Vers 19h30, lors de mon dernier trajet avec la brouette, deux jeunes hommes viennent à mes côtés.
– Bonsoir, on vient d’arriver .
– Bonsoir, vous arrivez de quel site ?
– Non, on vient d’arriver de Paris.
-De Paris ???
– Oui. On n’a plus rien.
Ils parlent un très bon français.
– Plus rien ?
– Non. Plus rien.
– Ha ! Bon, suivez-moi, on va voir ce qu’on peut faire.
– Merci beaucoup.
– Expliquez-moi un peu.
– On vient du Tchad. On est déjà venus à Calais. La police nous a remmenés à Paris. Ils nous ont tout pris. On revient encore pour aller en Angleterre.
Pendant que je ramène la brouette et les deux jeunes vers le van, défilent dans ma tête les différentes associations qu’on nous a présentées et que je vais essayer de contacter. Vue l’heure, c’est pas gagné.
– Comment vous vous appelez ? Au fait, vous avez quel âge ?
– Abakar, j’ai 17 ans. -Abdallah, moi j’ai 17 ans et demi.
En plus, des mineurs !
Pour le soir même, aucune solution ne sera trouvée entre Utopia, Collective Aide. Je cherche à joindre l’association Ecpat qui s’occupe des mineurs. Je reçois un texto qui serait à encadrer : « Nous reprenons à 10h lundi. Merci pour l’appui fourni aux jeunes et bon week-end. »
Des horaires de bureau. Merci . Merci pour quoi ? pour quel appui ??? Justement, je cherche un appui pour ne pas les laisser dehors sans rien .
Que des refus. On me recontacte en disant que le lendemain à 17h, on pourra leur fournir une tente et un duvet. Ok. Mais en attendant….
Véronique, allo! à notre super proprio qui est aussi bénévole . Elle a déjà accueilli trois Soudanais une fois. Il y a une chambre libre dans la maison. Elle est d’accord… Pierre entre-temps m’a rejointe en voiture au bout de la rue. Il y a aussi que je ne veux pas laisser seule ma collègue encore sur le terrain . Elle revient, on se sépare et on repart en voiture avec deux migrants mineurs clandestins à bord !!! On a un pont à traverser.
On espère ne pas retomber sur des CRS , surtout les mêmes !!! Ah c’est encore vous !!! Cette fois, on ne fait plus dans la brouette mais on transporte des clandestins mineurs !!! Vous allez finir par en faire de la garde à vue !!! On a eu de la chance, des CRS que nenni.
Véronique nous a préparé un bon repas, ils vont bien dormir, prendre un petit déjeuner. Depuis le début, ils ne cessent de nous remercier pour l’aide apportée. Ils sont très bien élevés, veulent tout le temps aider. Au Tchad, on apprend le français à l’école.

Avant de prendre la route vers Bruges, on les laisse près de notre entrepôt où pas loin, il y a un groupe de migrants. Ils reconnaissent des copains soudanais qui parlent français. On leur donne notre numéro, leur explique qu’on part jusqu’à lundi. On a eu des nouvelles, ils ont eu du matériel et pour l’instant, ça va. On les recroisera sûrement.
Ils ont quitté le Tchad à 15 ans et demi, sont restés 7 mois en Lybie, ont traversé la Méditerranée pour arriver en Italie, puis sont passés en France: Nice, Marseille, Lyon, Paris, Calais, évacués par la police, retour Paris puis retour Calais.
Bonne chance Abakar et Abdallah !
Bravo pour votre « résistance »
J’ai mal à ma France !!!
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