Très vite, quand on arrive au Chili, on entend parler du Parc des Torres del Paine – fondé en 1959 quand même – et de ses treks à ne pas rater. Torres del Paine signifie Tours bleu ciel. Le mot Paine vient de la langue Mapuche. C’est Le site réputé pour être l’un des plus beaux d’Amérique du Sud avec des steppes, des montagnes, des lacs et des glaciers. Alors le randonneur a le choix: Le trek de trois ou quatre jours en forme de W….le trek de neuf jours en forme de O….
Si on fait le trek avec une agence tout inclus, c’est très cher et Pierre qui a toujours sa tendinite n’est pas sûr du tout de tenir plusieurs jours de marche d’affilée.
Si on le fait en autonomie, il faut tout porter, organiser, planifier les réservations de camping à l’intérieur du parc des semaines avant si on veut avoir des places et pour nous, cyclistes au long cours, c’est un peu compliqué de savoir deux ou trois mois avant quel jour on va être devant l’entrée du Parc ! Même les hôtels, hors de prix ( entre 200 et 300 US$ 🥳 ) sont pris d’assaut. Alors, depuis des semaines, après avoir tenté de se connecter sur les sites de réservations pour tomber parfois sur des dates déjà prises, on a lâché l’affaire et on s’est dit : on verra sur place ! On ne se prend plus la tête avec ce foutu parc !
On fera un trek à la journée pour aller voir de près les vedettes du Parc, les trois tours de granit, ce qui permettra à Pierre de se reposer le lendemain. On débute la randonnée dans des paysages de steppe avec les montagnes en arrière plan, puis on traverse des forêts qui laissent peu à peu la place au monde minéral qui domine l’ensemble.
Au gré de l’ascension…De nombreux torrents à franchir. On peut également faire la rando à cheval. Et encore de l’eau, de l’eau de là-haut 🎵.Et puis roches et pierriers occupent le terrain au-dessus de la végétation. Apparition des Torres.C’est ensuite la découverte de l’énorme roche formant un socle aux Torres qui les met en valeur. Plus on avance, plus les Torres serties de blanc sont imposantes et majestueuses. Les lignes blanches verticales sont autant de torrents qui s’écoulent du glacier.Et le lac, dans lequel se reflètent les Torres, réhausse la beauté du lieu.Merci Vanessa pour la photo !Les chevaux rentrent à l’écurie…nous aussi…😴😴
C’est dans un bateau comme celui-ci qu’on passera la journée à se familiariser avec les glaciers Upsala, l’un des plus grands de l’hémisphère Sud, Spegazzini, notre préféré, Heim et Peineta.
Iceberg à la dérive. Le Spegazzini..Heim qui pleure toutes les larmes de son glacier suspendu.Upsala. On ne s’aperçoit pas qu’il est le plus grand du parc national ! De loin, Pierre voyait une autoroute…🤓Arc-en-ciel dans un ciel tourmenté.
Le Parc National des Glaciers, créé en 1937 et classé au patrimoine de l’UNESCO depuis 1981 regroupe 48 glaciers majeurs ! Et il y en a d’autres…. Alors forcément, il faut faire des choix et plutôt commencer par aller admirer l’un des plus beaux, le Périto Moreno.
D’abord de loin, cette immense langue bleue et blanche qui marque la fin d’une calotte glaciaire de 16000 km2, le Campo del Hielo, le champ de glace.
Le Périto Moreno mesure 14 kilomètres de long et 4 kilomètres de large. La hauteur du front de glace varie entre 40 et 70 m. La glace se forme à 2000 m d’altitude puis descend sur les reliefs. Ce qui est sympa, c’est qu’on a rarement l’occasion de voir un glacier d’aussi près à une altitude aussi basse, dans un paysage forestier. Dans les pays du Nord, il faut grimper au moins à 3000 m pour mériter ça.
Des passerelles permettent de le contempler sous des angles différents.
Couleur blanche des glaciers : Elle est due aux nombreuses bulles d’air emprisonnées dans la glace qui réfléchissent totalement la lumière.
