Shikoku est l’île la plus rurale des quatre îles principales constituant le Japon avec des vallées très encaissées et des régions très différentes les unes des autres. Le nord, le plus fréquenté, est le plus urbanisé et industrialisé alors que le cœur de l’île conserve encore vallées somptueuses, gorges peu accessibles, cascades en tout genre et permet d’atteindre le sud, la partie la plus belle de Shikoku d’après nos rencontres et nos lectures.
On a donc planifié notre traversée de Matsuyama à Kochi sur trois jours en passant dans les gorges de Yasui et de Nakatsu où coule la rivière Niyodo très célèbre pour la couleur de son bleu !

Premier jour prévu (proposition GPS) une étape de 45 kms, 11 km/heure pour vélo non chargé et 1130 m de dénivelé. Une étape qui nous amènera…au milieu de nulle part, quelque part dans la montagne recouverte de forêt. Un cycliste averti en vaut deux donc on a fait du ravitaillement pour deux jours. On sait que le deuxième soir, on devrait être dans un village. Comme on s’y attendait, la montée a été rude, il faisait encore très chaud au cours de cette journée même si, pour la première fois depuis le début du voyage, on a sorti des manches longues ! Après l’ascension bien transpirante, la descente rapide en altitude et à l’ombre nous a donné la chair de poule ! Obligés de nous arrêter dans une magnifique descente pour mettre une veste! Du jamais vu…Pierre a eu très froid aux doigts mais il a refusé ma paire de gants offerte pourtant généreusement. On était gelés. Un comble !


Le premier jour a été le plus physique entre traversée de petits hameaux, poussée de vélos et forêts de conifères et aussi quelques gingko biloba et leurs abricots argentés. Nuit de bivouac.



Le second jour: 56 kms, 1300 m de dénivelé. Pour nous, le jour le plus beau, quand on a rejoint les gorges et suivi la rivière Niyodo. La belle récompense.











Le GPS parfois nous choisit des « sentiers VTT ». Pour moi c’est quoi un sentier VTT? C’est le nez dans les toiles d’araignées. Ou bien personne ne passe jamais sur ces chemins oubliés de tous, sauf des arachnides, ou bien, elles retissent vite fait! Pierre, qui passe derrière, connaît rarement la sensation désagréable du visage entier dans la toile. Quand la toile est assez haute entre les branches, c’est ma visière qui perfore. Quand c’est un peu plus bas, c’est mon nez. Et je découvre alors physiquement ce que tout le monde sait théoriquement : un fil de toile d’araignée est très résistant. Plus que l’acier. Tu es sur ton vélo, sur un sentier chaotique et en pente bien sûr, donc les deux mains sur le guidon et tu te retrouves la tête prise dans la toile. La perfide araignée sait pertinemment que tu ne peux alors pas lâcher le guidon et elle en profite. Quelle étrange sensation que ces fils qui ne se cassent pas tout de suite. Pendant une fraction de seconde, le fil est élastique et tu te demandes qui va gagner, si tu vas passer et surtout où l’araignée est passée! Et quand ça lâche, la toile s’accroche à toi avec tous les autres proies capturées avant toi. J’aime pas les sentiers VTT.
Après plusieurs combats sur des chemins mal entretenus et des têtes à tête avec les bêtes à huit pattes, on a décidé de gratter un peu sur le dénivelé et de finir sur des routes plus civilisées, pour se retrouver, sans le savoir, l’autre récompense de la journée, au milieu d’un festival de cosmos ! C’est là que sera notre deuxième bivouac.






Malheureusement, la troisième journée se déroulera entièrement sous la pluie, ce qui nous est rarement arrivé. On dormira à Kochi dans un hôtel.