Article 5. Sur le terrain (Pierre)

Lundi 24 janvier.

Ce lundi, je vais pour la première fois sur les lieux de vie livrer du bois. Nous partons à trois avec le fourgon chargé de sacs de 8 kg de bûches et de trois brouettes. Premier arrêt à moins de 1 km du hangar. Un grand terrain nu le long de la voie ferrée. Au milieu, une sorte d’étang. Léna, une volontaire qui est là depuis plusieurs mois, m’explique que la municipalité a fait creuser le terrain pour qu’il soit noyé quand il pleut…Il y a quand même quelques tentes de migrants le long de la voie ferrée qui, elle, est un peu surélevée. De l’autre côté du terrain, un bosquet dans lequel j’aperçois des tentes. Nous chargeons les brouettes et partons vers le bois. On y entre par un petit sentier.

Il n’a pas plu depuis plus d’une semaine mais le terrain est très boueux, des planches ou des toiles sont placées à certains endroits pour pouvoir passer. Il y a cinq groupes de tentes dans la boue avec des déchets partout. On voit dans chaque groupe, les traces d’un foyer sur un endroit un peu plus sec. C’est là qu’on doit laisser le bois.

Dès qu’on s’approche, quelques migrants viennent à notre rencontre pour nous demander les sacs dont ils ont besoin. On leur demande le nombre de personnes présentes et on fait une proposition généralement inférieure à ce qu’ils souhaitent. Il faut négocier en anglais, parfois en français, avec quelques mots d’arabe ! Léna se débrouille très bien, elle est connue de presque tous les migrants. Elle explique qu’on n’a pas assez de bois pour tout le monde et qu’il faut partager. Discussion, sourires, le contact est bon, pas d’agressivité, quelques paroles échangées, pas de plaintes. Ils répondent volontiers à mes questions, un peu de leur histoire, un peu de leur espoir, pas de résignation, beaucoup de dignité.

Nous faisons plusieurs voyages avec nos brouettes. De l’autre côté du terrain, le long de la voie ferrée, le terrain est moins boueux, les tentes sont très serrées et toujours des déchets partout, quelques sacs- poubelles éventrés, la municipalité refuse de les ramasser.

Les obliger à vivre dans ces conditions, c’est une façon de les déshumaniser.

Nous ferons d’autres sites. Toujours les mêmes conditions, des rencontres intéressantes. A la fin de la distribution, à 12h30, nous aurons livré 142 sacs de bois de 8 kg.

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