Évidemment, c’est une étape importante dans la tête du pèlerin pour plusieurs raisons. Pour certains pèlerins, c’est la fin de la partie française du Chemin. On a déjà bien marché. On est bien échauffés et la grimpette ne nous inquiète pas plus que ça. Pour la majorité des gens, c’est le début du camino. Ceux-là sont en général plus inquiets car pour eux ce sera leur premier jour de marche avec un dénivelé important. Je rencontre des étrangers qui se préparent à faire le pèlerinage et qui n’ont jamais entendu parler des Voies françaises précédant St Jean Pied de Port. La veille du départ, dans mon dortoir : une Canadienne, un Allemand, une Allemande, un Coréen, un Brésilien. Je suis la seule Française. Le rapprochement des peuples…
Je décide de quitter l’auberge vers 6h dans les premières lueurs matinales. Le petit-déjeuner n’étant servi qu’à partir de 6h30, j’ai prévu des pains au lait et du chocolat que je mange avant le départ. Mais première déconvenue en ouvrant la porte : Il bruine fort, il pleuviote. Je me dis que c’est pas de chance, qu’on ne va rien voir aujourd’hui du foutu col. Que la journée va se passer sous la cape de pluie. Bonheur assuré…
Ambiance. On ne voit rien des paysages. Les capes de pluie sont de sortie. La journée va être joyeuse…Tiens, des chevaux sur la route. Je suis déçue également de constater qu’on marche beaucoup sur la route, pas sur des chemins. Cela viendra plus loin.
Et puis le miracle se produit. Le brouillard devient moins épais, le soleil peu à peu tente une percée. Le ciel est bleu. On va pouvoir profiter de la vue.
Arc en ciel blanc derrière moutons…blancs.Orrreaga est Roncevaux en basque, Roncesvalles en espagnol.On a désormais quitté la route pour avancer sur le chemin empierré. De nombreux marcheurs se croisent et se recroisent. Certains le font à vélo, plus souvent marchant à côté qu’assis sur la selle.Je n’aurais jamais pensé les premières heures de marche avoir un tel ciel sur les hauteurs.Structure bizarre qui indique le point le plus élevé du col.
De Saint Jean Pied de Port à Roncevaux, il y a 27 km à parcourir , 1250 m de dénivelé positif, point le plus élevé : 1057 m d’altitude.
Le vent nous empêchera d’avoir trop chaud.Et voilà l’Espagne ! Il n’y a plus qu’à redescendre…L’arrivée à la Collégiale de Roncevaux où pratiquement tout le monde a réservé. Les hospitaliers de St Jean disaient que cela n’ouvrait qu’à 16h. Pas du tout. L’usine à gaz. Il faut attendre dehors en plein soleil et ça cogne de plus en plus. Les gens sont stoïques car tout le monde est très fatigué et il faut patienter. On rentre par groupe de dix. On reçoit un collier de telle couleur pour identifier les groupes. L’hospitalier en veste rouge appelle les colliers noirs à rentrer. Ce n’est pas fini. On attend ensuite à l’intérieur dans une salle, cette fois-ci assis et surtout à l’ombre. Colliers roses au premier plan, colliers jaunes au fond. Les dortoirs vont bientôt nous être attribués. Ils sont très bien conçus , formant des compartiments de quatre lits. Je serai ce soir avec un Hollandais au-dessus de ma couchette, l’Allemande, Heidi, avec qui j’étais à St Jean Pied de Port dort en face sur la couchette du haut et à mon niveau sur la couchette du bas, un Hong-Kongais qui m’explique pendant de longues minutes qu’il s’excuse si jamais il ronfle mais que normalement il ne ronfle pas, c’est ce qu’on lui a toujours dit, en même temps comme il dort il ne peut pas en être vraiment sûr et que quoiqu’il en soit, comme tout le monde est très fatigué, cela peut arriver à tout le monde cette nuit de ronfler. Oui oui je suis d’accord. Il est tout jeune, tout sourire. Le lendemain, il ne me calcule plus….. J’ai dû ronfler….
Tu es arrivée au bout du point culminant…J’admire ton côté zen en toutes circonstances. Bon cheminement…
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