Chili. Art. 16 La Carretera Austral. Le Mythe

Depuis hier, on peut dire qu’on roule en Patagonie ! La Patagonie se partage entre deux pays, le Chili à l’ouest et l’Argentine à l’est. La Ruta 40, côté argentin, est connue pour son vent terrible alors on a choisi le côté chilien, davantage abrité par la Cordillère des Andes (encore elle) mais ce côté serait plus sujet…aux pluies. Nobody ‘s perfect.

On en parle depuis des mois et puis demain, on y sera. On sera sur cette route mythique , la Ruta 7, plus communément appelée La Carretera Austral ( sans e en espagnol). Parfois elle est nommée  » sentier Général Pinochet « , ça fait moins rêver. Construite de 1976 à 1986, elle prolonge la panaméricaine qui naît en Alaska ! Beau parcours.

Pinochet l’a faite construire pour désenclaver le sud et ses habitants qui fricotaient un peu trop, à son goût, avec les Argentins du coin . Il a fallu faire un travail titanesque pour tracer cette route à travers les forêts, entre de hautes falaises, relier des vallées, sauter des gorges , contourner des lacs, et tout ça, sous des pluies fréquentes ! Malgré les Chiliens venus s’installer dans la région fin XIXe siècle, elle reste la moins peuplée. Magnifique mais vent, pluie et isolement . Aujourd’hui, l’enjeu est de préserver cet environnement exceptionnel face aux multinationales de tout poil voraces de forêts à couper, de barrages à construire, de poissons à vendre.

Puerto Varas qu’on a quitté ce matin, situé à 20 km avant Puerto Montt .

La Carretera Austral démarre à Puerto Montt, porte de la Patagonie où on est arrivés hier mardi 28 janvier, et se termine 1240 km plus bas à Villa O’Higgins, à la frontière argentine ! C’est notre programme pour les 15/ 20 jours à venir. Suite à mes deux premières crevaisons, on avait changé mes pneus mais la boutique n’avait pas la même marque, Schwalb Marathon, et on a pris ce qu’ils avaient. Alors que j’avais fait 6000 kms sans une crevaison, je me suis rattrapée . Deux autres crevaisons successives avec le pneu neuf. Soit quatre crevaisons en une semaine ! Moralité, je dis qu’il vaut mieux garder un pneu usé Schwalb qu’un pneu neuf chilien. Comme ils étaient fins, on les a à nouveau changés pour des pneus plus larges qui devraient mieux se comporter sur le ripio de la Carretera.

Cette route est devenue pour les cyclistes un défi à relever . On sera en territoire Mapuche ( Mapoutché) où on espère bien faire de belles rencontres. Drapeau Mapuche.

Cette route, c’est du dénivelé, des paysages grandioses, de l’asphalte mais surtout de la piste, de la distance. Bref, de quoi nous faire rêver et suer, rêver et geler, car même si ici c’est l’été, on se rapproche du pôle sud et les températures, avec une moyenne de 13 degrés, changent très vite.

Mais la Carretera Austral ne constitue pas toute la hauteur de la Patagonie. Il nous restera encore au moins 1500 kilomètres avant Ushuaïa en pays argentin.

Allez, demain une nouvelle aventure commence !

Chili. Art. 15 Région des lacs. Toujours…..

Hier vendredi 24 janvier, de vraies côtes avec des passages dans du ripiot ( piste de sable et de cailloux ) sous une forte chaleur nous attendaient tout le long du lac Coñaripe mais la récompense était de contempler les paysages magnifiques de cette région .

La veille, on s’est bien détendus dans les thermes « Geométricas  » réputés pour leur aménagement très réussi. Une vingtaine de bassins dans une végétation exubérante et des passerelles en bois rouge qui rappellent un peu le Japon. Après nos 70 kms de vélo pour arriver ici, on est allés en début de soirée jusqu’à onze heures pour voir le site sous les guirlandes lumineuses et les photophores. Vapeurs et températures entre 35 et 45 °. Plus on va vers les bassins du haut, plus il fait chaud.

Après la journée de vélo, on a décidé de renouer avec le camping car les trois nuits à Pucón étaient assez chères et puis le camping, c’est sympa! On trouve un petit camping avec peu d’emplacements et quand on arrive, nous n’avons que quatre voisins bien tranquilles, ambiance familiale. On s’installe, on repart découvrir la ville de Panguipulli et au retour, quinze tentes se sont installées ! Le terrain n’est pas grand, on est tous dans le même carré. Un motard allemand est à nos côtés et deux autres filles cyclistes (Chilienne et Argentine) ne tardent pas à déplier leur tente . Ah ! La nature 🌳! Le petit bois 🍀! Les oiseaux 🐦! La vie au grand air 🌼🏕.

