qu’un jour….Et bien c’est très bon.Quand on arrive près de la baie de Suncheon, on découvre d’abord d’immenses jardins qui ont été mis en place en 2013 pour protéger la baie. Cette année, une expo type les Floralies. On laisse nos vélos à l’entrée.C’est le pont du rêve. 140 000 enfants de 16 pays différents ont concouru pour décorer ce pont.Incroyable ! On tombe nez à nez avec des vases représentant Nantes, de la Loire en passant par Jules Verne, les machines de l’île et son éléphant. On apprendra plus tard que des liens existent entre ma ville et Suncheon. Les jardins contiennent plus de 5 000 000 de plantes et plus de 800 000 arbres. On n’a pas tout vu ! Le jardinier se repose.Sous serre.De la tête au pied, il y a de la place pour tout le monde.Le pied. Près des jardins à la Française, un café dans lequel on mangera un pain au chocolat, avec comme musique de fond « je t’aime moi non plus » version Jane Birkin. Quand on repassera dans l’allée, on s’envolera avec Goldman. Mais la serveuse est Ouzbek et n’en revient pas que je lui dise merci en russe. On retrouve la ville de Nantes près de la baie. On comprend que c’est un bateau-lavoir nantais qui a fait partie d’une exposition et qui a été transformé en café par la suite.
Et puis on prend le SkyKub sur quatre kilomètres pour rejoindre la baie de Suncheon.
Montée vers l’observatoire de Yongsan pour une vue panoramique sur la baie.On peut y observer 140 espèces d’oiseaux. On fera un tour en bateau pour les voir de plus près. 22 km2 de marécages dont la plus grande concentration de roseaux de toute la Corée.
Nous allons longer à vélo une bonne partie de la journée la baie jusqu’à Yeosu plus au sud.
Villages aux toitures encore traditionnelles.
La tête dans le riz.
A Yeosu, nous dormons chez Eungwang, 27 ans, via le site Warmshowers. Un super accueil et ce matin petit déjeuner coréen : soupe de poissons et bol de riz. Délicieux. Eungwang qui travaillait aujourd’hui samedi, a pris le temps de nous accompagner sur les premiers kilomètres de cette nouvelle journée pour bien nous aiguiller. Hier soir, échanges autour de la Corée et de la France qu’il a parcourue lors d’un tour d’Europe à vélo il y a quelques années. On apprend que le service militaire dure 18 mois, qu’il est officier, que les Coréens ont deux semaines de vacances par an mais qu’ils peuvent réussir à avoir parfois un jour par mois de plus de congé. Ils travaillent cinq ou six jours par semaine, selon le métier. Eungwang nous a expliqué, que question pistes cyclables, la Corée a développé plusieurs axes nord-sud, dont celui des quatre rivières mais que traverser dans la largeur est, pour le moment, plus difficile. Le lendemain, on n’a pas été déçus!
Busan. Deuxième ville du pays après Séoul. Le plus grand port de Corée. Cinquième port mondial pour le trafic de conteneurs. Une ville démesurée et 3 660 000 habitants. Quand on est arrivés à la borne des 4 rivières, on a programmé une guesthouse assez centrale, pas chère et le GPS indiquait 12 kms pour la rejoindre. Du port au terminal de bus, 20 kms ! Certains quartiers sont à flanc de colline. Une immense toile d’araignée.
Premières impressions.
Quand on est cyclovoyageur, c’est pour rouler à son rythme dans des endroits tranquilles, un peu retirés, près de la nature, seul ou à deux, et les arrivées dans les grandes villes sont souvent une épreuve. On a connu plusieurs cyclistes qui systématiquement évitaient les villes. Pas nous. Ce serait se priver d’une grande partie du pays et de sa culture puisqu’aujourd’hui, l’urbanisation du monde abrite 55% des Terriens. MAIS.
Les premiers coups de pédale dans les grandes villes sont toujours source de stress et d’agression pour nos sens. On quitte le calme, la lenteur, le silence, la sécurité pour se retrouver dans des embouteillages, le bruit, les gens, les pots d’échappement, des routes à plusieurs voies dont parfois on peine à comprendre par où on va bien pouvoir passer, les chaussées à partager avec les automobilistes, des feux, des directions qu’on ne peut pas prendre parce que c’est interdit aux vélos ou bien parce qu’on est gênés pour tourner . Mais jamais en Corée, il n’y a eu le moindre souci avec un conducteur. Très respectueux. Mais dès qu’on a trouvé l’hébergement, on range les vélos, on est heureux de marcher, de prendre le bus ou le métro si besoin.
Busan, comme toute grande ville, nous a malmenés les premières heures parce qu’en plus, on arrive en pleine chaleur et qu’on retrouve des côtes pour aller dans certains secteurs. Comme la ville est très étendue, il faut beaucoup de temps pour se rendre d’un secteur à un autre. Mais c’est une ville également très attractive.
Ville incroyable. D’un côté de grands axes de circulation où les grosses voitures coréennes règnent en maître, des arrondissements hyper modernes avec néons et immeubles futuristes, puis des quartiers populaires aux petites rues avec très peu de voitures, pleins de vie comme le nôtre , et un quartier célèbre, Gamcheon, tout en couleurs où habitaient autrefois les réfugiés de la guerre de Corée dans des bidonvilles réhabilités en 2009 par les villageois eux-mêmes ainsi que des artistes. Aujourd’hui c’est un incontournable pour les touristes où on retrouve avec surprise un personnage que le monde entier lit et nous envie…
Et puis Busan, c’est la mer. La mer qui travaille avec ses dockers, ses ports, le plus gros marché de poissons du pays, la mer qui repose avec ses longues plages de sable, ses nombreux chemins de randonnée, la mer qui amuse avec son skywalk, ses téléphériques, ses spectacles. Si je devais étudier en Corée, je préférerais Busan à Séoul pour la mer omniprésente. Mais bon. Je ne vais pas étudier en Corée.
Un samedi soir à Busan. Hip-hop, spectacle de drones. Tous les samedis, un thème différent.
Le haut des tours change de couleur, le pont également.
En arrivant à Busan, on a d’abord pensé camping …qu’on a trouvé…
….et vite fui ! Il fait autour de 38° à l’ombre et l’ombre, il n’y en a pas. Pas un arbre ni une salle commune. En fait le camping est juste à côté du port maritime d’où partent les ferrys pour le Japon. Les gens n’y passent qu’une nuit s’ils ne peuvent pas faire autrement. Nous on peut faire autrement !
On a finalement choisi une guest house où on restera quatre nuits. On y reviendra la veille de notre traversée pour le Japon. Ça y est, on a les billets. Ce sera le 8 septembre.
Notre sèche linge. Le toit de la guesthouse.Pour 28€ la chambre, on a en plus de la chambre cet espace avec dosettes de café, bouilloire, micro ondes et lave linge gratuit à gauche avec lessive fournie. Toutes les chambres des motels ont la clim et un trousseau dans lequel on a tous les accessoires de toilette. C’est un peu plus cher le week-end mais le gérant nous a laissé les quatre nuits au même prix. On commence à s’habituer à toutes ces marques de gentillesse….on va être très exigeant de retour en France…
Notre quartier.
