Japon Article 27   Les temples de KOYASAN

On a donc suivi les conseils de Philippe et de Yue et on a bien fait. On a  zappé Osaka et Kobé pour rejoindre Kyoto par l’intérieur du pays . Et passer par l’intérieur signifie découvrir Koyasan puis Nara. Kyoto sera pour plus tard. On veut aller en premier vers la baie d’Isé où on est actuellement depuis deux jours.

Koyasan est sur la carte à Buddhists Monuments…

Après le ferry, pluie à Wakayama et emmerdements avec Orange, cela veut dire près de 4 heures avec leur service technique ! Génial. Il faut bien, de temps en temps, une journée un petit peu pourrie . Ça c’est fait.

En faisant un rapide tour dans cette ville de Wakayama, le seul sourire de la journée a été de tomber sur ce bâtiment tout illuminé en soirée. Une bibliothèque ! Ça fait plaisir…des livres…en papier…
L’opposé de salles de jeux qu’on voit dans toute grande ville. Un bruit d’enfer.

Le lendemain, en route pour Koyasan. Koyasan vient du nom du mont Koya. San est une marque de respect qu’on ajoute après le nom d’une personne ou d’un lieu. On ne dit pas au Japon Fujiyama mais le Fujisan. Koyasan est l’un des lieux les plus sacrés du Japon. De nombreux pèlerinages se terminent ici. C’est un complexe de 117 temples bouddhistes. On n’a pas tout fait…

Il ne pleut plus, on achète de quoi manger le midi. On quitte la vallée pour une journée de 67 kms dont les 20 derniers se feront lacets après lacets jusqu’à la belle surprise de Koyasan.

La pluie n’arrivera que dans les dix derniers kilomètres de la journée, heureusement.

Bien avant Koyasan dans la montagne, on s’arrête visiter un  temple du World Héritage où expose une jeune artiste.

Plus que les œuvres en elles-mêmes, c’est leur mise en perspective et la vallée en toile de fond qu’on a beaucoup aimées.
L’état des marches…

Et puis KOYASAN. KEZAKO?

Un ensemble de temples fondé par qui? Toujours le même, celui qui est à l’origine du pèlerinage des 88 temples à Shikoku, Kobo Daichi. Kukaï son petit nom. En 804, il traverse la mer de Chine à la recherche d’enseignement bouddhiste, suivra une voie à l’époque inconnue au Japon7 appelée Bouddhisme Shingon. C’est la branche mystico-ésotérique du Bouddhisme. Kukaï recevra la transmission, reviendra au Japon et commencera à l’enseigner. En 816, il obtient l’autorisation de la cour impériale de construire un ensemble monastique retiré dans les montagnes de Koyan, lieu isolé de la capitale et de ses distractions. Non mais !… Il y a vécu longtemps, y a enseigné et y est mort.

Pour nous, Koyasan, ce sera une très belle route qui surplombe la vallée de Wakayama, un embryon de festival guitare dans un village où on rencontre un jeune Américain qui enseigne l’anglais depuis 7 ans dans la région, et puis une forte montée d’une vingtaine de kilomètres interminables, doublés par des dizaines de voitures de sport et de grosses motos. On adore…mais c’est comme ça les week-ends et on est samedi. On terminera les derniers kilomètres sous la pluie.

L’endroit est superbe. On est surpris de voir autant de touristes occidentaux mais le lieu n’est qu’à une centaine de kilomètres de Kyoto et en bus, c’est vite fait.

L’automne commence à déposer son empreinte là où on passe.
Le site est immense, il faut une carte pour repérer les nombreux temples.
Le DAI GARAN ou le Grand Stupa en orange.
Moines. Des frais et des moins frais.
Des moines habitent encore certains temples et proposent l’hébergement.

On n’avait rien réservé mais d’un naturel optimiste, on allait bien trouver sur place. On s’était dit qu’on testerait bien une fois l’hébergement dans un temple même si on sait que c’est assez cher. Dans la formule Templestay, il y a le dîner. la nuit, le petit déjeuner et on peut assister à la cérémonie du matin.

On va au centre d’information. Tout est complet. La dame téléphone. Si, il reste deux places dans un temple. Il faut payer cash. 180€. On se dit que pour une fois…on prépare la monnaie et la dame nous dit…non, c’est 180 € …par personne ! Adieu moine, repas végétarien, tatami et soupe du matin…on n’est pas d’accord pour mettre ce prix là. Ça fait cher le bol de riz le tatami et le brocoli. On se dirige alors vers une guest house. Le gars est désolé. Complet. Je lui demande s’il serait possible, en la payant bien sûr, de venir quand même prendre une douche et à quelle heure cela dérangerait le moins. Pas de problème. Avant 18h. On ne sait pas encore où on va dormir mais au moins on sait où on va se laver. On progresse…

Pas d’autres solutions que de commencer à tourner autour des temples, dans le parc, à la recherche d’un coin discret pour planter la tente. Ce qui nous facilite la vie, c’est que tout ce qui est parc reste ouvert toute la nuit. Même autour des temples. Le soir, on déambule seuls entre les bâtiments.

Il n’y a plus que nous et, dans la nuit, une famille française qu’on entend parler qui passera pas loin de notre tente sans le savoir et sans nous voir.
Magie de la nuit à Koyasan.

Contrairement à nos bivouacs précédents, on se sent clandestins car on se doute bien qu’on ne doit pas s’installer sur ce site classé. Ils n’ont qu’à prévoir une aire de camping pour les cyclistes. Oui mais qui veut camper ici ? Seulement nous. Qui est cycliste ici ? Seulement nous . Ils ne vont pas gagner grand chose.

On va planter la tente sous des hortensias, cachés d’un sentier à notre gauche et de la route à notre droite. On y laissera aussi les vélos et on dormira deux nuits à cet endroit. Quand on est allés prendre notre douche, le gars très prévenant, était inquiet de savoir où on allait dormir. On l’a rassuré en lui disant qu’on avait tout ce qu’il fallait. Il nous a donné serviettes, savon, shampooing pour 3€50. Les deux nuits à Koyasan ne nous auront pas coûté cher. Notre nuit est rythmée par le drum du temple à une dizaine de mètres de notre tente. Coup de cloche à 23h. Coup de cloche à 3h45 ( moins apprécié) . Et celui de 6h nous trouve déjà réveillés.

Ce jour-là, procession en scandant toujours le même mot. Les moines sont d’abord venus bénir les groupes et les plus vieux ont fait un discours. Ils appellent Matsuri tout ce qui ressemble à un festival, mais le terme de festival nous semble un peu excessif.
Tongs surélevées. Des Geta ( guéta) en japonais. J’ai essayé il y a longtemps. Une vraie impression de basculer vers l’avant et de tomber. Question d’habitude sûrement.

