
Puerto Natales est un petit port tranquille qu’on a bien apprécié, capitale de la province Ultima Esperanza, dernier espoir ! nom donné à une époque où le coin était très isolé et sans doute fallait-il une bonne raison pour passer par là . De cet endroit, on a retenu un thème qui, pour nous, représente bien la Patagonie : les peuples indigènes .
D’abord, il ne faut pas oublier qu’avant d’être parcouru par des touristes de tout poil – du trekkeur sachant trekké aux voyages organisés de personnes âgées voguant de lacs en glaciers – différentes ethnies indiennes habitaient la Patagonie. Certaines ont complètement disparu et d’autres sont en voie de disparition. Parler d’eux c’est leur rendre hommage, c’est un peu les faire revivre. On a appris beaucoup de choses en visitant le petit musée historique très intéressant de Puerto Natales.
Un peuple disparu :
On les appelle Aonikenk ou plus souvent Tehuelche. Ils étaient nomades chasseurs sur les terres du Sud. Leur disparition a débuté par un processus d’acculturation provenant des Mapuche, ethnie du centre du Chili puis par les maladies contagieuses importées par les colonisateurs ainsi que des conflits nés autour des élevages de moutons.

Une autre source dit également que lorsque les membres de l’équipage de Magellan ont vu en 1520 l’apparence des Indiens, ils leur ont donné le nom d’un personnage célèbre de contes populaires qui s’appelait « Géant Patagon » d’où le nom de Patagonie donné à la région.







Les Selknam, appelés aussi Onas, qui appartiennent au groupe des Tehuelche, étaient comme eux, nomades chasseurs mais vivaient plus au sud sur la Grande Île de la Terre de feu. Leur extinction a commencé dès 1881 quand l’homme blanc est arrivé à la recherche de l’or puis s’est poursuivie avec les actions menées par les fermiers qui avaient installé des clôtures pour leurs troupeaux de moutons.
Au fait, cette région a été appelée Terre de feu, alors qu’il y fait plutôt froid, à cause des innombrables feux que Magellan et son équipage ont vus le long des côtes et sans doute aussi dans les canoës des indigènes.
Deux peuples en voie de disparition :
Les Yaganes, eux, vivaient sur les cours d’eau qui séparent les nombreuses îles du sud du Chili. Nomades maritimes qui étaient le plus au Sud du continent. Actuellement, il ne reste qu’une femme de cette communauté, vivant près de Puerto Williams !



Autre peuple nomade maritime :
Les Kawesqar, appelés aussi Alacalufé, sont arrivés dans cette région de Patagonie il y a 6000 ans environ. En 1880, un missionnaire en dénombrait 3000. À la fin du XIX e siècle, de nombreux bateaux arrivèrent, anglais et américains. À partir de cette époque, les Kawesqar commencèrent à contracter des maladies qui les firent peu à peu disparaître.


Ainsi commença l’évolution d’une vie nomade à une vie plus sédentaire , lâchant des traditions ancestrales comme les habitudes vestimentaires.
Ils portaient des capes courtes faites en peau de phoque, d’otaries, de huemul. Ils avaient aussi un pagne autour de la taille pour couvrir les parties génitales.
Pendant les cérémonies, les femmes portaient des bracelets et les hommes des coiffures en plumes d’albatros ou de fourrure.
La fourrure et la graisse de phoque les protégeaient de la pluie et du froid, mais Brigitte Bardot n’était pas contente ! Il faut dire qu’il fait un peu plus plus chaud à la Madrague qu’en Patagonie ! Progressivement, ils se sont habillés à l’occidentale. C’est vrai que le jean déchiré, c’est plus classe.

Les femmes comme les hommes avaient un rôle bien défini. La femme était chargée de ramasser les fruits de mer, de plumer les oiseaux, de tanner les peaux pour la confection de vêtements, de prendre soin des enfants.