Bon, la nuit au camping, ça été tout d’abord les discussions et les rires des Chiliens en vacances autour de nous. Ils ont quand même le droit de profiter de leurs vacances non? Ah ! 1h30 du mat déjà. Bon, allez on dort. C’est quoi ce coq🐔 qui vocalise ? C’est pas l’heure ( ça doit être un coq gaulois…décalage horaire…) . Allez, on va y arriver. Non. Maintenant c’est conversation canine entre les chiens du camping et ceux des voisins. Ça y est, on a sombré …. jusqu’aux canards qui ont pris la relève vers 5h30. Bon, le côté pratique, c’est qu’on n’a pas besoin de réveil et de toute façon, le bébé d’une tente voisine se charge de nous rappeler à tous qu’il est bientôt 6h30, qu’il a faim et qu’on doit se lever !

Ah oui déjà ? La nuit est finie….les charmes du camping….

Chili. Art. 14 Ascension du volcan VILLARICA.

Qui veut faire la grimpette vient d’abord à Pucón, ville balnéaire fréquentée par les touristes chiliens et autres sud américains. On y trouve de nombreux jeunes Européens dont pas mal de Français travaillant pour quelques semaines dans les hôtels de la ville. Le lac VILLARICA qui s’étend de la ville du même nom jusqu’à Pucón, offre aux vacanciers tous les plaisirs de l’eau et de la plage en plus d’une vue magnifique sur le volcan Villarica.

Toutes les villes du coin offrent le même confort que nos villes touristiques. On savoure les terrasses, nettement moins les prix en hausse. La région est vraiment magnifique avec lacs et sommets enneigés.

Vue du pont à l’entrée de Villarrica située à 25 km avant Pucón. Villarrica, trois en un : c’est le nom du volcan, de la ville et du lac.

Et puis, sur la plage ensoleillée 🎶 , depuis un moment, on voit un jeune passer de parasol en parasol avec une espèce d’extincteur et qui remporte pas mal de succès. Et nous, de nous demander ce qu’il peut bien faire. Pierre émet une hypothèse très drôle : c’est de la crème solaire ! Non mais quand même, de la crème solaire pulvérisée au karcher….je n’y crois pas. Alors je suis allée voir de plus près : il s’agit en fait de tatouages faits avec des pochoirs, principalement pour les enfants… il fallait trouver l’idée.

Mais les touristes ne doivent pas faire oublier qu’on est, dans cette région du Chili, en territoire Mapuche, communauté amérindienne dont la spécificité est qu’elle n’a jamais été vaincue ni par les Incas, ni par les Espagnols et qu’elle a résisté longtemps à l’armée chilienne. Mapuche signifie « Peuple de la Terre « . Ce groupe ethnique représente 600 000 personnes au Chili sur une population de 19 millions de Chiliens et 200 000 personnes en Argentine sur 45 millions d’ Argentins. On trouve à Villarica et à Pucón des centres d’artisanat Mapuche qui travaillent essentiellement le bois et la laine.

Reconstitution d’une maison traditionnelle abritant un restaurant.

On est surtout venus ici pour faire l’ascension de l’un des très nombreux volcans du Chili. Le volcan Villarrica n’est pas très haut, 2847m, mais il présente l’avantage pour le trekkeur, de grimper dans la neige et de marcher dans la lave puis de découvrir au sommet, un cratère de 200 m de diamètre avec fumerolles et parfois de la lave en fusion. La dernière éruption a eu lieu en 2015. On n’a randonné qu’une seule fois dans notre vie avec crampons et piolet, c’était en Islande, il y a une douzaine d’années.

On a choisi une agence tenue par des Français qu’on nous avait recommandée et qui a été parfaite. Il s’agit de Aguaventura, professionnelle du début à la fin. Un guide par groupe de quatre personnes. Guide parlant espagnol et anglais.

Veille du départ : explications du déroulement, ce qu’il faut apporter, ce que l’agence fournit. En fin de journée toujours la veille, on vient essayer l’équipement :

Casque.

Chaussures de montagne , en excellent état .

Guêtres.

Surpantalon et parka qui serviront lors de la descente qui se fera…en luge.

Gants et sur gants .

L’agence fournit aussi :

Le sac à dos.

Masque à gaz. Les émanations du cratère sont toxiques ( et on paie pour ça 😷!)

Crampons à glace et piolet.

Une luge pelle à neige.

Le jour J : Rendez-vous à l’agence à 6h30 le matin afin de récupérer les sacs préparés pour chaque participant et enfiler les chaussures de montagne et les guêtres .

Départ à 7 heures du groupe de 8 personnes et trois guides.

Point de départ. On ne sera pas tout seuls ! C’est la haute saison ici.