J’ai idée d’aller voir la cérémonie de 6h30. Pierre n’est pas motivé. Je trouve un jeune travaillant aux cuisines et lui demande d’un air égaré : cérémonie ? Il lâche ses casseroles pour me servir de guide et m’ouvre les cloisons où quelques Occidentaux, ceux qui ont payé pour dormir là, sont assis sur des chaises à regarder un vieux moine qui tourne le dos en psalmodiant ce qui doit être un sutra accompagné de deux autres collègues qui, eux, articulent un peu plus. Ils sont plus jeunes aussi. Cela dure 30 minutes puis je rejoins Pierre en quelques enjambées en lui disant qu’il n’a pas manqué grand chose.

C’est le plus grand jardin…sec du Japon. Je n’écrirai pas zen car nulle part il est nommé ainsi, ce qui est assez logique puisqu’on est ici dans le Bouddhisme Shingon et non bouddhisme zen.
On dit jardin sec ou jardin de pierres. C’est le jardin Banryu-tei qui mesure 2340 mètres carrés. Les pierres de granite, 140 au total, forment deux dragons entrelacés dans une mer de nuages représentée par du sable et des cailloux qui sont là pour protéger le pavillon principal. Le jardin est récent puisqu’il date de 1984.

Finalement on a surtout photographié les extérieurs. Deux raisons : On a déjà photographié beaucoup de temples et ceux-là, comme souvent, ont été reconstruits. Et il était interdit de prendre des photos de ce qui était le plus beau à nos yeux, dans le temple Kongobuji, des panneaux coulissants recouverts de peintures magnifiques. Selon les salles, on avait des arbres aux quatre saisons, la nature avec oiseaux et fleurs, certains panneaux étaient recouverts de feuilles d’or avec des fleurs ornant des plafonds en caissons. Plaisir des yeux.

Koyasan est célèbre aussi pour son cimetière aux 200 000 stèles entourant le mausolée de Kobo Daichi. 200 000 personnes, certaines célèbres ou inconnues, qui ont souhaité reposer à ses côtés. Les arbres, surtout d’énormes cèdres, sont superbes .
Dans la rue…le moinillon mignon s’endort sur sa calebasse.
Dans la rue…de jolies nonnes passent concentrées sur celles de devant. Il y en a une qui n’aime pas marcher en Getas….les baskets c’est bien aussi.

Japon Article 26. SHIKOKU Côte sud-est

Quand vous lirez cet article, nous aurons quitté Shikoku depuis le 14 octobre et roulerons à nouveau sur l’île principale de Honshu.

De Kōchi à Hiwasa, la route a été superbe.

Peu de dénivelé, ça fait du bien, souvent en bord de mer…
Ou sur des voies cyclables ombragées.

CAP MUROTO A LA POINTE SUD.

Bivouac un peu plus loin sur la côte Est.

Bivouac

Dans l’article précédent, on avait parlé de Philippe et Yue qui tiennent ensemble une très jolie guest house à Hiwasa, au nord de la ville de Kaiyo sur la carte.

On a décidé de modifier notre itinéraire prévu en écoutant les conseils avisés de Philippe. Eviter des dizaines de kilomètres de banlieues de Kobé à Osaka, et remonter par la montagne, à partir de Wakayama, pour rejoindre un des plus beaux lieux du bouddhisme, Koyasan et arriver par Kyoto via la ville de Nara. C’est ainsi qu’on a pris le ferry de Tokushima reliant Wakayama.

Hiwasa, un très bel endroit que Philippe et Yue ont choisi pour s’y installer.

On aime bien les tortues au Japon, symbole de longévité.
On voit un phare reconverti en temple. Mes origines bretonnes sans doute…
Il est 8h 30. On se promène avant de reprendre la route et les pêcheurs rentrent au port.

ET ON POURSUIT NOTRE ROUTE VERS L’EST.

Tout autour de Shikoku, des tours anti tsunami permettent de grimper dans l’attente des secours.
Certains travaux des champs se font encore à la main.
Ces poupées sur le bord d’une route ont tout de suite attiré notre attention, clin d’œil au village de Nagoro qu’on n’aura malheureusement pas vu car éloigné de tout. Nagoro, victime de l’exode rural.
Mlle Ayano, revenue dans ce village pour s’occuper de son père, a commencé à confectionner une poupée grandeur nature. La légende dit que c’était pour repeupler le village, il semblerait qu’au départ, c’était plutôt une sorte d’épouvantail pour faire fuir les corbeaux. L’épouvantail, qui ressemblait à son défunt père, recevait les Bonjour des quelques villageois restants.
La dame a alors eu l’idée de poursuivre ses œuvres à l’effigie d’anciens habitants…afin de lutter contre la solitude….

TOKUSHIMA

Grande ville portuaire…
…célèbre pour la danse que tout le Japon connaît et vient voir : le Awa Odori . Cette danse folklorique a été créée lors de la période Edo ( 1603-1868) . Les autorités locales ont vite mis une réglementation pour limiter les excentricités . Lorsqu’ils se rassemblaient dans les rues pour danser, ils devaient obtenir l’aval de la police. Une situation toujours vraie. Chez nous également.

C’est rapidement devenu une attraction touristique, surtout depuis 1928, lorsque la Chambre de Commerce et d’Industrie a commencé à sponsoriser les danses. On l’a appelé le Awa Odori, Awa, ancien nom de Tokushima. Odori signifie danser. On dansait pour fêter les récoltes, un événement. Ce nom devint officiel à partir de 1946…et sa célébrité s’est répandue dans tout le Japon.
Tous les jours à 11h, il y a une représentation à laquelle on est ensuite invités à participer….j’aurais dû me méfier…
On a toutes les deux été choisies comme meilleures danseuses ! Sûrement parce que j’étais la seule Occidentale. Il a fallu rendre le collier mais j’ai pu garder un pin’s. Chouette.
Elle est parfois appelée la danse des Fous. Une pensée pour le regretté Jean Teulé et son livre incroyable « Entrez dans la danse ».
On est vendredi. Il est fortement conseillé à tout travailleur japonais de sortir avec ses collègues, boire et dîner. Les restaurants étaient pleins de groupes d’hommes essentiellement. On garde le costume.
Tokushima tout couleur.

À nouveau, la gentillesse des Japonais dans la rue. Ayant des soucis avec Orange, on n’a plus internet et on est sur un trottoir à chercher notre auberge de jeunesse pour la nuit. On la pensait en plein centre-ville…Une voix arrivant d’une passerelle au-dessus de nos têtes nous interpelle en anglais : Avez-vous besoin d’aide ? Oh Yes please.

Et c’est ainsi qu’on fait la connaissance de Yuya, à vélo, qui tient d’ailleurs un magasin de vélos. Il va nous conduire jusqu’à l’auberge, à 11 kilomètres de notre point de rencontre ! Et rester avec nous discuter de notre voyage au Japon.

Nos deux super héros de la soirée. Yuya, à droite, et Kaije, 75 ans, qui gère l’auberge de jeunesse ! On est les seuls clients et il ne saura pas quoi faire pour nous faire plaisir…jusqu’à nous faire couler un bain avec savons parfumés…cela devient une habitude. On est dans une auberge de jeunesse !
Et voilà Kaije qui danse le Awa Odori pour Pierre !
Le super petit déjeuner avec café, toasts et beurre. Margarine en japonais.
Araignées de haut vol.
Vue de l’auberge de jeunesse. On aurait planté la tente si on avait su qu’elle n’était pas au cœur de la ville mais cela nous a permis de rencontrer Yuya et Kaije.
Et c’est reparti. Au revoir Tokushima.

