Article 23. STROMBOLI…quand tu nous tiens…

Du détroit de Messine l’archipel des éoliennes n’est plus très éloigné.

On avait prévu de passer une nuit sur l’île de Stromboli mais nous en passerons trois à cause du mauvais temps. On savait qu’il y avait un risque, déjà visible la veille sur l’île de Lipari, mais si on voulait voir Stromboli et pédaler ensuite jusqu’à Palerme, il fallait tenter.

Stromboli est la plus éloignée. Le bateau a fait des escales à Vulcano, Lipari et Panarea avant de nous déposer à bon port. On aime bien la traduction Isolé en italien pour le mot îles. Ça colle bien à la réalité.

Ciel déjà bien menaçant sur Panarea.
Un premier arrêt bref au plus petit port du monde, Ginostra, où vit, juste au-dessus, une quarantaine de personnes…on espère qu’ils ont des voisins sympas…Le bateau passe d’abord à Ginostra, en haut sur la carte, puis contourne le volcan dans le sens des aiguilles d’une montre, pour nous emmener au Port, Porto. À droite, on voit la Sciara del Fuoco, lieu d’écoulement de la lave, qu’on ira voir au plus près qui soit autorisé. Du village, on ne voit pas le cratère. Il faut aller sur les flancs de la montagne.

Les moyens de transports locaux qui sillonnent le village de Stromboli.
On découvre le village de Stromboli, avec ses paroisses de San Vincenzo et San Bartolo. Environ 400 personnes vivent là à l’année. D’après l’une des habitantes, les gens s’entendent bien et s’entraident. Une femme d’une quarantaine d’années a fait des études en Italie et a choisi de revenir ici parce que c’est là que vit sa famille. Une autre femme évoque le volcan, la main sur le cœur.
L’île possède une école où les enfants y restent jusqu’à l’âge de 14 ans. Ils ont trois classes : les petits, le primaire et le collège. En tout, il y a une cinquantaine d’enfants. Ensuite, les jeunes sont internes à Lipari ou Milazzo. Cela fait penser aux écoles sur les îles bretonnes. Difficile de faire des photos pendant le voyage car nous sommes toujours à l’intérieur du bateau et il faut rester assis.

On fait la connaissance d’un couple canadien, Réjean et France, arrivé sur le même bateau et dormant au même endroit que nous, avec qui on sympathise et qui part avec nous à la recherche de la même chose, ce qui n’est pas très étonnant. Pour faire du shopping, il vaut mieux choisir une autre destination…

Notre idée était de faire en soirée soit l’ascension du volcan, soit une balade en bateau qui permet de voir les éruptions permanentes du volcan. Ne pas perdre de temps car la météo peut être pire le jour suivant. Passer la nuit sur l’île nous permettra de faire l’ascension le matin si ce soir on choisit bateau. Notre retour est prévu à 16h 15 le lendemain.

Notre terrasse.

Dès qu’on est installés, c’est à dire dès qu’on a jeté notre sac sur le lit, on part dans le village à la recherche d’un guide. Il est déjà 16h 30. Notre hébergeur est sceptique. Demain il va pleuvoir. On crève de chaud sur nos vélos depuis des semaines et demain il va pleuvoir !!! Sacré Eole, dieu responsable des tempêtes selon les Grecs. Pour tous les écrivains de l’Antiquité, Stromboli était le siège des damnés, la porte de l’enfer. On choisit des endroits sympas…

Rapidement, on tombe sur une agence avec un guide qui parle à peu près le français. Son collègue est occupé à démonter la pancarte qui indique les ascensions. Ça sent la fin de saison. Sans aucune hésitation, il annonce la couleur: aucun guide ne partira ce soir, le temps est trop mauvais. Demain matin non plus. Peut-être demain après-midi à 15h30. Oui mais nous on repartira à cette heure. Enfin, à ce moment-là, c’est ce qu’on croit.

Mais au fait, pourquoi un guide ? Qu’est-ce qu’il est permis de faire sur le Stromboli ?

On n’est pas au Puy de Sancy. Le Stromboli est un volcan en activité permanente depuis l’Antiquité qui expulse trois à sept fois par heure, de la lave incandescente. Il mesure 2000 m en tout mais seuls 920 m sont au-dessus du niveau de la mer. Il y a quelques années, on pouvait y grimper jusqu’à 900 m avec un guide. Mais il y a eu des accidents dont le dernier date de 2019. À cette époque, le randonneur pouvait monter seul jusqu’à 400 m et, pour aller plus haut, devait prendre et payer un guide. Aujourd’hui, on ne peut pas dépasser les 290 m. La montée accompagnée d’un guide permet d’aller seulement à 400 m. Il vaut mieux respecter la règle sinon :On ne peut pas dire qu’on ne sait pas. Panneau situé aux 290 m.

Réserves d’eau.

