MALHEUREUSEMENT…
NOUKOUS. La grande ville du désert où se trouve le musée Igor SAVITSKY. Un taxi nous attendait pour aller à Muynak.

En route vers Muynak.
D’abord, traverser des kilomètres de déserts aux différents noms et puis, après NOUKOUS et la route défoncée, arriver dans un endroit un peu glauque, qui semble abandonné à la rouille et au vent. Ambiance Bagdad Café de bout du monde ou bien ambiance vieux westerns où une barrière cassée n’en finit pas de gémir dans un lieu fantomatique. On aime bien. Notre nuit sur place correspondait bien à l’endroit. Notre chauffeur étant un taiseux, on n’avait pas compris qu’on dormait sur le site même de la « mer ».
Un couple travaille là où quelques yourtes occupent un terrain qui semble hors service. Des yourtes trouées, pas nettoyées, où n’existent plus de ficelles pour fermer le haut du toit, et il commence à pleuvoir. C’est comme s’ils avaient oublié qu’on devait venir ou ne l’avaient jamais su. Plus personne ne parle anglais, je me débrouille en russe et je pense avoir compris qu’on devrait recevoir des draps…aujourd’hui. Pour une fois qu’on a laissé nos duvets dans le coffre de la voiture du chauffeur qui est reparti depuis longtemps…On voit des douches mais le bâtiment est fermé. Non, il n’y a pas de douches pour ce soir. Et les draps arriveront bien…à 21 h.



L’homme et son fils mettent de la bonne volonté à fermer le toit de la yourte mais, avec le vent qui soufflera toute la nuit et l’absence de corde de fixation, le trou retrouvera rapidement sa condition de trou. Heureusement la pluie n’était que passagère.


Les choses ne sont pas bien rodées car pas encore habituées au tourisme et c’est tant mieux. Le couple est sympathique et fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. On croise quelques touristes ouzbeks venus à la découverte de leur histoire.
LA MER D’ARAL.
Elle était l’une des plus grandes au monde après la Caspienne, le lac Supérieur en Amérique du Nord et le lac Victoria en Afrique.
En 1961: 65 mille kilomètres carrés pour une profondeur maximale de 69 mètres, sa profondeur moyenne étant de 16 mètres. Il y avait 1064 km cubes de volume d’eau.
En 2010: 12 mille kilomètres carrés. Il reste 110 km cubes de volume d’eau. Profondeur maximale : 24 mètres.
La mer d’Aral était très importante pour l’industrie de la pêche et la haute qualité des espèces de poissons. On pêchait 25 000 tonnes de poissons et 2 millions de rats musqués pour leur peau. 20 millions de poissons en conserves étaient produits. 500 navires de pêche.
Aujourd’hui, le ARALSAND, sable composé d’engrais et de pesticides, est apparu à la suite de tempêtes de sel et de sable qui ont rejeté dans l’atmosphère de 75 à 80 millions de tonnes de sel de sable. On a retrouvé de ce sel dans les Alpes qui participe, lui aussi, à l’érosion de nos glaciers. Petit rappel qu’on habite tous sur la même planète.
Aujourd’hui encore, il est conseillé de bien nettoyer les semelles des chaussures au départ du site.
Photos et peinture du petit musée sur place qui relate l’histoire du lieu à Muynak.





Trois cartes qui décrivent bien l’évolution de la mer, tracées sur l’ espèce de grande équerre (voile?) en ciment qu’on aperçoit.






La Mer d’Aral aujourd’hui à Muynak, là où vivaient 16000 personnes de la pêche qui se sont retrouvées sans emploi.









MAIS POURQUOI CE DÉSASTRE ?
Dès 1918, les Russes détournent les principaux affluents des deux grands fleuves, l’Amoudaria et le Sidarya, pour irriguer les champs de coton et les rizières des zones désertiques.
Mais avant la seconde guerre mondiale, on cultivait surtout du blé.
La raison la plus connue de ce désastre est due à la monoculture intensive du coton imposée par Brejnev dans les années 50. Or blanc ou malédiction? Il fallait des tonnes de coton pour alimenter les industries textiles russes. Pendant plusieurs semaines, tout se focalisait sur le ramassage du coton jusqu’à la fin de la récolte : plus de mariages, plus d’école. Les cueilleurs étaient payés au poids ramassé à partir de 20 kg par jour. Moins de 20kg, les jeunes étaient logés et nourris.
En 1989, on a fait des travaux d’aménagement pour séparer la Petite mer qui existe encore au nord et la Grande mer au sud. Le niveau de la Petite mer commence à remonter.
Ce travail très dur de cueillette n’a été interdit pour les enfants que depuis 2017 ! par le président ouzbek actuel car on cultive encore le coton en Asie Centrale. Ce sont les compagnies internationales qui ont menacé le pays de ne plus acheter de coton ouzbek.
Mais il y a d’autres raisons.
On a fait sauter une soixantaine de bombes dans les années 50 pour trouver de l’eau potable, puis un canal souterrain (ou peut-être plusieurs) a été mis en place faisant passer l’eau vers la Caspienne.Les pêcheurs voyaient la formation de tourbillons.
Dès 1948, une des îles de la mer d’Aral accueillit une base nucléaire, dans un secret total, qui fut le plus grand centre d’essais d’armes bactériologiques de l’URSS ! Les pêcheurs voyaient les poissons morts, empoisonnés. Ce n’est qu’en 1991, avec l’effondrement de l’union soviétique que des journalistes découvrirent le secret.
Une bien triste histoire.