Il y a quatre heures de montée environ. Un groupe qui arrive après nous.

On voit bien ici les fumerolles qui s’échappent du cratère. On ne sait pas quand aura lieu la prochaine éruption. C’était pas aujourd’hui 21 janvier.

Chacun a apporté des en-cas. Pas de pique-nique là-haut à cause des gaz toxiques. Finalement, on n’aura pas eu besoin de chausser les crampons.

La vue est superbe de là- haut, bien que légèrement voilée.

Le cratère, ses émanations et ses borborygmes. Aujourd’hui, pas de lave en fusion.

Le masque à gaz s’est modernisé depuis Verdun !

Explications avant de redescendre en pelle à neige dans des couloirs qui ressemblent à ceux des bobsleighs. Bonne partie de rigolade mais presque plus fatigant que la montée, d’abord parce qu’il faut contrôler sa vitesse en piquant le piolet dans la neige pour ne pas percuter le dos de celui qui nous précède et puis, quand on arrive à des passages de lave, il faut se relever (on a les sacs sur le dos) , marcher quelques mètres et se réinstaller pour glisser à nouveau. On a fait ça cinq ou six fois.

Notre groupe composé de deux Brésiliennes, une Suissesse, un Anglais, deux Israéliens et nous.

Retour à l’agence. Restitution du matériel rapide et très bien organisée. Un pot sur la terrasse offert par l’agence.

Une très belle journée. On voulait aller voir le coucher du soleil mais on sera couché avant lui. 😴😴

Chili. Art 13 Le parc Conguillio. Les 🚴🏻‍♀️ parlent aux 🚴🏻‍♀️’

Le plus simple est d’arriver par Curacautin, de prendre la route sud-est sur 25 km de route asphaltée, vallonnée avec de très beaux paysages. 15 km avant l’entrée du parc, une dame fort sympathique propose sur la droite café et pâtisserie maison. On peut y faire un baby-foot, ça change du vélo. On aperçoit assez vite le volcan Llaima, 3125 m, qui laisse échapper quelques fumerolles quand il a le cœur gros.

L’entrée du parc, ça signifie 9000 pesos par personne (avec toilettes pour ce prix) et la fin de la route goudronnée. Ripiot, le retour. Et même s’il y a peu de distance, on n’avance pas vite à cause des pierres et des nombreuses côtes . On pédale à travers une forêt d’araucarias et autres arbres.

On arrive rapidement, après 5 km environ, à un camping sur la gauche installé près de cascades assez modestes, camping qui propose également des cabañas. Pour nous, le plus intéressant nous a semblé de continuer le chemin, 12 km plus loin, jusqu’à la Laguna Conguillio où se trouvent d’autres campings. On s’imaginait planter notre tente devant la lagune d’où on verrait le soleil se coucher ou c’est lui qui nous verrait nous coucher, il y aurait peut-être trois ou quatre autres tentes pas très loin…. mais en réalité, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe. C’est la première fois qu’on campe dans un camping depuis le début du voyage et par conséquent on a fait pas mal de découvertes…

Il faut impérativement se diriger vers la réception qui est commune à plusieurs campings. Première question qui nous paraît étrange : voulez-vous un emplacement privé ou partagé? En France, on peut avoir un emplacement plus ou moins grand selon le tarif mais on n’est pas avec une autre famille sur le même emplacement. Notre réflexe est de dire : privado. La fille nous montre la fiche des tarifs et de son bel ongle bleu nous montre le prix 35000 pesos ! Soit 41 € ! On a la vue sur la lagune pour ce prix là ? Non, aucun des campings, seulement les cabañas. Bon, alors on a pris emplacement partagé. Et là, l’ongle bleu nous promène sur des tarifs qui vont entre 8500 pesos et 15000 pesos….par personne ! On prendra le moins cher, ce qui fait 17000 pesos soit 20,50 € alors qu’on a tout notre matériel bien sûr. Les sanitaires sont très sommaires. Le papier toilette n’est pas fourni par la maison, et les douches ont de l’eau chaude de 8h à 11 h et de 18h à 21 h. Il y a seulement deux douches femmes et deux douches hommes dans notre camping qui sont très…rusticos !

On sait que le Chili est plus cher que les autres pays visités et en même temps, il y a quatre jours, on payait exactement le même prix pour une belle chambre et salle de bain incluse avec ménage fait tous les jours.

Heureusement nos colocataires, un couple brésilien, sont très sympas .On partage la même table forestière et les mêmes ronflements. Moins de deux mètres séparent les deux tentes. Ça crée des liens entre les pays…

Ceci dit, le parc est superbe et la plupart des touristes sont Chiliens, Argentins et Brésiliens. Ils viennent y passer de trois jours à une semaine.

