Ils sont pris en charge, dès que possible, par des associations comme Women center, le secours catholique. Quand les femmes font le 115, elles sont mises à l’abri pour trois nuits, mais après, il faut trouver une solution.
On a pris un de nos deux jours off en semaine pour aller les voir au Secours catholique. Deux fois par semaine, l’association Women Center les amène là pour qu’elles aient un espace à elles, chaleureux, où elles puissent manger un gâteau , boire un thé et discuter. Se sentir en sécurité.
La présence des hommes n’étant pas souhaitable, Pierre est resté en haut côté hommes.
J’avais demandé dans la semaine à l’une des responsables du Secours catholique si je pouvais venir passer un peu de temps avec elles. Ayant l’autorisation, je suis émue de voir enfin des femmes et des enfants de migrants car en un mois, c’est la première fois.
Les enfants jouent à côté, dansent avec des bénévoles de Project Play , association qui partage l’auberge des migrants avec nous pour entreposer jeux, livres et jouets.
Trois femmes sont autour d’une table, à boire un thé. Dès que je leur souris, elles m’invitent timidement à m’asseoir avec elles. Myriam et Cima sont Iraniennes catholiques. La troisième femme, Mouna, est éthiopienne musulmane. Elles sont amies, je ne sais pas depuis quand. Les trois femmes parlent anglais.
Mona, jolie petite femme enveloppée dans un voile marron, me fait penser à un petit oiseau effarouché mais souriant qui me dit: merci à tous les gens ici qui sont tellement gentils avec moi. Merci. You Welcome. Elle est seule ici. Ne pas poser de questions pour ne pas leur faire revenir des souffrances, des traumatismes. La confidence viendra…ou pas.
Myriam, plus âgée que Cima me dit qu’elle a fait le 115 hier et que dans deux nuits maintenant, elle ne sait pas où elle dormira. Je n’ai rien à proposer. Je m’assure qu’on lui a bien donné une feuille avec tous les contacts des organismes d’aide à Calais, écrite en anglais et en arabe. Elle est arrivée la veille de Briançon où il y a également un refuge pour les migrants.
Mais c’est surtout Cima qui est la plus intrépide et qui me raconte son histoire. Belle femme d’une petite quarantaine, Cima est maquillée et ne porte pas de voile sur la tête contrairement à sa concitoyenne Myriam. Divorcée, elle est partie seule avec ses deux enfants. Marcher, marcher. L’Iran, ce n’est plus possible pour les femmes. Les Ayatollahs ont toujours la main mise sur la vie du pays. On évoque le Shah, Soyara, Fara Dibah. Elle espère qu’un jour son fils aîné, le Prince Reza Palhavi qui vit aux USA, reviendra en Iran et reprendra les manettes du pouvoir. Et elle fait un geste de prière…
Elle a traversé de nombreux pays dont la Turquie où elle est restée deux ans. Ses enfants étaient scolarisés mais plusieurs fois ont été battus au sein de l’établissement. Quand elle voulait en parler aux responsables, on lui disait qu’elle n’avait rien à dire, elle, la réfugiée…puis la Grèce, l’Italie…Mais, tu as quitté ton pays depuis combien de temps ? 7 ans. Sept années à fuir, à courir après un rêve. Ses enfants ont aujourd’hui 11 et 16 ans.
Fatiguée . Marcher. Marcher. La peur. Si fatiguée. Elles m’ont donné leur numéro de téléphone.
Je repense aux visas délivrés par la France aux Chrétiens d’Orient menacés par Daech. Je ne sais pas si ces femmes pourraient encore en bénéficier. C’était pour les Irakiens et les Syriens en 2015. Je ne suis pas juriste. Mais je pose la question aux services concernés qui peut-être trouveront une piste.
Je suis retournée aujourd’hui lundi, dans l’espoir de les revoir, je leur ai apporté des petites douceurs, mais je ne les reverrai pas. Elles sont pour quinze jours, et c’est très bien, dans un CAES ( centre d’accueil et d’examen des situations) à 1 h 30 de Calais, qui, si elles le souhaitent, examineront leur possibilité de demande d’asile en France. Mais comme elles ont été dublinées, cf article 6, elles perdent encore 18 mois au moins à attendre…
Je fais la connaissance d’autres femmes. Une vieille femme hongroise aux yeux clairs qui, paraît-il, est là depuis longtemps. Elle ne parle qu’anglais. Que fait-elle là toute seule ? Une Iranienne de trente ans qui est chanteuse. Impossible dans son pays. Elle est musulmane sur le papier car pas le choix , mais elle ne pratique pas. France ou Angleterre ? Cela lui est égal. Si elle peut vivre en sécurité. C’est grâce à un cousin qu’elle a voyagé cachée dans deux camions différents, et un peu en bateau. Elle n’a pratiquement rien vu du périple qui a duré deux mois et demi . Quand elle se lève, je découvre qu’elle boîte comme les personnes chez nous qui contractaient la poliomyélite. Elle est stupéfaite d’apprendre que nous sommes des bénévoles. Pleine de gratitude pour toutes ces personnes qui l’accueillent depuis son arrivée la veille. Échange de numéro de téléphone. Elle promet qu’elle donnera de ses nouvelles. Bonne chance Sofia! Je te souhaite un bel avenir.
Inchallah !

A la warehouse ( l’entrepôt). On charge le van avant la distribution.




