Busan, à 2 heures de bus du centre, c’est aussi le temple Yonggunsa perché sur des rochers mais, fait rarissime, situé devant la mer.
Le site est magnifique.Enfin un moine, un vrai, qui psalmodie tout seul.Bling bling BouddhaLes Coréens écrivent souvent des vœux sur des cœurs, des feuilles. Ici les feuilles de figuier sont le symbole du Bouddha puisque c’est sous un figuier qu’il a eu le satori en Inde près de Bénarès.
Très beau mais pour nous, trop de dorures, trop de touristes, trop de pacotilles, trop de trop. On va vite trouver un chemin côtier et partir au hasard le long de la mer et je ne résisterai pas à piquer une tête toute habillée, c’était trop tentant ! Mais au fait….dans quelle mer ? L’affaire est politique. Pour les Coréens, il s’agit de la East sea, la mer orientale ou mer de l’est mais pour les Japonais, c’est la mer du Japon.
Les Coréens se baignent tous en combinaison de plongée, les enfants aussi. Et pourtant, qu’est-ce qu’elle est bonne ! On n’a vu personne nager. Ça barbote.
Quartier Songdo
Busan a aussi sa sirène, mignonne devant…Mais quand on voit sa queue….au secours Andersen!On le trouve courageux le garçon.La Corée est le pays des tours. Comme dans de nombreux pays asiatiques, les quartiers traditionnels ont été rasés pour loger tout le monde à la verticale. La densité de population coréenne est 5 fois supérieure à celle de la France. Les Coréens rêvent de vivre dans ces tours dont les appartements sont très bien conçus. Et vue imprenable.
Au début, ça nous amusait de voir les numéros des immeubles si haut perchés. Tiens, le facteur fait sa tournée en hélico ! Mais c’est ingénieux car visible de loin alors que le pied des tours est dissimulé par des parcs ou jardins.
Photo antérieure à Busan.Balade en téléphérique au-dessus de l’eau. Les œufs sans la Bastille (là il faut être Isérois…). Pierre , comme tous les passagers, a eu le droit à une sucette. Plaisir fugace.
Et voilà le quartier aux mille couleurs de Gamcheon.
Avant dans les années 50 c’était ça :
Comme Matera en Italie ou bien Communa 13 à Medellin, les habitants sont devenus fiers de ce qu’ils ont fait de leur quartier.
La mer n’est jamais loin.Des allées étroites où vivent toujours les habitants.Du linge qui sèche, c’est la vie qui est là.Cœurs de vœux. Vœux de cœur.En céramique.On a fatigué la dame.
Mais ce personnage que le monde lit et nous envie…
Mais oui, le petit Prince sur toutes les coutures…Un panneau explique qu’il a fait une halte au village de Gamcheon au milieu de son voyage pour venir le contempler.
File d’attente pour faire les photos.On se croirait à Lyon !Dans le village, raviolis farciLe soir dans notre rue. Soupe d’amandes. De jolies couleurs mais l’ensemble est fade.
Le lendemain, Jachali Market. Que des produits de la mer.
Moules et palourdes sont énormes. Objet Flottant Non identifié . On n’a pas goûté.Une rebelle. Elle a compris.Repas pris au marché. Comme la veille, c’est joli le poisson cru mais c’est fade. Tous les étals sont impeccables.Au sud de la ville, un superbe endroit.Le skywalk pour quelques frissons.Cette côte en plein cœur de Busan dont on retrouve les tours……des deux côtés.
Au fait, le propriétaire du passeport vélo m’a répondu !
Dear Ms. Mireille
Welcome to Korea !!!
I hope you have a good riding tour in Korean beautifu ways along rivers, and mountains.
I appreciate your kind and honest mail for the bike passport.
Unfortunately I lost my passport on the way of Andong dam.
Congratulations on your completion of the Grand Slam in Korean riding ways.
You can keep the passport as a good memory in Korean riding tour.
But, please delete my personal information(Address, Biith date, Pnone no. etc) in the passport.
I think you and your husbund have the good choice of the riding tour.
I hope you have the wonderful tour in the next place of Japan.
Good luck and Happy !!!
Il avait bien perdu son passeport des quatre rivières mais il me dit de le garder en souvenir de notre voyage à vélo en Corée.
Un quartier russe/ ouzbek dans…Chinatown. Sur une seule rue. Ça parle russe dans tous les coins.
C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante…
Depuis vendredi, nous sommes arrivés à Busan, ville marquant la fin de la voie des quatre rivières mais pas la fin de notre périple en Corée puisque nous traverserons seulement le 8 septembre vers le Japon. On aurait pu aller d’abord visiter la ville de Gyeongju à l’est de Daegu mais on a préféré terminer la voie des quatre rivières direction Busan, qui finit en beauté. Faire le choix de Busan maintenant va nous permettre de laisser des sacoches ici et de voyager plus léger, en étoile, pour ces derniers jours en terre coréenne.
Sur le bord du chemin…
Pierre souffre beaucoup de la chaleur. Pauses bien appréciées.
Mais tout d’abord, parlons de ces trois derniers jours avant Busan. Via Couchsurfing, on fait la connaissance de Bo Kyu chez qui nous avons été hébergés à Daegu dans son appartement. Homme charmant de 75 ans (il en fait 10 de moins), drôle et cultivé, Bo Kyu nous a reçus comme on reçoit des amis de longue date. Après une journée d’une centaine de kilomètres sous une chaleur accablante, il comprend vite tous nos besoins. Bo Kyu est un homme qui a beaucoup voyagé et continue notamment en parcourant l’Asie centrale par la route de la Soie. Il repart en septembre. Entre vélo, golf et natation, il garde la forme !
L’arrivée étant compliquée, Bo Kyu est venu à vélo à notre rencontre. Il sent qu’on a besoin de souffler avant de poursuivre jusque chez lui alors on s’arrête dans un coffee shop et nous offre boissons et friandises. Impossible de lui offrir le restaurant pour le remercier de nous héberger, c’est nous qui sommes ses invités. Soupe avec tranches de viande coupées très fines. On s’est régalés.
C’est avec regret mais avec un ami en plus que nous poursuivons le chemin en souhaitant vraiment nous retrouver en France ou ailleurs. We keep in touch.
Plus loin, sur la route, la belle voix grave d’un vieux moine résonne au son d’un mokugyo (percussion en bois utilisée dans les temples) et on se dit qu’on va la suivre. Ce n’est pas difficile car la voie cyclable rejoint la voix du moine. On longe le temple.