Couleur bleue: À cause de la pression, les vieux glaciers perdent leurs bulles (pas la boule) , une partie de la lumière seulement est alors réfléchie, en particulier les longueurs d’ondes bleues. CQFD 😌
Le Périto Moreno est un des glaciers les plus vivants du monde ! Si si. Il avance parfois de 2 m par jour et touche la péninsule Magellan face à lui. Il bloque alors la rivière en créant un barrage qui, sous la pression de l’eau, va finir par s’éroder et former une arche. Mais l’eau et la pression du glacier finissent par briser l’arche ! 😩 C’est ce qu’on appelle une rupture …qui fait grand bruit ! Elle a lieu tous les quatre ans environ. L’eau s’écoule en permanence sous la glace et ça l’aide à avancer.
Ce qui est surprenant aussi, c’est le bruit qu’il fait. Non seulement il bouge mais en plus il cause ! Il grince, il craque, il gronde et c’est drôle parce que dans ces moments-là, tout le monde se précipite pour voir peut-être un morceau qui se détache. On en a vu plusieurs. Plus ou moins gros. Malgré cela, le glacier n’a pas perdu sa taille depuis des siècles.
Mais au fait qui était ce Périto Moreno ? Périto est un surnom, «l’expert».
Son prénom est Francesco. Naturaliste et explorateur, il est considéré comme un héros en Argentine. Son amour de la nature l’a fait voyager à travers le pays et découvrir des sites comme le lac Argentino en Patagonie. Il a parcouru 15000 kms à cheval et à pied ( même pas à vélo 🤨) , a fait plus 1200 kms sur les fleuves. Ses connaissances ont permis d’affiner les frontières du pays. C’est grâce à lui que le premier Parc National est né.
Retour à El Chalten le temps de vous raconter une belle rencontre.
On entre dans la grande salle du Ranche Grande qui va être notre auberge de jeunesse pour quelques nuits. Mes yeux se posent sur une femme brune que je reconnais tout de suite. On ne s’est jamais parlé mais je suis sûre que c’est elle. Elle vient de Guyane. Saint Laurent du Maroni. Elle a assisté comme nous à une conférence un jeudi soir dans l’enceinte du camp de la transportation. Elle était assise pas loin de nous. Je m’adresse à elle. Bingo ! C’est bien elle ! Elle débarque elle aussi dans l’hostal et dès que chacun s’est installé, on fait plus ample connaissance. Mais le pompon c’est qu’ Isabelle habite aussi..en Isère, à Pontcharra ! et que comme moi, elle était instit et qu’elle vient de prendre sa retraite. On a un an d’écart.
Isabelle devant la Laguna Torre.
C’est avec beaucoup de plaisir qu’on randonnera ensemble les deux jours passés à El Chalten et qu’on passera en revue Guyane, Isère, enfants, école, voyages et bicyclette, car Isabelle et son mari ( qui travaille) sont des sportifs et cyclistes aguerris !
Nos chemins se séparent, pour un temps seulement, car c’est sous d’autres cieux qu’on se retrouvera pour poursuivre nos conversations et raconter la fin du voyage de chacun !
Un autre trek à partir de El Chalten nous permet de découvrir nos premiers bébés icebergs à la Laguna Torre.Au revoir El Chalten.
On the Road… Calafate est le coin des Glaciers alors on y va.
On a mis deux jours pour faire les 214 kilomètres entre les deux villes. Beaucoup de joie le premier jour avec le vent dans le dos qui nous a permis d’avaler une cinquantaine de kilomètres en très peu de temps et de rouler 104 kms. Nuit au camping la Leona où on sera seuls.
Ah oui tiens ! On n’avait pas pensé qu’on était aussi près des Malouines. Une pensée pour mme Thatcher.
On n’est plus dans les forêts, dans le vert de la frontière. On fait maintenant dans le sec, l’aride, l’immense, le ras. Pas la Pampa qui est une autre région d’Argentine plus riche et plus verte. Ici c’est la steppa.
Ce sont les clôtures, à perte de vue, qui poussent le plus haut. Elles ne retiennent pas les guanacos qu’on voit sauter par dessus. Au XIXe siècle, l’état a encouragé l’implantation de colons pour peupler la région et stabiliser les frontières. Un colon qui s’installait devenait propriétaire des terres exploitées au bout de trente ans. Le seul élevage rentable, c’était le mouton. Les colons ont donc très rapidement mis en place des clôtures afin de bien délimiter leur terrain. Aujourd’hui, plus beaucoup de moutons mais les clôtures sont toujours là. On ne tond plus le mouton mais le touriste ! Bien plus rentable 🤑🤑.