On se prépare à prendre le ferry pour quitter Shikoku .

Modèle Nikken devant nous. Un tricycle quoi…
Avec d’infinies précautions, l’agent de la compagnie maritime attache nos vélos.

Destination : KOYASAN pour l’article mais ce soir, on passe notre deuxième nuit à Nara.

Japon Article 25. SHIKOKU Le pèlerinage

Entre hier et aujourd’hui, on a modifié quelques infos de l’article car on vient de rencontrer Olivier, marcheur suisse, qui a fait plusieurs tronçons du pèlerinage. J’écris en gras les parties modifiées ou ajoutées.

La première fois qu’on a cherché Sukoku sur la carte du Japon, c’était pour localiser le fameux pèlerinage aux 88 temples dont on avait lu quelques témoignages à travers notamment le livre «Le pèlerin de Shikoku » de Thierry Pacquier et le livre très drôle et fort bien documenté de Gideon Lewis-Strauss « Le pèlerin désorienté qui cherchait Kyoto à Compostelle. » Et non, on n’a pas lu celui de Marie Edith Laval « Comme une fleur de thé à Shikoku » dont on nous a plusieurs fois parlé. Peut-être en rentrant.

L’affiche qu’on voit régulièrement dans les temples. Des mains jointes, des grains de chapelet entre les doigts.

L’origine

Le pèlerinage date de 815 et aurait été créé par Kukai (appelé aussi Kobo Daichi) fondateur de la branche Shingon du bouddhisme. Le Chemin passe par 88 temples, mesure 1200 kms et est l’un des rares pèlerinages au monde à avoir un chemin circulaire. Donc le temple 1 n’est pas loin du temple 88 ! Mais le pèlerin doit bien sûr marcher dans l’autre sens, le sens des aiguilles d’une montre et, de même que le pèlerin de Compostelle possède sa credentiale à faire tamponner à chaque étape, le pèlerin de Shikoku porte dans sa besace un gros carnet dans lequel une calligraphie sera faite dans chacun des temples. Il peut y avoir plusieurs temples dans la même ville puis plus rien sur une vingtaine de kilomètres.

Le pèlerin

Il est habillé de blanc, symbole de pureté, mais autrefois, symbole aussi du linceul qui rappelait au pèlerin qu’il était prêt à accepter de mourir sur le chemin. Une chasuble, un chapeau, un bâton de marche, une clochette à clocher après la récitation du sutra. Des papiers de remerciements. On n’est pas obligé d’avoir toute la panoplie. En vente au temple 1.

Comme Compostelle, tout le monde peut le faire, que ce soit dans un esprit religieux, un besoin de réflexion sur sa vie, de remerciements, une période de deuil, un défi physique…tout est possible. Certains en font une partie seulement, prennent un bus, le font à vélo. Pour l’instant, on n’a vu qu’un Japonais le faire à vélo.

Lors de la première journée en quittant Kōchi, on a estimé à environ 40% le nombre d’étrangers occidentaux sur le total de pèlerins croisés.

Raymond, Canadien, 75 ans. A fait aussi Compostelle.

Souvent des femmes âgées.
Parfois très âgées. On comprend que beaucoup se déplacent en car. La plupart des temples sont sur des hauteurs, voire dans la montagne. Et à chaque fois, des escaliers interminables. Même nous, on en a plein les pattes, arrivés en haut.
Ils se font en moyenne trois temples par jour.
Les genoux de Pierre disent que c’est encore plus fatigant à descendre.
Mais aussi des jeunes.
Exemple de mur qui empêche la vue sur la mer.

On n’a pas le temps de prendre tous les pèlerins en photo, on roule et on se croise puisque nous remontons Shikoku d’ouest en est. On a rencontré deux jeunes Français, Judith et Illona, une vingtaine d’années. Il apprend le japonais et elle a lu « Comme une fleur de thé … ». J’aime bien l’idée qu’un voyage naisse à partir de la lecture d’un livre. Beaucoup de mérite car ils portent leur tente.

Le pèlerinage de Shikoku est souvent sur de la route goudronnée mais certains tronçons sont sur des sentiers magnifiques de montagne ou dans la campagne. Mais parfois, le pèlerin marche au bord de la route, se retrouve sous les tunnels, voit la mer sur certaines portions mais pas toujours à cause des murs de protection et certaines villes industrialisées sont à traverser. L’affaire ne nous a pas tentés.

Rencontre avec Ana, Espagnole. Pour l’instant elle est heureuse de faire ce pèlerinage, mais si elle en a assez, elle ira ailleurs au Japon, sur les îles d’Okinawa….ou retour en Espagne….Pas de date retour prévue.

Ana nous parle de la gentillesse des Japonais vis-à-vis d’elle. En tant que pèlerine, on lui a offert plusieurs fois des fruits, une boisson, une fois un hébergement.

L’hébergement, depuis le Covid, est beaucoup plus difficile à gérer pour les pèlerins. De nombreux sites n’ont pas rouvert et les temples accueillent de moins en moins alors ils dorment essentiellement dans des hôtels ou, moins chères, dans les guesthouses. Pas de gîtes ou refuges qui font partie du charme et de l’ambiance du Chemin de St Jacques. Le pèlerinage se déroule sur à peine quatre mois par an qui connaissent alors une grosse affluence.

On a dormi dans une guesthouse, à Hiwasa, tenue par Philippe et Yue, un couple franco-japonais ensemble depuis 50 ans. Traducteur- interprète quand il travaillait, Philippe nous a appris beaucoup de choses sur le Japon. Concernant le pèlerinage, il nous expliquait que les Japonais ne cherchent pas à en tirer profit, à faire du business autour de ça. Ils sont prêts à aider les pèlerins si besoin, à leur offrir quelque chose comme nous l’a confirmé Ana mais à titre personnel et gratuit. Il nous disait que, contrairement à ce que souvent les Occidentaux pensent, les Japonais ne sont pas religieux. Il n’y a ni enseignement religieux ni pratique régulière au temple sauf pour un événement.

Notre chambre chez Philippe et Yue dans une maison où les poutres sont en cèdre blanc et les marches en…cannelle. Magnifique.

Les Japonais se rendent au temple Shintô pour la naissance d’un enfant, un mariage. Quand ils se promènent, ils vont y faire un tour pour secouer le battant de la cloche, faire un voeu et jeter une pièce.

Ils se rendent au temple bouddhiste pour les rites funéraires et le SAV. Des cérémonies qu’ils vont réserver et payer et qui se dérouleront tant de mois et d’années après la mort de la personne. Et les Kami ? Oui, les Japonais croient encore pas mal aux Esprits de la nature comme chez nous autrefois. Par Toutatis !

Quelques photos de Kochi. Il faut aller chercher le littoral à une douzaine de kilomètres de son centre.

Mais cela en valait la peine.
Un homme nous a dit que c’était comme le jeu d’échecs.
Un mariage.
L’automne arrive…enfin.