Les deux emblèmes du parc , l’araucaria et le Llaima.

Plusieurs lacs sont situés dans le parc, le lac Conguillio est le plus grand.

Miroir dans le lac Arcoiris.

Beauté brune de la lave autour du lac Verde.

La dernière éruption du Llaima date de 2008. Rien aujourd’hui…

De très belles balades à faire autour des lacs et dans les montagnes.

Et puis c’est le départ vers une petite bourgade, Melipeuco à 30 kilomètres dont les deux tiers sur du ripiot pour terminer sur une jolie route asphaltée.

Sur la place du village un concert se prépare devant l’impassible Llaima. Mais c’est pô pour nous ! Les p’tits vieux, ça se couche tôt… 👴🏻👵🏻 Et demain on a vélo.

Chili. Art. 12 Ce qu’il ne faut pas faire …

Et qu’on a fait 😌 🤭🥺 😩

Oublier son sac à dos lors d’une pause à un arrêt d’autocar.

Avec à l’intérieur tout ce qu’il faut : un passeport, carte d’identité, carte de sécurité sociale, deux cartes bancaires, argent retiré la veille, appareil photo, outils pour le vélo et pompe avec manomètre, cartes géographiques, un carnet avec des codes et des adresses, une casquette, un canif… et deux barres de céréales…😢

PS : l’appareil photo, ce n’est pas un drame, il ne fonctionne plus depuis environ deux semaines malgré deux réparations en Équateur et en Bolivie (zoom toujours sorti) et toutes les photos sont enregistrées ! Merci 🙏 le numérique. On prend maintenant les photos avec le téléphone seulement.

S’en rendre compte à l’arrivée, une bonne demi- heure après. Prévenir les carabiñeros pour retourner vite fait en voiture avec eux. Et ne rien retrouver. Tu m’étonnes !

On se disait, et le carabiñero confirmait, que les voleurs allaient peut-être jeter les papiers autour de l’arrêt et seulement prendre l’argent. Mais non.

On se demande comment ça peut arriver de repartir sans son sac. C’est le sac que Pierre porte et non pas une sacoche de vélo. On l’avait posé pour y prendre un paquet de gâteaux….Après les 100 kilomètres, la fatigue, le relâchement, la hâte de parcourir les 17 derniers kilomètres ….et voilà. Le sac est resté là sur le banc de l’abri bus. Trop niais. On espère au moins que l’argent servira à une famille dans le besoin.

Actions, réactions.

Prévenir l’ambassade de France pour prendre rendez-vous. Tiens, situation déjà vécue…à Quito ! Ce sera le deuxième passeport de Pierre volé ! Rappelez vous, l’ambassade en avait fait un provisoire valable un an, vert avec moins de pages mais on ressortait de l’ambassade une heure après, avec le passeport à la main ! On s’attendait à la même chose, au Chili.

Heureusement que le vol du sac a eu lieu à seulement 320 Km de la capitale car, le Chili faisant plus de 4000 km de long……il n’y a qu’à Santiago qu’on peut refaire un nouveau passeport. Pierre a donc sauté dans un car pour la capitale et a fait l’aller retour dans la journée mais il est revenu…sans le passeport !

On pensait que comme en Équateur, il aurait à nouveau un passeport provisoire d’un an fait dans l’heure…Et ben que nenni. Et quand Pierre, qui est maintenant un pro du passeport volé, en demande la raison, voilà la réponse de l’ambassade de Santiago : Pour eux, ce passeport vert provisoire n’est pas un document « officiel « . C’est une ambassade qui parle du travail d’une autre ambassade. On ne l’a pourtant pas acheté dans la rue ou sur le marché! Et on a passé quatre frontières avec, sans problème, sans compter l’île de Pâques ! On ne doit pas comprendre le mot « officiel « . Il faudra attendre deux semaines pour obtenir celui-là . Mais ce sera un passeport « normal  » valable dix ans. Heureusement, on peut demander à ce que le passeport soit envoyé dans un consulat français, et dans le Sud du Chili, il y en a deux. On va s’arranger pour être au bon endroit, au bon moment. Finalement, ça évitera à Pierre d’avoir à faire refaire un  » vrai  » passeport en rentrant en France…et de payer une troisième fois le foutu passeport.💰

Et les cartes bancaires ? Après avoir fait opposition évidemment, on demande par mail à la banque postale de nous faire parvenir une nouvelle carte bancaire au consulat, celui qui recevra aussi le passeport, et la poste l’a envoyé…. à notre adresse en France 👍 💪✌️!!! Bravo la Poste ! Heureusement qu’il nous reste une carte bancaire.