Seuls les chardons apportent des touches de couleurs.Le vent oui….mais le palmier ? Pas le moindre arbre! Trop de vent.Les guanacos sont un peu plus gros que les vigognes. Même famille que les alpagas et les lamas.Ils sautent tous les uns après les autres.
Le lendemain, 78 kms entre montées, plat et vents variables. On est sur la célèbre Ruta 40.
Ce n’est pas nous qui avons enlevé la patte du R ! Puta de nationale !
Cette route se termine en forme de T et là, pour aller à Calafate, il faut tourner à droite 👉. Et la droite, c’est l’enfer du cycliste. 32 kms de vent complètement de face ! Il est 15 h quand on démarre ce dernier tronçon et on arrivera à 20 h complètement épuisés!!! 5 heures pour faire 32 kms… Quelle performance ! Heureusement que Pierre était là, je me serais couchée sur le bord de la route. Jean Pascal, le copain canadien, nous aperçoit dans Calafate. Il est arrivé la veille avec d’autres copains. Ces 32 kilomètres ont été durs pour tout le monde ! Malgré tout, les paysages revivent à l’approche de Calafate, eau turquoise et l’immense lac Argentino.
Et ce ciel incroyable en fin de journée ! Il faut voir la nuit, le ciel de Patagonie. Des étoiles très brillantes, par milliards, qui semblent à portée de main. Un soir à El Calafate…
Demain, on partira à la découverte de quelques glaciers !
Montagne qui se situe dans la province de Santa Cruz, à la frontière de L’Argentine et du Chili, elle mesure 3375 m sur les panneaux du parc mais atteint 3405 m sur Wikipedia….Pas très grave. Elle est connue aussi sous le nom de El Chalten, qui signifie dans la langue des Tehuelche « la montagne qui fume » car les Indiens prenaient les nuages qui sont souvent accrochés à son sommet pour de la fumée. Les premiers explorateurs également pensaient que le Fitz Roy était un volcan. Mais non.
Mais avant, sur le sentier qui mène au Fitz Roy…. Le huemul existe. On l’a rencontré. Après les premières heures en forêt, les grands espaces. Le trek dure entre 8 et 9 h de marche. Le Fitz Roy se mérite. Les dernières heures sont raides.
Le Fitz Roy est évoqué dans la mythologie des Tehuelche. On raconte que le demi-Dieu, Elal, a été déposé à son sommet par un cygne avant de descendre vers le peuple Tehuelche pour le guider et l’éduquer.
Pourquoi l’appeler Fitz Roy ?
Fitz Roy est le nom d’un scientifique navigateur explorateur qui menait une expédition en 1834 sur le bateau « le Beagle » avec à son bord un certain Darwin . Ses découvertes ont fait avancer la météorologie. En remontant le rio Santa Cruz sur 300 kms pour chercher à atteindre le lac Viedma, sans succès pour raisons techniques, il a sûrement aperçu le El Chalten qui portera son nom près de quarante ans plus tard mais il ne l’a jamais gravi. Navigateur, pas andiniste.
C’est au cours de l’expédition suivante, en 1877, que l’explorateur Francesco Moreno donnera le nom de Fitz Roy à la montagne El Chalten afin de lui rendre hommage.
C’est seulement en 1952 que deux alpinistes français ont réussi l’ascension de ce sommet, Lionel Terray et Guido Magnone. Respect Messieurs.
Archives
Le Fitz Roy fait partie aujourd’hui des symboles de l’Argentine.
Des voyageurs du monde entier arrivent au village de El Chalten, plus jeune village d’Argentine, fondé en 1985 seulement, pour poser le sac et partir en balade à la journée ou en trek de plusieurs jours dans le parc national des Glaciers. De la simple rando à l’ascension des sommets en passant par la marche sur les glaciers, chacun y trouve ce qu’il cherchait. Le parc recèle la plus grande concentration de glaciers du monde et c’est magnifique.
C’est la deuxième fois qu’on roule en Argentine après être passés une première fois du désert d’Atacama au Chili au nord de l’Argentine, région de Salta.
Quand on arrive de Villa O Higgins, le passage d’un pays à l’autre se déroule en trois temps : la traversée du premier lac, appelé lac O Higgins pour la partie chilienne et lac San Martin côté argentin , des chemins sur 22 km, puis la traversée du second lac, le lac del Desierto.