Kannon, la déesse de la compassion. Son petit nom en japonais. Sinon, c’est Guanyin en chinois ou Avalokitesvara en Hindi. Kannon, c’est quand même plus simple.Toujours un drum. On ne sait pas s’il téléphone ou s’il a mal aux dents. Tout mignons les moinillons.Ça change des trois singes.Ce qui est dommage, c’est qu’on ne voit jamais les moines dans les temples chanter les sutras ou méditer. La voix entendue depuis des kilomètres sort d’un haut-parleur et on ne verra jamais le chanteur.On est repartis vers les hauteurs.Une pause café, le client derrière nous voit nos vélos et part acheter deux boîtes de gâteaux dans une épicerie. Il retraverse la rue pour nous les offrir car, nous dit-il, il ne faut pas manquer d’énergie! On lui dit qu’on pensera à lui en les mangeant ! Ça le fait rire.
Le lendemain, le temps est pluvieux. C’est le jour où on devrait atteindre Busan. Mais finalement non. Au moment de pousser pour amorcer une côte, bing, je sens que ma selle n’est plus d’accord et j’ai des pièces métalliques qui tombent sur la chaussée. J’ai cassé ma selle ! Non, pas vraiment. C’est la vis de fixation de la selle qui s’est cassée en deux. Évidemment dans la campagne sous la pluie. Fine la pluie, mais quand même.
Ce qui reste de la vis est évidemment trop court.
Pierre avait des vis dans sa trousse de réparation mais trop courtes, les vis! Dans les dix minutes qui suivent, quatre cyclos arrivent et s’arrêtent. Le plus jeune nous indique tout de suite un magasin de vélos à moins de 2 kms. Je vais rouler sans selle comme font les gamins, en m’asseyant sur mes sacoches du porte-bagages. Ça roule. Il pleut de plus en plus, le mécano ne nous fera pas payer la réparation et on restera dormir sur place.
Le lendemain sera une très belle journée, la dernière sur la Voie des quatre rivières.
J’entends du saxo en passant près d’un pont. Il faut que j’aille voir. Et là, je découvre un homme qui joue pour lui tout seul. Il doit habiter dans les tours de l’autre côté de la quatre voies. Ici il ne dérange personne et c’est très beau.On a toujours l’impression de croiser le GIGN sur les pistes. Les Coréens ne laissent, la plupart du temps, pas un cm de peau au soleil. Ils enfilent des manches comme nous des chaussettes de contention. À nouveau, on retrouve des aires de repos sympas, c’est l’approche de Busan qui, sûrement, permet cela.Bo Kyu avait raison : la fin des quatre rivières est magnifique. Il aurait été dommage de ne pas la faire.
Juste avant d’entrer dans la ville de Busan, une très longue voie verte nous fait rouler le long d’une quatre voies. On n’en peut plus du bruit des voitures. Il faut slalomer entre les piétons et s’arrêter régulièrement aux intersections. Mais on s’approche.
Ça sent l’écurie…
Enfin, on traverse un dernier pont, on trouve le dernier tampon et on voit qui? Le jeune qui s’était arrêté et nous avait indiqué le magasin de vélos une soixantaine de kilomètres plus tôt ! Incroyable. Il est arrivé la veille à Busan et repart chez lui. Il n’avait que peu de jours de congés et n’a pu faire que les trois dernières étapes.
Voici l’endroit précis qui marque l’arrivée……ou le départ pour ceux qui la font du Sud vers le Nord.
Pour en finir avec la voie des quatre rivières, j’avais parlé d’un passeport qu’on fait tamponner aux différentes étapes du chemin. Comme on ne l’avait pas acheté, je mettais les coups de tampon sur un petit bloc Rhodia. Et voilà que le soir du bivouac aux moustiques, je trouve sous un abri dans un tiroir, un passeport des quatre rivières ayant appartenu à un Coréen de 1963, qui a parcouru plusieurs voies cyclables de Corée en 2017 et 2018. Je l’ai gardé, et complété. C’est ce que je tiens à la main. Mais comme je n’aime pas garder quelque chose qui n’est pas à moi, je lui ai envoyé un mail, il y avait des cartes de visite à l’intérieur. S’il veut le récupérer, je le laisserai dans un hôtel à Busan. Sinon, je serai contente de le ramener en France.
À l’entrée de Busan on aura parcouru 977 km.Sous un abri juste à côté, on enlève le couvercle et on met les pieds dans le plat. Quel délice ! Pour une fois que le lavabo est parterre…
À très bientôt pour vous parler de Busan où on sera restés quatre nuits.
Après la journée passée à visiter le village de Hahoe de Andong, nous avons repris la route avec l’intention de bivouaquer dès qu’un endroit nous paraîtrait convenir.
Dans la région, ce sont des fous du vélo. Le lendemain, on visitera un musée du vélo incroyable qu’on découvrira par hasard.
Les cyclistes nous font souvent un petit signe de la main, un pouce en l’air ou bien nous invitent à boire un café. Rencontres éphémères mais qui font du bien. On n’a pas encore croisé un cycliste occidental depuis le début.
Depuis Danyang, on a changé de province et la voie des quatre rivières est plus sobre. Beaucoup moins de points d’eau, plus de gargotes où manger le long des voies, il faut être plus prudent. En fin de journée, on a pris un repas à la sortie du village des masques où on a rencontré une Luxembourgeoise venue apprendre…le Coréen.
Nous pédalons entre collines boisées à forte pente, rizières, élevages bovins, des kilomètres de serres. Un nombre incroyable de ponts souvent surmontés de structures imposantes éclairées le soir et souvent changeant de couleur. On ne compte plus les barrages rencontrés. Les côtes de 7 à 12% ne sont en général pas très longues. Tant mieux.
Bon. L’heure est à se poser.
Cet endroit nous semble parfait même si, pour une fois, il n’y a pas de point d’eau dans les sanitaires. Les gourdes sont pleines, on a déjà mangé. Trois bâtiments : le plus éloigné avec petite terrasse où on finira par s’installer est un bureau de gestion de la rivière, le bâtiment gris les sanitaires et la cabane sert au stockage du matériel. On peut lire les panneaux en coréen grâce à un jeune qui nous a fait découvrir Google Lens. On prend une photo du panneau et on demande la traduction du coréen en français.
Peu à peu, le ciel va s’assombrir et on craint la pluie. On se dit qu’il est plus judicieux de remballer la tente et de se mettre directement sous la tonnelle du bâtiment blanc.C’est quand même drôle ce genre de panneau. Seul le titre est en anglais ! On est bien avancés. Mais on est persuadés que dans quatre ou cinq ans, tous les panneaux seront en anglais tellement la Corée a le vent en poupe.On a le plaisir de voir la rivière même si elle est inaccessible.
En fait il ne pleuvra pas et il n’y a plus d’air. C’est seulement la deuxième fois depuis le début du voyage qu’on ne peut pas se laver. Bien sûr, on a des lingettes mais avec la chaleur, on est tout collants! Surtout les mains. Mais on ne veut pas se les laver avec l’eau des gourdes car on part du principe qu’il vaut mieux rester vivant les mains sales que mort de soif les mains propres. Et comme on ne sait pas quand on retrouvera de l’eau….Soudain, des centaines de cris de poulets en contrebas…on est juste au-dessus d’une exploitation ! Mais les gallinacés, ça finit par s’endormir…pas nous, parce que les moustiques prennent la relève.