Le Crédit agricole a bien compris qu’il fallait envoyer la nouvelle carte au Chili mais elle a envoyé le nouveau code…en France 👍💪✌️!!! Bravo le Crédit Agricole ! Un point partout. 🥳

Aujourd’hui, 10 janvier, on a parcouru 665 kms depuis Santiago et 6000 km pédalés depuis juillet ! Pour fêter cette belle avancée , mon vélo s’est offert sa première crevaison aujourd’hui : un minuscule morceau de fil de fer retrouvé dans mon pneu, provenant certainement d’un pneu brûlé sur le bord de la route. Pas grave, Pierre a réparé ( mais je l’ai bien aidé moralement) et on a toujours une rustine d’avance ! ( le petit sac à dos qu’on aperçoit est le mien….Pierre n’en a plus pour l’instant).

On pédale désormais au milieu de forêts de pins et d’eucalyptus, de vignes, de champs de noisetiers, de maïs, de pâturages bien verts pour chevaux, vaches et moutons. Des camions chargés de grumes nous doublent pour rejoindre les nombreuses scieries qu’on aperçoit régulièrement.

A Chillan, une cathédrale originale, déjà son nom « St Charles Borromeo » , antisismique parce que construite après le tremblement de terre de 1939 et terminée en 1950. L’idée de l’architecte était de représenter les mains en prière. Ce qui est particulier, quand on pénètre à l’intérieur de la cathédrale , c’est qu’on ne voit aucune ouverture , pas de vitraux. Et les tableaux du chemin de croix ne se découvrent qu’au fur et à mesure qu’on avance vers le chœur. Ils sont cachés par les arches.

Chemin de croix sobre comme l’est tout le monument.

Et quand on se retourne, on aperçoit la lumière provenant des arches.

C’est aussi à Chillan qu’on a découvert quelques œuvres de l’artiste chilien Rafaël Ampuero, mort en 1984, qui faisait, entre autres, des gravures sur bois.

On aime bien !

CHILI. Art. 11 Un Français célèbre au Chili

Pour que Joël ne soit plus déçu, je vais vous raconter l’histoire d’un Français très célèbre au Chili et en particulier à Valparaiso.

Notre ami Joël nous a demandé de faire des photos de la tombe d’ Émile Dubois, un Français enterré à Valparaiso.

Tu connais Émile Dubois ? me demande Mireille, ce doit être un écrivain français ayant vécu au Chili.

– Jamais entendu parler, il écrit en français ou en espagnol?

– Je ne sais pas, c’est Joël qui veut une photo de sa tombe, il est enterré à Valparaiso. »

Le lendemain, visite de la maison de Neruda, lui on le connaît. Le chemin passe près du cimetière, on s’arrêtera pour voir la tombe de Émile Dubois. Mireille a regardé sur le Net. C’est un tueur en série …! Joël veut qu’on photographie la tombe d’un tueur en série !?…

Arrivés devant l’immense cimetière, il faut se renseigner… et, surprise l’employé connaît Émile Dubois, sa tombe n’est pas là, mais dans un autre cimetière à l’autre bout de la ville. C’est Emilio d’ailleurs pour les Chiliens. Mimile pour les intimes.

Après la maison de Neruda, nous allons voir la dernière demeure d’Émile Dubois.

Le cimetière est immense. Il y a des tombes classiques et beaucoup de longs murs de caveaux sur 6 où 7 étages, on croirait des HLM. Ou plutôt des TLM : Tombes à Loyer Modéré.

Là aussi, le premier employé rencontré connaît Émile Dubois et l’emplacement de sa tombe. Il nous explique en espagnol un chemin très compliqué … Devant nos mines interrogatives, il change de tactique, interpelle un passant et lui demande de nous guider vers la tombe d’Émile Dubois… Tout le monde semble le connaître ! Sauf nous…

Le passant nous accompagne un moment et nous indique une allée, c’est tout au bout sur la droite. Des murs et des murs de TLM… On va passer devant la tombe sans la voir, on ne peut pas lire tous les noms !

On demande à nouveau à un type avec un balai, lui aussi connait, c’est encore plus loin tout au bout de l’allée, c’est facile…

En effet, c’est facile, on la repère de loin. Un petit pied- à- terre pour lui tout seul (et pied-sous- terre 😂).

C’est une tombe très fleurie, couverte de plaques de marbre avec des remerciements, des dessins, des céramiques, un endroit pour mettre des cierges…! C’est un véritable culte et toujours actuel, il y a des plaques de 2019, des fleurs fraîches !

Mais qui était Émile Dubois ? (source Wikipedia) son véritable nom : Louis Amadéo Brihier Lacroix, né en 1867 à Etaples Nord de la France – mort en 1907 fusillé à Valparaiso.

