Article 10. NAPOLI LA FOLIE

En trois mots, notre impression sur les premières heures passées à Naples : C’est l’enfer ! Benvenuti in Napoli.

L’enfer d’un bruit assourdissant de tout ce qui peut pétarader sur terre et qui s’est donné rendez-vous ici.

L’enfer d’une circulation anarchique qui ne respecte ni la couleur des feux, ni les priorités. Que le plus gros gagne. Ça ne sera jamais nous.

Les pavés. Il y a peut-être la plage dessous mais dessus c’est l’enfer. Des grands, prétentieux, des petits, sournois, souvent de guingois, sans joints et à des hauteurs différentes. Côtus ou pentus. Mal foutus. D’énormes trous. Des grilles d’égout parfois incomplètes. Pourvu que nos roues résistent.

Vue du trottoir, ça fait rire. Vue du vélo, ça fait peur. Même en Amérique du Sud, on n’a jamais eu autant de secousses sur les vélos en si peu de temps. Dentier s’abstenir. Je vérifie de l’œil droit si le téléphone est toujours bien rivé sur le guidon par ses quatre coins à son support, je jette un œil gauche mauvais sur les voitures et les scooters qui m’assiègent de toutes parts et le troisième œil évalue en une demi seconde si je dois dévier légèrement à droite ou plutôt à gauche pour éviter une marche trop haute, ou plutôt rouler dans le trou au risque d’abîmer la monture car aucune déviation même minime n’est envisageable.

Comme Charlie Chaplin quittant le travail à la chaîne dans les Temps Modernes, même quand on n’est plus sur les bicyclettes, on a l’impression qu’on tressaute encore…

Et puis Naples c’est aussi ces rues si typiques avec le linge aux fenêtres .

Bravo à l’ingéniosité du cerveau qui a inventé un jour la poulie pour faire coulisser les vêtements d’une fenêtre à l’autre.
Ça marche aussi avec le mur d’en face.

Et partout, ces très hauts murs peu entretenus. Euphémisme.

Une touche de délicatesse pour un instant suspendu sur un mur léprosé .
Le soir tombe . La petite boule lumineuse a attiré notre attention.
On s’assoit dans les rues. Certains prennent soin de leur chaise.
Certaines ont bien vécul ! Une chaise percée me dit Pierre.
Les rues du centre comme celles des quartiers alentours ont leurs lots de détritus. C’est le fléau de toute l’Italie, visible davantage encore à Naples. On se dit que cela nous déprimerait de voir un tel spectacle tous les jours. On voit des gens sortir de chez eux, magnifiquement habillés et apprêtés, pour se retrouver dehors à slalomer entre les détritus. Se sont-ils résignés ou y a t-il des décisions à prendre pour assainir leur environnement ?
L’art dans la rue, au-dessous des portes de la ville.

Mais Naples, c’est aussi la vie qui fourmille .

Des endroits fréquentés parce que c’est bon, varié et pas cher.
La bimbeloterie pour touristes à tous les coins de rue.
En plein milieu de la rue, dans le quartier des Espagnols, une terrasse. Porque le quartier des Espagnols ? Parce que les Espagnols y vivent ? Pas du tout. C’est parce que le vice roi d’Espagne, de son petit nom Pierre de Tolède, a fait construire ce quartier pour ses soldats en 1530.

Page Histoire.

Ce sont des Grecs venus de Rhodes qui ont fondé Naples, Neapolis, nouvelle ville en français. Mais l’histoire de Naples comme celle de nombreuses villes est complexe. Elle est passée de main en main connaissant des dominations byzantines, normandes, espagnoles, germaniques, françaises, siciliennes mais parfois pour la bonne cause.

Naples, dans les années 1530, était, juste derrière Paris, la deuxième ville européenne la plus peuplée en passant de 100 000 à 300 000 habitants. Et tout ça, grâce à qui ? Pierre Alvarez de Tolède, qui, juste après la peste qui a décimé la moitié de la ville, a développé Naples en améliorant la vie de sa population, en faisant de cette ville un phare artistique, culturel et politique. Il ne semble pas n’avoir eu que des qualités. Les libertés publiques, c’était pas son truc….C’est à lui qu’on doit les rues pavées de Naples. Pas sa meilleure idée….c’était peut-être d’équerre au XVI e siècle. Naples était la ville la plus importante du royaume d’Espagne se situant même avant Madrid. Ça fait drôle d’écrire cela. Et quand on voit l’état de la ville, on se demande ce qui a pu se passer. Grandeur et décadence.