Il est 7 h à Villa O Higgins. On prépare les vélos à la lueur des lampes. On est 7 cyclistes à prendre le bateau ce matin. L’embarquement a lieu à 7 kilomètres d’ici. On espère que le 7 porte chance 🍀.
Tous les matins du monde. Derniers coups de pédales avant la traversée des deux lacs.Paysages vus du lac O Higgins.
A peine débarqués, on se prépare à grimper une belle première côte qui permet de quitter le ponton pour prendre de la hauteur et surplomber le lac jusqu’à la douane chilienne. La piste est en ripio mais assez large pour que les voitures puissent l’emprunter. On sait grâce aux cyclistes rencontrés qui ont déjà vécu ces 22 kilomètres qu’il y a des endroits très difficiles à parcourir avec des vélos. Malgré tout, on ne s’attendait pas à ce que ce soit si dur.
Comme toujours, les paysages sont superbes. Il fait chaud. Les vélos attendent sagement qu’on passe la douane.
On distingue deux parties dans les sentiers : la première constituée d’un mauvais ripio et de côtes abruptes sur 16 kilomètres qui s’arrête à la frontière.
Pas d’autres solutions que de pousser les vélos, même pour le jeune couple de VTTistes argentins . On a fait la connaissance de quatre Argentins avec qui on partage le temps du pique-nique, juste avant de passer la frontière.
La seconde, bien pire !!! côté argentin, ne fait que 6 kilomètres mais on mettra entre trois et quatre heures pour en venir à bout. On n’est plus sur de la piste mais sur un sentier forestier très étroit déjà difficile pour de simples randonneurs. Alors avec des vélos….c’est la fête 🥳…
Les difficultés s’accumulent pour les cyclistes : racines souvent hautes comme des marches, rochers par dessus lesquels il faut porter le vélo, troncs d’arbres en travers du chemin, boue autour des nombreux cours d’eau qu’il faut traverser en portant le vélo et parfois en ôtant les sacoches de devant . Le problème constant est l’étroitesse du sentier qui permet rarement d’être sur la selle et qui oblige le cycliste à devenir « pedibiker », piéton à pousser le vélo. Et parfois les côtes sont tellement raides qu’on est obligés de s’y mettre à deux.
On a été plusieurs à s’imaginer être sur un parcours d’entraînement de commandos ! Ma deuxième paire de chaussures n’a pas résisté. La semelle en avait marre d’être dans l’eau et la boue. Elle est partie fâchée.
Il est où le prochain magasin de chaussures?
Pas de consolation côté paysages, on est constamment dans la forêt. Rien à voir. Enfin, au dernier kilomètre, à travers les arbres, une antenne radio ! Et puis, premier aperçu du Fitz Roy, superbe montagne pour laquelle on est venus ! La fin du parcours du combattant, le retour à la civilisation, quel bonheur de rencontrer un douanier, hilare à la vue de mes chaussures mortes ! Personnellement, je referais avec plaisir les 1000 kms de la Carretera mais ces six kilomètres-là, non. Un truc de ouf 😢 !
Oui c’était dur mais ça en valait vraiment la peine ! Premier aperçu du Fitz Roy.
A l’arrivée , quel plaisir de retrouver les deux complices Jean Pascal et Johnny qui ont souffert autant que nous (mais en moins de temps ) , et de découvrir le bord du lac del Desierto où on plantera la tente pour s’endormir face au majestueux Fitzroy .
On plante la tente où on veut. Mais que fait notre Canadien préféré ? Ce qu’on devrait faire nous aussi tous les soirs : vérifier l’état de ses roues et de ses rayons !L’embarcadère pour demain.Au crépuscule…
La « ville » compte 500 habitants, sertie de montagnes enneigées. Elle s’anime de novembre à mai pendant la période la plus chaude ou plutôt la moins froide. Ensuite, la plupart des commerces et hôtels fermés, c’est une autre vie qui prend le relais. Il est bien agréable de déambuler dans ses rues tranquilles et propres et d’admirer ses jolies petites maisons en bois. Une superbe bibliothèque avec un coin pour les enfants que beaucoup de bibliothèques de nos villages français pourraient envier.