Ils ont dormi toute la journée pour être en forme. C’est la nuit. On sent à peine une baisse des températures. Deux options : dans le duvet et là, on étuve à petit feu. N’oublions pas que ce sera l’automne quand nous serons au Japon donc duvet bien chaud. Ou bien: dormir dessus et là c’est la fête pour les moustiques. Pierre me nargue dans son sac à viande en soie mais les moustiques le piquent à travers. Et puis c’est lâche un moustique. Il attaque dans le dos, à travers le t-shirt. Trop heureux d’avoir cette nuit deux gros fruits exotiques bien juteux et dorés à souhait à se mettre sous la trompe ! Vers trois heures du matin, je décide d’aller promener mes moustiques sur la voie cyclable. Au moins ça occupe. Ça fait passer la nuit. Un petit peu. Mais c’est long quand même, une nuit de chaleur sans douche et pleine de moustiques avec 80 km dans les mollets et ailleurs. Si on m’avait dit le lendemain matin qu’on allait faire une journée de 100 kms sans avoir fermé l’œil de la nuit, j’aurais dit aux moustiques. Allez-y. Finissez nous. A consommer sur place. C’est du Bio made in France. Heureusement, nous ne savons pas ce que chaque journée nous réserve et c’est mieux ainsi.
Parce que le lendemain fut à nouveau une belle journée. À nouveau, la gentillesse du responsable du musée du vélo qui nous appelle, va nous guider, nous offre à boire, s’assure qu’on prenne la bonne route pour repartir.
On reste songeur….Monter et descendre de ce vélo. Tout un art.Vélos du futur.Pour emmener les copines…On se retrouve attablés avec un club de cyclistes.
La journée est bien avancée, le vent souffle de plus en plus, latéral, on veut une bonne nuit, à l’abri des poulets et des moustiques. Sur les conseils de ces deux cyclistes, on se retrouve dans un hôtel.
Pierre me dit : c’est pour ranger les vélos ? Bah non. C’est la chambre. On cherche le lit. La dame nous montre le placard. C’est la première fois qu’on dort sur un futon. Pas plus épais que notre matelas gonflable. Mais une douche, une Clim et pas de moustiques. Le Paradis.Zen la chambre.
L’ART DE LA CLAQUETTE
On ne pénètre jamais dans une pièce en chaussures. On les laisse dehors ou dans le sas et on prend…une première paire de claquettes.
Ici sur une plaque magnétique.Mais quand vous allez dans la salle de bain, une autre paire vous attend……qui n’est pas celle des toilettes…qu’on laisse bien sûr avant de sortir pour le prochain utilisateur des lieux.On a pensé à un frigo….Mais avec des cintres, ça s’appelle une penderie… qui sèche les vêtements.Voilà qui remplace notre bon vieux rouleau de papier toilette. Mais sans la maîtrise, quelques surprises. Si vous vous levez avant d’avoir arrêté le jet qui fait vos ablutions intimes, le jet continue et prend de la hauteur ! En fait il y a un bouton pour le stopper qu’on n’avait pas encore trouvé. C’est comme ça qu’à l’aéroport, je suis sortie des toilettes avec le dos mouillé et là, sortie un peu précipitamment des wc, Pierre qui était devant la porte a été copieusement arrosé et m’a crié : mais rassieds toi ! On peut également régler la température de l’eau, de l’air de séchage et aussi du siège. Mais bon, on ne veut pas risquer des brûlures dans des zones déjà sinistrées…
De Danyang à Andong, la jonction semblait difficile à vélo d’après nos lectures et les autochtones car on passait d’une vallée à une autre en changeant de rivière avec un gros dénivelé et toujours une grosse chaleur.
En fait de « quatre rivières » il s’agit plutôt de fleuves mais le mot anglais « river » ne fait pas la distinction entre les deux d’où certaines confusions. Ce n’est pourtant pas la même chose. Ah ces Anglais ! C’est comme le mot Hair. La traduction peut être « cheveux » ou « poils ». Se faire couper les cheveux ou les poils ne donne quand même pas le même résultat ! Bon, cessons ces divagations linguistiques.
On a donc pris un train, comme on avait prévu de le faire initialement. Ce ne fut pas simple car ils ne prennent pas les vélos contrairement à ce que nous disait le gars du touriste information la veille. A la gare, le jeune au guichet, puis sa cheffe nous montraient un document de plusieurs pages écrits en Coréen qu’on ne sait toujours pas lire: « c’est notre règlement, on ne prend pas les vélos ». Mais les Français ont l’habitude de remettre en cause les règlements…, et après une vingtaine de minutes, ça a marché! On ne saura jamais exactement l’argument qu’on a avancé qui les aura fait changer d’avis. A la fin, ils étaient quatre sur l’affaire et c’est tout sourire que l’une des jeunes femmes est venue nous dire qu’exceptionnellement, le Boss a approuvé. On n’en finit pas de nos courbettes et remerciements. L’affaire est dans le sac et les vélos dans le train. Tout ça pour moins d’une heure de trajet.
Comme dans le métro, l’accès aux voies est protégé…
…et tout est parfaitement briqué dans la salle d’attente. Après notre départ, un employé viendra jeter un coup d’œil.
On avait passé brillamment l’épreuve du train. Nous attendait la seconde épreuve à Andong : un hébergement. On ne s’est pas ennuyé ce jour-là. Comme souvent, si on décide de dormir en Guest house, on repère une adresse sur le téléphone, on réserve ou pas, et on s’y rend. La plupart du temps, on peut au moins y laisser les bagages, avec de la chance, on a déjà accès à la chambre, à la douche et on repart visiter. On se rend dans la Guest house qui propose des dortoirs de quatre places pour 17€ petit déjeuner inclus. On a de la peine à trouver le lieu car c’est imbriqué dans des ruelles mais on finit par y arriver. Comme cela arrive parfois, c’est ouvert mais personne à cette heure là, on laisse nos sacoches, on écrit un petit mot, une mamie nous a montré l’entrée. Elle téléphone et nous tend l’appareil. Je dis à l’homme que je viens de réserver sur Booking.com. Il me demande mon âge et celui de Pierre. C’est sympa de vouloir nous souhaiter notre anniversaire. Et là je tombe des nues: pas après 38 ans !!! Sidérée je lui en demande la raison. Il sera en boucle à me répondre : c’est dans notre règlement. Je lui dis que ça s’appelle de la discrimination ! Et la prochaine fois c’est si on est Noirs ? Si on est trop gros ? Et je finis par raccrocher.
