Depuis hier, dimanche 24 novembre, on est arrivés au Chili ! On ne pouvait pas se connecter plus tôt.
Le Sud Lipez se trouve tout au sud de la Bolivie et dans quatre jours, on passera la frontière chilienne pour se retrouver à San Pedro de l’Atacama.
Pour se préparer, on a beaucoup lu et apprécié le blog mezzarobertabicyclette.wordpress qui est très précis sur les distances, dénivelés, lieux de bivouac ou d’hébergements. On vous le conseille. Petite erreur : la dernière étape vers le Chili est de 47 km et non de 67 km.
Le Sud Lipez, c’est une région sauvage désertique avec des lacs d’altitude de différentes couleurs surveillées du coin de l’œil par des montagnes et des volcans de plus de 5000m.
La lagune Hedionda


Parallélisme.

Ici on ne roule plus dans le sel, on fait maintenant dans les pistes rocailleuses et cahotantes. Les gens normaux font une excursion de trois ou quatre jours en 4×4 et repartent contents. Ils ont « fait » Le Lipez.


Pour un cycliste, le Lipez c’est l’Epreuve à tenter. Pour donner l’ambiance, certains le classent dans les pires pistes cyclables du monde !😰D’autres disent : ce n’est pas de la piste cyclable, c’est un parcours d’endurance…Nous voilà prévenus. Mais il paraît que c’est tellement beau !
La Laguna Colorada. Des algues donnent le ton rouge (pas le thon rouge !😄) . Le blanc n’est pas du sel mais du borax, une espèce minérale. C’était utilisé comme détergent , dégraissant et actuellement on le trouve comme conservateur dans les œufs d’esturgeon !


Lamas et flamants se partagent les rives.

Alors Lipez à vélo ou pas Lipez ? Du nord au sud il faut compter entre sept et dix jours. Il faut prévoir évidemment nourriture et eau, même s’il y a des points de ravitaillement à certains endroits. Ce qui nous effraie, surtout moi, c’est qu’il faut souvent pousser le vélo !!! Autant j’ai les jambes en acier, autant j’ai les bras en semoule. Et moi qui pensais que le vélo était un sport de jambes 🦵 !
Finalement, on a coupé la poire en deux : on s’est fait déposer en 4×4 à la laguna Colorada avec nos bagages et vélos, lieu d’où on pourra pédaler les quatre jours nécessaires pour traverser le Sud Lipez et terminer par une belle descente de 40 km (récompense !😀) qui nous conduira au Chili.
On fera donc » seulement » le Sud Lipez.
Notre première étape : Laguna Colorada / geysers de Sol de Mañana. (26 km pour nous).
Pourquoi pour nous ? Le chauffeur du 4×4 , sachant qu’on faisait la suite à vélo, nous propose de nous emmener 10 km après la Laguna pour dormir dans un petit hôtel, ce qui nous fera 10 km de moins le lendemain. Il a dû avoir pitié ! Il sait, lui, ce qui nous attend.😂 On hésite un peu, se disant que l’étape ne sera pas vraiment complète et puis finalement on accepte…et le lendemain on ne regrettera pas !!!
Jeudi 21 novembre.
On savait que ce qui faisait le charme du Lipez, c’était ses pistes ensablées ou en tôles ondulées , ses cailloux, ses côtes et son vent ! Et bien pour la première journée, on a pris toutes les options ! C’est plus drôle. D’abord le sable…et là on a inventé un nouveau mot pour un nouveau sport que tous les cyclistes du Lipez connaissent : le pédibike.
Kesako? On ne fait pas de la marche à pied, on ne fait pas du vélo, on fait de la marche à vélo ! Crevant. Il faut pousser l’engin et le corps est penché sur le côté vers le guidon tout en écartant les jambes du vélo pour éviter les coups de pédales dans les chevilles ! Petits saignements de la cheville pour Pierre et moi. Un point partout. Le pédibike, tout un art…Pas d’autres solutions…La première heure, on a fait…4 kms 😞et encore, c’était sans le vent. Lui est arrivé après et bien de face !

Alors on pense à quoi quand on pousse comme ça ? Pierre aimerait déjà être allongé sous la tente ⛺️ à l’abri du vent et moi je me vois chez moi à Charavines près du poêle, assise dans un fauteuil à faire un mots croisés de Michel Laclos, un bon cappuccino ☕️à la main! Mais pour ça, il va falloir attendre un peu. Pour Pierre, quelques heures, pour moi, quelques mois.
Je suis à pousser le vélo quand soudain un truc bizarre à l’arrière. Mon porte – bagage porte toujours les bagages mais…par terre ! Je me dis qu’il s’est désoudé ! Ah ! Bah ça va être facile de trouver un soudeur dans le coin! Quand je rejoins Pierre, il me dit que c’est moins grave que ce que je pensais. Deux vis sont parties, une est perdue. Avec toutes ces vibrations…les boulons se déboulonnent ! Pierre rafistole avec du fil de fer en attendant mieux. La réparation nous a fait perdre plus d’une heure. Mais ça tient.

Sur les pistes, des 4×4 nous croisent, souvent avec des gestes d’encouragement, on est pris en photo et parfois ils s’arrêtent pour en savoir plus sur les deux énergumènes qui pédalent contre vents et rocailles. Aujourd’hui, échanges avec un groupe de Français très curieux de notre aventure puis un peu plus tard avec des Polonaises qui compatissent et nous offrent bonbons et chocolats ! Énergie, énergie !
Sur les 26 km, on a poussé le vélo 18 km et souvent dans des côtes ! En fin de journée, je croyais que mes bras allaient tomber mais non, ça tient encore ! Après 16h, le vent devient très froid. On a fait 641 m de dénivelé positif et on est maintenant à 4925 m. Petit le Mont Blanc ! On sait qu’il y a une bâtisse près des geysers qui sert de dépotoir contre laquelle on peut mettre une tente et s’abriter du vent. A un embranchement, Pierre me dit : e ui a ur e ê a a ! Oui Pierre c’est très drôle mais je ne comprends rien. Tu peux parler normalement ? En fait il a les lèvres gercées et engourdies par le froid …..Avec les consonnes c’est plus facile : je suis ne pas sûr que c’est par là! Rassurant…
Les fumerolles qu’ils appellent geysers.



Ça sent le soufre ! L’enfer…minéral.

On voit un bâtiment militaire, on sait que parfois des cyclistes y ont dormi. Mais là personne et le portail est cadenassé. Trois ou quatre kilomètres plus bas, on a aperçu les geysers qui sont en fait des fumerolles et, un peu à l’écart, notre ruine qui nous abritera pour la nuit. Impossible d’allumer le réchaud avec ce vent et de toute façon, on est trop crevés ! Ce sera boîte de thon sous la tente et paquet de gâteaux. 💤💤

Aridité. On n’était pas gênés par le voisinage.

Petit déjeuner. Pour les croissants 🥐 chauds, on va attendre un peu…

On n’aura pas du tout eu froid et pourtant au petit matin, on trouvera des cristaux de glace à l’intérieur du double toit et on a cassé les glaçons de la gourde pour faire le thé ! Il devait pas faire chaud dehors malgré la présence des fumerolles dont on a entendu toute la nuit les borborygmes .
On aura mis neuf heures pour faire les 26 kms….Le vent nous quittera seulement vers une heure du matin ! Suite tout à l’heure pour les autres jours…
.