A 15 ans, il tue le père de sa petite amie. Un bon départ dans la vie…

Il travaille comme mineur pendant 2 ans. A 20 ans, il part pour l’Amérique du Sud. Il découvre l’Equateur, le Panama, le Pérou, le Venezuela et le Chili. Il sera professeur de littérature (Comme dirait Joël : A qui confie t-on nos enfants…), vétérinaire, mineur, officier, journalier dans les champs de bananes… En arrivant au Chili avec de faux papiers au nom d’Emile Dubois, il se présente comme ingénieur des mines…

En 1903 , dans un bordel de Santiago, il tue un jeune ingénieur péruvien pour le dépouiller. En 1905 , il tue un commerçant français, lui vole son argent et détruit tous ses meubles. La même année, il tue un importateur allemand et lui vole des diamants. Un mois plus tard il tue un homme d’affaires à qui il venait demander un prêt, lui vole une bague et une montre. Une vraie manie. L’année suivante, il tue un marchand français devant son magasin, mais le marchand avant de mourir, hurle et Émile Dubois s’enfuit. Enfin en juin 1906, il est arrêté après avoir tenté d’assassiner un dentiste américain qui résiste. Dubois s’enfuit mais sera rapidement arrêté.

Il se déclarera innocent des crimes malgré de nombreuses preuves contre lui.

A son procès, il renverra son avocat qui plaidait la clémence et assurera seul sa défense « je ne suis pas un monstre, je suis un anarchiste ».

Il sera condamné à mort. Le peuple de Valparaiso croit à son innocence et demande sa grâce qui sera refusée. Il y aura des manifestations contre la peine de mort.

Aujourd’hui il semble être considéré comme une sorte de Robin des Bois…ou même de saint 😇 !!!

« Trompettes de la Renommée

Vous êtes bien mal embouchées  »

( Brassens)

Chili Art.10 Valparaiso

C’était la Perle du Pacifique, premier port d’Amérique latine, grâce à la conquête de l’Ouest en Californie et la fièvre de l’or en 1848 ! A l’époque, il fallait contourner le continent par le cap Horn et faire escale à Valparaiso….jusqu’à l’ouverture du canal de Panama en 1904 qui a entraîné la chute économique et le déclin de la ville. Plus besoin de faire tout le tour de l’Amérique du Sud! Peu à peu, elle s’est refaite une santé, attirant une nouvelle clientèle touristique. Quartiers branchés, street arts où la jeunesse a pu s’exprimer après les années de dictature. La ville basse, authentique, grouillante de marchés, de vie portuaire. La ville haute, fresques et belles maisons d’époque. On est toujours à grimper ou descendre comme à Quito. Quand même, Valparaiso aujourd’hui n’est plus que le troisième port…du Chili.

La baie. Chaleur et vent.

Activités du port, funiculaires.

Et le Chili, c’est aussi le prix Nobel de littérature Pablo Neruda en 1971. Il est mort quelques jours après le coup d’état de 1973. Ses trois maisons qu’on a visitées, magnifiquement situées. La première est à Santiago et s’appelle la Chascona , nom qu’il donnait à sa troisième et dernière femme, l’échevelée. Il faut revoir le film « le facteur  » avec Philippe Noiret dans le personnage de Neruda.

Il ne naviguait pas mais adorait la mer et collectionnait de nombreux objets.

À Valparaiso, la Sebastiana, du nom de celui qui lui a vendue.

Et sa statue pas loin. (Pas tous les jours qu’on rencontre un prix Nobel).

Et la maison située à 80 km au sud de Valparaiso, l’île noire, la Isla Negra. Juste devant la mer. A l’intérieur, des collections de papillons, de coquillages, de figures de proues, de pipes, de bouteilles. Les premières salles sont en forme de bateau puis les suivantes en forme de train. Photos intérieures interdites. C’est devant la mer qu’il est enterré avec Mathilde, sa dernière femme. On adore cette maison.

Et puis Valparaiso, festival de couleurs dans les rues, les escaliers, sur les façades . Street Arts.

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Recyclage…

Les murs, parce qu’ils sont bâtis en adobe, sont souvent recouverts de tôle pour les protéger de la pluie.

Et demain mardi 31 décembre, les choses sérieuses reprennent pour nous . Direction Puerto Montt qui est la porte de la Patagonie, mais avant, un peu plus de 1000 kms à pédaler. Demain soir, on espère arriver à Rancagua, 100 km environ. On a réservé un petit hôtel et on s’est acheté de quoi dîner, si tout est fermé ou trop cher. Bon réveillon à vous, copains du blog !

Chili Art. 9 Santiago

C’est la première fois depuis le début du voyage qu’on passe une frontière en bus. Pas le même effet mais c’est notre deuxième entrée dans ce pays puisqu’ on arrivait de Bolivie quand on avait fait cette descente fantastique de 40 km jusqu’au désert d’Atacama. Vous suivez ?