Un peu rustico le confessionnal….il y a sûrement des versions plus design aujourd’hui.L’hostal « El Mosco » pour les deux nuits dans le…satin.Les vélos des copains, notamment celui d’Arnaud, facilement reconnaissable à sa carriole. Cyclistes rencontrés régulièrement : Vladimir Arnaud et Simona.Un beau petit aérodrome.
« Celui qui est pressé en Patagonie perd son temps. »
« Il n’y a pas de mauvais temps en Patagonie, seulement un mauvais équipement. »
Jour 21 (19 février) De Yungay vers Villa O Higgins.
Il nous reste 99 kilomètres à parcourir avant la fin de la Carretera située à Villa O Higgins. On prévoit pour la journée une étape de 48 kilomètres avec une cabane localisée sur l’application Ioverlander où on pourra dormir. Maps.me et Ioverlander sont les deux applis qu’on utilise comme la plupart des voyageurs rencontrés.
Passage en bateau d’une heure environ vers Rio Bravo pour reprendre la route. On quitte définitivement le fjord Mitchell qui bordait Yungay. Plus on descend vers la Patagonie australe, plus les paysages deviennent grandioses. On aurait envie de s’arrêter après chaque courbe. Le rio Baker à la couleur turquoise, a poursuivi son cours vers Tortel et c’est maintenant le rio Bravo que nous longerons jusqu’à l’étape finale.
Quand ripio et rio se confondent…
Deuxième journée très difficile à cause du dénivelé dans le ripio toujours présent. On croise d’abord un cycliste américain qui nous confirme la présence de la cabane puis quatre Français qui sont partis de Ushuaïa il y a un mois pour remonter le continent jusqu’en Colombie. Le contraire de notre parcours.
Des cascades par centaines en Patagonie. Parfois à perte de vue, depuis les plus hautes cimes. Somptueux. Ciel bas et ondée. Parole (profonde) de Pierre : Ah ! Plus jamais je ne roulerai dans le ripio !
Quand on arrive à la cabane qui doit faire 16 m2, il y a déjà cinq personnes dont les copains Italiens et Autrichiens. Ils en sont à feu de cheminée et guitare. Dur de repartir dans le froid. On va aller voir plus loin. On arrive près d’une ferme qui est sans doute la maison du propriétaire de la cabane en question. Il est 19 h30. Comme il a plu et qu’il y a vaches et chevaux, on slalome à vélo puis à pied entre bouse, crottin et flaques d’eau. De loin, deux hommes occupés avec un troupeau de vaches nous font signe de les rejoindre. Malgré nos efforts pour y parvenir, c’est impossible sans risquer de s’enfoncer dans la boue jusqu’aux chevilles. Il faudrait des bottes.
Le soleil est avec nous le lendemain pour entamer la dernière étape.
Après quelques minutes, ils viennent et nous disent qu’on peut installer notre tente. On a juste un espace entre graviers et crottin mais ça passe…sauf pour une sardine plantée au milieu du crottin. Bon, c’est du bio quand même… Crottin à la sardine, plat régional. Sympa, le plus âgé des deux, Beto, nous tend une bâche pour glisser sous la tente. Quand il nous voit allumer notre réchaud , il nous fait signe d’entrer dans sa maison. On peut manger là. C’est très cocasse car les deux hommes sont assis à deux mètres de nous et nous regardent manger sans parler. Je me concentre pour ne pas avoir un fou rire . On pose quelques questions et ils répondent brièvement en tirant sur la paille de leur mate. La nuit sera bonne sous la tente malgré la fraîcheur extérieure.
Chez nos hôtes.
Le lendemain, quand on se lève pour petit déjeuner, ils nous font signe de venir. Ils nous ont fait des petits pains délicieux encore tout chauds. Très gentils malgré leurs airs bourrus. La conversation est plus étoffée que la veille. On se dit que c’était bien plus enrichissant de passer la nuit ici chez des Chiliens qu’avec les copains dans la cabane. Encore de belles rencontres.
Beto, fier caballero.
Eduardo, son acolyte.