Japon Article 24. SHIKOKU la traversée

Shikoku est l’île la plus rurale des quatre îles principales constituant le Japon avec des vallées très encaissées et des régions très différentes les unes des autres. Le nord, le plus fréquenté, est le plus urbanisé et industrialisé alors que le cœur de l’île conserve encore vallées somptueuses, gorges peu accessibles, cascades en tout genre et permet d’atteindre le sud, la partie la plus belle de Shikoku d’après nos rencontres et nos lectures.

On a donc planifié notre traversée de Matsuyama à Kochi sur trois jours en passant dans les gorges de Yasui et de Nakatsu où coule la rivière Niyodo très célèbre pour la couleur de son bleu !

Au loin Matsuyama.

Premier jour prévu (proposition GPS) une étape de 45 kms, 11 km/heure pour vélo non chargé et 1130 m de dénivelé. Une étape qui nous amènera…au milieu de nulle part, quelque part dans la montagne recouverte de forêt. Un cycliste averti en vaut deux donc on a fait du ravitaillement pour deux jours. On sait que le deuxième soir, on devrait être dans un village. Comme on s’y attendait, la montée a été rude, il faisait encore très chaud au cours de cette journée même si, pour la première fois depuis le début du voyage, on a sorti des manches longues ! Après l’ascension bien transpirante, la descente rapide en altitude et à l’ombre nous a donné la chair de poule ! Obligés de nous arrêter dans une magnifique descente pour mettre une veste! Du jamais vu…Pierre a eu très froid aux doigts mais il a refusé ma paire de gants offerte pourtant généreusement. On était gelés. Un comble !

Le premier jour a été le plus physique entre traversée de petits hameaux, poussée de vélos et forêts de conifères et aussi quelques gingko biloba et leurs abricots argentés. Nuit de bivouac.

Villages un peu tristounets, pas de commerces , souvent très silencieux.

Le second jour: 56 kms, 1300 m de dénivelé. Pour nous, le jour le plus beau, quand on a rejoint les gorges et suivi la rivière Niyodo. La belle récompense.

Les villages sur les rives.
On n’a pas trop vu le Niyodo Blue parce que le ciel était couvert.

Montée à pied vers des cascades. En fait, tous les jours on monte et on descend. Soit à vélo, soit à pied. On doit aimer ça…
A ma droite, un crapaud de fort belle taille…que j’ai présenté aux deux jeunes japonaises qui nous suivaient en descendant de la cascade. Quand soudain, on entendit des hurlements dans notre dos, nous comprîmes que l’animal avait sauté un peu près d’elles. Comme elles ont hurlé, point de prince charmant. Seulement du gros crapaud.

Le GPS parfois nous choisit des « sentiers VTT ». Pour moi c’est quoi un sentier VTT? C’est le nez dans les toiles d’araignées. Ou bien personne ne passe jamais sur ces chemins oubliés de tous, sauf des arachnides, ou bien, elles retissent vite fait! Pierre, qui passe derrière, connaît rarement la sensation désagréable du visage entier dans la toile. Quand la toile est assez haute entre les branches, c’est ma visière qui perfore. Quand c’est un peu plus bas, c’est mon nez. Et je découvre alors physiquement ce que tout le monde sait théoriquement : un fil de toile d’araignée est très résistant. Plus que l’acier. Tu es sur ton vélo, sur un sentier chaotique et en pente bien sûr, donc les deux mains sur le guidon et tu te retrouves la tête prise dans la toile. La perfide araignée sait pertinemment que tu ne peux alors pas lâcher le guidon et elle en profite. Quelle étrange sensation que ces fils qui ne se cassent pas tout de suite. Pendant une fraction de seconde, le fil est élastique et tu te demandes qui va gagner, si tu vas passer et surtout où l’araignée est passée! Et quand ça lâche, la toile s’accroche à toi avec tous les autres proies capturées avant toi. J’aime pas les sentiers VTT.

Après plusieurs combats sur des chemins mal entretenus et des têtes à tête avec les bêtes à huit pattes, on a décidé de gratter un peu sur le dénivelé et de finir sur des routes plus civilisées, pour se retrouver, sans le savoir, l’autre récompense de la journée, au milieu d’un festival de cosmos ! C’est là que sera notre deuxième bivouac.

C’est vraiment un festival. Matsuri en japonais. Les gens viennent s’y promener et louer des bungalows le week-end au-dessus des champs. Des panneaux jalonnent les allées.
Bivouac entre cosmos et rivière.

Malheureusement, la troisième journée se déroulera entièrement sous la pluie, ce qui nous est rarement arrivé. On dormira à Kochi dans un hôtel.

Japon Article 23. la SHIMANAMI KAIDO

Peut-on traduire ces termes pas très simples à retenir ?

J’ai demandé à Yumi pour qu’elle ouvre nos esprits à la langue japonaise.

SHIMA signifie îles. NAMI veut dire vagues. KAIDO la route de l’océan. On traduit comme on peut…ou on garde le titre comme il est.

Il faut lire de droite à gauche. Imabari est notre point d’arrivée.

C’est sans doute la voie cyclable, ouverte en 1999, la plus célèbre du Japon. Selon l’itinéraire choisi, elle mesure entre 70 et 80 kms et relie l’île de HONSHU à l’île de SHIKOKU. La voie permet de traverser six îles et sept ponts situés dans la mer intérieure de Seto. C’est une route toute goudronnée sans dénivelé important que toute personne sachant pédaler peut faire aisément. Un bravo à ceux qui font l’aller et retour dans la journée. Même s’ils ne sont pas chargés, ils ont quand même 140 kms dans les mollets ( enfin surtout dans les ischions…).

On était certains de rencontrer au départ de cette célèbre voie cyclable d’autres cyclovoyageurs au long cours mais, à notre grande surprise, les cyclistes qui étaient avec nous sur le ferry, principalement des Australiens et des Japonais, avaient loué un vélo pour faire l’aller retour sur la journée ou sur deux jours.

Tout commence par le ferry, fortement conseillé, afin d’éviter le pont et son trafic intense. Pont montré dans l’article précédent.

Le premier pont qu’on a emprunté. On ne risquait pas de passer par dessus ! Ni d’être renversés par les voitures qui roulent au-dessus de nos têtes dans un bruit d’enfer.

Heureusement que tous les ponts présentaient des structures différentes. Les autres étaient plus esthétiques, plus ouverts et malgré tout bien sécurisés aussi. Et à chacun son style.

Parlons des tunnels japonais qu’on emprunte de temps en temps depuis qu’on est au Japon et là, on a été désagréablement surpris. En Corée, très souvent, la voie cyclable était complètement séparée de la chaussée. Au Japon, alors que pour tout, on sent une grande prudence – quand il y a des travaux, ils sont au moins deux avec un petit fanion à assurer notre passage en nous saluant – le plus souvent dans les tunnels on roule à côté des voitures sans aucune séparation. On a ajouté des lumières qui clignotent sur le vélo et notre casque a une loupiote. De temps en temps quand même, il y a un trottoir sous le tunnel pour les vélos mais pas assez souvent.