La plupart des voyageurs rencontrés, cyclistes ou non, nous ont dit ne pas aimer Santiago, qu’on pouvait passer notre chemin. Pour l’instant, la ville ne nous est pas désagréable.

D’abord en tant que cyclistes : de nombreuses pistes cyclables ombragées utilisées par des Chiliens de tous âges et qui roulent vite sur leur VTT ou vélo de route. On se dit que si on habitait ici, on ne se déplacerait qu’à vélo. Mais aussi on aperçoit d’aimables gazons qui bordent les rivières où s’ébattent et débattent les jeunes Chiliens.

Beaucoup de points communs avec l’Europe: Bâtiments, type de la population, marques commerciales et….les prix . On a même fait une petite visite à Décathlon ouvert en 2018 ! On s’est rachetés de vraies chaussures ( marque Quechua, évidemment ) pour affronter la dernière partie du voyage ( mais pas la moindre !)…la PATAGONIE !

Beaux immeubles dans le quartier historique…

Une ville de 7 millions d’habitants qui bouge le jour comme la nuit, mais pas dans les mêmes quartiers. Beaucoup de culture, de librairies, de bouquinistes . Des textes et des livres qui nous parlent…

Un programme culturel d’opéras et de ballets pour 2020 qui pourrait être celui du théâtre Graslin de Nantes , de l’opéra national de Lyon ou du Summum de Grenoble.

Beaux immeubles dans les quartiers d’affaires…

Et deux collines qui permettent de marcher ou de pédaler dans des écrins de verdure. Celle qu’on a choisi de grimper à 🚲 , la colline San Cristobal, abrite le plus grand parc urbain au monde. Même à vélo, on n’en a fait qu’une petite partie.

Santiago construite entre la Cordillère des Andes et la Cordillère de Costa, moins haute.

On y trouve une immense statue de Marie et une superbe crèche avec des personnages en bois grandeur nature ( Avec cette chaleur on a du mal à croire que c’est d’actualité…).

Les Mages sont arrivés mais pas Jésus. Il faudra qu’on nous explique…

Et puis un jardin japonais en signe d’amitié entre les deux pays.

Le Chili d’autrefois.

On n’a pas pu résister à visiter le musée des arts précolombiens. En voilà quelques photos.

Le Dieu Soleil prend les attributs du jaguar, la nuit, pour combattre les forces obscures.

( non, il ne joue pas au ping-pong).

Art maya. T ‘as de gros yeux tu sais.

Toutes mignonnes.

On dirait un bonze.

Même les masques mâchouillent de la feuille de coca.

Chaman… très expressif.

Il a enfilé une peau de singe pour imiter les Dieux qui prenaient la nuit une apparence animale et changer de monde.

Énorme quipu. Rappel : c’est un livre de comptes chez les Incas. On est encore dans leur empire qui s’étendait sur 4500 km ! Ils ont occupé seulement le nord et le centre du Chili. Les Mapuche ont résisté et les Incas n’ont jamais eu le Sud. Quipu signifie  » noeud  » en quechua. Les noeuds, la couleur et la longueur des cordes servaient à dénombrer les cultures, les naissances, les décès , les mariages etc. Les quipus qu’on avait vus avant étaient de la taille d’un collier, mais là…

On travaillait aussi le métal, l’argent en particulier, qui provenait des mines boliviennes de Potosi.

Statues géantes en bois.

Et puis le Chili contemporain avec le très intéressant Musée de la Mémoire et des droits de l’homme.

Pas le droit de prendre des photos. Un espace nécessaire pour que la population de ce pays – et surtout sa jeunesse – s’approprie ou redécouvre ses années noires et puisse dire : nunca mas ( jamais plus).

Mémorial moderne et interactif qui retrace, étape par étape, le coup d’état du 11 septembre 1973 et les années Pinochet qui suivirent. Photos d’archives et témoignages d’époque. Rappel des faits : Salvador Allende est au pouvoir ( socialisme) et la junte militaire lui demande de démissionner. Il refuse, bombardements du palais présidentiel ( Ordonné par Pinochet soutenu par la CIA). Allende se suicide. Dans les années qui vont suivre, 300 000 sympathisants de gauche arrêtés, plus de 40 000 personnes torturées, 3000 exécutées et des milliers de disparus. On sait aujourd’hui que des corps étaient jetés d’avion dans l’océan. En juin 1974, Pinochet se dit  » Chef suprême de la nation  » et en décembre de la même année, s’autoproclame  » Président  » . Il met une police secrète en place, la DÎNA. Après un référendum en 1988, il sort perdant et est obligé de laisser la place aux élections présidentielles l’année suivante. En 1998, il est arrêté dans une clinique à Londres. Mais pour RAISONS HUMANITAIRES, son mauvais état de santé, il est …libéré et ne sera jamais condamné, ni au Chili ni ailleurs. Il sera resté au pouvoir de 1973 à 1990.