On repart vers la Guest house où Yang notre copain singapourien est descendu. Il avait demandé pour nous le matin mais c’était complet, mais maintenant on se retrouve dans une chambre familiale au prix le plus bas. On passe la soirée ensemble. On lui raconte notre histoire et, à notre grand étonnement, il a souvent vécu ça et surtout en Europe et en Australie ! Quand il a posé la question à ces hôtels qui refusent des gens âgés ( le refus concerne les dortoirs uniquement) , on lui a donné trois raisons : souvent, les vieux ronflent ! Lui, épais comme un papier de cigarette, ne ronfle pas. Les vieux peuvent être gênés par le bruit que font les jeunes. Yang leur avait répondu que dans ce cas, c’est au client de décider s’il prend le risque ou non d’avoir du bruit et la troisième raison, plus floue, de vieux prédateur prêt à sauter sur tout ce qui bouge. On ne savait qu’il fallait avoir un certain âge pour être délinquant sexuel….c’est seulement après 38 ans. On a signalé à Booking.com la discrimination faite par cet hôtel. Pas de réponse. On a eu la chance finalement de rester deux nuits dans Gotaya guest house, super pour une trentaine d’euros. Yang nous quitte pour descendre plus vers le sud, on se reverra peut-être plus loin.
Un des parcs de Andong
Quand on visite ce parc, on n’a pas encore trouvé l’hébergement. On se dit qu’on reviendrait bien dormir ici. Mais on pense que le parc ferme probablement et on est à une vingtaine de kilomètres du cœur de la ville.
Portes faites de lattes de bois derrière lesquelles sont collées des feuilles de papier de Corée. On se casse moins la tête pour l’arrière de la maison.
Mais pourquoi Andong en dépit du fait que cette ville se situe sur la voie des quatre rivières ( fleuves!)?
Ce qui amène principalement le touriste à Andong est son village traditionnel classé par L’UNESCO depuis 2010 comme patrimoine mondial dont les maisons sont très bien conservées, son histoire avec la famille Ryu dont les membres ont vécu ici pendant 600 ans, dont deux célèbres, l’un étant un grand savant confucéen et l’autre premier ministre pendant l’occupation japonaise fin du XVI e siècle. On vient pour le village mais on vient également pour ses masques. Un musée ( c’est bien, il y fait frais !) à l’entrée du village présente plus de 250 masques coréens et étrangers. Chaque jour à 14 h, un spectacle met en scène quelques personnages masqués. Certains disent qu’on peut s’en passer, que c’est uniquement pour les touristes. C’est vrai mais le spectacle nous a plu, même si on n’a pas tout compris.
En cuir, en corde, en bois, en peau…
On aime bien les yeux dans les mains. Comme ça, il peut avoir les yeux dans sa poche …
La pauvre veuve tend sa sébile pour obtenir quelques wons.
Le moine débauché. Là-bas aussi…
L’ivrogne.
Pune, symbole de la beauté : ovale du visage, sourcils en forme de croissant, nez aquilin , petite bouche mais aussi petite vertu. Elle est concubine, chanteuse, voire plus si affinités. Nous on voyait les couleurs de Blanche Neige et on se disait qu’elle avait grossi…
Le savant.
Mais il fait tellement chaud à passer entre les murs de pierre qu’on écourte la balade dans le village. On fait la connaissance de deux Français, Marc, photographe et son copain Philippe venu le rejoindre pour trois semaines en Corée.
Quatre vieilles femmes montraient comment on repassait le linge autrefois. En tapant dessus. Trois ont lâché l’affaire. Il doit faire 40° et avec leurs masques…il reste la plus vaillante qui nous a vus arriver. Merci Madame.
Les maisons les plus anciennes ont des toits de chaume…
Puis de tuiles…du ciment bouche les extrémités. On ne sait pas ce qu’ils utilisaient auparavant.
Un zelkova, espèce d’orme, de 600 ans.
Chacun écrit un vœu sur son papier…
…et va l’accrocher parmi les milliers d’autres.
Mais notre meilleure idée fut de suivre le conseil d’un Français rencontré à notre guesthouse, Vincent, amoureux de la Corée, son septième voyage ici, et d’aller visiter l’école confucéenne de Dosan Seowon sous les auspices de SongSuk, guide à mi-temps sur le site.
Ce site et celui des masques sont exactement à l’opposé l’un de l’autre, 24 kms de chaque côté de la ville et ça grimpe. On les a faits sur deux jours différents.
Voilà SongSuk, ancienne prof d’anglais, qui nous a appris beaucoup de choses sur l’école confucéenne et son pays. On a beaucoup de mal à croire qu’elle a 67 ans. Son attention et sa gentillesse vis-à-vis de nous dans quelques heures seront incroyables.
Le site est superbe. On est maintenant sur la rivière Nakdang.
Un arbre qui a connu, paraît-il, l’époque, XVIe siècle, où a vécu le fondateur de cette école, Lee Hwang, dont le portrait orne les billets de 1000 wons.
1000 wons = 70 centimes. Pour convertir, on divise le nombre qu’on voit par 10000 et on multiplie par 7. La plupart des guesthouses sont autour de 40 000 wons ( 28 €).
C’est le hanok, maison traditionnelle coréenne. Qu’a t’elle de particulier ? On vit l’hiver à l’intérieur, l’été sur les estrades extérieures et les pièces sont situées autour d’une cour centrale. On voit l’entrée du foyer qui permettait de déposer les braises et ainsi chauffer la maison par le sol.
Le Dosan Seowon, c’est un vaste complexe de salles de classe, de dortoirs, de bibliothèques, d’un sanctuaire où repose l’esprit du Maître. C’est ici qu’on formait le gratin coréen : érudits et grandes familles.
Et puis on quitte le lieu après avoir remercié chaleureusement SongSuk et on remonte sur nos vélos pour les 24 kms retour sous une petite pluie qui nous plaît bien. L’heure de la bêtise approche…en général, on en fait au moins une par voyage. C’est un minimum mais parfois c’est Pierre. Aujourd’hui c’est mon tour. On rentre à bonne allure, il est 17 h environ, le retour est plus facile que l’aller. On passe à l’accueil régler la deuxième nuit, c’est Pierre qui paie, on monte dans la chambre. Rituels du soir : Douche, lessive de la journée, lecture des téléphones, transfert des photos etc. Besoin de mes lunettes. Lunettes dans le sac. Petit sac qu’on utilise lors des balades à la journée. Où est mon sac? Dedans, ma double pochette en tissu avec passeport, cartes bancaires, argent liquide. J’ai dû le poser à l’accueil. C’est Pierre qui a payé donc je ne sais pas si je l’avais. Rien à l’accueil. La jeune fille de l’accueil regarde avec moi. Je remonte et dis à Pierre que je l’ai sans doute oublié sur le site de l’école confucéenne. Ou bien qu’il a été volé à l’accueil. J’ai une idée. SongSuk nous a pris en photo au départ. On verra si je suis rentrée avec. J’explique la situation à SongSuk qui m’envoie ces photos.