Je propose qu’on fasse l’ascension tous les quatre. On s’achète vite fait un truc à manger là haut, on met ce qu’on a de plus chaud mais avant, on décide de repasser par le port voir un peu l’ambiance. On tombe sur un capitaine qui nous propose de faire le tour en bateau jusqu’à la « pente du feu ». Finalement, on opte pour le tour en bateau, on verra après. Sa petite embarcation bouge beaucoup, la mer est bien formée, pas de gilet de sauvetage. J’ai le mal de mer mais la situation est contrôlée. « Capitan professionnal » n’arrête t’il pas de répéter…ouais…on espère…

Il n’y a pas de coulée de lave, cela n’arrive pas tout le temps, mais on voit bien les éruptions et des projections au-dessus du cratère. Rouge sur le fonds noir. Les photos ne donneront rien. Le bateau bouge, le vent souffle mais c’est beau et on est contents. On entend le grondement du volcan. Des explosions plus puissantes envoient des projections jusqu’à 500 m de hauteur 2 à 5 fois par an et tous les 5-10 ans, des explosions paroxystiques énormes. Les dernières datent de 2003 puis 2007. En 2019, deux grosses explosions avec coulées de lave ont tué un randonneur. D’où la nouvelle réglementation. Certains grimpent quand même en douce de l’autre côté et vont plus haut, dont un Français qui vient depuis une dizaine d’années régulièrement. Nous, on respecte le règlement.Le bateau est derrière nous. Réjean et France, en retraite, qu’on espère bien revoir en France.

On rentre après, fatigués, où on pique-niquera ensemble sur la terrasse de notre hébergement. La même chose, dans la nuit, avec les moustiques en plus.

Le lendemain, des coulées de boue ont envahi les rues. Des morceaux se sont effondrés. Notre logeur nous dira qu’il n’a pas vu ça depuis cinquante ans. Au loin, le Strombolicchio, un îlot des îles éoliennes. Le bébé du Stromboli. On peut y faire de la plongée ainsi qu’à Stromboli. Pierre râle un peu de temps en temps. Bah oui, on patine un peu mais plus on monte, plus c’est facile. On a un vent de ouf. Sommet en ligne de mire et traces anciennes de passage de lave. La fameuse pente de feu. 700 m de large. Beau toboggan qui se prolonge sous l’eau. Tous les quarante ans environ, la lave coule jusqu’à la mer. Dans ces cas là, l’eau bout. Pierre dit que les habitants viennent ramasser les crevettes cuites le lendemain….Aujourd’hui on est plutôt dans l’humidité.

Entre les panneaux qui indiquent le village et la pente de feu. Avec le vent, mes chaussures seront sèches pour le lendemain.

Il faut être…motivée.

Le belvédère.
290 m

Le point le plus haut autorisé. Les fumées prennent des couleurs variées. Grises, bleutées, jaunes.

Quand ça sent le soufre à Stromboli, c’est un signal d’alarme pour les habitants qu’une éruption importante se prépare. Plusieurs points de surveillance et d’observation se trouvent sur l’île. On redescend sur le village. Il n’y a pas d’eau douce sur l’île. L’eau est dans des citernes amenée en bateau. Scooters et voiturettes qui livrent dans les ruelles.

Le lendemain, on a du soleil et la mer nous semble calme mais on apprend très vite qu’il n’y aura pas de bateau avant demain…peut-être.. On refait l’ascension avec Réjean, France préfère rester au village. Et là, les photos sont plus belles.

La Sciara del Fuoco. On a un vent de ouf. La fameuse pente de feu. 700 m de large. Beau toboggan qui se prolonge sous l’eau. Tous les quarante ans environ, la lave coule jusqu’à la mer. Pas aujourd’hui. Dommage.
C’est quand même plus beau le lendemain sous le soleil !
Les cabris du Stromboli.

Et pour nous….la plus belle photo.

Le nectar des Dieux.

Le Malvasia. Le Nectar des Dieux. Raisins blancs. En France, il est connu sous le nom de Malvoisie.

Au printemps 1949, Rossellini tourne le film Stromboli avec Ingrid Bergman dans cette maison . L’été, ils passent parfois le film mais on est hors saison. Il y a des avantages mais aussi des inconvénients. On n’a pas vu le film Stromboli. Donc, pour la petite histoire, Rossellini tombe amoureux de son actrice Ingrid Bergman. Ça roucoule au pied du volcan mais monsieur est marié à une dame au tempérament…volcanique qui vient, chaque soir, pendant le tournage, insulter son infidèle de mari. Ambiance à l’italienne…on se dit que les gens de l’île devaient bien rigoler….

Pierre, qui n’a pas voulu prendre sa cape de pluie, se prend maintenant pour un cormoran. Il croit sécher plus vite comme ça….surtout ne pas contrarier…

Cieux apaisés pour notre deuxième soirée. Apéro sur la terrasse d’un couple de Français et de leur fille dont on a fait connaissance dans l’après-midi. Être coincés sur l’île leur a fait rater leur avion de retour. Ils rentreront avec un peu de retard. Résignation avec le sourire. Les Canadiens sont là aussi bien sûr. On se retrouve à 7 h le matin pour prendre le bateau et poursuivre chacun son chemin. Grâce à la petite famille française qui est restée deux semaines sur trois des îles éoliennes, on a appris beaucoup de choses et cela nous donne envie de revenir plus longtemps.

De retour à Milazzo, on récupère nos sacoches et nos vélos laissés dans l’hébergement et c’est reparti pour l’étape suivante, Capo d’Orlando.

Les conséquences des deux nuits supplémentaires à Stromboli nous mettent devant un dilemme rapidement résolu. On ne veut pas rater notre bateau du 11 novembre. Soit on pédale les 159 km restant entre Capo d’Orlando et Palerme et on n’aura pas le temps de visiter la capitale de la Sicile. Soit on prend un train entre ces deux villes, on pourra s’arrêter, visiter et dormir à Céfalu, et il nous restera deux jours et demi pour visiter Palerme avant de prendre le bateau de 23 h le 11 novembre. C’est la deuxième option qu’on a choisie et on ne regrette pas car on a passé une journée très intéressante aujourd’hui, jeudi 10 novembre, à Palerme. Mais le prochain article vous fera d’abord découvrir Céfalu, un très bel endroit.

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