Les hommes devaient savoir construire leur canoë et les pagaies, fabriquer leurs outils et armes de pêche. Le canoë était essentiel pour leur survie car c’était leur principal lieu de vie. Pas la balade du dimanche après-midi. Apprendre les techniques pour construire le canoë était vital. Le jeune ne pouvait se marier tant qu’il ne maîtrisait pas ces savoir-faire.
Traditionnellement, le bateau était en bois mais à partir du milieu du XIXe siècle, d’autres techniques ont été introduites, notamment par les contacts qu’il y a eu avec les charpentiers venus de l’île de Chiloé . Leurs outils étaient en fer, les Kawesqar ont donc utilisé du fer dans leurs constructions à partir de ce moment-là pour rendre les bateaux plus résistants.
Dormir 😴
Pour se protéger du froid, les Kawesqar descendaient de leurs embarcations et cherchaient une plage à l’abri du vent où ils pourraient construire un refuge. Ils recouvraient les structures de bois avec des peaux de phoque et les fixations étaient faites avec les tendons des baleines. Recyclage…
Le feu 🔥
Il servait, en plus de la chaleur, à fabriquer des outils, à sécher des roseaux utilisés pour la confection de paniers et il servait à communiquer. Les Indiens faisaient des nuages de fumée qui pouvaient être vus à de longues distances et indiquaient leur position géographique…..l’ancêtre de Maps.me……Cela permettait de faire venir les copains en cas de besoin : accident ou baleine trouvée. La baleine, excellente raison de se réunir, pas seulement pour partager la nourriture mais aussi pour récupérer les os avec lesquels on ferait d’autres outils.
Leur organisation sociale
Ils mettaient en commun les produits de la mer : lions de mer, otaries, oiseaux, poissons et coquillages, et voyageaient constamment à la recherche de nourriture. Ils se déplaçaient généralement en petits groupes composés de une ou deux familles qui étaient indépendantes l’une de l’autre, il n’y avait pas une autorité commune mais chaque chef de famille décidait de ce qu’il fallait faire et où aller.
Les funérailles
Après la mort d’un Kawesqar, on jetait au feu tous ses biens, outils et ustensiles considérés comme propriété individuelle. Les membres de la famille déménageaient pour s’éloigner du lieu d’inhumation à cause de leur méfiance naturelle et de leur peur. Les enfants refusaient de nommer le mort. En signe de deuil, on se rasait la tête. Ces deux derniers points sont aussi vrais aujourd’hui en Guyane chez les Wayanas.

Mais pourquoi est-on venus en Patagonie?
Plusieurs raisons.
Dans différents coins d’ Europe, à la fin du XIXe siècle, des conflits ethniques, culturels, religieux et politiques auxquels on va ajouter des difficultés économiques, vont faire que des populations vont percevoir l’Amérique comme un territoire de liberté offrant de vastes espaces de terres où tout est possible. C’était avant la chanson de Joe Dassin…🎵🎵. La Terre promise….l’Eldorado….
À partir de 1892, la colonisation se fait en trois temps pour la région de Ultima Esperanza :
En premier, moins de 10 colons d’origine allemande.
Puis 30 colons de plus jusqu’à 1900, Allemands et Anglais.
Et à partir de 1901, les premiers Espagnols, Français, Uruguayens et les habitants de l’île de Chiloé, venus travailler à Puerto Natales dans ce village qui se développait et qui avait besoin de main d’œuvre.
Les conséquences.
Les colons vont travailler, développer des fermes d’élevages de moutons, clôturer les espaces qui appartenaient aux populations indigènes et surtout qui étaient des « propriétés » collectives ! Les Tehuelche, habitués à chasser le guanaco, vont chasser les moutons appelés les guanacos blancs par ces peuples qui vivaient entre Chili et Argentine.
Les colons vont aussi installer des mines de charbon . Les conflits se sont multipliés entre colons et indigènes accusés de voler les stocks de vivres. Les colons vont embaucher des tueurs professionnels pour éliminer les Indiens et le gouvernement argentin versera des primes pour toute oreille coupée ou organe prouvant la mort d’un Indien.
Et on connaît la fin de l’histoire…
En 1900, il y avait 1000 Kawesqar. En 1924, il en restait 250.
Quelques Kawesqar habitent encore sur l’île Wellington au Chili.


Cet article pour qu’on ne les oublie pas complètement.


