Entre hier et aujourd’hui, on a modifié quelques infos de l’article car on vient de rencontrer Olivier, marcheur suisse, qui a fait plusieurs tronçons du pèlerinage. J’écris en gras les parties modifiées ou ajoutées.
La première fois qu’on a cherché Sukoku sur la carte du Japon, c’était pour localiser le fameux pèlerinage aux 88 temples dont on avait lu quelques témoignages à travers notamment le livre «Le pèlerin de Shikoku » de Thierry Pacquier et le livre très drôle et fort bien documenté de Gideon Lewis-Strauss « Le pèlerin désorienté qui cherchait Kyoto à Compostelle. » Et non, on n’a pas lu celui de Marie Edith Laval « Comme une fleur de thé à Shikoku » dont on nous a plusieurs fois parlé. Peut-être en rentrant.

L’origine
Le pèlerinage date de 815 et aurait été créé par Kukai (appelé aussi Kobo Daichi) fondateur de la branche Shingon du bouddhisme. Le Chemin passe par 88 temples, mesure 1200 kms et est l’un des rares pèlerinages au monde à avoir un chemin circulaire. Donc le temple 1 n’est pas loin du temple 88 ! Mais le pèlerin doit bien sûr marcher dans l’autre sens, le sens des aiguilles d’une montre et, de même que le pèlerin de Compostelle possède sa credentiale à faire tamponner à chaque étape, le pèlerin de Shikoku porte dans sa besace un gros carnet dans lequel une calligraphie sera faite dans chacun des temples. Il peut y avoir plusieurs temples dans la même ville puis plus rien sur une vingtaine de kilomètres.

Le pèlerin
Il est habillé de blanc, symbole de pureté, mais autrefois, symbole aussi du linceul qui rappelait au pèlerin qu’il était prêt à accepter de mourir sur le chemin. Une chasuble, un chapeau, un bâton de marche, une clochette à clocher après la récitation du sutra. Des papiers de remerciements. On n’est pas obligé d’avoir toute la panoplie. En vente au temple 1.
Comme Compostelle, tout le monde peut le faire, que ce soit dans un esprit religieux, un besoin de réflexion sur sa vie, de remerciements, une période de deuil, un défi physique…tout est possible. Certains en font une partie seulement, prennent un bus, le font à vélo. Pour l’instant, on n’a vu qu’un Japonais le faire à vélo.
Lors de la première journée en quittant Kōchi, on a estimé à environ 40% le nombre d’étrangers occidentaux sur le total de pèlerins croisés.

Raymond, Canadien, 75 ans. A fait aussi Compostelle.






Exemple de mur qui empêche la vue sur la mer.
On n’a pas le temps de prendre tous les pèlerins en photo, on roule et on se croise puisque nous remontons Shikoku d’ouest en est. On a rencontré deux jeunes Français, Judith et Illona, une vingtaine d’années. Il apprend le japonais et elle a lu « Comme une fleur de thé … ». J’aime bien l’idée qu’un voyage naisse à partir de la lecture d’un livre. Beaucoup de mérite car ils portent leur tente.
Le pèlerinage de Shikoku est souvent sur de la route goudronnée mais certains tronçons sont sur des sentiers magnifiques de montagne ou dans la campagne. Mais parfois, le pèlerin marche au bord de la route, se retrouve sous les tunnels, voit la mer sur certaines portions mais pas toujours à cause des murs de protection et certaines villes industrialisées sont à traverser. L’affaire ne nous a pas tentés.


Ana nous parle de la gentillesse des Japonais vis-à-vis d’elle. En tant que pèlerine, on lui a offert plusieurs fois des fruits, une boisson, une fois un hébergement.
L’hébergement, depuis le Covid, est beaucoup plus difficile à gérer pour les pèlerins. De nombreux sites n’ont pas rouvert et les temples accueillent de moins en moins alors ils dorment essentiellement dans des hôtels ou, moins chères, dans les guesthouses. Pas de gîtes ou refuges qui font partie du charme et de l’ambiance du Chemin de St Jacques. Le pèlerinage se déroule sur à peine quatre mois par an qui connaissent alors une grosse affluence.
On a dormi dans une guesthouse, à Hiwasa, tenue par Philippe et Yue, un couple franco-japonais ensemble depuis 50 ans. Traducteur- interprète quand il travaillait, Philippe nous a appris beaucoup de choses sur le Japon. Concernant le pèlerinage, il nous expliquait que les Japonais ne cherchent pas à en tirer profit, à faire du business autour de ça. Ils sont prêts à aider les pèlerins si besoin, à leur offrir quelque chose comme nous l’a confirmé Ana mais à titre personnel et gratuit. Il nous disait que, contrairement à ce que souvent les Occidentaux pensent, les Japonais ne sont pas religieux. Il n’y a ni enseignement religieux ni pratique régulière au temple sauf pour un événement.


Les Japonais se rendent au temple Shintô pour la naissance d’un enfant, un mariage. Quand ils se promènent, ils vont y faire un tour pour secouer le battant de la cloche, faire un voeu et jeter une pièce.
Ils se rendent au temple bouddhiste pour les rites funéraires et le SAV. Des cérémonies qu’ils vont réserver et payer et qui se dérouleront tant de mois et d’années après la mort de la personne. Et les Kami ? Oui, les Japonais croient encore pas mal aux Esprits de la nature comme chez nous autrefois. Par Toutatis !

Quelques photos de Kochi. Il faut aller chercher le littoral à une douzaine de kilomètres de son centre.