Revenons à la Shimanami Kaido qui ne connaît pas de tunnels.

On roule donc d’île en île et de pont en pont. Les îles sont grandes et assez industrialisées, surtout les deux premières. On pourrait passer une journée entière sur chacune mais on a repéré ce qu’on souhaitait visiter avant le départ. Et on ne peut pas rester ici huit jours si on veut réussir un jour à rejoindre Tokyo début décembre.

On a choisi sur la troisième île, IKUSHIMA, le musée Hirayama Ikuo qui est l’un des plus célèbres artistes contemporains japonais, né à Onomichi en 1930. Ayant survécu à la bombe d’Hiroshima, il a milité toute sa vie pour la paix. Ses œuvres sont inspirées par le Bouddhisme, les pays de la route de la Soie. Il a beaucoup fait pour la restauration et la préservation des trésors de civilisation dans le monde entier. On apprend qu’il a été fait chevalier de la Légion d’honneur en 1996. Il est mort en 2016.

Onomichi et la région sont des producteurs d’agrumes et principalement de citrons.
A l’horizon, des îles ou îlots montagneux qui plongent dans la mer de Seto.
Eaux azurées qui créent des paysages magnifiques.
Signalétique partout . Impossible de se perdre.
Drapeau de pirate pour les Japonais. On préfère notre tête de mort avec tibias réglementaires sur fonds noir mais on voulait aller dans l’antre du pirate japonais le plus célèbre.
Le voilà. Murakami. Appelé le Samouraï des mers.

Même le Shogun, chef des armées, le craignait. C’est dire. Son QG était basé sur une petite île située en face du musée Murakami. En fait, lui et son clan étaient plus corsaires que pirates. Ils protégeaient des navires de commerce, assuraient un passage sur des mers dangereuses. Les Murakami ont régné sur les mers pendant plusieurs générations. Beaucoup de choses dans le musée mais tout écrit en japonais.

Le joli port d’Ohshima. On voulait dormir sur l’une des îles avant de rejoindre Imabari.
C’est près du pont qu’on trouvera un coin tranquille pour la nuit.

Et le lendemain, en selle à…6h55!

Autre lumière. Autre atmosphère.

Arrivée à Imabari pour visiter l’un des trois châteaux japonais bâtis sur la mer. Imabari est pour nous la porte d’entrée sur l’île de SHIKOKU.

Larges douves alimentées par l’eau de mer.
Ciel menaçant qui n’a pas tardé à nous rafraîchir.
C’est Takatora qui a fait construire ce château en 1604. Il excellait, paraît-il, dans la conception de châteaux. Il aurait participé à la construction d’une vingtaine d’entre eux. Todo, son petit nom.
Vue du château sur la mer de Seto.

Sur les trois derniers jours, on a traversé Shikoku en passant par les gorges de Niyodo. Objet du prochain article. Nuit en hôtel à Kochi.

Japon Article 22. Onomichi.

Ou le point de départ vers la célèbre route cyclable SHIMANAMI KAIDO

Sur la route de Hiroshima à Onomichi. On imaginait le littoral plat. Dans tes rêves . Des côtes bien côtues mais des descentes à presque 50 à l’heure, ce qui nous permet de sécher ce qu’on a mouillé l’heure précédente.

Le temps d’un arrêt café, un client, 77 ans, qui s’intéresse à notre voyage et qui nous demande un lien pour nous suivre. La propriétaire de ce café charmant.
Baie d’Hiroshima. Hiroshima est aussi le nom de la préfecture.
On s’est pris un petit hôtel sur la route. Le onsen avec vue sur la mer n’est que pour nous.
Vue de la chambre.
Souvent le même type de statue qui représente le moine fondateur du temple.
De plus en plus de tuiles rouges vernissées. Autrefois la couverture des toits indiquait le rang de celui qui habitait la maison. Les tuiles noires pour les samouraïs, claires pour les riches commerçants, les toits en bois pour le petit peuple. Tous les jours on voit des champs de panneaux solaires dans les villages.
A Mihara, sur certains poteaux. Les chiffres indiquent la hauteur que peut atteindre le niveau d’eau. Cet endroit risque d’être inondé par un tsunami.
Avec la tête de l’emploi. Bon, un guerrier en tongs…un peu bizarre. On a croisé de drôles de créatures dans une rue couverte d’Onomichi.
Les devantures des petits restos.
On n’ira sans doute pas…

Onomichi est une ville portuaire qui fait partie de la préfecture de Hiroshima. Elle vit de construction navale, de cultures d’agrumes et du tourisme. Mais elle est surtout connue pour son chemin aux 25 temples à flanc de montagne . On en a fait une quinzaine. On a compris l’idée.

On ne sait pas si elle est au courant qu’elle a un serpent dans les cheveux.
L’intérêt de la balade est surtout d’avoir un beau panorama.
Moinillons dans les jupes de Kannon.
En face, la première île de la Voie cyclable.
Dans un écrin de verdure, contents de faire une halte ombragée. Le pont qu’on ne prendra pas au départ de la voie cyclable. Il est conseillé de démarrer en ferry. Moins dangereux.
Tout là-haut, Pierre voulait voir la pagode. À chaque fois, elles sont fermées.
Des chats sous toutes les formes. On est très chat au Japon. Il existe des cafés chats.
Dans une rue d’Onomichi.

Le vélo de Pierre. Il a été partiellement réparé. Ils ont changé le deuxième plateau, le plus usé, ils ont changé la cassette ( pignons) et la chaîne ainsi que les deux mollettes de tension de chaîne mais ils n’ont pas pu se procurer les autrès pièces du dérailleur. On est pourtant au pays du Shimano! Pierre dit que ça roule beaucoup mieux. On est contents. J’entendrai moins de jurons dans les côtes…Espérons que cela tienne encore les deux mois suivants. Demain cela fera exactement deux mois que notre périple aura débuté.

On a dormi dans une guest house en dortoir. Pas beaucoup d’espace mais Yuka qui tient la boutique avec son mari est super. Elle proposera même à Pierre de l’emmener chercher son vélo qui est à 6 kilomètres de la ville. On vit avec la famille.

Il y a six lits mais elle ne met personne sur les lits du haut .
Tous les matins avant l’école, Yuka lit une histoire à sa fille. Le grand est déjà parti. Le Fujihostel. Un endroit chaleureux.

Japon Article 21. Hiroshima

Avant d’aborder le sujet, quelques nouvelles des vélos. Depuis quelques jours, le vélo de Pierre fait des sauts de chaîne quand il appuie fortement sur les pédales, au démarrage et dans les côtes. Verdict d’un atelier vélo : usure des plateaux et des pignons. Il faut changer l’ensemble et la chaîne. Heureusement qu’on les a fait réviser avant le départ…On est donc resté trois jours à Onomichi le temps de recevoir les pièces. Départ demain matin mercredi pour la célèbre route cyclable Japon qui nous mènera à SHIKOKU. Mais d’abord…

HIROSHIMA

Il y a des noms de lieux comme Hiroshima ou Auschwitz qui, dès qu’on les prononce, nous renvoient brutalement vers l’indicible, le mal absolu, le pire de ce que l’humain est capable de faire et on revoit des scènes qui collent à leur histoire. Cela fait même bizarre de se dire je suis à Hiroshima.