Pas de sac ! Je suis contente de savoir qu’il n’a pas été volé à l’accueil mais il est tard et on est à 24 km du site. Tout sera fermé.
On a bu un verre avec SongSuk, échangé nos coordonnées, je suis revenue vers les vélos avec les gourdes. Je ne mets jamais mon sac au sol, en voyant cette photo, je suis certaine de l’avoir posé sur le bord de la jardinière.
SongSuk propose de nous rejoindre à notre guesthouse. Elle téléphone à la dame qui nous a servi à boire. Elle aussi a quitté le site. Non elle n’a rien trouvé à notre table. Pour le reste elle va se renseigner. Elle rappelle SongSuk plus tard. Ils ont trouvé un sac qui a été mis en sécurité …mais deux touristes ont perdu un sac aujourd’hui ! On saura demain à 9h. La personne qui travaille dans le café sur le site, propose de m’emmener demain matin en voiture mais restant travailler là-bas, je devrais prendre un bus pour revenir. On veut partir ensuite, cela risque d’être long, je prendrai un taxi. Avec un grand sourire, on me rend mon sac. C’est bien le mien. J’ouvre ma pochette : passeport, cartes bancaires, tous les papiers sont là. Ah, la pochette plastique avec les billets a disparu, somme assez conséquente puisqu’on paie beaucoup en espèces, bon l’essentiel c’est d’avoir récupéré les papiers….Je vide complètement mon sac, je retrouve la pochette plastique avec tous les billets dedans. L’argent a bien été vu mais rien n’a été pris
Quand les Coréennes de la guesthouse apprennent la nouvelle, tout le monde saute de joie et applaudit. On aurait dit qu’il s’agissait de leurs affaires. SongSuk me dit que ça arrive à tout le monde d’oublier quelque chose. Un grand Merci à l’esprit confucéen de la Corée.
Photo envoyée à SongSuk dès le lendemain.
Ce soir mardi, on a roulé 710 km depuis le début.
À bientôt pour un prochain article sur le bivouac qui a suivi cette journée, mais là c’est déjà assez long comme ça.
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On savait qu’on se compliquait un peu la vie en quittant pour quelque temps la piste cyclable des quatre rivières, mais la difficulté en valait vraiment la peine. Ce sont les plus beaux paysages qu’on aura vus en Corée jusqu’à présent.
Pourquoi difficulté ? Parce que sur les routes, des panneaux indiquent Danyang dans des directions différentes et quand on essaie de se renseigner, les gens nous demandent : Danyang truc ou Danyang machin? On n’en sait rien. Danyang beautiful et, avec des photos du Danyang qui nous intéresse, la situation s’améliore rapidement. Mais on est plus souvent à partager la route avec les voitures.
On traverse ensuite un parc national de toute beauté, le Worak San National Park. On avait presque oublié que la Corée c’est 70% de montagnes , et là, on est au cœur du sujet. Que de la grimpette. Même en partant tôt, on pédale jusqu’à environ 15 h pour une cinquantaine de kilomètres. On a remarqué qu’on met beaucoup plus de temps que celui prévu par notre GPS. S’il nous indique 4h pour 45 kms, on mettra facilement deux heures de plus.
Mais comment font-ils pour être si lents? Ils sont très mauvais !!! Petits joueurs ! Sûrement. On ne s’entraîne pas assez le reste de l’année à faire des côtes. Et puis:
Première raison, on s’arrête pour boire souvent. Bilan carbone : 0 . Bilan H2 / 0 : 1,5 litre toutes les deux heures, et puis on prend des photos, on s’arrête pour voir certaines curiosités, pour se reposer, pour manger, pour échapper à la chaleur, pour écouter ses ischions qui déclarent forfait. Pour tenir sur la durée. On prend le temps. Ou c’est le temps qui nous prend…Et puis qui veut aller loin………
En général, le matin, on ne sait pas où on va dormir le soir. L’indépendance de la toile de tente. Ça c’est bien. On n’a pas de pression. Parfois on fait moins que l’étape qu’on avait prévue. Et alors ? Pas grave. Question rythme, Pierre dit que je suis meilleure que lui sur le plat et dans les descentes, mais dans les côtes il reste The Boss. Alors quand je n’en peux plus dans les côtes, je crie : je vais faire une photo ! Ce qui signifie en langage très très intérieur (je m’arrête sinon je vais crever …).
Voilà les paysages qui nous accompagnent en cette belle montée vers Danyang. On voit le mot brunch et tout le monde descend ! Original : bacon, œufs, saucisses sur…..gaufre et crème fouettée. Ça passe très bien. Et devant un tel panorama…on se fait parfois violence pour repartir.De temps en temps, il faut bien faire les touristes…ils adorent nous encadrer.Heureusement on ne manque jamais d’eau même s’il n’y a plus les installations de la voie cyclable des quatre rivières. On a une gourde filtrante qu’on n’utilise pas, l’eau est potable partout.On ne se rend pas vraiment compte du dénivelé sur les photos.Le sommet du parc Worak San .Ça arrive aux meilleurs….Parfois la bête veut se cabrer du fait des 15 kg dans les sacoches.Une église à une vingtaine de kilomètres avant Danyang. Lutrins et autel en verre.On y a ses petites habitudes…Au fond de l’église…eau bénite?L’arrivée à Danyang. On a changé de rivière. C’est maintenant la rivière Namhan.La chaleur humide sans doute…On est le 15 août, journée nationale de la libération de Corée. Victoire sur le Japon. Les villes sont décorées et les drapeaux fleurissent aux coins des rues.On dort quand même mieux dans un vrai lit ! Guest house très sympa où on fera la connaissance d’une famille française dont l’aîné vient étudier 4 mois en Corée, un couple de Hollandais qui fait le tour du monde en travaillant dans chaque pays visité, trois jeunes scouts nous expliquant les déboires du Jamboree vécus comme une Honte nationale par la Corée et Yang, voyageur Singapourien dont on reparlera.
Le marché quotidien de la ville.
Des crêpes aux blettes et au chou. Confitures de figues.La dame ne dort pas, elle regarde une vidéo et nous son étalage. Petite princesse au pays des bulles.
Mais pourquoi Danyang ?
Dans la vie, notre attention se pose parfois sur une peinture, une sculpture, une photo, une musique et on se dit voilà, je ne sais pas encore où ça se trouve mais ça, il faut absolument que j’aille le voir. Quoiqu’il en coûte. On peut sur un coup de tête faire des centaines de kilomètres un soir pour découvrir ce nouveau groupe qui vient de chanter un truc génial à la radio dont le nom est Rita Mitsouko et que personne encore ne connaît, tomber sur la photo d’un Bouddha de marbre blanc thaï et se mettre à sa recherche, aller à la Haye embrasser du regard dans un moment d’intimité suspendu la Jeune fille à la perle, changer ses plans et faire la queue des heures pour admirer à Naples le Christ Voilé dans la transparence du marbre. Alors pourquoi fallait-il absolument venir à Danyang?
