Merci Emmanuelle d’avoir joué et bravo à Meriem pour la bonne réponse – mais tu es allée au Japon, ça aide!
La consigne est bien faite pour les parapluies.

Photos prises entre Yanagawa et Kikuchi. De belles grimpettes. 68 km.





On roule maintenant d’ouest en est sur l’île de Kyushu pour rejoindre le parc national de ASO. Depuis Yanagawa, une étape d’un soir à Kikuchi permettra de faire le trajet en deux jours. Quand la journée commence, le temps est maussade et on est sûrs de rien. Mais finalement le temps s’est amélioré et il est temps désormais de chercher un lieu de bivouac.
Dans la campagne avant Kikuchi, rien ne nous plaît, on est maintenant à l’entrée de la ville. Une première hésitation sur les hauteurs. On se dit qu’on va voir plus loin, dans l’un des parcs de la ville. Et puis on tombe sur les bords d’une rivière. Coup de cœur. Installation. Toilette et lessive dans la rivière.


Ça y est. On a prévu soirée lecture. J’ai commencé un roman d’un écrivain japonais dans l’avion et j’en suis toujours aux 20 premières pages. Je suis bien calée dans mon siège au bord de l’eau quand Pierre me dit : on a de la visite. Le livre se referme pour je ne sais combien de jours…Ami ou ennemi ?
C’est la première fois que notre bivouac est aussi visible. On a des maisons dans le dos et des promeneurs nous voient du pont d’où Pierre a pris la photo. Risque 1 : se faire déloger . Risque 2 : se faire inviter.
Je me retourne. C’est un homme tout sourire, ne parlant pas un mot d’anglais, qui arrive une bouteille à la main. On penche plutôt pour le risque 2. Nos applis traducteurs ne veulent pas traduire mais avec des verres à la main, on se comprend. Enfin surtout Pierre car je ne bois pas d’alcool.
Le vin est un rosé japonais. Avec sa main, Také nous fait comprendre que le vin français est tout en haut de la toise, juste au-dessous il situe le vin italien et au ras du sol….le vin japonais. C’est un Japonais qui le dit . Pierre lui dit que son rosé n’est pas si mauvais.

Také, c’est son nom, ne peut pas croire qu’on va dormir dans cette tente. Je lui fais la visite des lieux. C’est assez rapide . Deux matelas et deux duvets. L’essentiel. Il nous demande ce qu’on va manger. On sort un assortiment de japonaiseries achetées dans la rue. On sent qu’il a déjà pitié. Sa maison est juste derrière. On est invités. Il passe des coups de fil et nous fait comprendre qu’il s’en va et qu’on va le rejoindre. Entre temps, un couple arrive vers nous. Matt est américain et Yumi japonaise, elle parle couramment l’anglais. Ce sont des amis de Take. On ne va plus se quitter jusqu’au lendemain après midi.

Maison très moderne, très spacieuse et confortable. Sur la table, c’est l’apéro. Il faut qu’on goûte à tout. Il y a longtemps qu’on n’a pas autant mangé. On a apporté nos victuailles. Bien minces. Et puis ça sonne à la porte. Un ami à lui, hilare, débarque avec une dizaine de bières, des trucs à manger. Puis quelques minutes plus tard, c’est sa femme qui se joint à nous. Et on recommence : oui on dort sous la tente. La toilette ? Dans la rivière. Les toilettes ? Dans la rivière. Chaque réponse provoque des gloussements d’admiration et en même temps, comme nous l’explique Matt qui vit au Japon depuis une dizaine d’années, pour eux, c’est inconcevable. Unbelievable. Le copain de Take nous voit déjà attaqué par des chiens et des moustiques. On confirme pour les moustiques. Mais on a un spray. Et les chiens ? C’est moi qui les mords. Lui est mort de rire.





Také veut absolument qu’on dorme dans le salon qu’on aperçoit derrière moi. On le remercie mais on a préparé nos affaires dehors.
On rit, ils boivent, je suis au thé vert qu’il me sert avec des glaçons. L’une des premières questions des Japonais en général est l’âge. Pierre fait tout le temps son petit effet avec ses 74 ans. Et là, Take regarde Pierre et dit un truc en Japonais traduit par Yumi en anglais que je traduis à Pierre qui n’a pas compris. « Také te trouve joli. Il aime bien ton…nez. Il trouve qu’il est beau. » Pierre: Hein mon nez ? Il est beau ? Du coup , il n’arrête plus de se le toucher en riant ! Bon, il n’a pas fait son coming out. Ça fait bien deux heures maintenant que tout le monde passe du vin aux bières et Pierre me dit qu’il faut qu’il mange car ça fait des mois qu’il n’a rien bu. Il y a de quoi faire sur la table. Také a une entreprise qui fabrique des baguettes. Il nous en offre.
Yumi et Matt m’annoncent que Také m’a préparé…un bain ! J’imagine en France…des gens que tu invites pour la première fois chez toi et à l’heure de l’apéro…allez, au bain !!! FURO en japonais. Très chaud. Je remercie mais je me suis déjà lavée dans la rivière. Pour eux, c’est inimaginable. Je finis donc dans une super salle de bains où m’attend une baignoire avec des tas de boutons. Je n’y touche pas, j’ai peur de faire des bêtises….ou de m’électrocuter. Ce qui serait aussi une bêtise. S’affiche la température : 43 degrés. J’adore. Encore plus écrevisse. Ça change de l’eau de la rivière. Pierre me succédera.
Kiri San demande ce qu’on a prévu demain. Le parc national de Aso. Cris d’orfraies. Mais c’est hyper dur à vélo ! Le plus haut volcan du Japon ! Et voilà qu’il propose de nous emmener avec nos vélos dans sa voiture. Matt et Yumi viendront également passer la journée avec nous. C’est d’accord. Ne pas rater une occasion de partager des moments avec des gens du coin. Rendez-vous demain matin pour passer la journée ensemble. On ne reverra pas Také parce qu’il se lève à 4 heures pour aller travailler. Merci Také pour ton sens de l’hospitalité.
C’est drôle, quand on y pense, la manière dont se font les rencontres. Normalement, on avait un contact Warmshowers à Kikuchi , couple de cyclovoyageurs qui a écrit un livre sur leur périple de deux ans à vélo mais c’est le week-end et ils sont absents ! C’est ainsi que notre bivouac au bord de la rivière nous a permis de faire ces belles rencontres…
Le lendemain matin, Kiri San est venu à 8 heures à notre bivouac pour prendre nos vélos et nos sacoches. Il nous offre le petit déjeuner ( french toasts!) chez Yumi et Matt.




En attendant 10 heures, l’heure de fermeture de leur café, Shodo, un moine bouddhiste zen, ami du groupe, nous a rejoints. Il parle anglais. Et nous voilà partis visiter le temple dont il a hérité. C’est comme ça au Japon.


Et nous voilà partis à deux voitures pour le Mont Aso. Grâce à eux, on ira à plusieurs points de vue qu’on n’aurait jamais pu faire seuls à vélo. Trop éloignés les uns des autres.










On se quitte dans l’après-midi. Un grand merci à chacun d’entre eux. On descend nos vélos et sacoches de la voiture et on commence à pédaler direction la ville de Aso à 13 kms où on espère trouver une auberge de jeunesse.

Quelle chance d’avoir eu le privilège de partager ces moments ! Cela a été possible parce qu’à vélo on est accessible et qu’on est dans des contrées peu touristiques. On sait bien que les relations sont complètement différentes dans les grandes villes cosmopolites. À très bientôt.