Le Hiroshima d’aujourd’hui a fait une large place à son passé au cœur de la ville tout en se forgeant un présent et un avenir tournés vers la paix et contre l’arme nucléaire.

L’HISTOIRE à partir du 6 août 1945.

Les USA larguent la première bombe atomique appelée Little Boy car petite mais puissante. Le temps est clair, il est 8h16 ce 6 août. Elle explose à plus de 500 m au-dessus d’un hôpital. Elle fait sur le moment des dizaines de milliers de morts et détruit tout sur un rayon de 12 km.

Hiroshima à l’époque était, après Kyoto, la principale ville d’art et d’histoire du Japon avec une population de 250 000 habitants.

Elle a été choisie comme cible pour plusieurs raisons : C’était une ville de garnison, elle est située entre les montagnes et la mer. Ainsi les effets de l’impact seront plus facilement mesurables, les services de renseignements sont dans le château d’Hisroshima, le port assure la logistique de l’armée et les habitations sont construites essentiellement en bois et papier de riz…facilement inflammables.

On a passé la journée sur le Parc de la Paix, parc de mémoire, espace de verdure enserré entre deux rivières, où se situent de nombreux monuments commémoratifs.

Le dôme de la bombe. Il est situé à 160 m de l’épicentre.

La coupole en cuivre a fondu, le reste du bâtiment a résisté car composé de béton d’acier et de brique. C’était le palais d’exposition de la ville style Art déco. Comme l’explosion était verticale, une partie de l’édifice a résisté.
La température a été de 4000 à 5000 degrés au sol.
Le cénotaphe. Une structure qui rappelle le toit d’une ancienne demeure japonaise. Il abrite les âmes des défunts. Un cercueil enterré renferme une centaine de registres d’environ 300 000 victimes et un vierge pour les personnes non identifiées. Tous les ans, au moment de la commémoration du 6 août, on inscrit les nouveaux décès des personnes présentes lors de l’explosion.
A l’extérieur du mémorial de la Paix, cette horloge qui indique l’heure de l’explosion. Dans ce mémorial, 140 000 carreaux représentant le nombre de victimes avec le nom des quartiers. Noms et photos des personnes inscrites dans les régies du cénotaphe et film sur la tragédie.
Photo prise de l’intérieur du musée. On a choisi de ne pas faire de photos des victimes. Derrière le cénotaphe se trouve le bassin de la paix qui rappelle l’importance de l’eau pour les victimes irradiées qui cherchaient à apaiser leurs brûlures.

L’explosion.

La population est d’abord aveuglée par une lumière éblouissante. Quelques secondes plus tard, la déflagration arrache tout. Une minute plus tard, le fameux champignon se forme composé de gaz brûlants et de particules radioactives. Il atteint 17 km de hauteur et 800 m de diamètre. Les irradiés se précipitent sous une pluie noire pour soulager les brûlures mais c’est en fait une pluie issue du nuage atomique qui contamine le fleuve, les puits, les gens qui s’y abreuvent.

Dix à quinze jours plus tard, des symptômes apparaissent, les décès se multiplient. Fin 1945, on estime le nombre de morts à 140 000. Pathologies cardiaques, osseuses, pulmonaires, digestives…

Un autre calvaire pour les victimes. On les fuit comme la peste, les croyant contagieux. Il faudra attendre 12 ans pour que les HIBAKUSHA ( survivants) soient officiellement reconnus et bénéficient d’un suivi médical gratuit.

La pendule d’une maison.
Monument des enfants pour la paix. Tout en haut Sadako Sasaki.

Elle avait 2 ans quand la bombe explosa, pas loin de l’épicentre. Pas blessée, on la crut épargnée, elle devint sportive mais à 12 ans, elle tomba malade des suites de l’irradiation. Une ancienne tradition japonaise affirme que tout rêve se réalise si on confectionne 1000 grues en papier. Sadako en fit 1300 mais huit mois plus tard, elle décède malgré tout d’une leucémie. Elle est devenue le symbole de tous les enfants victimes de la tragédie.
Sadako s’envole avec une grue.
Des centaines de grues faites par les enfants.

La Cloche de la Paix.

Tous les visiteurs peuvent sonner la cloche de la paix. Elle représente une belle utopie : un monde sans frontières où chacun vivrait en paix. Le battant frappe sur le symbole des armes nucléaires pour les éradiquer.
Tout autour, des inscriptions en sanskrit qui doivent soulager les âmes des victimes.

1945/ 2023, ce n’est pas si vieux. Des personnes témoignent encore aujourd’hui.

La flamme de la Paix. Elle brûlera tant qu’il existera des arme nucléaires…on n’est pas prêt de souffler sur la bougie…

Il y a également tout une partie sur la mise au point des bombes nucléaires mais on n’a pas fait. On a vu le film Oppenheimer avant de partir et puis, après une journée sur le site, on est profondément touchés par ce qu’on a vu et en même temps, il y a de la colère. Malgré tous les mémoriaux qui existent un peu partout dans le monde, la guerre est toujours là…et on fait avec…

MAIS …NOTRE HIROSHIMA A NOUS…

C’est une belle ville pétillante de vie et d’endroits très sympas et SURTOUT :

C’est une super rencontre avec le couple qui nous a hébergés via le site Couchsurfing. Mary, son mari Ioshi et leur petite fille Wamu. Un jeune couple adorable qui vit dans une magnifique maison traditionnelle japonaise ayant appartenu à la grand-mère de Mary.

Wamu a 2 ans. Une petite fille très éveillée qui sait ce qu’elle veut.
Bois et tatami. Shoji en papier de riz.
Notre chambre.
Des cloisons amovibles qui laissent passer l’air et la lumière.
Ces fines lattes de bois qui font la beauté des ouvertures.
Un nid douillet à la Japonaise.
Soirée dans un petit restaurant tenu par un couple charmant. On s’est régalés et on a bien rigolé. Tous les deux parlent anglais.
Iochi travaille tous les jours avec son père comme tapissier pour le remercier de l’avoir élevé. Mary a travaillé dans des ONG japonaises au Cambodge. Elle a voyagé au Canada et en Europe. Quand la petite ira à l’école, elle ouvrira un café. Tout est prêt. C’est magnifique.
Devanture de la petite gargote où on a dîné ensemble. Pas toujours facile pour nous de savoir s’il s’agit d’un restaurant.
Le couple de restaurateurs qui travaille là depuis quarante ans.
Et puis c’est déjà l’heure départ. Mary nous dit je suis triste. On ne le dit pas mais nous aussi. HIROSHIMA nos amours…

Japon Article 20. On passe à l’Est.

Le relief de l’île de Honshu nous oblige à rejoindre puis à suivre le littoral de la partie sud de la mer de Seto. Toute la côte est superbe.