Pour ça. Trois rochers dans une rivière.
Les DODAMSAMBONG PEAKS. (Moyen mnémotechnique : le dos d’âne sent bon….avec un accent chantant ça fonctionne ).
La légende. Un couple vivait autrefois à Danyang et n’arrivait pas à avoir d’enfants. Le mari décida alors de prendre une maîtresse qui, elle, accoucha. Après la naissance, la maîtresse maltraita l’épouse. Un comble. Ce qui ne plut pas aux Dieux du coin. Pour les punir, les trois furent changés en pierre. Au centre, le mari évidemment, à droite, la femme, à gauche, la maîtresse. On se demande quand même pourquoi la femme est punie !
La région mériterait d’y rester au moins une semaine car il y en a pour tous les styles : des heures de rando dans les parcs nationaux, du parapente, de la tyrolienne, du skywalk ( fermé quand on y était), des balades sur le fleuve…
Nous on a choisi le temple bouddhiste Guinsa habité par 500 moines.
Une nonne chante un sutra. On ne connaît pas l’histoire mais ça semble drôle. L’un est gardien du temple…
L’autre, c’est Yang. 76 ans. Né à Singapour de parents chinois, il a été pendant treize ans officier sur des navires. Ensuite, il fut dans le contrôle de la sécurité des bateaux. Régulièrement, il visite le monde avec son sac à dos, dort en dortoir et termine la découverte de son cent trente cinquième pays avec la Corée. Il a fait tout le tour de la France il y a quelques années en stop et connaît toutes nos grandes villes….avant de parcourir l’Allemagne en achetant un billet de train à 9€ valable 1 mois ! Un sacré phénomène.
Le midi au temple, le repas est gratuit pour les visiteurs.
Depuis le Covid, des plexiglas séparent les personnes.
De loin on trouvait cet arbre étrange.Les feuilles sont en papier. On trouvait ça surprenant…
…et le soir, magnifique ! Mais en Corée, chaque ville est une débauche de lumières un peu gênante à l’heure des économies d’énergie.
On a commandé un seul plat toujours présenté dans de nombreuses coupelles. À notre air effaré, notre voisine de table prend les choses en main et nous explique comment faire. Tout un art. Avec Yang, bien sûr. Danyang une très belle étape.
Tout cycliste ayant envie de cycler au pays du matin calme (ou clair ou frais) a entendu parler de cette route permettant de relier Séoul à Busan, ville du sud-est. Elle fait environ 633 kilomètres mais parfois on la quitte pour aller voir un site un peu plus loin. La difficulté dans ce cas est quelquefois de la retrouver.
Voilà. On n’a jamais trouvé mieux comme carte ! Mais on se débrouille…Aujourd’hui on est arrivés au-dessus de l’étiquette en rouge : Saejae Bike Path. On est à Danyang, point rouge au départ de la rivière qui forme de grands méandres. En fait, on a fait un petit écart pour venir à Danyang car la région est magnifique et beaucoup de sites à visiter .
Quand on lit que la Corée est une destination pour le vélo, c’est vrai. De belles pistes cyclables, des tunnels uniquement pour nous , des aires de repos, des petites pharmacies de secours, des toilettes propres, des points d’eau, du matériel de réparation….de nombreuses gargotes où manger. Une sorte de passeport des 4 rivières s’achète au départ de la route, à composter de coups de tampon, tampons situés dans des cabines téléphoniques anglaises réparties tout au long des voies. L’idée est de certifier que la voie a bien été parcourue…un peu comme la credentiale des pèlerins. On n’a pas le carnet mais quand on voit une cabine, on y va de notre petit coup de tampon sur un bloc-notes. On s’amuse.
Et maintenant tout ça en images.
Parfois, un tronçon de la route a un thème…
Quand je regarde ces photos, on dirait que le temps est tout le temps pluvieux. On a eu une seule vraie journée complète de pluie qui commençait ainsi, deuxième jour après Séoul.
Et là, après une nuit à l’hôtel, tu ouvres la porte et tu penses : Pourquoi j’ai pris option vélo ?
La journée suivante a débuté aussi par deux petites heures pluvieuses et le temps s’est amélioré. Il faut dire qu’après la pluie, la température baisse de trois ou quatre degrés et là, tout le monde revit.
On n’a pas encore vu de camping, sauf celui-ci qu’on trouvait très bien, avec tentes aménagées mais c’était dans la journée et de toute façon, il était complet pour le soir.
À l’intérieur, micro-ondes, bouilloire et futon. À côté, le coin repas. Mais bon, ce n’était pas pour nous.
En douze nuits, on a dormi dans quatre petits hôtels sinon, en dehors des nuits chez Mark, on trouve très facilement des coins sympas pour bivouaquer.
Notre chambre d’un soir. Il faisait tellement chaud qu’on n‘avait pas monté la tente. À côté, des équipements de sports qu’on trouve un peu partout dans le pays.Vue du bivouac.Pierre a déjà ramassé ses affaires. Les moustiques n’aiment pas les manches longues. Il est 6 h00. On va remballer. Les premiers Coréens viennent faire leur sport. Un autre bivouac. On se dit: c’est moche. Ils auraient pu se mettre sur l’herbe. Mais on pense que ce sont des stèles funéraires et on ne veut froisser ni les gens d’ici-bas, ni les gens de l’au-delà. Mieux vaut garder de bons rapports avec tout le monde. On s’est mis là pour la vue !
Et la vue, c’est ça.
Quand on a quitté la route principale pour trouver un coin tranquille, on suivait une rivière depuis un moment mais on ne s’attendait pas à trouver des maisons de pêcheurs sur une boucle de cette rivière. Ils y ont passé la nuit et nous voyaient sûrement.Au menu : soupe bien épicée….on transpire encore un peu plus..Et le lendemain. Il est 5h30. On préfère rouler avant les fortes chaleurs.Autre bivouac. À côté des sanitaires, dans un parc aux nombreux points d’eau, la lessive sèche sur l’herbe. Les gens qui passent nous disent bonjour.Et toujours de très belles vues sur la rivière Han.Ça sent le départ.Un dernier coup d’œil avant le départ.
Mais comment sait-on si on est sur la voie cyclable ? Nos regards cherchent régulièrement ces types de panneaux :
Le texte est sûrement très instructif mais nous ne nous intéressons qu’au logo aux 4 couleurs qui représentent sans doute les rivières. Et puis le 4 dans le titre. On a trouvé ça tout seuls. On est fiers.Ici avec le vélo, c’est encore plus parlant.
Les paysages sont de plus en plus beaux : toujours la rivière Han, ses pêcheurs, ses ponts. De l’autre côté, des champs de maïs, de piment, des oignons et de l’ail, des vergers, des plantes qui ressemblent à des haricots mais qui n’en sont pas, et maintenant des rizières.
