Jour 19 ( 17 février) Cochrane vers Puerto Yungay.
Au petit déjeuner, on fait la connaissance d’un groupe de Belges fort sympathiques avec qui on parle voyage et vélo. L’un d’eux est venu pour la première fois au Chili dans les années 60. Une partie de sa famille s’y est installée. La bière de Patagonie que Pierre préfère est la Boldec, créée et encore produite par son cousin.
Après divers achats pour être en autonomie quatre jours , on quitte la ville vers 12h30 pour une étape d’ une quarantaine de kilomètres avant de planter la tente dans la nature. Il fait chaud et cela fait longtemps qu’on n’a pas croisé un torrent. On n’a plus beaucoup d’eau. Et la soupe ou les nouilles sans eau, c’est pas facile ! Les deux premières voitures auxquelles je fais signe en montrant ma gourde vide s’arrêtent pour nous donner toute l’eau qui leur reste. Sympas les Chiliens. Soupe et nouilles du soir sauvées !
Belle soirée mais pluie toute la nuit. Pour ne pas avoir froid dans la tente, plusieurs épaisseurs : au premier plan, drap blanc en soie. Duvet violet, duvet orange, sursac gris en pvc.

Jour 20 Forêt / Puerto Yungay. 88 km
Journée la plus difficile de la Carretera.
Malgré une crevaison dès le premier kilomètre pour le vélo de Pierre, elle commençait pourtant bien cette étape! La pluie nocturne avait fait place à un ciel plus dégagé et on pédalait sur des chemins forestiers très agréables. Une route légèrement ondulée se déroulait devant nous. Il a fallu quand même qu’au moment de remplir nos gourdes dans un torrent, je glisse dans l’eau jusqu’aux genoux. Chaussures et bas du pantalon trempés pour deux jours ! Bientôt on rejoint les trois copains cyclistes qui nous vantent les petits pains et le café d’une (rare) gargote sur la droite qu’ils viennent de quitter. À notre tour, on se laisse tenter. Il fait bon dans la petite maison où une jeune fille prépare une pâte devant un grand père taciturne assis dans son fauteuil qui suit des yeux tout ce qui se passe . Une forte dame souriante s’occupe de nous et nous donne des détails sur la suite de notre périple. Elle demande au grand-père s’il n’a pas froid aux pieds. Non, moi si. Il n’a besoin de rien.

Yungay est l’endroit où l’on doit prendre un bateau pour une traversée d’un peu plus d’une heure qui nous mènera à Rio Bravo. On veut prendre celui de 18h, le dernier des trois de la journée. 88 kilomètres de ripio, c’est beaucoup mais on se lance le défi. La dame nous a dit que sinon, il y a un camping à Yungay.
Pour y arriver, on se dit : pas de pique-nique ce midi, pas de pause, pas de photos…et c’est jouable….On y croit, on fonce autant que les graviers nous le permettent . Vers 15h, on s’enfile quand même un paquet de gâteaux car on est mort de faim. Et puis la route qui semblait nous aider à relever le défi en n’offrant qu’un faible dénivelé, se cabre en côtes de plus en plus marquées et soudain, le temps se couvre, les premières gouttes commencent à tomber….On a froid, Pierre a mal à la cheville, reprend un antalgique. On arrive sous des trombes d’eau à un croisement qui indique Tortel à droite 22 kms et Yungay à gauche 21 kms. On sait que Tortel est un village pittoresque, incontournable et très visité mais avec ce temps…les trois cyclistes qu’on a retrouvés abrités sous un abribus vont dormir là-bas. Ils remonteront demain vers Yungay. On décide d’aller directement vers Yungay. Les copains nous montrent les lacets qui montent au-dessus de nos têtes….vers Yungay….c’est pour nous….On attend une accalmie qui ne vient pas. Il faut bien repartir sous la pluie. Il est 16h30, il reste 21 kilomètres sous une pluie battante et des côtes de malades !!! C’est foutu pour le bateau ce soir. On prendra celui de demain à 10 heures. Mais il faut bien dormir quelque part. On se met en route quand même, pas le choix. Que de la forêt des deux côtés de la route!
Sous la cape de pluie et nos chaussures trempées jusqu’à l’os, on grimpe mais on est crevés. Pas les vélos cette fois, nous. On est bien obligés de continuer jusqu’au camping car autour de nous c’est flaque d’eau, tourbe imbibée ou graviers. Impossible d’y poser une tente. On n’arrive plus à monter sur les vélos dans les côtes. Pour la première fois depuis le désert du Lipez en Bolivie, on pousse les vélos. On mettra 3h30 pour faire les 21 kilomètres et la pluie qui ne nous quitte pas 🎵. Pour arriver à un camping qui n’existe pas ! On le sait depuis une heure déjà quand un camion nous croise et s’arrête ( on doit faire pitié tout dégoulinants ) pour nous dire qu’il n’y a Rien à Yungay. Nada. Qu’il n’y a que des montées (oui, on sait), que là- haut, il fait très froid ( il fait déjà très froid) et qu’on va arriver pendant la nuit ! Il est encourageant le mec 🥳… Sauf qu’il ne propose rien à la place…Alors on continue, sous la cape et sous la flotte. On est gelés. De la tête aux pieds. A peine deux kilomètres avant la fin, la route descend enfin ! et on commence à chercher un abri. En entrant à Yungay qui ne compte que peut-être trois ou quatre maisons dispersées, on repère une remise ouverte où du bois est entreposé. On viendra y dormir si on ne trouve pas mieux. On descend jusqu’à l’embarcadère et là, on voit un motard argentin qui nous avait doublé et qui nous félicite ! Nous on a plutôt envie de pleurer 😭 ! Il nous montre une sorte de salle d’attente restée ouverte pour les passagers…Ouf ! On revit. On se réchauffe. Miguel nous offre le mate traditionnel. Il est plus de 20 heures quand on arrive!
Confirmation de ce qu’on savait déjà. C’est Augusto Pinochet qui a créé la Carretera Austral afin de désenclaver le Chili du sud.

Un des hommes de l’équipage qui passe par là nous indique une petite boutique en face qui sera ouverte demain matin. On pourra se ravitailler et prendre le petit-déjeuner 😋 ! Du coup, ce soir, on pioche davantage dans nos provisions…mais la boutique n’ouvrira jamais le lendemain 😩!
On se change, on commence à s’installer pour la nuit dans la salle quand deux couples de Chiliens arrivent en voiture pour y dormir également. Très sympas, ils partageront avec Pierre une bière et un verre de vin chilien. Moi je dors déjà dans un coin de la salle sur un banc, bien emmitouflée dans mes deux duvets, un bonnet sur la tête ( très glamour).
Photo prise le lendemain matin.

Conclusion : Douze heures de vélo sur du ripio, avec des côtes et sous la pluie, c’est beaucoup trop !
Une soirée avec Miguel l’Argentin et les quatre Chiliens, c’était très réconfortant! Quelle journée !

Enfin, le bateau le lendemain à 10 h sur le fjord Mitchell.