Jour 22 et dernier jour ! Jour J. (20 février)
On est tout excités de démarrer pour ce dernier tronçon de la mythique Carretera Austral. En route pour les 51 derniers kilomètres, sous le soleil et des paysages merveilleux. Pour pimenter le parcours on se la joue kilomètres en départements. Ce qui donne des échanges du type : Tiens, on arrive en Isère (km38). Je ne croyais pas le Finistère si montagneux (km29). On va prendre un bon morceau de fromage (km15) et maintenant boire un petit coup (km 14). Pierre : vivement qu’on soit dans l’Allier ! Et moi: non, carrément dans l’Ain, le bien nommé…
Les paysages sont féeriques.
Le lac Cisnes .
Au niveau des remparts de Carcassonne, on aperçoit un motard arrêté dans l’autre sens et qui nous crie des Bravo ! C’est Miguel, l’Argentin, avec qui on a passé la nuit, qui lui, quitte déjà Villa O’Higgins.
Mais nos âneries ne nous empêchent pas d’admirer jusqu’au dernier kilomètre les montagnes enneigées et le rio Bravo. Jusqu’au dernier kilomètre aussi, la dernière côte. On est excités comme des gamins. Ça sent l’écurie et puis Villa O’ Higgins, ça veut dire aussi une bonne douche chaude avec un bon lit et un petit resto !
Proverbe de la journée : « Après le crottin, le satin. »
Voilà, on a terminé la Carretera Austral ! On a fait 1036 km à vélo sur les 1240 km ( puisqu’on a pris le car pour raisons mécaniques entre Puyuhuapi et Coyahique ) . On est contents … et entiers.
Cette route mérite sa réputation pour la beauté de ses paysages et la rudesse de certaines étapes alors, cyclistes de tous horizons, n’hésitez pas, elle est pour vous !
Jour 19 ( 17 février) Cochrane vers Puerto Yungay.
Au petit déjeuner, on fait la connaissance d’un groupe de Belges fort sympathiques avec qui on parle voyage et vélo. L’un d’eux est venu pour la première fois au Chili dans les années 60. Une partie de sa famille s’y est installée. La bière de Patagonie que Pierre préfère est la Boldec, créée et encore produite par son cousin.
Après divers achats pour être en autonomie quatre jours , on quitte la ville vers 12h30 pour une étape d’ une quarantaine de kilomètres avant de planter la tente dans la nature. Il fait chaud et cela fait longtemps qu’on n’a pas croisé un torrent. On n’a plus beaucoup d’eau. Et la soupe ou les nouilles sans eau, c’est pas facile ! Les deux premières voitures auxquelles je fais signe en montrant ma gourde vide s’arrêtent pour nous donner toute l’eau qui leur reste. Sympas les Chiliens. Soupe et nouilles du soir sauvées !
Belle soirée mais pluie toute la nuit. Pour ne pas avoir froid dans la tente, plusieurs épaisseurs : au premier plan, drap blanc en soie. Duvet violet, duvet orange, sursac gris en pvc.
Jour 20 Forêt / Puerto Yungay. 88 km
Journée la plus difficile de la Carretera.
Malgré une crevaison dès le premier kilomètre pour le vélo de Pierre, elle commençait pourtant bien cette étape! La pluie nocturne avait fait place à un ciel plus dégagé et on pédalait sur des chemins forestiers très agréables. Une route légèrement ondulée se déroulait devant nous. Il a fallu quand même qu’au moment de remplir nos gourdes dans un torrent, je glisse dans l’eau jusqu’aux genoux. Chaussures et bas du pantalon trempés pour deux jours ! Bientôt on rejoint les trois copains cyclistes qui nous vantent les petits pains et le café d’une (rare) gargote sur la droite qu’ils viennent de quitter. À notre tour, on se laisse tenter. Il fait bon dans la petite maison où une jeune fille prépare une pâte devant un grand père taciturne assis dans son fauteuil qui suit des yeux tout ce qui se passe . Une forte dame souriante s’occupe de nous et nous donne des détails sur la suite de notre périple. Elle demande au grand-père s’il n’a pas froid aux pieds. Non, moi si. Il n’a besoin de rien.
Yungay est l’endroit où l’on doit prendre un bateau pour une traversée d’un peu plus d’une heure qui nous mènera à Rio Bravo. On veut prendre celui de 18h, le dernier des trois de la journée. 88 kilomètres de ripio, c’est beaucoup mais on se lance le défi. La dame nous a dit que sinon, il y a un camping à Yungay.