ON THE ROAD

Un exemple de retenue d’eau parmi des dizaines croisées dans les campagnes.
Des panneaux qui nous laissent perplexes…c’est un resto pour les chiens? On peut aller manger avec son chien ? On y mange du chien? On ne saura pas…
Tout pour les Toutous.

C’est un parking se couvrant de cars de touristes qui attire notre attention à l’entrée de Iwakuni. On découvre qu’à quelques dizaines de mètres de nous, se trouve l’un des plus grands ponts du monde tout en bois composé de cinq arches .

Le KINTAIKYO Bridge. Toujours là depuis 1673.
Arrivée à Hofu pour y passer la nuit. On remarque souvent toutes les installations mises en place pour briser les vagues, protéger les terres. Tsunami est quand même un mot japonais ! Il signifie littéralement Port / vague. Vague portuaire.
Des murets séparent souvent les plages des zones habitées.
Comme d’habitude, les gens nous saluent.

Et puis, on embarque pour cette île magnifique, classée dans les trésors du Japon, l’île de Miyajima. En 19 jours au Japon, on n’a pas rencontré un seul touriste occidental. On sait qu’on arrive sur les sites les plus recommandés par les guides de tout poil, par conséquent les plus visités par les touristes.

Mer intérieure de Seto.
L’un des torii les plus célèbres du Japon. Il n’est pas fixé mais posé lourdement sur le sable. Il semble flotter à marée haute. Le Mont Misen en arrière plan.
Le jeune employé du ferry veut absolument nous prendre en photo. Il nous dit qu’il est jaloux parce que c’est son rêve de voyager à vélo. Il ne tient qu’à lui de le réaliser. Encouragements. On a fait des émules ! Yumi et Matt ont acheté des vélos car, nous ont-ils écrit sur WhatsApp, nous avons été leur inspiration ! Super. Fiers d’eux.
Avant d’arriver sur l’île, on ne savait pas qu’il y avait environ 900 daims en liberté. Surprise pour nous au détour d’un muret. D’ailleurs, à bien y regarder, ce daim attend un bébé….une daimde…
Des touristes et des daims. Population de l’île.
On est arrivés juste pour le coucher de soleil. Il faut trouver un endroit tranquille. Devant la mer. Loin du centre-ville. Le lendemain de son chalutier, un pêcheur nous fera un grand bonjour.
Visite matinale. On n’avait rien laissé traîner en pensant à eux.
Lumière du matin. Tous les cent ans, on change ses parties immergées. Qui dit torii dit sanctuaire derrière. L’île est jumelée avec le Mont Saint Michel.
Le sanctuaire d’Itsukushima est composé de plusieurs dépendances tout en structure laquée orangée. Il a été fondé en 593, a pris sa forme actuelle en 1168 mais celui-ci date de 1875. L’île étant sacrée, les visiteurs n’avaient pas le droit de poser pied à terre. On a donc construit le sanctuaire sur pilotis et on déambule sur des pontons. Le bateau devait passer sous le torii avant d’accoster.

On aurait pu passer plus de temps sur l’île mais on avait réservé trois nuits via Couchsurfing chez Mary et Ioshi, il nous faut donc reprendre le bateau le lendemain et rejoindre l’Histoire à travers la ville de HIROSHIMA.

Japon Article 19. NAGATO et ses environs.

NAGATO est une ville située au nord de l’île TSUNOSHIMA. Tant de belles choses à voir encore sur la côte ouest de Honshu que nous avons pris notre temps avant de passer à l’est. Avant d’arriver à NAGATO, les touristes japonais se déplacent en masse le dimanche pour venir admirer l’un des torii les plus célèbres du Japon. Un tunnel entre mer et montagne.

Un tunnel formé par 123 toriis menant au sanctuaire shintoïste situé un peu plus haut.
Ici, l’originalité consiste à avoir placé la boîte à offrandes en haut du torii derrière le cœur entre des renards. Comme la boîte est difficile d’accès, réussir à bien viser signifie que le vœu qui va avec l’offrande sera exaucé. La jeune femme est tenace. Le vœu doit être important.

Mais pourquoi des renards blancs?

C’est l’histoire d’un pêcheur qui, en 1955, rêve d’un renard, blanc, qui lui demande d’ériger ce tunnel de toriis en échange de toute la réussite du monde. Le gars s’exécute. On trouve les divinités de la réussite professionnelle, de la chance…et de la sécurité routière. Il y en a qui font de drôles de rêves…

NAGATO

Cette ville restera dans notre mémoire pour les deux rencontres qu’on y aura faites. D’abord un homme âgé puis une illustre jeune femme, morte à 27 ans.

On arrive bientôt à Nagato quand on voit écrit sur le côté Coffee shop. On décide de s’arrêter même si de l’extérieur, le lieu ressemble davantage à une maison particulière qu’à un commerce. On tente. Deux hommes assis dans une grande salle remplie de bric et de broc nous saluent et une femme âgée toute souriante nous fait signe de nous asseoir. Bientôt, son mari nous rejoint. On est français. Il connaît la France. Paris…et Cannes. On est inspirés : Vous y êtes allés pour le festival de Cannes ? Exactement. Avec ma femme. Cet homme aujourd’hui âgé de 79 ans a reçu un prix qui concerne son travail de réalisateur de films d’animation à 28 ans. On n’a pas tout compris car il parlait peu l’anglais mais de nombreux articles affichés, des dessins, des tableaux représentaient ses œuvres.

Le taux de probabilité qu’on pousse la porte d’un Japonais qui ait reçu un prix au Festival de Cannes…dingue.

Sa maison incroyable avec une vue superbe sur l’île de Omi dont on fera le tour en bateau le lendemain. Après 25 ans ã Tokyo, il a eu le coup de cœur pour cet endroit. On le comprend.

Et puis Nagato. Partout le portrait d’une jeune femme.

On est dans la ville natale de KANEKO MISUZU.

Née en 1903, elle a fait de longues études, ce qui était rare pour une fille à cette époque puis elle a rapidement commencé à écrire des poèmes pour enfants et des chansons. Elle tiendra une librairie à Shimonoseki. Elle se marie à 23 ans. Mais son mariage arrangé marque le début de la fin pour Kaneko. Son mari lui interdit de continuer à écrire. Elle recopie alors ses 512 poèmes dans trois carnets et arrête d’écrire. Un an après son mariage , elle a une fille. Passant son temps dans les quartiers chauds, son mari lui transmet des maladies vénériennes dont elle souffrira toute sa courte vie. Elle demande le divorce. Mais à cette époque, c’est le mari qui a la garde des enfants. Kaneko se suicide en 1930 en laissant une lettre pour que ce soit sa mère qui élève sa fille.

Ici en japonais puis en chinois. Les Japonais apprennent trois alphabets : le plus simple est le Hiragana, le Katagana et les Kanji.
Ici, Mary chez qui nous logeons, nous a entouré des exemples. Dans la même phrase, on peut utiliser plusieurs alphabets. Si on veut écrire des mots d’origine étrangère comme café, poste etc. On utilise le katagana.