On s’est arrêtés pour comprendre. Ce sont bien des pêchers ……avec un tuteur au centre d’où partent des bandes qui relèvent les branches.Et chaque fruit est enveloppé pour le protéger peut-être du soleil ? Des insectes ? Et les pêches sont énormes. Pas très bonnes.Scène de la vie quotidienne.
Et toujours ces gestes de gentillesse envers nous.
Un vieux monsieur dans une station service à qui on demande si c’est la bonne route pour Danyang, Danyang ? On irait au bout de la terre qu’il ne serait pas plus surpris. Il nous répond puis revient avec deux bouteilles d’eau fraîche.
Plus tard, au bord d’une route, on veut acheter des fruits. La dame nous les lave, se tourne vers son mari pour le prix, mais il nous faut signe que comme on est à vélo, c’est cadeau !
Une femme travaillant dans un centre d’informations au cœur d’un parc vient nous voir, nous interroge sur notre voyage et nous offre une orange. Elle est ravie de savoir que la Corée nous plaît.
Ce matin-là, on a bivouaqué mais pas bu de café. On s’arrête dans une boutique. Le monsieur nous fait signe de nous asseoir, il appelle sa femme qui se déplace avec deux béquilles. Ils veillent à ce qu’on soit bien, ils ne parlent pas un seul mot d’anglais mais avec les noms de villages et de villes plus quelques gestes, on arrive à se comprendre. si. Il connaît un mot en anglais pour nous demander : La France ? Happy ? Que lui répondre ??? Nous on n’est jamais Happy…
Et là, dans ces moments-là, on sait pourquoi on voyage à vélo.
Une fois de plus, on n’a pas pu payer notre café. Le sens de l’hospitalité.
Encore ce matin, après le bivouac, la dame qui tient la supérette sait qu’on a dormi dans le parc. C’est elle qui met l’argent dans le distributeur de café en nous souhaitant bonne route. Et combien de fois déjà, des personnes nous ayant donné un renseignement qu’elles jugent finalement incomplet, sortent de leur boutique pour nous rattraper et compléter ce qu’elles nous avaient dit et tout ça, avec un grand sourire.
Mais pourquoi autant de guerres dans le monde ?
La prochaine fois, on vous emmène sur la route qui nous a menés jusqu’à Danyang. Fabuleux !
On est aujourd’hui mardi 15 août et on roule depuis jeudi dernier principalement sur la voie cyclable des quatre rivières en direction du sud. Tout va bien, quel beau pays. Mais avant d’expliquer en détail notre vie de cyclistes sur les routes coréennes, revenons sur cette dernière journée passée à Séoul. Un peu d’Histoire.
De chez Mark, on aperçoit la frontière. Les montagnes sont en Corée du Nord.
La frontière entre les deux Corées est ce qu’on appelle ici la DMZ, zone démilitarisée qui mesure presque 250 kms de long et 2 km de no man’s land de chaque côté du 38° parallèle. Facile à se rappeler pour les Isérois. La frontière est à une quarantaine de kilomètres seulement de Séoul ! Elle est très surveillée des deux côtés, on s’en doutait un petit peu.
Il n’était pas question pour nous de venir en Corée sans aller voir de près cette triste page d’Histoire qui a bouleversé la vie de millions de Coréens. Mais on sera déçu de ne pas pouvoir visiter le point le plus intéressant de la frontière (la JSA) puisqu’il vient de fermer à cause de tensions récentes entre le Nord et les USA. Comme on est des têtus, on se rendra sur un autre site de DMZ, à la Odusan Unification Tower, où se situe l’observatoire de Dora ( nom du mont où il est construit), qui est un musée avec vue panoramique sur la Corée du Nord qu’on peut voir à travers des jumelles.
Le long de cette frontière, des tunnels, appelés tunnels d’agression, découverts par la Corée du sud entre 1970 et 1990, ont été creusés par les Nord Coréens pour envahir le sud. On voulait visiter le tunnel 3, le plus proche de nous, mais il fermait à 15h, pas assez de temps ! Malgré tout, on était contents de ce qu’on a vu et appris à la frontière.
Devant l’observatoire, un autel dédié aux Coréens forcés de quitter leur maison pendant la guerre de Corée et d’être déplacés. Toute personne peut venir se recueillir et prier. En particulier lors de la nouvelle année, quand chacun fait résonner le drum, en pensant aux familles séparées, le moment est chargé d’émotion nous disait Mark qui est venu y assister. Il est appelé le Drum pour la Réunification.
En fait, aujourd’hui, cette zone inhabitée est un très bel endroit où la biodiversité a repris le dessus. Elle est le point de confluence du fleuve Han et de la rivière Imjin. De ce point de DMZ, on ne voit pas de soldats nord coréens.
En étant de longs moments à regarder avec les jumelles, on a vu seulement un homme sur un vélo. Le gars doit travailler dans le coin et en connaître les dangers quand on sait que toute la zone est truffée de mines, de barbelés, de souterrains et de miradors. On s’entraîne pour le Mur de Berlin huit ans plus tard. Côté sud.Statue de Cho Man Sik, ardent défenseur de l’indépendance pendant l’invasion japonaise. Il a encouragé la jeunesse dans la voie de l’éducation et renforcé la presse nationale. Après la libération, il a oeuvré pour la réunification de la Corée mais comme on ne peut pas plaire à tout le monde, il a été tué par Kim II Sung, le père du président actuel.
Mais pourquoi y a-t-il deux Corées ?
Petit rappel. La Corée est colonisée officiellement par le Japon depuis 1910. A la conférence de Yalta, Roosevelt et Staline récupèrent le gâteau pour se le partager après la capitulation japonaise et il est décidé que la partie au nord du 38° parallèle sera sous le joug soviétique tandis que le sud passera sous protection américaine. En 1947, l’ONU organise des élections libres mais le Nord les boycotte et les élections auront lieu dans le Sud seulement. En 1948, le Sud se choisit des dirigeants, se proclame indépendant, et devient la République de Corée. De son côté, le Nord se nommera la république populaire démocratique de Corée. Mais, finalement, le Nord refusant ce partage, franchit avec 600 000 soldats la ligne de démarcation. Séoul est envahie. On est en 1950. C’est le début de la guerre de Corée qui se terminera en 1953 (mort de Staline). C’est cette année-là qu’on construit la zone de démarcation.
Dans le musée.
La Corée réunifiée…l’observatoire de Dora est surmonté d’une colombe.Même si on ne lit pas le Coréen, cette carte est intéressante et facile à comprendre. En rouge, les chiffres de la Corée du Nord, en bleu ceux du Sud. De haut en bas, la population, l’espérance de vie (13 et 12 ans d’écart !), le PIB, les échanges commerciaux, l’industrie automobile et enfin celle du numérique. On se débrouille pas mal en coréen…Toujours les mêmes tragédies. Toujours la même Histoire.Et puis les artistes qui rêvent d’un même ciel, d’un même pays.
Le lendemain, on quittait Séoul pour reprendre notre périple à vélo…