Avant- hier soir, on aurait répondu Non. Les barrages se multipliaient dans le pays, obligeant les bus à faire demi tour, actes de violence dans les grandes villes, même dans les villages et trois morts. Hier midi , certains Boliviens se demandaient si le pays n’allait pas sombrer dans une guerre civile.
Ce matin, Morales a accepté que soient reconduites les élections, même si la date n’est pas encore fixée. Le pays devrait retrouver la paix (la Paz!).
Voilà ce qu’on a vécu lors de notre dernière étape avant Oruro.
On roule tranquillement depuis deux heures environ quand soudain, on entend des explosions. Pour l’instant, les barrages qu’on a croisés sont souvent de la terre empêchant les voitures de passer ( mais pas nous). Quand il y a des gens, ils nous aident à passer. Ils savent bien qu’on n’a rien à voir avec leurs problèmes.

On se rapproche du village d’où viennent les explosions, et là, tout un village déchaîné qui lance des pierres, à la main ou avec une fronde, sans viser. Hommes, femmes, enfants participent. Des explosions de pétards, de la dynamite nous dira un villageois ! Les bus arrivant du sud pour rejoindre la capitale sont vite pris à parti. Les gens visent les vitres, le pare brise, certains ont des bouteilles d’essence à la main, l’arrière d’un bus prend feu avec les gens dedans ! Le feu sera éteint. On a vu des gens mettre de l’essence à côté des pneus de bus pour les enflammer.
Dès le début, les gens nous protègent, nous conseillent de contourner le village par une montagne, ce qu’on fera. On prendrait bien des photos mais on a peur de se faire piquer l’appareil. J’en ferai en douce derrière un bus. Des gens sont blessés .



On a vu le chauffeur de ce bus. Traumatisé. Un bus a failli se renverser en voulant faire demi tour et les habitants qui ne se poussaient pas.



Quand on a pris le chemin par la montagne, une femme bolivienne marchait toujours à nos côtés. On se dit que ça sent l’essence par là. C’est cette femme qui a été aspergée d’essence ! Elle était dans un bus en direction de la Paz. Maintenant elle cherche à retourner à Oruro. On contournera le village avec elle puis elle retrouvera quelqu’un qu’elle connaît.
C’est la femme qui marche derrière le vélo. On redescend de la montagne. Plusieurs fois, les gens nous demanderont si on n’a rien et nous serrent souvent la main. A la sortie du village, un des manifestants voit notre écusson France à l’arrière du vélo et nous dit: France ? Révolution française !!! Libertad , Igualdad, Fraternidad ! 👍, c’est ça !!! Et on s’éloigne.
Les kilomètres suivants, on croisera des dizaines d’ambulances et la police, enfin ! qui viendront dans ce village.

A la sortie du village, un homme se met entre nous et se fait filmer. Il explique qu’on est Français et nous demande de dire Vive la démocratie. On le dit. Ensuite, il commence à critiquer Morales et veut qu’on dise qu’il est mauvais président. On répond alors qu’on n’est pas Bolivien et qu’on ne peut pas répondre. Il fait couper cette partie de l’enregistrement…et on s’en va. Pas de soucis.
C’est le seul village traversé où on aura vu une telle violence. Pourquoi là? Personne ne saura nous le dire.
Dans le journal aujourd’hui :

La femme dans le journal qui a été aspergée d’essence …