C’est un autre poète qui va remettre en lumière, en 1982, l’œuvre de la jeune poétesse. Il va découvrir les trois carnets chez le frère de Kaneko. Aujourd’hui, ses poèmes sont appris dans les écoles, un film a été fait sur sa vie et son œuvre traduite en dix langues…dont le français.

Et puis Nagato, ce sont des paysages somptueux… Tour de l’île de Omi.

Sur le port. Huîtres énormes, farcies.
Assiette avec huîtres, coquilles saint Jacques et bulot. Le déjeuner est prêt.

…et un super bivouac au-dessus du port.

Japon Article 18. De la mer du Japon vers la mer de Seto.

MATINALES

Nous enfourchons généralement le vélo entre 7h30 et 8h. C’est l’heure où écoliers, collégiens et lycéens sont dans la rue pour rejoindre leur établissement. Tous en uniformes, jusqu’aux chapeaux et aux cartables de même style. Pour l’instant, on a toujours vu les filles en jupes plissées, les couleurs variant selon les écoles.

Des pratiques qui créent du lien.

Alors qu’on cherchait un distributeur dans une gare, on voit le chef de gare sortir précipitamment de son bureau afin d’aller saluer les élèves qui arrivent par l’escalator menant aux quais. Régulièrement, sur un ton joyeux, il s’incline devant chaque groupe de jeunes qui apparaît en leur souhaitant une bonne journée.

Devant un lycée, échelonnés sur le trottoir qui mène de l’arrêt des bus à l’entrée du lycée , on a compté au moins quatre employés de l’établissement qui s’inclinaient au passage des groupes d’élèves en leur souhaitant le bonjour.

A Yufuin, on est allés à l’ouverture de la poste pour envoyer un colis. Quand la porte s’est ouverte, quelle n’a pas été notre surprise de voir les sept employés se lever comme un seul homme pour saluer les clients qui entraient. Comme partout au Japon, la jeune femme qui nous sert est tout sourire et fait son maximum pour être efficace, mais les formalités pour l’envoi d’un colis de 450g dureront environ une demi-heure. Pour nous remercier de notre patience, elle reviendra vers nous avec des bonbons, des caramels…et une petite pince ! On aime bien le Japon.

7h45. Petite musique guillerette, et c’est l’heure pour les employés de cette entreprise de faire quelques mouvements de gymnastique.

Souvent, à la sortie d’un supermarché, une vieille femme cherche notre regard pour échanger avec nous. Sourires. Se faire comprendre sans parler la même langue. En montrant les vélos on nomme les villes japonaises qu’on a traversées et celles vers lesquelles on roule….échange éphémère mais qui met de la joie sur leur visage et sur le nôtre.

APRÈS YUFUIN …sur la route

Les deux premières heures de vélo ont été plutôt verticales puis il a été agréable de passer de village en village le long du littoral jusqu’au changement d’île. Des villages tranquilles parcourus par de nombreux cours d’eau. Comme la Corée, le Japon est un pays d’eau et de montagne.

Jusqu’à présent, on peut dire que les pistes cyclables empruntées ne sont pas toujours bien entretenues. Des branches d’arbres ou de grandes herbes empiètent sur la voie. Parfois, les voies sont faites davantage pour les piétons. Sur les derniers kilomètres avant la traversée vers Honshu, la largeur était insuffisante pour nos sacoches. Quand c’est trop pénible, on roule avec les voitures.

On doutait….et c’était bien la route à prendre.
Quand on disait même au milieu de nulle part.
Pierre descend de vélo…ce qu’on appelle mouiller la chemise.

Le Japon est le pays du sourire et du plastique.

Tout est emballé. Très souvent à l’unité. Le plus drôle pour nous a été de tomber sur une boîte de cure-dents où chaque cure-dents était sous plastique !

Au marché. Et presque tout le monde porte le masque dans les commerces.
Les ruelles silencieuses des petites villes .
Au début, on pensait à des coquelicots rougissant dans les rizières.
Et puis non.
Plantnet nous situe cette plante dans la famille des amaryllis.
Après les rivières, la mer.

En arrivant à la limite de Kyushu, on ne savait pas encore comment on allait traverser. On savait qu’il y avait un pont mais très haut, peut-être interdit aux vélos, et à 9 kms de notre position. Quand on a compris qu’on passait devant une gare maritime, on a tenté le coup et un bateau nous a attendus quelques secondes afin qu’on puisse grimper avec nos montures. Merci pour vos sourires.

Au revoir Kyushu.
Le pont qu’on n’aura pas pris. On aime mieux les bateaux. On a eu très brièvement une grosse averse dans la journée. Abrités sous un arbre, un homme nous a proposé un abri chez lui et est venu nous apporter des serviettes, nous demandant d’où on venait, ce qu’on faisait comme périple. De la gentillesse. Partout.

HONSHU. C’est la plus grande des quatre îles principales qui forment la colonne vertébrale de l’archipel. Aux alentours de ces quatre îles, des dizaines d’îlots plus ou moins grands.

On a pris de la hauteur à Shimonoseki, ville célèbre pour le traité qui a signé la paix entre la Chine et le Japon en 1895.

Baguettes et fourchette se côtoient régulièrement.
Porte du plus vieux temple Rinzai zen du Japon encore existant se situe à Shimonoseki. 1327.
Trésor national. Comme son toit composé d’écorce de cyprès et refait tous les trente ans.
Endroit sobre, presque personne. Loin des foules qui fréquentent les temples de Kyoto et Tokyo.
Notre Dame. Grand hôtel.

Et puis on décide d’aller sur l’île de TSUNOSHIMA dont on ne connaissait pas encore l’existence la veille. Là, on prendra le pont le plus long du Japon avec ses 1780 m. Même pas impressionnés parce que celui de St Nazaire fait presque le double !

Une grosse bosse à l’arrivée. Un vent latéral qui rendait la traversée dangereuse car on roulait à côté des voitures.
C’est nous. Des Japonais nous ont pris en photo. Un bruit lugubre extraordinaire dû au vent à travers les rambardes.
Avant la traversée histoire de prendre des forces…un petit curry excellent cuisiné par un Népalais venu nous parler. Le seul qui parle anglais et travaille ici depuis six mois. Les Japonais ? Respectueux. Et si gentils. On était contents d’entendre le même avis que le nôtre de la part d’un travailleur étranger.
Ne pas oublier le support pour reposer la tasse.
Îlot avec présence d’orgues basaltiques. Une pensée pour l’Irlande et sa célèbre chaussée des Géants.
Même sur les îles, on retrouve les montagnes. On n’est pas à l’île de Sein.
Une charmante petite église à côté d’un camping fermé.
De toute façon, on avait décidé de dormir au pied du phare.
Les gens qui passeront nous salueront.
C’est au Japon tout de même.
On mangera une pizza ! A 500 mètres, un resto, le seul ouvert sur l’île, fait d’excellentes pizzas à emporter. Tout est parfait.
Notre plus beau spot de bivouac au Japon pour le moment.
Pierre : on a tout un phare pour nous et pas d’électricité pour recharger nos téléphones !
Le lendemain…
L’île de TSUNOSHIMA est soulignée. Ce soir on dort à Hikari.