Et puis Naples, c’est aussi beaucoup de beauté dans les églises, les musées.

Ils ont aussi leur Chartreuse qui n’a aucun rapport avec nos chartreuses mais la basilique est magnifique et surtout, après les centaines de marches avalées pour y accéder, un point de vue …voilé sur la ville.
Le Vésuve, en arrière-plan, nous attend après-demain. Golfe de Naples.
Des sculptures tellement réalistes! Quel talent.
Dans le musée archéologique qui est l’un des plus grands du monde, on retiendra ces deux jeunes Athéniens , Harmodios et Aristogiton, qui ont assassiné le tyran athénien Hipparque. C’est ainsi qu’on devient héros.
C’est le dieu des bergers et des troupeaux. Il porte deux cornes, est velu, à une tête de chèvre, ses membres inférieurs sont ceux d’un bouc. PAN, Ici avec Olympe.
La déesse Apollo avec sa lyre en porphyre, roche volcanique rouge.

Mais ce qui restera plus que tout dans notre souvenir de Naples est la visite de La Chapelle Sansevero et principalement de la statue du Christ voilé considéré comme l’une des plus belles statues au monde.

Le dimanche, on arrive à La Chapelle et on aperçoit rapidement une file énorme de gens qui attendent dans la rue. On va au guichet et la fille nous dit que c’est complet. On souhaite s’inscrire pour demain, non c’est impossible, il faut revenir demain matin avant 9h et peut-être aurons nous la chance d’avoir des places.

Le lendemain, on visait 8h30, on arrive à 8h40 et à nouveau une file très longue nous précède.

On se dit que c’est foutu mais, têtus comme d’habitude, on reste.

Après 45 minutes environ de queue, une jeune femme qui s’est adressée tour à tour à tous les gens de la file, arrive à notre niveau et nous demande si 10h45, c’est possible pour nous. Bien sûr ! On quitte la file pour aller prendre un ticket et on se balade dans le quartier en attendant l’heure.

C’est beau à en pleurer. On avait la larme à l’œil en sortant. Les photos sont interdites mais on a acheté les cartes postales et voilà. Sans file d’attente et gratuit !

Sculpture en marbre d’un Christ grandeur nature dont le voile est tellement fin qu’il a été dit que Raimondo Di Sangro , le mécène alchimiste et scientifique, avait enseigné ses connaissances au sculpteur GIUSEPPE SANMARTINO pour transformer un voile en tissu…en marbre.

Le linceul laisse paraître tous les détails des membres. On voit une veine gonflée au milieu du front et les creux du visage. Les pieds sont incroyables de réalisme.

Raimondo Di Sangro a voulu immortaliser ses parents à travers deux statues. Il avait 1 an quand sa mère est morte à 23 ans.

On l’appelle « la Pudeur » ou « la Chasteté voilée « . La plaque brisée représente sa mort prématurée.

Et son père. Tout le contraire. Vie de débauche. Pris dans les filets de ses vices. Mais quel filet ! Quand on pense que c’est en marbre. Personne ne voulait polir la statue par peur de casser les mailles si fines du filet. Cette statue porte le nom de « le désenchantement » ou « la désillusion ». L’ange veut l’aider à se débarrasser de ses chaînes, et finalement, réussira, puisque le père de Di Sangro terminera sa vie au couvent.

On est bien contents, malgré les pavés, d’être allés à Naples.

Ce soir, on écrit de Pompéi, visitée heureusement hier, car aujourd’hui, réveil sous la tente et sous la pluie qui ne nous a pas quittés de la journée. Ce soir, on attend la fin du déluge pour nous faufiler dans la tente. Joies du camping.

Un commentaire sur “Article 10. NAPOLI LA FOLIE

  1. Naples,entre enfer et paradis….mais aussi de superbes oeuvres. Les sculptures en marbres sont délicates à souhait. Moi qui suis une inconditionnelle de l’art contemporain, je m’incline. Profitez bien aussi du site mythique de Pompei…celà me rappelle un concert des Pink Floyd…. Bonne route ( sans pavés)…..

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