Le président actuel, Sebastian Piñera, est au pouvoir depuis un an. Depuis octobre, des tensions montent à Santiago. Hier, on a vu des camps installés pour dénoncer la politique sociale actuelle, notamment au sujet des régimes de retraite, de la santé et de l’éducation.

Quand on vous dit que ça nous rappelle la France !

Liste pour le père Noël.

Et ce soir en faisant un tour dans le quartier…On nous dit qu’en octobre et novembre, c’était tous les jours comme ça. Maintenant, cela semble moins virulent.

Art. 8 Mendoza, dernière ville fréquentée en Argentine.

On l’a déjà dit, avec l’Argentine, on se sent au moins un pied en Europe, en particulier dans une ville comme Mendoza. Il faut dire qu’elle a été entièrement reconstruite par un architecte français en 1863, Jules Balloffet, après avoir subi un séisme deux ans auparavant. De nombreuses places avec terrasses, de larges artères ombragées …et de l’eau ! Mendoza, ville d’un million d’habitants aujourd’hui et quatrième ville du pays, a surgi d’un désert alors cela a nécessité quelques travaux…

Marché de Noël ! Beaucoup moins de décorations que dans nos pays.

Ce sont les Indiens Huarpes, ethnie indigène qui habitait dans cette région au XVI e siècle, qui ont eu l’ingéniosité de créer des canaux d’irrigation à partir du fleuve Mendoza pour alimenter le village qui allait pouvoir ainsi se développer.

Le système a été amélioré depuis mais le concept était né depuis longtemps. Ces canaux assurent la vitalité des milliers d’arbres plantés, arbres qui font de la ville une véritable oasis. Ils longent chaque trottoir et abreuvent chaque pied d’arbre. Les frondaisons très fournies se rejoignent au-dessus des rues et forment des arches de verdure. On les regarde et on a déjà nettement moins chaud !

Ces canaux – trottoirs- arbres font partie du patrimoine culturel de Mendoza mais on a lu que les actions visant à protéger et entretenir cet ingénieux système étaient insuffisantes et manquaient de coordination. L’enjeu est de taille car on imagine mal cette ville sans ses arbres !

Les feuillages protègent des rayons brûlants du soleil mais aussi de la poussière du désert, jamais très loin.

Et l’eau sous toutes ses formes, quel plaisir !

Jolie place aux nombreux azuléjos. On peut s’y asseoir, c’est fait pour ça.

On marche aussi dessus. Tous différents.

Une céramique offerte par les Espagnols : Colomb et ses trois caravelles.

Histoire que personne n’oublie l’Histoire !

Art. 7. Argentine : parc national de l’Aconcagua

Afin de se rapprocher du parc national entourant le sommet le plus haut de toutes les Amériques, on a passé une nuit à Uspallata d’où partent des bus chaque matin pour rejoindre l’entrée du parc. Il faut compter quand même 1heure 30 de trajet entre cette petite ville et le parc national. Certains font la balade d’une heure autour de La Laguna de Los Horcones, d’autres le trek d’une journée ( 1500 pesos argentins) ce que j’ai fait, ou partent trois jours, en autonomie ou avec un guide. Comme convenu, Pierre est resté à Uspallata reposer sa cheville.

La Laguna en question.

Et voilà l’Aconquaga, dominant ses collègues avec ses 6962 m !

Les chemins ne sont pas très raides mais sablonneux et caillouteux.

Premier camp de base pour les trekkings. C’est laid mais on apprécie que les tentes soient déjà montées quand on passe par une agence.

Et pendant ce temps…..Pierre parle à sa cheville dans un beau studio.

A trois kilomètres de la sortie du parc se trouve le « Puente del Inca  » , curiosité minérale puisque c’est un pont de neige qui a été recouvert par des éboulis puis cimenté par des eaux calcaires. Un chef inca aurait franchi ce pont pour que son fils malade puisse se soigner dans les eaux thermales. D’où le nom…

Darwin, qui passait dans le coin, en 1835, a étudié ( évidemment ) le phénomène. Les Anglais, en 1920, business est un mot anglais, ont construit un hôtel de luxe et des thermes où on pouvait venir prendre les eaux ( 35 degrés). Pas de chance, une avalanche a mis un terme à tout ça .

Voilà ce qu’il en reste.

Demain, dimanche 15 décembre, on part en bus pour franchir la Cordillère des Andes d’est en ouest et dormir demain soir à Santiago du Chili.