Pour y arriver, on se dit : pas de pique-nique ce midi, pas de pause, pas de photos…et c’est jouable….On y croit, on fonce autant que les graviers nous le permettent . Vers 15h, on s’enfile quand même un paquet de gâteaux car on est mort de faim. Et puis la route qui semblait nous aider à relever le défi en n’offrant qu’un faible dénivelé, se cabre en côtes de plus en plus marquées et soudain, le temps se couvre, les premières gouttes commencent à tomber….On a froid, Pierre a mal à la cheville, reprend un antalgique. On arrive sous des trombes d’eau à un croisement qui indique Tortel à droite 22 kms et Yungay à gauche 21 kms. On sait que Tortel est un village pittoresque, incontournable et très visité mais avec ce temps…les trois cyclistes qu’on a retrouvés abrités sous un abribus vont dormir là-bas. Ils remonteront demain vers Yungay. On décide d’aller directement vers Yungay. Les copains nous montrent les lacets qui montent au-dessus de nos têtes….vers Yungay….c’est pour nous….On attend une accalmie qui ne vient pas. Il faut bien repartir sous la pluie. Il est 16h30, il reste 21 kilomètres sous une pluie battante et des côtes de malades !!! C’est foutu pour le bateau ce soir. On prendra celui de demain à 10 heures. Mais il faut bien dormir quelque part. On se met en route quand même, pas le choix. Que de la forêt des deux côtés de la route!
Sous la cape de pluie et nos chaussures trempées jusqu’à l’os, on grimpe mais on est crevés. Pas les vélos cette fois, nous. On est bien obligés de continuer jusqu’au camping car autour de nous c’est flaque d’eau, tourbe imbibée ou graviers. Impossible d’y poser une tente. On n’arrive plus à monter sur les vélos dans les côtes. Pour la première fois depuis le désert du Lipez en Bolivie, on pousse les vélos. On mettra 3h30 pour faire les 21 kilomètres et la pluie qui ne nous quitte pas 🎵. Pour arriver à un camping qui n’existe pas ! On le sait depuis une heure déjà quand un camion nous croise et s’arrête ( on doit faire pitié tout dégoulinants ) pour nous dire qu’il n’y a Rien à Yungay. Nada. Qu’il n’y a que des montées (oui, on sait), que là- haut, il fait très froid ( il fait déjà très froid) et qu’on va arriver pendant la nuit ! Il est encourageant le mec 🥳… Sauf qu’il ne propose rien à la place…Alors on continue, sous la cape et sous la flotte. On est gelés. De la tête aux pieds. A peine deux kilomètres avant la fin, la route descend enfin ! et on commence à chercher un abri. En entrant à Yungay qui ne compte que peut-être trois ou quatre maisons dispersées, on repère une remise ouverte où du bois est entreposé. On viendra y dormir si on ne trouve pas mieux. On descend jusqu’à l’embarcadère et là, on voit un motard argentin qui nous avait doublé et qui nous félicite ! Nous on a plutôt envie de pleurer 😭 ! Il nous montre une sorte de salle d’attente restée ouverte pour les passagers…Ouf ! On revit. On se réchauffe. Miguel nous offre le mate traditionnel. Il est plus de 20 heures quand on arrive!
Confirmation de ce qu’on savait déjà. C’est Augusto Pinochet qui a créé la Carretera Austral afin de désenclaver le Chili du sud.
Un des hommes de l’équipage qui passe par là nous indique une petite boutique en face qui sera ouverte demain matin. On pourra se ravitailler et prendre le petit-déjeuner 😋 ! Du coup, ce soir, on pioche davantage dans nos provisions…mais la boutique n’ouvrira jamais le lendemain 😩!
On se change, on commence à s’installer pour la nuit dans la salle quand deux couples de Chiliens arrivent en voiture pour y dormir également. Très sympas, ils partageront avec Pierre une bière et un verre de vin chilien. Moi je dors déjà dans un coin de la salle sur un banc, bien emmitouflée dans mes deux duvets, un bonnet sur la tête ( très glamour).
Photo prise le lendemain matin.
Conclusion : Douze heures de vélo sur du ripio, avec des côtes et sous la pluie, c’est beaucoup trop !
Une soirée avec Miguel l’Argentin et les quatre Chiliens, c’était très réconfortant! Quelle journée !
Enfin, le bateau le lendemain à 10 h sur le fjord Mitchell.